Abu Nawas

collectif LGBT algérien

Abu Nawas est un collectif militant pour les droits LGBT en Algérie. Créé en 2005, il est reconnu pour l'organisation du TenTen, la « Gay Pride algérienne »[1].

Contexte

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En Algérie, la condamnation des pratiques et personnes LGBT est « à la fois morale, sociale, religieuse et juridique »[1]. Le code pénal (article 333[2] et 338[3]) qualifie l'homosexualité de crime symbolique[4] « contre les bonnes mœurs » punissable par la prison et une amende[1]. La loi 82-04 du 13 février 1982 détermine que l'homosexualité est « contre nature »[5] et en fait un délit[4]. Ces lois sont héritées de la colonisation française[6]. Dans ce contexte, « militer dans la rue serait s’exposer à une répression certaine »[6]. Les Algériens LGBT sont contraints de se cacher[4],[7], bien qu'il existe des lieux de sociabilité homosexuelle non officiels[7],[8], et une pratique homosexuelle connue dans certains milieux (comme le service militaire)[5].

Pour certains militants, la religion musulmane et les figures d'autorité en son sein doublent cette oppression pénale[6]. Pour d'autres, une lecture approfondie des textes associée à une bonne connaissance de l'histoire arabo-musulmane permettent de conjuguer islam et homosexualité[6],[7].

Plusieurs militants d'Abu Nawas sont victimes de menaces ou violences de la part de civils, d'employeurs ou de l'État[4],[7]. Certains sont contraints de quitter le pays périodiquement ou définitivement[5],[6],[7]. Pourtant, les militants ont peu de contact avec les associations européennes ou occidentales, ce qu'ils déplorent[8].

L'émergence des espaces de sociabilité sur internet (forums et blogs, puis réseaux sociaux), au début des années 2000, a permis le développement d'une activité militante LGBT malgré la criminalisation de l'homosexualité[4],[6],[8].

Histoire

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En 2005, un collectif étudiant homosexuel naît à l'Université de Constantine[7], notamment grâce à l'impulsion de Randa[9]. Il lance un blog intitulé Homo-Self-Help (HSH) puis un forum l'année suivante (Gay & Lesbian Association of Algeria)[7]. Pour devenir plus « professionnel », le collectif étudiant s'organise sous le nom Abu Nawas, avec un site officiel[7]. Ce nom est emprunté au poète arabe et homosexuel Aboû Nouwâs, dont l'œuvre est fortement marquée par le thème de l'homosexualité masculine[6]. Pour Mehdi, un co-fondateur du collectif, ce choix est politique : « Les homophobes dénoncent souvent l'homosexualité comme une perversion importée de l'Occident. Nous voulons montrer que nous sommes à la fois Algériens et gay »[7].

L'événement TenTen est organisé pour la première fois en 2007.

La même année, Abu Nawas, représenté par un de ses fondateurs, Yahia Zaidi, participe à la conférence panafricaine de l’International Lesbian, Gay, Bisexual, Trans and Intersex Association (ILGA) à Johannesburg[10]. Le collectif devient ensuite membre de l'ILGA[11].

Le 29 Novembre 2007, Abu Nawas encourage les citoyens algériens à aller voter mais d'insérer dans l'urne un bulletin rendu nul en y inscrivant « Je vote pour les citoyens gay, je vote pour l'Algérie pour tous »[12].

En 2011, Yahia Zaidi, toujours au nom d'Abu Nawas, produit des documents qu'il fournit à l'Organisation des Nations Unies pour faire état du sida chez les Algériens LGBT[13],[14].

En 2013, Yahia Zaidi devient co-président de Pan Africa ILGA, le chapitre africain de l'association internationale[15] et est contraint de fuir en Belgique[16] où il continue de défendre les homosexuels africains[17].

En 2015, le collectif Abu Nawas déclare 1.500 adhérents sur Facebook[5], mais le compte est inactif depuis cette date.

Revendications

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Abu Nawas se définit comme un « groupe de militants Algériens pour la cause LGBT (Lesbiennes, Gays, Bisexuel(le)s et Transgenres) » qui agit dans la clandestinité[2]. En raison du contexte algérien, Abu Nawas est considéré comme une organisation faisant l'apologie d'un crime[5]. Zoheir, co-fondateur d'Abu Nawas, déclare : « Nous sommes un noyau d’une vingtaine de militants, tous passibles de 10 ans de prison »[5].

Une commission « Islam et homosexualité » est organisée au sein d'Abu Nawas pour promouvoir les interprétations du Coran qui ne punissent pas l'homosexualité. Cette initiative est inspirée par Ludovic-Mohamed Zahed, un imam français d'origine algérienne militant pour les droits LGBT[6].

En plus de la mobilisation politique autour du TenTen, Abu Nawas encourage les Algériens LGBT à voter[18]. Des lettres ouvertes sont écrites pour appeler à la décriminalisation de l'homosexualité[7].

Le collectif se concentre aussi sur des missions de sensibilisation et d'accompagnement (outreach) sur les questions sexuelles[18], notamment le sida[4]. L'absence de prise en charge médicale des personnes LGBT est critiquée[3] et des rapports sont envoyés à l'ONU[13],[14].

Abu Nawas signale la récurrence de viols correctifs envers les femmes lesbiennes, ainsi que les mariages forcés[19].

Le TenTen est organisé à l'initiative de l'association Abu Nawas et d'autres militants LGBT algériens à partir de 2007[1],[2],[6],[10]. Son nom représente sa date de célébration annuelle, le 10 octobre (10/10). Cette date est choisie car c'est l'anniversaire du sultan ottoman Sélim Ier, figure homosexuelle de l'histoire arabo-musulmane[1],[6],[10]. Le TenTen est organisé pour promouvoir la journée nationale des LGBT Algériens[20].

L'organisation du TenTen est partagée avec l'association algérienne Alouen[1].

L'événement se déroule sur internet, et consiste à allumer une bougie à 20h, la prendre en photo et la poster sur les réseaux sociaux[1],[2],[21],[3]. Les Algériens LGBT (incluant la diaspora) et leurs alliés sont invités à participer sous pseudonyme, pour éviter les représailles[1]. Chaque année, un thème différent est choisi : en 2010, l'espoir[20]; en 2013, le partage[1].

L'objectif du TenTen est de « donner de la visibilité »[1],[3] aux Algériens LGBT sans les mettre en danger, et en leur montrant qu'ils ne sont pas seuls[21]. Dans le communiqué de presse de 2014 à destination des Algériens LGBT et leurs alliés, Abu Nawas appelle à allumer une bougie « en hommage et commémoration, pour exprimer leur solidarité et leur soutien au combat que livre cette frange de la société stigmatisée en Algérie au nom des valeurs morales et religieuses »[2]. Le courage et la solidarité des Algériens LGBT sont salués dans cet appel[2].

Selon un membre d'Alouen, le TenTen est « un acte symbolique pour dire que nous, les homosexuels, sommes unis »[3].

Bibliographie

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Liens externes

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Notes et références

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  1. 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 Salsabil Chellali, « TenTen, la Gay Pride algérienne en toute discrétion », Jeune afrique, (lire en ligne)
  2. 1 2 3 4 5 6 « #TenTen 2014: Une bougie pour soutenir les LGBTI algériens », Stop Homophobie, (lire en ligne)
  3. 1 2 3 4 5 Yasmine Saïd, « Les homosexuels algériens en quête de reconnaissance », El Watan, (lire en ligne)
  4. 1 2 3 4 5 6 Nadia Agsous, « Algérie: l'homosexualité, une lutte collective », Le HuffPost, (lire en ligne)
  5. 1 2 3 4 5 6 Pierre Daum, « En Algérie, « Se faire arrêter pour homosexualité signifie la mort sociale » », Stop Homophobie, (lire en ligne)
  6. 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 Timothée de Rauglaudre, « Printemps arc-en-ciel au Maghreb », Les Amis du Monde diplomatique, (lire en ligne)
  7. 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 (en) Frederic Martel, Global Gay. How Gay Culture Is Changing the World, MIT Press, , 296 p. (ISBN 9780262537056)
  8. 1 2 3 Antoine Idier, « Alger la rose ? Être gay ou lesbienne en Algérie », Hétéroclite, (lire en ligne)
  9. (en) « Dare to Be Different », dans Shereen El Feki, Sex and the Citadel : Intimate Life in a Changing Arab World, Knopf Doubleday Publishing Group, (ISBN 978-0-3079-0743-1)
  10. 1 2 3 Luiza Toscane, « « Être homophobe n’est pas révolutionnaire » – Les luttes LGBTIQ dans l’orbite du processus révolutionnaire arabe », sur Europe Solidaire,
  11. « Organisations membres », sur ILGA (consulté le )
  12. (en) Paul S Rowe, Routledge Handbook of Minorities in the Middle East, Routledge, (ISBN 978-1-3156-2603-1), p. 331-332
  13. 1 2 Judith Levine, Global Commission on HIV and the Law : Risques, droits et santé, Organisation des Nations Unies, (lire en ligne)
  14. 1 2 « Yahia Zaidi », sur Afrika Film Datenbank
  15. Daniele Paletta, « Announcement: Pan Africa ILGA – Réunion consultative », ILGA,
  16. « Témoignage », Le Soir, (lire en ligne)
  17. « 7e Congrès mondial contre la peine de mort », Cahiers de l'abolition, no 5, (lire en ligne)
  18. 1 2 (en) Michael Anthony Figueredo, « An Examination of Factors that Catalyze LGBTQ Movements in Middle Eastern and North African Authoritarian Regimes. Master's Thesis. », Dissertations and Theses, no Paper 2478, (DOI 10.15760/etd.2475)
  19. « How to Marry and Sponsor your Spouse from Algeria »
  20. 1 2 « Journée Nationale des LGBT Algeriens – National Algerian LGBT Day »,
  21. 1 2 Hicham Rouibah, « La première association. LGBT en Algérie », Chimères, vol. 2, no 92, (lire en ligne)