Randa (militante)
Randa (années 1980-) est une militante LGBT algérienne trans. Elle co-fonde le collectif Abu Nawas en 2005 et co-écrit ses mémoires en 2010 avec le journaliste Hazem Saghieh.
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Biographie
modifierRanda grandit à Annaba, sur la cote algérienne[1]. Elle s'aperçoit rapidement qu'elle est différente des autres garçons, subit du harcèlement scolaire et est maltraitée par ses enseignants[1],[2],[3]. À 5 ou 6 ans elle réalise qu'elle veut devenir une fille[3]. À l'adolescence, sans pouvoir accéder aux informations dont elle a besoin, elle pense que cette condition qu'elle ne sait pas nommer est une maladie[3],[4].
La guerre civile des années 1990 éveille la conscience politique de Randa[1]. Pendant son service militaire, elle entretient des relations homosexuelles avec d'autres conscrits[1],[4].
Elle déménage à Alger[2] et commence ses études d'infirmière[3],[4]. À l'âge de 20 ans elle commence une hormonothérapie sous supervision médicale dans une perspective de transition de genre. C'est plutôt rare en Algérie : la plupart des personnes trans du pays sont contraintes de passer par le marché noir[1],[3]. Elle est contrainte d'arrêter son traitement par peur d'être rejetée par sa famille[3].
Randa co-fonde, en 2005, le collectif Abu Nawas, la première organisation LGBT algérienne[1],[4],[5]. Son militantisme est remarqué par les autorités algériennes[3] mais aussi par la communauté internationale : elle est invitée en Égypte pour parler des enjeux trans à la télévision[2]. À l'aéroport, sur le point de quitter Alger, elle apprend que son billet d'avion n'est plus valable et que l'émission est annulée[2]. En 2007, elle commence à s'habiller en femme et sa famille la déshérite[3].
Randa peine à trouver du travail en tant qu'infirmière car ses papiers ne correspondent pas à son expression de genre[1]. Elle est victime de harcèlement : elle reçoit des menaces de mort de la part de citoyens et d'autorités religieuses[1],[2]. La police se présente sur son lieu de travail dans le but de l'intimider[3]. Elle est suivie dans la rue, et elle dit de son dernier mois passé à Alger qu'elle ne sait pas en quittant son domicile le matin si elle y reviendrait en vie le soir[3]. Sa famille ne la soutient pas et elle est informée d'un ultimatum de la part de groupes islamistes qui lui demandent de quitter le pays sous 10 jours[1],[2],[6].
En 2009, elle s'installe à Beyrouth grâce à l'aide de plusieurs amis[1],[5]. Elle s'implique dans l'association Helem[5],[7],[8] et témoigne de la tolérance relative de la ville par comparaison à la répression en Algérie[2],[3]. Cependant, elle reste victime de discrimination à l'embauche[2],[3].
Étant donné qu'elle n'a pas la nationalité libanaise, elle ne peut toujours pas changer ses papiers[1]. Après un an de recherches d'emploi dans les hôpitaux de la ville, elle finit par travailler pour Helem[2]. Après la publication de ses mémoires, Randa décide de quitter la région arabe pour la Suède[1],[2],[9].
Mouzakarat Randa al-Trans
modifierÀ Beyrouth, Randa rencontre la photographe Chaza Charafeddine qui élabore un projet artistique sur les thèmes trans[3]. Elle présente Randa à son mari, le journaliste Hazem Saghieh, et suggère qu'ils écrivent ensemble sa biographie[3]. Le récit est narré à la première personne bien que l'auteur soit ostensiblement Hazem Saghieh[4]. Le style est détaché et les événements biographiques racontés chronologiquement de façon simple[4].
En 2010, Randa fait publier ses mémoires en arabe par la maison d'édition libanaise Dar-Al Saqi, sous le titre Mouzakarat Randa al-Trans (« Mémoires de Randa la trans »)[2],[6]. Il s'agit du premier livre autobiographique en arabe qui raconte la vie d'une personne trans[2],[7],[8].
Dans ses mémoires, elle raconte sa vie depuis l'enfance, les violences dont elle est victime, ses premières expériences sexuelles avec des hommes et la réalité de vivre en tant que personne trans en Algérie et au Liban[4],[6]. Une critique acerbe de la domination masculine et des femmes qui s'y plient est développée; le livre s'insère dans la lignée d'autres ouvrages féministes[4].
Le but de ce projet, pour Randa, est d'humaniser les personnes trans auprès du public arabophone[2],[8]. La réception académique voit dans cet ouvrage la contradiction des discours dominants à propos de la transidentité[4].
En 2011, le livre est traduit en italien par Alessandro Buontempo sous le titre Dillo alla luna[10]. Le film Meanwhile in Beirut réalisé par Felipe Monroy en 2015 s'inspire de la vie de Randa pour son protagoniste[10].
Notes et références
modifier- 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 (en) « Dare to Be Different », dans Shereen El Feki, Sex and the Citadel : Intimate Life in a Changing Arab World, Knopf Doubleday Publishing Group, (ISBN 978-0-3079-0743-1)
- 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 (en) Alexandra Sandels, « Memoir sheds light on the life and struggles of Arab transsexual from Algeria », Los Angeles Times, (lire en ligne)
- 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 (en) Mark Tutton, « Algerian transsexual's memoirs reveal life of discrimination », CNN, (lire en ligne)
- 1 2 3 4 5 6 7 8 9 (en) Alessandro Buontempo, « Mudhakkirat Randa al-Trans by Hazem Saghieh : How to Deal with Difficult Topics in a Biography », dans Sobhi Boustani (dir.), Isabella Camera d'Afflitto (dir.), Rasheed El-Enany (dir.), William Granara (dir.), Desire, Pleasure and The Taboo : New Voices and Freedom of Expression in Contemporary Arabic Literature : Supplemento n°1 alla Revista degli Studi Orientali (vol. LXXXVII), Rome, Fabrizio Serra,
- 1 2 3 (en) Paul S Rowe, Routledge Handbook of Minorities in the Middle East, Routledge, (ISBN 978-1-3156-2603-1), p. 331-332
- 1 2 3 (en) Natacha Yazbeck, « Transsexual’s memoirs breaks new ground in Arab world », AFP, (lire en ligne)
- 1 2 « Mémoires de transsexuelle à Beyrouth, une première dans le monde arabe », Le Point, (lire en ligne)
- 1 2 3 (en) Djamel Belayachi, « Les transsexuelles sont des personnes comme les autres », Afrik.com, (lire en ligne)
- ↑ (en) Lucas Paoli Itaborahy et Jingshu Zhu, STATE-SPONSORED HOMOPHOBIA. A world survey of laws: Criminalisation, protection and recognition of same-sex love, ILGA - International Lesbian Gay Bisexual Trans and Intersex Association, (lire en ligne), p. 17
- 1 2 (en) Emily O’Dell, « Performing Trans in Post-Revolutionary Iran: Gender Transitions in Islamic Law, Theatre, and Film », Iranian Studies, (DOI 10.1080/00210862.2019.1572498)