Anne-Louise-Marie de Beauvau-Craon
Anne-Louise-Marie de Beauvau-Craon, princesse de Poix, née le et morte le , est une aristocrate française, initialement à la cour du roi Stanislas, éduquée au couvent de Port-Royal, et mariée à 17 ans. Elle tient salon avant la Révolution et est une fervente admiratrice de La Fayette et de Necker, tout en restant attachée à la famille royale. Son mari s'engage dans l'armée des Princes puis se réfugie en Angleterre. La famille perd une partie de ses biens. La vicomtesse de Noailles écrit sa biographie en 1855.
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(à 84 ans) |
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Famille
modifierAnne-Louise-Marie de Beauvau-Craon est la fille de Charles-Juste de Beauvau-Craon (fils de Marc) et de sa première épouse Marie-Sophie-Charlotte de La Tour d'Auvergne, fille du duc de Bouillon. Anne-Louise-Marie est le seul enfant du prince de Beauvau.
Elle épouse à l'âge de dix-sept ans le Philippe-Louis de Noailles, prince de Poix, surnommé « le petit Poix » en raison de sa taille, qui a quatorze ans ; il est le fils de Philippe de Noailles, duc de Mouchy, et d'Anne-Claude-Louise d'Arpajon, dame d'honneur de Marie-Antoinette qui la surnomma « madame l'Étiquette ».
Ils auront deux enfants :
- Charles-Arthur-Tristan Languedoc de Noailles (1771-1834), pair de France et député ;
- Just de Noailles (1777-1846), ambassadeur et député.
Biographie
modifierLes premières années
modifierAnne-Louise-Marie naît en 1750 à Lunéville ; elle passe ses premières années à la cour du roi Stanislas. Dans son enfance, elle devient progressivement boiteuse.
Elle fait son éducation au couvent de Port-Royal, se fait des amies qui lui seront attachées toute sa vie : Mlle de Poyenne, plus tard duchesse de Sully, Marie-Amélie de Boufflers, plus tard duchesse de Lauzun, et Geneviève de Gramont, plus tard comtesse d'Ossun.
La mort de sa mère, le remariage de son père (avec son ancienne maîtresse) l'affectent.
Plusieurs partis s'offrent à Anne-Louise-Marie, le temps venu. Des projets échouent, dont celui avec Armand-Louis de Gontaut-Biron, duc de Lauzun. Anne-Louise-Marie épouse finalement le fils du duc de Mouchy, prince de Poix.
La vicomtesse de Noailles décrit son aïeule comme : « jolie, pleine d'esprit et de vivacité, développée, intelligente comme on l'était rarement » à cette époque et son jeune époux comme « gâté jusqu'à la folie et si petit pour son âge qu'il fallut, le jour de ses noces, l'asseoir sur une grande chaise pour qu'il fût au niveau de sa femme ». Leur mariage se passe dans la meilleure entente, le prince admire son épouse et celle-ci agit presque maternellement avec lui.
La princesse de Poix tient un salon ; elle y reçoit notamment les partisans des idées nouvelles : Lally-Tollendal, l'abbé de Montesquiou, le marquis de La Fayette, les ducs de Guines et de Liancourt, ainsi que Mmes d'Hénin, de Tessé, de Lauzun, de Simiane, d'Ossun, etc.
Quatre ans après son mariage, âgée de 21 ans, elle donne naissance à un fils, Charles. En 1777, elle accouche de son second enfant, Just ; la grossesse ne se passe pas bien, elle tombe malade, et perd l'usage d'une de ses jambes. Très entourée, elle se cultive encore davantage et rassemble ses amis auprès d'elle. Elle épouse les idées nouvelles et devient une admiratrice de La Fayette et de Necker.
La princesse maria son premier fils à Mlle de Laborde, fille du financier.
La Révolution
modifierLe couple était partisan des idées nouvelles mais attaché à la famille royale. Le prince fut élu député de Picardie et partisan de réformes modérées. Tout d'abord populaire, il perdit progressivement son crédit ; peu avant les journées d'Octobre, il donne sa démission de commandant général de la garde bourgeoise de Versailles, et émigrera à Coblence.
Le prince défend la famille royale, et se bat lors de la prise des Tuileries. Après le , la tête du prince est mise à prix, il resta caché six semaines. Le duc et la duchesse de Mouchy, ses beaux-parents, sont arrêtés et exécutés, de même que la maréchale de Noailles, la duchesse de Noailles (belle-fille de la dernière) et sa fille, ainsi que les duchesses de Biron, de Gramont. La princesse de Poix fut sauvée par son infirmité, elle fut gardée à son domicile de Paris avec son fils cadet. Le 9 Thermidor les sauva.
Le prince s'engagea dans l'armée des Princes, puis se réfugia en Angleterre. La princesse resta entourée de sa belle-mère, la princesse de Beauvau, de sa belle-sœur la duchesse de Duras, de Mme de Simiane, de l'abbé de Damas et de l'abbé de Montesquiou. À la mort de ses beaux-parents, la princesse fut chassée de l'hôtel de Mouchy et se réfugia dans quelques pièces de l'hôtel de Beauvau, où demeurait sa belle-mère.
Après le 18 Brumaire, le prince rentra en France ; la princesse récupéra une partie de leur fortune, et vécut en partie chez elle et en partie, chez sa belle-mère, la princesse de Beauvau.
En 1803, alors âgée de 53 ans, la princesse maria son second fils, Just, avec Françoise Xavière Mélanie Honorine de Talleyrand-Périgord, nièce de Talleyrand.
La perte de la princesse de Beauvau l'affecta. Elle partagea son temps entre le faubourg Saint-Honoré avec Mme de Simiane, et le château du Val (que Mme de Beauvau lui avait laissé à sa mort), ou au château de Cirey, (demeure de Mme de Simiane) et au château de Mouchy, (qui appartenait au prince).
L'Empire et la Restauration
modifierDurant la période de l'Empire, le prince resta en dehors de toute activité politique. Just fut nommé chambellan en 1806, grâce à Talleyrand, sa nièce, l'épouse de Just, étant dame du palais de l'impératrice.
Lors de la Restauration, au retour des Bourbons, le prince est nommé lieutenant général et reprend ses fonctions de capitaine des gardes du corps du roi. Le , il est nommé pair de France et promu deux mois plus tard lieutenant-général du royaume.
Lors des Cent-Jours, il suit le roi à Gand, puis regagne la France avec lui et reprend ses fonctions de capitaine des gardes du corps du roi. En 1816, il transmet ces fonctions à son fils, le duc de Mouchy. En 1815, le prince de Poix récupère sa charge de gouverneur des châteaux de Versailles et de Trianon, et secrétaire général du gouvernement de Versailles. À ce titre, il représente le roi à Versailles et a en plus la charge de la paroisse Saint-Louis. Par lettres patentes du , il est créé duc-pair héréditaire, sur institution d'un majorat-pairie.
En 1818, il est impliqué, avec le duc de Gramont, dans l'homicide involontaire (et complicité d'homicide involontaire) commis sur la personne du feu comte de Saint-Morys. Il meurt le à Paris. Son éloge est prononcé à la Chambre des pairs par Armand-Maximilien-François-Joseph-Olivier de Saint-Georges, marquis de Vérac, époux d'une de ses nièces et son successeur dans ses fonctions à Versailles.
La princesse subit deux opérations successives qui échouèrent ; elle se résigna à quitter Mouchy. Ses distractions furent la lecture à haute voix et la conversation. La princesse de Craon se dévoua auprès d'elle et l'accompagnera dans ses derniers moments.
Elle réglait ses journées scrupuleusement : elle passait la matinée en famille, faisait une promenade en voiture, se faisait lire ses lettres, dictait ses réponses, et se faisait lire les journaux. Le soir, elle recevait. Pozzo di Borgo, MM. de Lally et de Montesquiou étaient assidus. Durant la belle saison, la princesse se rendait au château du Val, dans la forêt de Saint-Germain-en-Laye, où elle recevait. Le soir, elle y donnait un loto. Louis XVIII lui rendait visite une fois par an durant l'été.
Ses dernières années furent obscurcies par la perte de son amie, Mme de Simiane, puis, par celle de son fils aîné.
Selon sa descendante, la vicomtesse de Noailles, qui écrit sa biographie en 1855 : « aveugle & souffrante, elle était encore ce qui s'appelle jolie ».
Demeures de la princesse de Poix
modifier- Château du Val à Saint-Germain-en-Laye : hérité à la mort de sa belle mère la princesse de Beauvau
- Château de Fléville : hérité à la mort de son père, le prince de Beauvau[1].
- Château de Mouchy : appartenant à son époux après la mort de ses parents.
Ascendance
modifierNotes et références
modifier- ↑ Georges Poull, Fléville : son histoire et ses seigneurs, XIIIe-XIXe s. : histoire détaillée de cette demeure et de ses possesseurs, les Fléville, les Lutzelbourg et les Beauvau, Rupt-sur-Moselle, , 143 p..
Bibliographie
modifier- Léontine de Noailles, Vie de la princesse de Poix, née Beauvau. Ire partie 1750-1809. IIe partie 1809-1833, Paris, Lahure, , 113 p. (lire en ligne).
- Mémoires de Madame Campan, première femme de chambre de Marie-Antoinette, éd. Jean Chalon, Paris, Mercure de France, 1988, 490 p.
- Ghislain de Diesbach, Histoire de l'émigration 1789-1814, Paris, Perrin, 2007.
Liens externes
modifier- Pascale Debert, « La véridique histoire de la princesse au petit poix », sur histoiresgalantes.fr, .
- « Papiers de Louis Philippe Marc Antoine de Noailles, prince de Poix, et d'Anne Louise Marie de Beauvau, sa femme 1621-1792 », sur francearchives.fr.
