Arab Suqrir
'Arab Sukrir (عرب سكرير), également appelé ’Arab Abou Suwayrih[1] et Abou Sweirah[2] est un village arabe palestinien du sous-district de Gaza, à 38 km au nord-est de Gaza. Comme des centaines d'autres villages, il a été conquis, a subi un nettoyage ethnique puis a été détruit durant la guerre israélo-arabe de 1948[1],[3].
| Pays | |
|---|---|
| Territoire | |
| Sous-district | |
| Superficie |
40,22 km2 |
| Coordonnées |
| Population |
390 hab. () |
|---|---|
| Densité |
9,7 hab./km2 () |
Géographie
modifierArab Suqrir était situé dans une région plate, à une altitude de 25 m, dans la plaine côtière, juste au nord d'Isdud et à 39 km au nord de Gaza[4]. Sa superficie était de 40 224 dounams, dont 12 270 appartenant à des Arabes , le reste étant des terres publiques[5]. 583 dounams étaient consacrés aux plantations d'agrumes et de bananiers, 489 étaient classés comme plantations ou terres irrigables et 10 232 dounams étaient consacrés aux céréales[4]. 23 620 dounams étaient des terres incultes[4].
Histoire
modifierLa deuxième partie du nom du village, Arab Sukrir, peut dériver du nom cananéen du site, "Shakroun"[1].
L'historien Al-Maqrizi mentionne Sukrir quand le nouvel sultan d'Égypte, Lajin, le traverse lorsqu'il rentre en Égypte après avoir vaincu le Mamelouk Kitbagha, en 1296[6].
Empire ottoman
modifierArabe Sukrir est annexé à l’empire ottoman en 1517 avec le reste de la Palestine. En 1596, il relevait de la nahié et de la liwa de Gaza avec 10 foyers (55 habitants), tous musulmans. Selon le registre fiscal, les villageois payaient des taxes sur le blé, l'orge, le sésame, les ruches et les chèvres pour un total de 2000 akçe[7]. Les habitants étaient des Bédouins qui se sont progressivement installés, ont construit des maisons en pierre et sont devenus agriculteurs[1].
Les habitants d'Arab Sukrir appartenaient majoritairement à la tribu des 'Arab al-Malaliha (عرب الملالحة). Vivant dans les déserts de dunes, ils dépendaient de leur bétail, du transport et pratiquaient une agriculture élémentaire. Leur mode de vie nomade n'a laissé que peu de traces archéologiques[8].
Dans une liste officielle ottomane de 1870, Socin a relevé que le village, nomméAbu Suweirih, avait 41 maisons et 105 hommes recensés, seuls les hommes étant comptabilises[9]. Hartmann est cependant en désaccord sur le nombre de maisons et l'identification d'Abu Suweirih avec Abu Sukrir[10]. Des fouilles ont exhumé des tombes d'enfants enterrés dans des poteries (en), qui sont souvent associées aux groupes nomades ou de travailleurs itinérantes d'origine égyptienne[11].
Période du mandat britannique
modifierDe 1915 à 1918, les combats de la campagne du Sinaï et de la Palestine permettent au Royaume-Uni de faire la conquête de la Palestine. La région d'Arab Sukrir est conquise en et la Palestine est administrée comme territoire conquis jusqu'en 1923 puis sous l'autorité d'un mandat de la Société des Nations. Au recensement de la Palestine mandataire de 1922 conduit par les autorités britanniques, Abu Sweirah a une population de 530 habitants, tous musulmans[2].
Dans les statistiques de Village de 1945, la population d'Arab Sukrir est estimée à 390 habitants, tous musulmans[12].
Nettoyage ethnique en 1948
modifierDans le plan de partage de la Palestine voté par l’assemblée générale des Nations unies le 29 novembre 1947, 'Arab Sukrir est attribué à l’État juif, à la frontière nord de la partie de l’État arabe se trouvant autour de Gaza[13].
Le , 'Arab Sukrir est l'objet de la première proposition d'opération de destruction de la part de la Haganah. Un rapport des services de renseignement de la Haganah contient une recommandation officielle de destruction du village et d'élimination de certains hommes[14]. Selon l'historien Benny Morris, cette décision est la conséquence de la mort de onze éclaireurs de la Haganah en patrouille à Gan Yavne, tués par de miliciens d'Arab Sukrir le . La recommandation de détruire le village venait de Ziama Divon, directeur du Shay, qui disait « les Arabes attendent des représailles [...] Une absence de réponse de notre part serait interprétée comme de la faiblesse[14] ».
La presse raconte une histoire différente : selon le The New York Times, un groupe de Juifs de Yavne a attaqué "Wadi Sukrayr" le , jusqu'à ce que la police arrive et contre-attaque : huit Arabes et douze Juifs meurent dans les combats. Le journal Filastin mentionne aussi cette attaque le [15].
Le , ordre est donné de détruire le puits, détruire complètement le village, tuer les hommes et détruire les renforts qui arriveraient. Lorsque l'opération est lancée, le , les femmes et les enfants ont déjà été évacués. Une trentaine d'hommes sont restés défendre le village. Après la prise du village, les Israéliens détruisent les maisons, deux camions, le puits : selon un rapport, « le village n'existe plus[14]. » Associated Press mentionne le la destruction de 15 à 20 maisons par la Haganah dans un village près de Yibna[4].
Les habitants d'Arab Sukrir en voulaient aux villages voisins qui n'ont apporté aucune aide. Quelques habitants sont revenus peu après, avant de partir fin mars. La brigade Guivati s'empare d'Arab Sukrir le , au début de l'opération Barak. Le village est finalement détruit et les maisons en bois incendiées les 24– lors de l'opération Nikayon (nettoyage) par la brigade Guivati. Dix habitants sont abattus[1],[4].
Après la guerre, le village est annexé par Israël.
En 1992, Khalidi écrit qu'il ne reste du village que « des mauvaises herbes, des cactus et quelques arbres. Deux maisons subsistent. L'une d'elles, construite avec une ossature en béton et des parpaings, est dans une plantation d'agrumes. Sur le toit en terrasse se trouve une illiya. » Deux colonies juives sont installées sur les terres d'Arab Sukrir : Nir Galim, créé en 1949 et Ashdod, depuis 1955[1].
Le caravansérail
modifierSelon Petersen, le village se trouvait au centre actuel du moshav de Bnei Darom moshav ; les restes d'un caravansérail ou khan se trouvent dans un parc boisé, près d'un château d'eau [16]. Ses ruines ont d'abord été signalées par Victor Guérin en 1863 : « Cette ruine [est] celle d'un khan, aujourd'hui renversé. Long de 60 pas sur 37 de large, il renferme intérieurement une citerne et un petit magasin voûté, encore intacts. Au bas du tertre que ses débris recouvrent, on remarque, vers l'est, un réservoir et, à côté, un puits [...] en partie comblé. Un canal, dont les vestiges seuls sont apparents, amenait les eaux de ce réservoir à une fontaine maintenant démolie, et située dans la plaine, près de la route[16],[17] ».
Clermont-Ganneau visite lui aussi le site en 1873, et identifie les ruines à un relais de poste situé sur la route de la Syrie à l'Égypte[18].
Le site est enregistré comme monument ancien pendant la période mandataire, et les propriétaires sont autorisés à construire un réservoir de vingt mètres carrés à l'intérieur du caravansérail[19].
Petersen, inspectant l'endroit en 1994, l'a trouvé pratiquement dans le même état qu'au début du siècle, le réservoir de l'époque mandataire ayant été remplacé par un château d'eau[20].
En 2002, des fouilles à Bnei Darom ont mis au jour d'importants restes de la période mamelouke[21].
Notes et références
modifier- (en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « Arab_Suqrir » (voir la liste des auteurs).
- 1 2 3 4 5 6 Khalidi 1992, p. 80.
- 1 2 Mills 1932, p. 6.
- ↑ Ilan Pappé, Le Nettoyage ethnique de la Palestine, Paris : Fayard, 2008, (ISBN 978-221363396-1).
- 1 2 3 4 5 « 'Arab Suqrir — عَرَب صُقْرِير », Interactive Encyclopedia of the Palestine Question, consulté le 9 octobre 2025.
- ↑ Erreur de référence : Balise
<ref>incorrecte : aucun texte n’a été fourni pour les références nommées "Hadawi45" - ↑ Clermont-Ganneau 1896, p. 184- 185.
- ↑ Hütteroth et Abdulfattah 1977, p. 143. Cité par Khalidi, 1992, p. 80, et Petersen, 2001, p. 287
- ↑ (en) Roy Marom et Alexander Fantalkin, « Vines Among the dunes: sand/dune agriculture in Rimāl Isdūd/Ashdod-Yam during the Late Ottoman and British Mandate periods », Contemporary Levant, , p. 7 (lire en ligne).
- ↑ Socin, 1879, p. 142
- ↑ Hartmann, 1883, p. 131-132
- ↑ Taxel, Y., Marom, R., & Nagar, Y. (2025). An Infant Jar Burial from Zarnūqa: Muslim Funerary Practices and Migrant Communities in Late Ottoman Palestine. 'Atiqot, 117, 269–293.
- ↑ Erreur de référence : Balise
<ref>incorrecte : aucun texte n’a été fourni pour les références nommées "1945p31" - ↑ Sami Hadawi, « Palestine - Index to villages & settlements », Palestine Arab Refugee Office, 1949.
- 1 2 3 Morris 2004, p. 76-77.
- ↑ The New York Times, 11 janvier 1948 ; Filastin 11 January 1948, cités par Khalidi, 1992, p. 80.
- 1 2 Petersen 2001, p. 287.
- ↑ Guérin 1869, p. 79-80.
- ↑ Clermont-Ganneau 1896, p. 184. Cité par Petersen, 2001, p. 287
- ↑ ATG/284 (=Antiquities Reports (held in the Palestine Archaeological Museum)), cité par Petersen, 2001, p. 287.
- ↑ Petersen 2001, p. 287-288.
- ↑ (en) Diego Barkan, « Bene Darom Final Report », Hadashot Arkheologiyot – Excavations and Surveys in Israel, no 118, (lire en ligne)
Annexes
modifierBibliographie
modifier- (en) Diego Barkan, « Bene Darom Final Report », Hadashot Arkheologiyot – Excavations and Surveys in Israel, no 118, (lire en ligne)
- (en) C.S. Clermont-Ganneau, [ARP] Archaeological Researches in Palestine 1873-1874, translated from the French by J. McFarlane, vol. 2, London, Palestine Exploration Fund, (lire en ligne)
- (en) C.R. Conder et H.H. Kitchener, The Survey of Western Palestine: Memoirs of the Topography, Orography, Hydrography, and Archaeology, vol. 2, London, Committee of the Palestine Exploration Fund, (lire en ligne)
- (en) Department of Statistics, Village Statistics, April, 1945, Government of Palestine, (lire en ligne)
- V. Guérin, Description Géographique Historique et Archéologique de la Palestine, vol. 1: Judee, pt. 2, Paris, L'Imprimerie Nationale, (lire en ligne)
- (en) S. Hadawi, Village Statistics of 1945: A Classification of Land and Area ownership in Palestine, Palestine Liberation Organization Research Center, (lire en ligne)
- (de) M. Hartmann, « Die Ortschaftenliste des Liwa Jerusalem in dem türkischen Staatskalender für Syrien auf das Jahr 1288 der Flucht (1871) », Zeitschrift des Deutschen Palästina-Vereins, vol. 6, , p. 102–149 (lire en ligne)
- (en) W.-D. Hütteroth et K. Abdulfattah, Historical Geography of Palestine, Transjordan and Southern Syria in the Late 16th Century, Erlanger Geographische Arbeiten, Sonderband 5. Erlangen, Germany: Vorstand der Fränkischen Geographischen Gesellschaft, (ISBN 3-920405-41-2, lire en ligne)
- (en) W. Khalidi, All That Remains: The Palestinian Villages Occupied and Depopulated by Israel in 1948, Washington D.C., Institute for Palestine Studies, (ISBN 0-88728-224-5, lire en ligne)
- (en) E. Mills (ed.), Census of Palestine 1931. Population of Villages, Towns and Administrative Areas, Jerusalem, Government of Palestine, (lire en ligne)
- (en) B. Morris, The Birth of the Palestinian Refugee Problem Revisited, Cambridge University Press, (ISBN 978-0-521-00967-6, lire en ligne)
- (en) E. H. Palmer, The Survey of Western Palestine: Arabic and English Name Lists Collected During the Survey by Lieutenants Conder and Kitchener, R. E. Transliterated and Explained by E.H. Palmer, Committee of the Palestine Exploration Fund, (lire en ligne) (p.281)
- (en) Andrew Petersen, A Gazetteer of Buildings in Muslim Palestine (British Academy Monographs in Archaeology), vol. 1, Oxford University Press, (ISBN 978-0-19-727011-0, lire en ligne)
- (de) A. Socin, « Alphabetisches Verzeichniss von Ortschaften des Paschalik Jerusalem », Zeitschrift des Deutschen Palästina-Vereins, vol. 2, , p. 135–163 (lire en ligne)
Bibliographie complémentaire
modifier- Ilan Pappé, Le Nettoyage ethnique de la Palestine, Paris : La Fabrique éditions, 2024 (2e édition en français). (ISBN 978-2-35872-280-3) ;
- Rosemary M. Esber, Under the Cover of War : The Zionist Expulsion of the Palestinians, Arabicus Books & Media LLC : 2000. (ISBN 978-0-98151313-3)
Articles connexes
modifierLiens externes
modifier- Welcome To 'Arab Sukrir
- 'Arab Sukrir (Abu Suweira), Zochrot
- Survey of Western Palestine, Map 16: IAA, Wikimedia commons
