Arabe oranais

variante de l'arabe algérien parlée dans la région d'Oran

L'arabe oranais ou, plus simplement, « l'oranais » (autonyme : derja wahrania) est la variante régionale occidentale de l'arabe algérien. Il désigne l'ensemble des parlers arabes de l'Ouest algérien[1], à l'exception de la ville de Tlemcen. Il appartient à la famille dite de « l'arabe algérien »[2].

Oranais
الوهرانية
Pays Drapeau de l'Algérie Algérie
Région Oranie
Typologie SVO flexionnelle
Classification par famille
Codes de langue
Glottolog oran1236

L'arabe oranais s'établit sur un fond arabe, marqué par un substrat berbère et, dans le cas du parler d'Oran, espagnol[3],[4]. Il s'est fait connaître hors de l'Algérie, notamment grâce au raï depuis les années 1980.

Historique

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La présence de parlers arabes dans l'Ouest algérien s'inscrit dans un processus d'arabisation ancien et progressif. Dans la région de Tlemcen, l'arabe s'est implanté dans les anciens centres urbains et s'est diffusé progressivement dans les campagnes environnantes. Le parler de Tlemcen appartient ainsi au groupe des variétés arabes dites pré-hilaliennes, auxquelles sont également rattachés plusieurs parlers villageois et montagnards de l'Ouest algérien[5],[6]. Cette classification, fondée notamment sur les caractéristiques linguistiques des variétés sédentaires anciennes, ne doit toutefois pas être comprise comme une correspondance mécanique entre une population linguistique et une migration historique particulière : les catégories « pré-hilalien » et « hilalien » sont également des catégories de la dialectologie maghrébine, dont l'histoire et les limites ont été discutées par les travaux plus récents[7].

Les parlers de l'Ouest algérien ont par ailleurs été marqués par différents mouvements de population. Dans les centres urbains et leurs environs, les contacts avec les populations venues d'Al-Andalus, notamment après la chute de Grenade en 1492 puis lors de l'expulsion des Morisques au début du XVIIe siècle, ont contribué à la configuration linguistique de certaines variétés. À Oran, les contacts avec les populations hispanophones ont également laissé une empreinte lexicale importante : l'étude de Virginia Díaz Oti relève un nombre remarquable d'emprunts espagnols dans le parler oranais et souligne le rôle joué par les contacts avec les populations espagnoles et hispano-musulmanes, notamment pendant l'occupation espagnole d'Oran de 1509 à 1791[4].

À partir de l'époque moderne et surtout au XXe siècle, les déplacements de population et l'exode rural ont profondément modifié la situation dialectale des villes. À Oran, le parler urbain ancien de type sédentaire avait fortement reculé au moment de l'enquête de Jean Cantineau dans les années 1930. Le parler actuel d'Oran est principalement fondé sur une variété de type bédouin, tout en conservant certains traits associés aux parlers sédentaires[8],[9]. Cette évolution s'inscrit dans un phénomène plus général de recomposition des parlers urbains, au cours duquel les contacts entre populations urbaines et populations issues des migrations rurales ont favorisé l'émergence de nouvelles formes de parler urbain[4].

Répartition

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D'après la classification établie par Jean Cantineau à partir d'une enquête menée entre 1937 et 1939, les parlers arabes de l'ancien département d'Oran se répartissent en quatre groupes dialectaux[10]. La distinction principale oppose les parlers de type sédentaire aux parlers de type bédouin. Les premiers comprennent un groupe urbain (S1) et un groupe rural (S2), tandis que les seconds sont répartis en trois types : A, B et D[11] :

  • parlers de type bédouin :
    • groupe A, parlé par les populations nomades du Sahara ;
    • groupe B, représenté dans le Tell, notamment dans la région de Mostaganem ;
    • groupe D, couvrant notamment les arrondissements de Tlemcen, d'Oran et de Sidi Bel Abbès, ainsi que la commune mixte de Saïda[12].

Dans le cas d'Oran, le parler urbain de type sédentaire avait pratiquement disparu dès l'époque de l'enquête de Cantineau. Celui-ci constatait également la disparition de ces anciens parlers à Mascara et à Oran, tandis qu'à Mazouna il n'en relevait plus que des traces. L'étude de Jairo Guerrero sur le parler actuel d'Oran confirme cette évolution : le parler contemporain est essentiellement fondé sur une variété bédouine, tout en conservant quelques traits sédentaires[13].

De l'autre côté de la frontière entre l'Algérie et le Maroc, le parler d'Oujda semble constituer un continuum linguistique avec les parlers ouest-algériens, tant pour le parler citadin que pour le parler bédouin. Cependant, le parler d'Oujda possède ses spécificités propres qui le distinguent de l'arabe algérien et de l'arabe du Nord-Ouest marocain[14].

Selon Glottolog, « Oran » est classé comme un dialecte de l'arabe algérien, sous le glottocode oran1236. La fiche distingue ainsi l'oranais comme une variété dialectale rattachée à l'arabe algérien[15].

Mots oranais d'origine espagnole

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Le parler oranais se caractérise notamment par la présence d'un nombre important de mots d'emprunt d'origine espagnole. Cette influence lexicale s'explique par les contacts historiques entre les populations d'Oran et le monde hispanique, notamment à la suite de l'arrivée de populations andalouses et de réfugiés hispano-musulmans et séfarades, de l'occupation espagnole d'Oran de 1509 à 1791 et des contacts entretenus ultérieurement entre les deux populations. Ces emprunts touchent différents domaines du lexique et sont intégrés aux usages familiers et formels du parler oranais. Ils ont également fait l'objet de transformations phonétiques, morphologiques et sémantiques propres à leur intégration dans le parler local[16].

EspagnolPrononciation oranaiseSignification en français
lejíalikhiyaeau de javel
abogadobogadoavocat
bolsaboursamusette, sac.
gustogostoGoût, dans le sens d'avoir un penchant, presqu'amoureux.
cabezacabessatête
calentica (murcien[17])calentica[18], karentikaPréparation à base de pois-chiches
chanclachanclaMule, savate (« Tirer comme un tchangla au foot, c'est pas vraiment être un Zidane »)
miseriamiziriamisère
servilletaserbitaserviette
negronigrounoir (couleur de peau)
rojoroukhouBlond
fiestafichtafête
torotorotaureau
coberta (catalan)couvertacouverture
chocolatechoclate, chicoula,cheklatchocolat
figurafigourafigure
garfiogarfofourchette
largalargagrande (se dit d'une femme)
familiafamiliafamille
morenamorenala murène
botebotebotte
baratobaratoProduit bon-marché, de qualité médiocre.
cantinacantinabar
colacolaqueue (faire la)
basurabassuraordures
tabernat'barnabar
tchenkla changla sandale ou mule
semanasimanasemaine
placita plassita placette
pelota bolita Balle
pintura bantoura peinture
sabata (catalan)sebatechaussure

Notes et références

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  1. Ambroise Queffélec, Le français en Algérie : lexique et dynamique des langues, De Boeck Supérieur, (lire en ligne), p. 39
  2. « Algérie : Situation géographique et démolinguistique », sur Université Laval — TLFQ
  3. Queffélec 2002, p. 38.
  4. 1 2 3 Díaz Oti 2019, p. 31-49.
  5. Caubet 2000-2001, p. 73-90.
  6. Giuliano Mion, « Pré-hilalien, hilalien, zones de transition. Relire quelques classiques aujourd'hui », dans Mediterranean Contaminations. Middle East, North Africa and Europe in Contact, Klaus Schwarz Verlag, , 102-125 p. (lire en ligne)
  7. Mion 2018, p. 102-125.
  8. Cantineau 1940, p. 220-231.
  9. Guerrero 2015, p. 219-233.
  10. Jean Cantineau, « Les parlers arabes du département d'Oran », Revue africaine, vol. 84, nos 384-385, , p. 220-231
  11. Jairo Guerrero, « Preliminary Notes on the Current Arabic Dialect of Oran (Western Algeria) », Romano-Arabica, no 15, , p. 219-233 (lire en ligne)
  12. Guerrero 2015, p. 230.
  13. Guerrero 2015, p. 230-231.
  14. Montserrat BENÍTEZ FERNÁNDEZ, « VARIATION LINGUISTIQUE DANS LE PARLER ARABE D’OUJDA: NORD-EST MAROCAIN VS. COMMUNAUTÉ MAROCAINE DANS LA DIASPORA », sur digital.csic.es, (consulté le ).
  15. « Oran », sur Glottolog (consulté le )
  16. Virginia Díaz Oti, « Les mots d’emprunt d’origine espagnole dans le parler oranais », ALTRALANG Journal, vol. 1, no 1, , p. 31-49 (DOI 10.52919/altralang.v1i01.20, lire en ligne, consulté le )
  17. Le pataouète Dictionnaire de la langue populaire d'Algérie et d'Afrique du Nord, par Jeanne Duclos, etc. -éd. Gandini 1992 - p.50
  18. Queffélec 2002, p. 39.

Voir aussi

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Bibliographie

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  • Jihane Madouni-Lapeyre, Dictionnaire arabe algérien-français: Algérie de l'ouest, L'asiathèque (INALCO) (ISBN 2911053923)
  • Meriem Moussaoui, « L’hispanisme dans le parler oranais : incidence lexicale ou legs culturel », Insaniyat / إنسانيات. Revue algérienne d'anthropologie et de sciences sociales, nos 23-24, , p. 233–247 (ISSN 1111-2050, DOI 10.4000/insaniyat.5678, lire en ligne)
  • Fadila Moulasserdoun, « Les variations linguistiques dominantes dans le parler algérien : cas du parler de Mascara », Lectures, vol. 6, no 6, , p. 37–58 (lire en ligne)
  • Ambroise Queffélec, Le français en Algérie : lexique et dynamique des langues, De Boeck Supérieur, (lire en ligne)
  • Virginia Díaz Oti, « Les mots d’emprunt d’origine espagnole dans le parler oranais », ALTRALANG Journal, vol. 1, no 1, , p. 31-49 (DOI 10.52919/altralang.v1i01.20, lire en ligne)

Articles connexes

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Liens externes

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