Artahe
Artahe, également attesté sous les formes Artehe et probablement Arte, est une divinité aquitaine connue par plusieurs inscriptions votives découvertes principalement à Saint-Pé-d'Ardet, en Haute-Garonne. Le nombre relativement important de dédicaces concentrées dans cette petite région indique l'existence d'un culte local important, probablement associé à un sanctuaire situé à proximité du village[1].
| Artahe | |
| Mythologie pyrénéenne | |
|---|---|
LEXEIA / ODANNI F(ILIA) / ARTEHE / V. S. L. M. « Lexeia, fille d'Odannus, à Artehe ; elle s'est acquittée de son vœu de bon gré et comme il se devait. » | |
| Caractéristiques | |
| Autre(s) nom(s) | Artehe, Arte |
| Nom Aquitain | Artehe |
| Fonction principale | Divinité locale aquitaine |
| Fonction secondaire | Divinité associée aux bois, selon une interprétation étymologique |
| Représentation | Inconnue |
| Lieu d'origine | Saint-Pé-d'Ardet |
| Période d'origine | Antiquité romaine |
| Groupe divin | Divinité aquitaine |
| Culte | |
| Région de culte | Haute-Garonne, principalement autour de Saint-Pé-d'Ardet, avec des attestations à Lourde et Malvezie |
| Mentionné dans | Plusieurs inscriptions votives découvertes dans la région de Saint-Pé-d'Ardet |
| Symboles | |
| Attribut(s) | Inconnus |
| modifier |
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Le genre et la fonction exacte d'Artahe ne sont pas explicitement indiqués par les inscriptions. La tradition locale et certaines publications anciennes ont parfois présenté la divinité comme une déesse liée à l'ours, aux eaux ou à la fécondité. Ces interprétations ne sont cependant pas directement attestées par les sources antiques. Les données épigraphiques permettent surtout d'établir l'existence d'une divinité locale, dont le nom présente des caractéristiques linguistiques compatibles avec le fonds aquitain[2].
Inscriptions
modifierLe théonyme est attesté sous plusieurs formes, principalement Artahe et Artehe. La forme Arte est également attestée et pourrait correspondre à une forme abrégée ou à une variante du même théonyme[3].
L'une des dédicaces découvertes à Saint-Pé-d'Ardet porte :
« LEXEIA / ODANNI F(ILIA) / ARTEHE / V(OTUM) S(OLVIT) L(IBENS) M(ERITO) »
— « Lexeia, fille d'Odannus, à Artehe ; elle s'est acquittée de son vœu de bon gré et comme il se devait. »
Cette inscription est généralement référencée sous le numéro CIL XIII, 64. Elle est particulièrement intéressante parce que la dédicante, Lexeia, porte elle-même un nom d'origine indigène[4].
Une autre inscription, provenant également de la région, donne la forme Artahe :
« DEO / ARTAHE / L(VCIVS) P(OMPEIVS) PAVLI- / NIANI [F(ILIVS)] / [...] »
— « Au dieu Artahe, Lucius Pompeius Paulinianus, fils de Paulinianus [...] »
Cette dédicace est traditionnellement référencée sous CIL XIII, 70. Elle montre explicitement que la divinité était désignée comme un deus, ce qui constitue un élément important pour la question du genre grammatical de la divinité[3].
Une autre dédicace, découverte à Lourde, à proximité immédiate de Saint-Pé-d'Ardet, porte :
« ARTEHE DE[O] / BONNEXI[S] / AMANDI F(ILIVS) / V(OTVM) S(OLVIT) L(IBENS) M(ERITO) »
— « Au dieu Artahe, Bonnexis, fils d'Amandus, s'est acquitté de son vœu de bon gré et comme il se devait. »
Elle est référencée sous CIL XIII, 71. Le nom de Bonnexis, comme celui de son père Amandus, fournit des indications supplémentaires sur la population indigène ou romanisée qui fréquentait le sanctuaire[4].
Une quatrième dédicace, provenant de Malvezie, conserve le nom sous une forme fragmentaire :
« AR[T]A[HE DEO] / L(VCIVS) ANTIST[I]VS / SYNTR[O]PHVS / V(OTVM) S(OLVIT) L(IBENS) M(ERITO) »
— « Au dieu Artahe, Lucius Antistius Syntrophus s'est acquitté de son vœu de bon gré et comme il se devait. »
Cette inscription est référencée sous CIL XIII, 73. Elle est particulièrement intéressante car elle montre que le culte d'Artahe ne se limitait pas strictement au territoire de Saint-Pé-d'Ardet, même si l'essentiel des témoignages reste concentré dans cette région[5].
D'autres fragments ou autels portant le nom d'Artahe ont également été signalés à Saint-Pé-d'Ardet. Les inventaires anciens ont ainsi recensé plusieurs autels épigraphes consacrés à la divinité. Jean-Luc Schenck-David indique que les découvertes anciennes comprenaient plusieurs autels, auxquels s'ajoutaient une dédicace provenant de Lourde, puis une autre découverte à Ore et un autel signalé en remploi dans une maison de Saint-Pé-d'Ardet[1]. Le nombre exact de témoignages dépend donc du corpus retenu et de la distinction faite entre inscriptions conservées, fragments et découvertes anciennes.
Les formules v(otum) s(olvit) l(ibens) m(erito) correspondent à la formule votive latine très courante :
- V(otum) s(olvit = votum solvit → « il/elle s'est acquitté(e) de son vœu » ;
- L(ibens) M(erito) = libens merito → « de bon gré et comme il se devait ».
Le principal foyer connu du culte d'Artahe se situe à Saint-Pé-d'Ardet, dans le Comminges, au sein de l'ancien territoire des Convènes. Plusieurs autels y ont été découverts, ainsi que des témoignages provenant de localités voisines[1]. La forte concentration géographique des inscriptions distingue Artahe de nombreuses autres divinités pyrénéennes, dont les témoignages sont répartis sur une aire plus vaste. Elle suggère qu'Artahe était principalement une divinité à caractère local. Le toponyme Saint-Pé-d'Ardet a lui-même été rapproché du théonyme. La nature de cette relation reste incertaine : le nom du lieu pourrait conserver la mémoire d'un ancien culte, mais il est également possible que le théonyme ait été influencé par un toponyme préexistant.
Étymologie
modifierL'étymologie d'Artahe demeure discutée. L'élément -he, présent dans plusieurs théonymes aquitains, pourrait constituer une terminaison grammaticale ou morphologique caractéristique de cette langue. Les variantes Artahe et Artehe ont ainsi été rapprochées de noms divins comme Lahe ou Herauscorritsehe[3].
Une ancienne interprétation rapprochait Artahe du nom de l'ours en celtique et en basque, à l'origine de l'image moderne du « dieu-ours » ou de la « déesse-ourse ». Cette hypothèse reste incertaine : le basque moderne hartz, « ours », diffère phonétiquement de arte, tandis que le gaulois artos ne suffit pas à établir un lien avec le théonyme aquitain.
Une autre analyse rapproche Artahe ou Artehe du basque arte, « chêne vert » (Quercus ilex). Défendue notamment par Koldo Mitxelena et Joaquín Gorrochategui, elle a été reprise dans des travaux sur la religion et l'économie sylvopastorale de l'Aquitaine méridionale[5],[3]. Si elle est exacte, le nom pourrait évoquer le milieu boisé, le chêne vert ou une ressource forestière. David A. Wallace-Hare a notamment mis cette interprétation en relation avec l'importance des chênaies, de la production de glands et de l'élevage porcin chez les Convènes[5].
L'étymologie par l'« ours » doit donc être distinguée de celle par le « chêne vert », cette dernière reposant sur le basque arte et sur des recherches linguistiques contemporaines.
Iconographie
modifierLa fonction précise d'Artahe demeure inconnue. Aucune source antique ne le représente sous les traits d'un ours, d'une femme à tête d'ours ou d'une divinité des eaux : ces caractéristiques relèvent d'interprétations modernes. La documentation épigraphique atteste essentiellement un culte local, avec des formules telles que deo Artahe ou Artehe deo dans les dédicaces votives. L'hypothèse d'un lien avec le milieu boisé est compatible avec l'étymologie fondée sur le basque arte, sans permettre de déterminer si Artahe était associé aux arbres, aux forêts, à l'élevage, aux ressources forestières ou à un territoire particulier[5].
Genre et culte
modifierLe genre attribué à Artahe varie selon les publications modernes. Certaines le présentent comme une déesse, mais les inscriptions fournissent un indice grammatical en faveur d'une divinité masculine. La formule DEO ARTAHE, ainsi que ARTEHE DEO à Lourde, signifie « au dieu Artahe ». Dans une présentation fondée sur l'épigraphie, il convient donc de privilégier l'appellation de « dieu Artahe[3] ». Cette identification doit rester prudente, car les théonymes indigènes étaient intégrés à des formulations latines et l'emploi de deus ne restitue pas nécessairement tous les aspects de la conception indigène de la divinité.
Artahe illustre le caractère localisé de certaines divinités du panthéon pyrénéen. Ses inscriptions sont principalement concentrées autour de Saint-Pé-d'Ardet, ce qui pourrait indiquer un rôle de protecteur d'une communauté ou d'un territoire. Les autels votifs découverts dans cette zone suggèrent également l'existence d'un sanctuaire local fréquenté par les populations environnantes. Les dédicants, aux noms indigènes ou romanisés, témoignent de l'intégration des traditions religieuses locales dans les pratiques épigraphiques romaines. Saint-Pé-d'Ardet constitue ainsi l'un des principaux foyers documentés du culte d'une divinité indigène dans les Pyrénées centrales[1].
Notes et références
modifier- 1 2 3 4 Jean-Luc Schenck-David, « À propos d'un nouvel autel votif découvert à Saint-Pé-d'Ardet en Haute-Garonne », Aquitania, vol. 22, , p. 171-203
- ↑ (es) Joaquín Gorrochategui Churruca, Estudio sobre la onomástica indígena de Aquitania, Leioa, Universidad del País Vasco / Euskal Herriko Unibertsitatea, , 384 p. (ISBN 978-84-9082-927-1, lire en ligne), p. 312-313
- 1 2 3 4 5 Oihane Mendizabal-Sandonís, Javier Velaza Frías, Mattin Aiestaran, Joaquín Gorrochategui, Gidor Bilbao, Josu Narbarte, Euken Alonso, Laura Damas, Arantza Aranburu, Eneko Iriarte, Aitor Pescador, Peio Esain et Juantxo Agirre-Mauleon, « Nueva ara dedicada a Larrahe hallada en Arriaundi (Larunbe, Navarra) », Palaeohispanica, vol. 24, , p. 295-315 (DOI 10.36707/palaeohispanica.v24i1.651)
- 1 2 Georges Fabre et Jacques Lapart, Auscii, 9, Bordeaux ; Pessac, Ausonius, , 232 p. (ISBN 9782356131935)
- 1 2 3 4 (en) « Inscriptions latines d'Aquitaine (ILA): Auscii. Inscriptions latines d'Aquitaine, 9 », Bryn Mawr Classical Review, (lire en ligne)