Arturo Labriola
Arturo Labriola, né à Naples le 21 ou , mort le , est un journaliste, économiste et homme politique socialiste italien.
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21 ou Naples |
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Arturo Labriola |
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Républicain dans sa jeunesse, il adhère au début du XXe siècle au socialisme. En 1902, il amorce un tournant dans la théorisation du syndicalisme révolutionnaire en Italie en fondant le journal Avanguardia socialista. Rapproché du socialisme indépendant à partir de 1913, il adhère à l'interventionnisme démocratique durant la Première Guerre mondiale. Ministre du travail de 1920 à 1921, il s'exile en France en 1926 suite aux violences fascistes. Antifasciste et professeur à l'étranger, il rallie finalement le régime en 1935, enthousiasmé par l'entreprise coloniale en Éthiopie. Il continue son activité de parlementaire après la guerre comme indépendant puis dans les rangs du Parti communiste italien (PCI).
Biographie
modifierJeunesse et formation : du républicanisme au socialisme
modifierArturo Labriola naquit à Naples en janvier 1873 de Luigi, un petit artisan, et de Matilde De Laurentiis. Après avoir effectué ses premières études dans des écoles catholiques, il commença à quatorze ans à fréquenter un cercle politique d'orientation républicaine dirigé par certains disciples de Giovanni Bovio[1]. Plus tard, repensant à ces années, il écrivit :
« Le spectacle de ma ville natale, adorée et insupportable, ne m'a suggéré qu'un seul sentiment : m'activer pour le changer. Ainsi, entre quatorze et quinze ans, je devins socialiste [...]. Pas proprement socialiste, mais républicain, mais cela importe peu car à Naples, alors, c'est-à-dire vers 1895, être républicain, socialiste ou anarchiste était peu ou prou la même affaire » (Spiegazioni a me stesso, Naples 1945, p. 19).
À l'occasion du XVIIe congrès des Sociétés ouvrières fraternelles tenu à Naples en 1889, Labriola participa en tant que représentant de l'aile républicaine-collectiviste, qui y obtint un premier succès. Un des deux cercles étudiants napolitains républicains-socialistes nés du congrès, celui de la Gioventù operosa (Jeunesse laborieuse), délégua Labriola pour le représenter au XVIIIe congrès des Sociétés ouvrières fraternelles, qui se déroula à Palerme en 1892, et qui marqua le triomphe du collectivisme et de la lutte des classes sur l'orientation mazzinienne[1].
En 1890, Labriola s'inscrivit à la faculté de droit de l'Université de Naples, où il obtint son diplôme en 1895 avec une thèse sur les doctrines économiques du physiocrate français François Quesnay, qu'il publia en 1897 (Le dottrine economiche di F. Quesnay)[1]. Il obtint son diplôme mais en retard, dû au fait qu'il avait été suspendu pendant un an des cours universitaires pour avoir participé aux protestations contre la répression des Faisceaux siciliens[1].
Intellectuel et militant socialiste
modifierLa condamnation à dix-huit mois de domicile surveillé s'ajouta à celle qui lui avait été infligée en 1891 pour avoir organisé à Naples la manifestation du 1er mai : cinq mois de prison avec sursis, qu'il ne purgea jamais.
Entre-temps, Labriola adhéra au Parti socialiste italien (PSI) et commença à collaborer à certains journaux et revues comme Socialismo popolare, la Rivista popolare di politica, letteratura e scienze sociali de Napoleone Colajanni, et Critica sociale de Filippo Turati, dans laquelle parut son premier article en 1891[1]. En 1893, il fut parmi les fondateurs du Cercle socialiste napolitain et fut désigné la même année parmi les rapporteurs au congrès socialiste de Florence sur le thème des programmes maximum et minimum du parti.
À cette période, Labriola étudia la pensée de Karl Marx, par la médiation des travaux d'Achille Loria, et dédia au marxisme l'ouvrage : La teoria del valore di C. Marx: studio sul III libro del "Capitale", publié à Palerme en 1899, en même temps qu'une traduction de la Critique de l'économie politique, la première parue en Italie de l'auteur allemand. À cette même période, il débuta la polémique avec le réformiste Filippo Turati, auquel il reprochait de s'allier avec les partis démocratiques lors des élections[1].
Dès 1895, Labriola regarda avec une certaine sympathie les entreprises coloniales italiennes, convaincu que ces dernières pouvaient permettre d'alimenter les flux migratoires et contribuer à résoudre certains des problèmes sociaux du pays, particulièrement des régions méridionales. En 1897, il fut parmi les socialistes qui partirent volontaires pour la Grèce, dans le corps d'expédition organisé par l'anarchiste garibaldien Amilcare Cipriani, pour combattre aux côtés des Grecs de Candie insurgés contre la domination turque[1]. L'année suivante, il fut parmi les organisateurs des émeutes qui éclatèrent à Naples pour protester contre l'augmentation du prix du pain et contre la politique du gouvernement. En conséquence, il fut condamné à cinq ans de réclusion et deux ans de surveillance, peine à laquelle il échappa en s'exilant en Suisse[1].

Les années d'exil : Suisse et France
modifierSur place, il fut accueilli par l'économiste Maffeo Pantaleoni, qui avait été le rapporteur de sa thèse de doctorat, et présenté par celui-ci à Vilfredo Pareto. Expulsé d Suisse en septembre 1898, il se réfugia en France où il resta jusqu'au début de l'année 1900[1]. Il collabora avec Il Divenire sociale de Enrico Leone, côtoya Paul Lafargue et Hubert Lagardelle mais surtout Georges Sorel, « le seul homme auquel l'iconoclaste Labriola ait reconnu la qualité de maître » (Arfè, I socialisti, p. 244)[1].
Syndicalisme révolutionnaire
modifierEn 1898, il bénéficia de l'amnistie accordée aux condamnés de 1898. Au début de 1900, il déclencha une bataille politique contre la ligne pro-gouvernementale de la direction socialiste. À la fin de 1902, il quitta Naples et créa, avec Walter Mocchi, à Milan, le journal Avanguardia socialista qui devint une référence idéologique importante du courant révolutionnaire au sein du PSI. Leader du syndicalisme révolutionnaire, Labriola fut également codirecteur avec Angelo Oliviero Olivetti, de la revue Pagine libere, éditée à Lugano de 1906 à 1911. En 1911, il fut favorable à l'intervention de l'Italie en Libye mais finit par critiquer la manière dont la guerre fut menée.
Socialisme indépendant, interventionnisme et activités dans les années 1920
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Il se détacha du syndicalisme révolutionnaire en 1913 et entra au parlement comme socialiste indépendant. En 1915 il fut favorable à l'entrée en guerre de l'Italie. En 1918, vice-maire de Naples ne pouvant être maire en raison de sa charge de député, il fut par la suite élu sur la liste de l'Unione Socialista Italiana (composée d'ex-interventionnistes et de socialistes indépendants), en 1920 il devint ministre du travail.
Antifascisme à l'étranger
modifierVictime des violences fascistes, révoqué de l'enseignement universitaire à Naples et de son mandat parlementaire en 1926, il quitta l'Italie pour la Corse avant de rejoindre Paris, où il participa à l'activité de la Concentrazione antifascista. En décembre 1927, il s'installa à Bruxelles, où il obtint une chaire à l'Institut des hautes études et commença à collaborer avec divers journaux, dont le Soir et le Peuple, organe du Parti ouvrier belge (POB)[1]. Au printemps 1928, il se rendit à New York, où il resta jusqu'au mois d'octobre, donnant un cycle de conférences à l'Université Columbia et prenant la direction du quotidien Nuovo Mondo, organe des socialistes italiens[1]. L'année suivante, puis à nouveau en 1930, il fut en Argentine, où il donna des cours à l'Université de Buenos Aires et collabora aux journaux des immigrés italiens, La Critica et La Patria degli Italiani.
À son retour en Europe, en 1930, comme franc-maçon, il assuma la charge de grand maître adjoint du Grand Orient d'Italie du au , étant grand maître "de facto", puisque le grand maître Domizio Torrigiani avait été emprisonné par le régime fasciste[2]. Il atteignit le 33º degré du Rite écossais ancien et accepté[3].

Ralliement au régime fasciste
modifierIl décida de quitter le mouvement antifasciste en 1935 par engouement pour la la guerre d'Éthiopie. De retour le 22 décembre 1935 dans son pays natal, son revirement fut récompensé par Mussolini qui lui offrit un emploi, à lui et son fils Lucio, respectivement à la Banque de Naples et à la Montecatini. Labriola envoya une lettre à Mussolini dans laquelle il se déclarait solidaire de son action :
« Alors que mon pays est engagé dans une action grave et difficile, je me permets d'assurer Votre Excellence de mes sentiments de pleine solidarité avec mon pays, au-delà et au-dessus de toute idée politique […]. »
Dans les années qui suivirent, Labriola collabora à Il Merlo, La Tribuna d'Italia[1], et à d'autres publications. De nombreux historiens ont fait l'erreur d'affirmer qu'il collabora à La Verità de Nicola Bombacci, chose qu'il ne fit jamais (on l'a sans doute confondu avec Teresa Labriola). En conséquence de son ralliement au régime,il fut expulsé de la section de Bruxelles du parti socialiste, de la direction du Parti Socialiste Italien et du Grand Orient d'Italie en exil[4].
Après la chute du fascisme le 25 juillet 1943, il entama une campagne dans les journaux Il Giornale di Napoli et Il Tempo di Roma contre ce qu'il définissait comme « le fascisme des antifascistes », voyant dans l'antifascisme une intolérance reflétant celle du fascisme.
Homme politique sous la République
modifierAprès la guerre, en 1946, il fut élu à l'Assemblée constituante du parti Alliance démocratique de la liberté, puis sénateur en 1948[5]. En 1952, il est élu conseiller municipal de Naples, en tête d'une liste d'indépendants de gauche. L'année suivante, il se présente au Sénat, toujours en tant qu'indépendant, mais ne parvient pas à être élu. S'étant pleinement consacré à l'activité de conseiller municipal, il se présente aux élections de 1956 à la mairie de Naples à la tête de la liste du Parti communiste italien (PCI), étant battu par le maire sortant, le monarchiste Achille Lauro. Il décède à Naples le 23 juin 1959[5].
Lors de la commémoration à la Chambre des députés, le premier à prendre la parole fut le communiste Gian Carlo Pajetta, qui souligna fièrement que le parcours politique tumultueux et contradictoire de Labriola, dont les communistes avaient « comprenant le nom presque comme celui d'un personnage de la légende socialiste », s'était terminé dans les rangs du PCI.
Publications
modifier- Contro il referendum, Milano, 1897 (ristampato nel 1998 da Datanews, Roma)
- La teoria del valore di C. Marx. Studio sul III libro del "Capitale", Palermo, Sandron, 1899
- La "Comune" di Parigi, Lugano, Soc. ed. Avanguardia, 1906
- Riforme e rivoluzione sociale (Milano, 1904), Lugano, Società ed. Avanguardia, 1906 (2ª ed. modificata).
- Marx nell'economia e come teorico del socialismo, Lugano, Soc. ed. Avanguardia, 1908
- Storia di dieci anni, Milano, Il Viandante, 1910 (Feltrinelli, Milano, 1975, 2ª ed.).
- Economia, socialismo, sindacalismo (Alcuni scritti), Napoli, Soc. ed. Partenopea, 1911
- La guerra di Tripoli e l'opinione socialista, Napoli, Morano, 1912
- Il sostanziale e l'accidentale nel Socialismo, Napoli, Soc. ed. Partenopea, 1914
- Le due politiche. Fascismo e riformismo, Napoli, Morano, 1924
- Finanza ed economia, Napoli, Morano, 1925
- Al di là del capitalismo e del socialismo, Parigi, Coll. di studi politici e sociali, 1931
- Spiegazioni a me stesso. Centro Studi Sociali, Napoli, 1945
Traductions en français
modifier- La loi de la concentration capitaliste : contribution a l'étude des théories marxistes, Paris, V. Giard & E. Brière, 1899.
- Karl Marx, l'économiste, le socialiste, trad. fr. Édouard Berth, préf. Georges Sorel, Paris, Marcel Rivière, 1910.
- Crépuscule de la civilisation. L’Occident et les peuples de couleur, Paris, Mignonet, 1932.
- Au-delà du capitalisme et du socialisme, Paris, Librairie Valois, 1932.
- L'État et la crise, Paris, Marcel Rivière, 1933.
Notes et références
modifier- (it) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en italien intitulé « Arturo Labriola » (voir la liste des auteurs) du .
- 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 Fulvio Conti, Dizionario biografico degli italiani, Roma, vol. 62, Istituto della Enciclopedia Italiana, (lire en ligne)
- ↑ Santi Fedele, I Repubblicani in esilio nella lotta contro il fascismo (1926-1940), Firenze, Le Monnier, 1989, pag. 58.
- ↑ Giordano Gamberini, Mille volti di massoni, Roma, Ed. Erasmo, 1975, p. 204.
- ↑ Nicoletta Casano, Libres et persécutés. Francs-maçons et laïques italiens en exil pendant le fascisme, Paris, Garnier, 2015, p. 210.
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Bibliographie
modifier- (it) Dora Marucco, Arturo Labriola e il sindacalismo rivoluzionario in Italia, Turin, Fondazione Luigi Einaudi, 1970.
- (it) Willy Gianinazzi, Intellettuali in bilico. ‘Pagine libere’ e i sindacalisti rivoluzionari prima del fascismo, Milan, Unicopli, 1996.
Articles connexes
modifierLiens externes
modifier- Ressources relatives à la vie publique :
- Notices dans des dictionnaires ou encyclopédies généralistes :
- (it) le désagrègement réformiste / Arturo Labriola ((A. 2, n. 18 (12-6-1923), p. 74-75
- (it) Réformisme et coopératives / Arturo Labriola. ((A. 2, n. 19 (19-6-1923), p. 79
- (it) Socialisme libertaire / Arturo Labriola. ((A. 4, n. 32 (13-9-1925), p. 132