Astrologie sidérale
L'astrologie sidérale tout comme l'astrologie tropicale, s'appuie sur le zodiaque (il n'y à qu'un seul zodiaque). C'est le système d'astrologie utilisé dans les pays asiatiques (en Inde, par exemple, voir Astrologie Jyotish), ainsi que par une minorité d'astrologues occidentaux. Elle a été popularisée en Occident dans les années 1940 par l'intermédiaire des travaux de l'astrologue irlandais Cyril Fagan (en). Le zodiaque sidéral, qui est à l'origine de l'astrologie comme le démontrent les travaux d'Otto Neugebauer[1] et de Franz-Xaver Kugler (en)[2], a toutefois été redécouvert par les Jésuites durant leur mission scientifique en Inde durant le XVIIe siècle. La dimension strictement sidérale du zodiaque est également enseignée par le Talmud de Babylone (Pessahim IX:58)[3].
Signes tropicaux et constellations sidérales
modifierLe zodiaque divisé en douze signes utilisé en Occident, tel que défini par Hipparque et Ptolémée, est dit tropical, ou sidéral; Il est divisé en douze portions égales de 30°, en commençant par le point vernal. Ce système est encore utilisé aujourd'hui par l'immense majorité des astrologues occidentaux, et correspond toujours à la réalité stellaire. Le premier horoscope de nativité de l'histoire, datant du 29 avril 410 av. J.-C., avait été conçu dans la ville de Nippur à partir du zodiaque sidéral avec un découpage en douze secteurs égaux de 30°, comme l'a démontré l'assyriologue américain Abraham Sachs en 1952[4]. Les bases de l'astrologie ont donc été conçues à partir du zodiaque [5],[6].
L'astrologie dite tropicale est saisonnière, car elle considère les saisons de l'hémisphère nord comme étant à l'origine des caractéristiques des individus à la naissance, et ce en tout point du globe. Cette approche fut proposée par Ptolémée [7] et a mis environ 5 siècles à être acceptée par les astrologues car elle fixe un signe à une date calendaire. Cette astrologie impose par exemple au Bélier d'être un signe de printemps.
L'astrologie sidérale, quant à elle, définit les signes du zodiaque, également de 30° chacun, à partir des constellations et considère la position du Soleil "devant" les étoiles comme étant à l'origine des caractéristiques des individus à la naissance, comme au temps des Babyloniens. La précession des équinoxes implique qu'un signe va balayer toutes les saisons terrestres, le Bélier sera un signe des quatres saisons terrestres. Les signes du zodiaques coïncident approximativement avec des constellations situées dans le plan de l'écliptique, car les constellations astronomiques correspondent à des étoiles et leurs frontières ont été fixées conventionnellement par les astronomes lors d'un congrès de l'Union Astronomique Internationale en 1930 [8],[9]. Si les dessins des constellations ont évolué à travers les civilisations, les étoiles principales de chaque constellation se trouvent présentes dans leur propre
dodécatémorie (Spica à 29° de la Vierge, Antarès à 15° Scorpion, etc.).
Presque tous les astrologues, qu'ils soient sidéraux ou tropicaux, sont d'accord pour diviser le zodiaque en 12 signes de taille égale, donc de durée similaire (30 jours, plus ou moins un). En réalité, les constellations diffèrent par leur taille ; ainsi le Soleil est réellement dans l'alignement de la constellation du Scorpion pendant 9 jours, tandis qu'il l'est sur 37 jours devant celle des Poissons (pour prendre les extrêmes). Certains astrologues sidéraux considèrent donc qu'il faut définir la taille des signes proportionnellement à l'étendue réelle des constellations dans le ciel (i.e. dates astronomiques du tableau "Trois zodiaques" ci-dessous).

Cette approche suppose que le Soleil « entre » et « sort » d'une constellation à des dates précises, ce qui n'a de sens que si cette constellation possède des limites définies. Or, comme l'illustre la représentation du Bélier par Johann Bayer ci-contre, dépourvue de toute ligne de démarcation, ce n'était pas le cas avant les travaux d'Eugène Delporte et l'adoption par l'Union astronomique internationale, en 1930, de limites précises pour chacune des 88 constellations [10],[11].
Le phénomène de précession des équinoxes et le décalage entre les deux astrologies
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Le phénomène de précession des équinoxes, découvert en 130 av. J.-C. par l'astronome grec Hipparque, révèle un décalage de la longitude écliptique du point vernal d'environ 1° tous les 72 ans. En effet, à cette époque, l'équinoxe de printemps avait lieu lors de l'entrée du Soleil dans la constellation du Bélier. Cependant, lorsque les Chaldéens puis les prédécesseurs de Ptolémée ont adopté l'astrologie, ils ignoraient le phénomène de la précession des équinoxes et sa découverte par Hipparque a été prise en compte par Ptolémée, lequel a théorisé une succession de douze signes commençant par le Bélier et fixant le début de ce signe au point vernal (0° Bélier tropical) se trouvant aujourd'hui au début de la constellation des Poissons (5°). Dans l'Almageste, Ptolémée dit : "...nous appellerons Bélier la première dodécatémorie, à partir du point équinoxial du printemps"[12].
Par exemple, si une personne est dite « Bélier », en astrologie tropicale, cela signifie qu'elle est née entre deux dates calendaires sans aucunement tenir compte de la position du Soleil. En astrologie sidérale, pour être dit « Bélier », il faut que le Soleil se soit trouvé effectivement dans la constellation du Bélier lors de sa naissance. Plus simplement, l'astrologie tropicale utilise le calendrier, tandis que l'astrologie sidérale utilise la position du Soleil "dans" une constellation du zodiaque.
Il résulte du phénomène de précession des équinoxes qu'une personne n'aura pas le même signe astrologique selon qu'elle utilise l'astrologie tropicale ou l'astrologie sidérale, sauf si cette personne est née dans les six derniers jours du signe tropical. Ce nombre de jours est dépendant de la date de naissance de la personne.
Du fait de cette convention, le premier signe du zodiaque, le Bélier, débute à l'équinoxe de printemps dans l'hémisphère nord pour les tropicaux, et actuellement (début du XXIe siècle) vers le 15 avril pour les sidéraux.
L'usage du zodiaque sidéral certifié jusqu'au VIIIe siècle
modifierMalgré Ptolémée, une partie des astrologues des mondes judéo-chrétien et musulman continuèrent à s'appuyer sur le zodiaque sidéral pour établir leurs horoscopes jusqu'au VIIIe siècle[13]. Dans le monde chrétien, Rhétorius (en) d'Égypte s'appuya, par exemple, sur les coordonnées sidérales pour établir ses horoscopes en l'an 620. Dans le monde musulman, Masha'allah utilisa également des éphémérides sidérales pour calculer ses horoscopes à Bagdad (comme ceux de l'an 791 et de l'an 794), comme le montrent les travaux d'Otto Neugebauer. Les premiers horoscopes calculés à partir du zodiaque tropical se sont répandus à partir du IXe siècle tels que le recommandait Ptolémée[14], démontrant au passage l'influence de l'Islam khorassanien dans l'appréhension de l'astrologie saisonnière[13] (le point de départ du calendrier solaire persan, Norouz, était l'équinoxe de mars). Celle-ci devint la norme en Occident en raison de l'aura scientifique musulmane à cette époque.
Astrologie hindoue
modifierL'astrologie hindoue, aussi nommée Astrologie védique ou jyotish, est sidérale. Elle prend en compte le décalage dû à la précession des équinoxes, avec une correction, nommée « Ayanamsa », d'environ 24°.
Il existe cependant plusieurs Ayanamsas, faisant que les différents systèmes d'astrologies védiques diffèrent de quelques minutes ou secondes d'arc. L'Ayanamsa de Lahiri est l'Ayanamsa qui est généralement admis : il valait 23°48' en 1996[15]. La grande majorité des astrologues indiens n'utilisent que le zodiaque sidéral qui commence pour la majorité des écoles par le point opposé à l'étoile Spica déterminé à 180° zodiaque (Ayanamsa Lahiri). Une minorité s'appuie sur l'étoile fixe Revati (Zeta Piscium) pour déterminer le point de départ du zodiaque. Les astrologues indiens distinguent l'astrologie lunaire sidérale de l'astrologie solaire tropicale en nommant la première gréco-romaine (originaire de Syrie romaine) et la seconde tadjike (originaire du Khorassan).
En raison des liens culturels tissés par le monde anglo-saxon avec le sous-continent indien depuis plus de trois siècles, le zodiaque sidéral est plus populaire dans celui-ci que dans le monde francophone.
L'apport de Cyril Fagan
modifierIl fut le premier à comprendre l'origine de la détermination des degrés d'exaltation utilisés en astrologie (Soleil 19° Bélier, Lune 3° Taureau, Mercure 15° Vierge, Vénus 27° Poissons, Mars 28° Capricorne, Jupiter 15° Cancer, Saturne 21° Balance). Ses travaux ont indiqué qu'elles remontent aux levers et aux couchers héliaques des planètes enregistrés en 786 av. J.-C.[16]. Il s'aperçut que les degrés avaient été déterminés à partir de l'axe stellaire Aldebaran/Antares respectivement positionnée à 15° Taureau et 15° Scorpion, et non à partir du point vernal de l'époque (situé à 14° Bélier).
D'après les travaux de Cyril Fagan et Donald Bradley, le zodiaque des signes et celui des constellations coïncidaient exactement en 221 apr. J.-C., c'est-à-dire que le point vernal se trouvait à ce moment-là à 0° de la constellation du Bélier, mais il s'avère que cette théorie est fausse[17].
Trois astrologies
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Pour des raisons de simplification mathématique, la majorité des astrologues utilisent douze signes (360 est un multiple de 12), alors que le zodiaque astronomique compte, depuis 1930, date à laquelle l'Union astronomique internationale a défini les limites des constellations du zodiaque sur l'écliptique[8], avec treize constellations, la treizième étant Ophiuchus (ou le Serpentaire) qui empiète depuis cette date de quelques degrés sur l'écliptique entre la constellation du Scorpion et celle du Sagittaire. De ce fait, on peut définir deux astrologies : l'astrologie tropicale et l'astrologie sidérale.

C'est ce dernier zodiaque qui est utilisé par certains astrologues du mouvement anthroposophique, comme Günther Wachsmuth[18], et Maria Thun pour son calendrier des semis[19]. Néanmoins ils ne tiennent pas compte d'Ophiuchus. Il en est de même de l'astro-météorologue J. Lippens[20].
Pour l'année 2002, on a le tableau suivant (il faut rajouter un jour aux zodiaques sidéraux et astronomiques tous les 70 ans et demi) :
Notes et références
modifier- ↑ (en) Neugebauer Otto & Van Hoesen Barlett Henry, Greek Horoscopes, American Philosophical Society, , 231 p..
- ↑ (de) Kugler Franz Xaver, Die Babylonische Mondrechnung, Herder, , 246 p..
- ↑ Elkaïm-Sartre Arlette, Aggadoth du Talmud de Babylone (traduit de l'Hébreu), Éditions Verdier, , 1450 p., p. 316.
- ↑ (en) Sachs Abraham, Babylonian Horoscopes, Journal of Cuneiform Studies, Vol. 6/N°2, , pp. 49-75.
- ↑ Denis Labouré (préf. Jean-Pierre Bayard), Les origines de l'astrologie, Monaco, Rocher, coll. « Astrologie », , 239 p. (ISBN 978-2-268-02731-9), page 33.
- ↑ Denis Laboure et Jean-Claude Laborde, Introduction à l'étude de l'astrologie hindoue, Paris, Éditions traditionnelles, , 32 p. (OCLC 144751370), page 15.
- ↑ Claude Ptolémée, Almageste, livre I
- 1 2 Eugène Delporte, Délimitation scientifique des constellations (tables et cartes), Cambridge, Cambridge University Press, 1930.
- ↑ Jean Meeus, More Mathematical Astronomy Morsels, Richmond (Virginie), Willmann-Bell, 2002, chap. « The Dates at Which the Sun Enters the Zodiacal Constellations »
- ↑ (en) Ian Ridpath, Star Tales, Cambridge, Lutterworth Press, 1988 (éd. en ligne : ianridpath.com).
- ↑ (en) Eugène Delporte, préface de Délimitation scientifique des constellations (1930), traduction anglaise par Ian Ridpath : ianridpath.com/delporte.html.
- ↑ Prolémée Alamgeste page 90 de la traduction de Halma
- 1 2 Bouriche Patrice, L'histoire secrète de l'astrologie - Tome II (L'hérésie tropicaliste venue du Khorassan), Autres Talents, , 206 p..
- ↑ Ptoléméee Tétrabiblos
- ↑ Denise Huat, ABC de l'astrologie indienne, Éditions Jacques Granger, Paris 1998, (ISBN 9782733905777)
- ↑ Denis Labouré, Initiation à l'astrologie sidérale, p. 222.
- ↑ Vivian Robson (trad. de l'anglais par Xavier Murer), Les étoiles fixes et les constellations en astrologie, Puiseaux, Pardès, coll. « Kosmos », (1re éd. 1984) (ISBN 978-2-867-14089-1).
- ↑ Günther Wachsmuth, Ciel de naissance et ciel de mort, (Dornach 1956), Trad. française : Éditions Triades, Paris 1976.
- ↑ Maria Thun, Calendrier des semis 2007, Mouvement de Culture Bio-dynamique, Paris.
- ↑ J. Lippens, Astrométéorologie, Éditions des Cahiers astrologiques, Paris, 1952.
Sources
modifier- "The Real Constellations of the Zodiac". Dr Lee T. Shapiro, Planetarian, Vol 6, #1, Spring (1977). site internet en langue anglaise : ips.planetarium.com
- "The Primer of Sidereal Astrology", Cyril Fagan and Brigadier R. C. Firebrace, American Federation of Astrologers Inc., (1971) (ISBN 0-86690-427-1)
- Retour au zodiaque des étoiles, Jacques Dorsan, Éditions Dervy, 1980.
Annexes
modifierBibliographie
modifier- Patrice Bouriche, L'histoire secrète de l'astrologie : révélations sur l'imposture du zodiaque des saisons, Patrice Bouriche, coll. « À la source de tous les cultes » (no 1), , 292 p. (ISBN 978-2-322-17121-7, lire en ligne)
- Marie Delclos, Astrologie : racines secrètes et sacrées, Paris, Dervy, coll. « La roue céleste », , 398 p. (ISBN 978-2-850-76629-9)
- Jacques Dorsan, Retour au zodiaque des étoiles : vous n'êtes pas né sous le signe que vous croyez, Paris, Dervy livres, coll. « La Roue céleste », , 329 p. (ISBN 978-2-850-76130-0)
- Cyril Fagan, Le Zodiaque des Égyptiens, Éditions Pardès
- Denise Huat, ABC de l'astrologie indienne, Éditions Jacques Grancher, Paris 1998, (ISBN 2-7339-0577-5) édité erroné
- Denis Labouré, Initiation à l'astrologie sidérale, Éditions Pardès, 1986
- Maurice Nouvel, Le vrai zodiaque est sidéral : étude ésotérique et statistique, Puiseaux, Pardès, coll. « Kosmos », , 284 p. (ISBN 978-2-867-14087-7)
