Ata-Malik Juvayni
‛Ala' al-Din Ata-Malik al-Juvayni est un historien persan né en 1226 à Djovayn (une ville du Khorasan, au nord-est de l’Iran) et mort en 1283 à Mughan ou Arran en Azerbaïdjan. Il a grandi dans une noble et ancienne famille qui s’est ralliée aux Mongols. Lui-même proche des ilkhans mongols, il a écrit une histoire de l'Empire mongol intitulée Ta'rikh-i Jahan-Gusha (« Histoire du Conquérant du monde »).
| Wali of Baghdad | |
|---|---|
| - | |
Guo Kan (en) |
| Naissance | |
|---|---|
| Décès | |
| Sépulture | |
| Nom dans la langue maternelle |
عطاملک بن مُحمَّد جوینی |
| Surnoms |
علاء الدين, أبو المُنظِّر, عطاملک |
| Activités |
Historien, homme politique, poète, scribe, katib |
| Famille |
Juvayni family (en) |
| Père |
Baha' al-Din Juvayni (d) |
| Fratrie |
Tarikh-i Jahangushay-i Juvaini (d) |
Biographie
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Ce que nous connaissons de ‛Ala' al-Din Ata-Malik al-Juvayni nous vient de son œuvre[1]. Il est né en 1226 à Azadvar dans le comté de Djuwayn, dans le Khorasan[2],[3].
Famille
modifierAta Malik est membre d'une famille de hauts fonctionnaires au service des dynasties successives[4]. Dans son Tārikh-e Djahān Goshāy, il fait remonter cette tradition jusqu'à Fazl ibn Rabi', qui fut vizir du calife abbasside Harun al-Rashid[4],[1]. Cette information n'est pas vérifiée, mais on sait que son grand-père, Shamseddin Muhammad, a exercé la fonction de saheb divan (équivalent du ministre des finances) auprès du sultan du Khwarezm, Alāʾ-al-Din Moḥammad. Son père Bahāʾ-al-Din Moḥammad bin Moḥammad est à son tour saheb divan de la partie occidentale de l'empire mongol[4],[1].
Ata Malik a un jeune frère, Shams al-Din, honoré du titre de saheb-e divan, qui exerce la fonction de grand vizir au service de l'ilkhan Hulegu, puis de son successeur Abaqa Khan[5],[6].
Carrière
modifierDe bonne heure, il choisit de faire carrière dans l'administration, contre l'avis de son père[1]. Il fait plusieurs fois le voyage jusqu'à la capitale mongole, Qara-Qorum, avec Arghun Agha, en 1249-1251 puis en 1251-1253. Lorsque Houlegou arrive dans le Khorasan, Juvayni se met à son service. Il l'accompagne en 1256 dans ses opérations contre les ismaélites de la forteresse d'Alamut (les « Assassins »). Ata Malik demande que la bibliothèque soit épargnée. Il conserve des instruments d'astronomie et une sélection de livres, dont certains lui servent à la rédaction de son traité historique, notamment une autobiographie de Hassan Sabbah[6], puis il fait brûler ceux qui ont trait à la doctrine batinite[2],[3]. Il participe ensuite à la campagne qui conduit au sac de Bagdad en 1258. Il est nommé peu de temps après gouverneur de l'Iraq et du Khuzistan[1]. Il restaure la prospérité dans la région. Il est à l'origine du creusement d'un canal entre al-Anbar sur l'Euphrate et Nadjaf[1],[3]. On lui sait gré d'avoir allégé les impôts des paysans[3].
Après la mort d'Houlagou en 1265, il conserve son poste sous le règne d'Abaqa, qu'il occupe pendant plus de vingt ans. Mais sa position fait de lui la cible d'intrigues et de calomnies. Accusé de détournement de fonds, il est arrêté en 1281. Libéré rapidement, il est à nouveau emprisonné, accusé cette fois d'intelligence avec les mamelouks d'Égypte[1],[3]. Il lui faut attendre la mort d'Abaqa pour que son successeur Ahmad le libère et le réhabilite dans sa fonction. Majd al-Mulk Yazdi, qui a intrigué contre lui, est exécuté[6].
Mort
modifierL'arrestation de plusieurs de ses hommes par Arghun, qui a déposé Ahmad, lui cause du souci. Est-ce la cause de sa mort ? Il fait une attaque[1], d'autres parlent d'une chute de cheval[6], mais sans exclure le lien avec son angoisse[7], et meurt le 5 mars 1283 à Arran[1] ou à Mogham[2], en Azerbaïdjan. Il est inhumé au cimetière de Cherendab à Tabriz[3].
Il a au moins un fils, Mansur, qui sera exécuté par Arghun en 1289, et un fille, qui épouse un soufi, le fils de Sa'doddîn Hamûyeh[7],[3].
Mécène et historien
modifierLe retour de la stabilité à Bagdad favorise l'essor des arts et des sciences. Comme son frère, Ata-Malik fait preuve de générosité pour encourager les poètes, qui leur témoignent leur reconnaissance. Saadi fait leur éloge[7], de même que Humam-i Tabrizi (en)[3], Fakhr al-Din Iraqi, Majd-al-Din Hamgar (en)[7].

Son œuvre majeure est le Ta'rikh-i djahangushay (« Histoire du conquérant du monde »). Il y retrace l'histoire des Mongols jusqu'à la mort du khan Güyük en 1248, puis celle des souverains du Khwazerm et celle des gouverneurs mongols du Khorasan[1]. Le récit du renversement de la forteresse des Assassins s'appuie sur les livres trouvés à la bibliothèque d'Alamut[1]. Il commence à écrire en 1252-53[8], quand il est en Mongolie, et cesse d'y travailler en 1260[1]. On suppose qu'une fois nommé gouverneur d'Iraq, occupé par ses fonctions, il n'a plus eu de temps pour son livre[1],[7]. On remarque en effet qu'il a laissé des blancs, comme s'il avait l'intention de les compléter plus tard, et qu'il fait référence à des chapitres qu'il n'a pas écrits[6]. L'œuvre est fondée pour partie sur son expérience personnelle, et pour partie sur des sources écrites, dont certaines sont aujourd'hui perdues[8].
Le livre garde le silence sur la prise de Bagdad. Bien qu'au service des conquérants, en tant que musulman, l'événement ne pouvait pas le laisser indifférent. Bien qu'il fasse l'éloge de ses maîtres, dont il loue le génie militaire et la discipline, sans qu'on ait de raison de mettre en doute sa sincérité, il laisse entrevoir une nostalgie pour l'ancien régime. Il déplore les effets de la conquête mongole pour le savoir. Son éloge de Jalal al-Din, qui a tenté de résister aux conquérants, est encore plus admiratif que celui des Mongols : il le compare à Rostam, le héros mythique du Shah nameh[6].

On loue son style imagé[2]. Le livre est une source d'information unique sur l'histoire des Mongols : il est le seul à s'être rendu en Mongolie à cette époque[1]. Le livre constitue un modèle pour les historiens persans ultérieurs. Il est traduit en anglais et en turc[3].
À la fin de sa vie, il écrit deux traités où il retrace les mésaventures que lui fait subir Yazdi et s'efforce de prouver son innocence. Le premier s'appelle Tasliat’l-ikhvan, le second ne porte pas de titre[3],[7].
Bibliographie
modifier- Rajabzadeh, Hashem (2009). "JOVAYNI FAMILY". Encyclopaedia Iranica, Vol. XV, Fasc. 1. pp. 61–63.
- Biran, Michal (2009). "JOVAYNI, ṢĀḤEB DIVĀN". Encyclopaedia Iranica, Vol. XV, Fasc. 1. pp. 71–74.
- Ashraf, Ahmad (2006). "Iranian identity iii. Medieval Islamic period" Encyclopaedia Iranica, Vol. XIII, Fasc. 5. pp. 507–522.
- Ata Malik Juvaini History of the World Conqueror, traduit par John Andrew Boyle, Harvard University Press 1958, sur Internet Archive
- Constantin d'Ohsson, Histoire des Mongols depuis Tctinguis-Kban jusqu'à Timour Bey ou Tamerlan (lire en ligne).
Notes et références
modifier- 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 (en) W. Barthold, DJUWAYNI, ‛Ala' Al-Din ‛Ata-Malik b. Muhammad in Encyclopedia of Islam, Brill, (lire en ligne), p. 606-607
- 1 2 3 4 Michèle ÉPINETTE, « Biographie de DJOVAYNĪ (1226-1283) »
, sur Encyclopædia Universalis, s. d. (consulté le ) - 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 (tr) Orhan Bilgin, « CÜVEYNÎ, Atâ Melik », sur TDV İslâm Ansiklopedisi, (consulté le )
- 1 2 3 (en-US) Hashem Rajabzadeh, « JOVAYNI FAMILY », sur Encyclopaedia Iranica, (consulté le )
- ↑ (en-US) Michal Biran, « JOVAYNI, ṢĀḤEB DIVĀN », sur Encyclopaedia Iranica, (consulté le )
- 1 2 3 4 5 6 (en) John Andrew Boyle, « Introduction », dans Ala Ad Din Ata Malik Juvaini, The History Of The World Conqueror, Harvard University Press, (lire en ligne), xv-xxxv
- 1 2 3 4 5 6 (en-US) George E. Lane, « JOVAYNI, ʿALĀʾ-AL-DIN », sur Encyclopaedia Iranica, (consulté le )
- 1 2 (en) « ʿAṭā Malek Joveynī | Persian Scholar, Poet, Historian | Britannica », Encyclopedia Britannica, s. d. (lire en ligne [archive du ], consulté le )