Bataille de Bagdad (1258)

victoire à Bagdad en 1258 de l'armée mongole du chef Houlagou Khan

La bataille de Bagdad en 1258 (656 AH) est une victoire, près de Bagdad, de l'armée mongole contrôlée par le chef Houlagou Khan, petit-fils de Gengis Khan, sur l'armée du Califat abbasside. La ville, après un siège, est ensuite prise, mise à sac et brûlée, et environ 800 000 habitants sont massacrés.

Siège de Bagdad
Description de cette image, également commentée ci-après
L'armée d'Houlagou Khan attaque Bagdad.
Informations générales
Date
(13 jours)
Lieu près de Bagdad (Irak)
Issue Victoire de l'Ilkhanat (Mongols)
Belligérants
Ilkhanat
(Empire mongol)
Royaume arménien de Cilicie
Royaume de Géorgie
Principauté d'Antioche
Califat abbasside
Ayyoubides
Commandants
Houlagou Khan
Arghun agha
Baïdju
Buqa Temür
Sunitai
Ketboğa
Guo Khan (en)
Koke Ilge[1]
Héthoum Ier
David VI
Al-Musta'sim
Moujahid al-Din Aïbek Aldwadar
Chahabeddin Salman Chah (ur)
Qarasunqur
Al-Ashraf Musa (en)
Forces en présence
120 000[2] à 150 000 hommes[3] 50 000 hommes
30 000 hommes
Pertes
Inconnues ~ 50 000 morts
Civils :
90 000 morts (Sicker)[4],[5]
200 000 à 800 000 morts (sources occidentales)[6]
2 millions de morts (sources arabes)[7]

Invasions mongoles

Coordonnées 33° 20′ 51″ nord, 44° 20′ 06″ est
Géolocalisation sur la carte : Asie de l'Ouest
(Voir situation sur carte : Asie de l'Ouest)
Siège de Bagdad
Géolocalisation sur la carte : Mésopotamie
(Voir situation sur carte : Mésopotamie)
Siège de Bagdad

Contexte

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Le califat abbasside était en place depuis plus de 500 ans, puisqu'il avait été fondé en 750[8]. Il était la deuxième dynastie musulmane, après le renversement des Omeyyades au pouvoir après l'assassinat d'Ali en 661.

Au cours du IXe siècle, le califat de Bagdad perdit la plupart des possessions de l'ancien empire musulman : la Tunisie et la Tripolitaine en 801, l’Azerbaïdjan septentrional en 825, le Yémen en 850, le Tabarestan en 864, le Sind et la majeure partie de la Perse au début des années 870, la Transoxiane en 875, Chypre en 879, l’Arménie en 884, l’Azerbaïdjan iranien en 889, l'Arabie (à l’exception du Hedjaz) en 899, la Haute Mésopotamie en 907. Pire, en 945 (334 AH), les Bouyides, qui étaient chiites, imposent leur tutelle au calife de Bagdad Al-Muti, qui perd ainsi tout pouvoir temporel. Il conserve cependant un fort pouvoir religieux sur les régions susmentionnées. En 1055 (447 AH), le califat passe sous la domination des Seldjoukides qui viennent d'établir un nouvel Empire. Le califat ne retrouve son indépendance politique qu'en 1157 (552 AH), mais celle-ci se limite désormais à la Basse Mésopotamie. Malgré cela, le califat restait un symbole fort et sa capitale Bagdad était toujours un important centre culturel ainsi que la quatrième ville la plus peuplée du monde (derrière Zhongdu, Le Caire et Hangzhou).

Bataille

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Approche

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À partir de l'année 1257, le prince mongol Houlegou, fondateur de l'Ilkhanat de Perse, exige la soumission du calife abbasside de Bagdad, al-Musta‘sim b‘illah. Face au refus de ce dernier, Houlegou mène le centre de l'armée mongole à travers le Kurdistan jusqu'au fleuve Tigre, au niveau de Ctésiphon. Il ordonne parallèlement à son aile droite de franchir le fleuve sur un pont de bateaux près d'Ad-Dujayl, permettant à ces troupes de progresser jusqu'à environ 40 kilomètres de Bagdad[9].

L'armée mongole, menée par Houlagou Khan et le commandant chinois Guo Khan (en), s'installa à Bagdad en . Houlagou a marché avec ce qui était probablement la plus grande armée jamais réunie par les Mongols. Sur l'ordre de Möngke Khan, deux combattants sur dix dans l'empire entier devaient rejoindre l'armée d'Houlagou[9]. De plus Ata al-Mulk Juvayni écrit que plus de 1 000 artilleurs chinois, ainsi que des Arméniens, des Géorgiens, des Turcs et des Perses prirent part au siège.

La première confrontation armée tourne à l'avantage des défenseurs. Le secrétaire du calife, Mujahid-ad-Din Aybeg, mène une levée d'infanterie depuis le faubourg de Karkh (quartier de Bagdad) et bat les Mongols. Cependant, la nuit même, alors que les soldats du calife célèbrent leur victoire, le commandant mongol Baiju fait rompre les digues et inonde le camp ennemi. Le lendemain, le 18 janvier, les Mongols lancent une attaque et le secrétaire parvient de justesse à regagner Bagdad vivant[9].

L'aile droite mongole occupe alors les faubourgs situés à l'ouest du Tigre, tandis que l'aile gauche couvre les murailles méridionales de la ville. Houlegou établit son camp face à la tour Ajami de la muraille le 22 janvier. Forte de 200 000 hommes, l'armée mongole prépare des projectiles et des tours de siège. Des ponts sont jetés sur le Tigre en amont et en aval de la cité, et des patrouilles surveillent les rives pour empêcher toute tentative de fuite[9].

L'assaut général commence le 29 janvier. Pour tenter d'apaiser Houlegou, le calife lui envoie son vizir chiite, Mu’ayyid-ad-Din Ibn ‘Alqami, ainsi que Mar Makika, le catholicos de l'Église de l'Orient, deux personnalités considérées comme favorables aux Mongols. Houlegou les renvoie et exige qu'on lui livre le secrétaire du calife ainsi que les autres partisans de la résistance[9].

Pendant ce temps, les catapultes mongoles parviennent à ouvrir une brèche dans la tour Ajami le vendredi 1er février, mais une vive résistance repousse les assaillants. Le dimanche suivant, les Mongols réussissent néanmoins à se rendre maîtres des remparts. Le secrétaire du calife tente de s'enfuir par le Tigre, mais les patrouilles mongoles coulent trois embarcations et le contraignent à rebrousser chemin. Devant l'impossibilité de fuir, le calife perd tout espoir et envoie des émissaires pour négocier la reddition. Houlegou promettant un traitement favorable au fils du calife, ce dernier sort de la ville le dimanche 10 février accompagné de ses fils et d'une délégation de 3 000 dignitaires[9].

Sac de la ville

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La prise de Bagdad. Miniature du XIVe siècle extraite de la Fleur des histoires de la terre d'Orient. BnF NAF Ms 886.
Illustration de Rashid al-Din vers 1430 du siège de Bagdad.

Le 13 février, l'armée mongole pénètre dans Bagdad avec l'ordre de tuer toute la population, tandis que les trésors de la ville sont rassemblés en tas monumentaux à l'extérieur, près du poste de commandement mongol. Seuls les chrétiens, placés sous la protection du catholicos, sont épargnés par les massacres. Au bout d'une semaine, Houlegou décrète une amnistie pour les rares survivants et quitte la ville en raison de l'air rendu fétide par les cadavres. Le 20 février, le calife, l'ensemble de sa famille et sa cour sont exécutés. Le même jour, le vizir Ibn ‘Alqami et d'autres fonctionnaires jugés fiables sont réinstallés dans leurs fonctions, sous la surveillance étroite d'un gouverneur khorezmien nommé Ali Ba’atur. Pour parachever la soumission de la cité, les murailles et les fossés sont rasés, et 3 000 soldats mongols reçoivent la mission d'évacuer les corps et de nettoyer les places de marché[9].

De nombreux récits historiques détaillent l'ensemble des horreurs perpétrées par les troupes mongoles. La grande bibliothèque de Bagdad contenant d'innombrables ouvrages historiques traitant de médecine et d'astronomie fut entièrement détruite. Des survivants dirent même que l'encre de tous ses livres assombrit les eaux du Tigre. Les Mongols détruisirent également les mosquées, les palais, les autres bibliothèques ainsi que des édifices d'une grande richesse culturelle.

La population tenta d'échapper à l'armée mongole, mais interceptés, les 90 000 civils fuyards furent massacrés[4],[5]. D'autres estimations fixent à des centaines de milliers les victimes civiles. Ian Frazier du New Yorker considère que 200 000 à un million de Bagdadis n'auraient pas survécu au siège[10]. Le calife fut capturé et forcé d'assister aux scènes de massacres et de tortures subies par son peuple. Il mourut piétiné par les chevaux de la cavalerie mongole après avoir été enroulé dans un tapis[5], cette thèse confirmant une croyance mongole ancestrale selon laquelle la terre maudirait quiconque ferait couler sur elle du sang royal. Ses fils furent tués, un seul survécut pour être envoyé en Mongolie. Plusieurs récits disent qu'Houlagou déplaça le camp du côté où soufflait le vent car l'odeur des cadavres émanant de la ville devenait insupportable.

La tactique d'Houlagou et le comportement de ses troupes mongoles, qualifiées de « barbares », étaient directement hérités de son aïeul Gengis Khan, qui voyait dans la violence des destructions un moyen efficace de décourager les velléités de résistance chez tout ennemi potentiel.

Conséquences

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En Égypte, le sultan mamelouk bahrite Qutuz prit le pouvoir pour assumer la guerre contre les Mongols (1259). Houlagou Khan lui demanda de se rendre. Qutuz refusa et tua les ambassadeurs d’Houlagou pour rendre toute négociation impossible.

En , Qutuz quitta l’Égypte à la tête des armées égyptienne et syrienne réunies. Il envoya le général Baybars en mission de reconnaissance avec une partie de l’armée. Au cours de cette mission, Baybars dut affronter un contingent mongol et emporta la victoire. Ce premier succès rehaussa le moral des troupes musulmanes. L’armée mongole fut menée par Kîtbûqâ depuis le départ soudain d’Houlagou provoqué par la mort de Möngke et les désordres successoraux qui en découlaient. Kîtbûqâ entreprit de rassembler ses troupes éparpillées en Syrie. Sa vanité lui fit refuser d’attendre les renforts promis par Houlagou. Le , Qutuz et Baybars vinrent à bout de l’armée mongole conduite par Ketboğa à la bataille d’`Ayn Jâlût. La Syrie revint aux Mamelouks et les Mongols se retirèrent au-delà de l’Euphrate. Cette victoire marqua l’arrêt de l’avancée des Mongols et la fin de leur réputation d'invincibilité.

À son retour au Caire, Baybars renversa le sultan Qutuz qui lui refusait le poste de gouverneur de la Syrie. Il se proclama sultan. Quelques mois après son accession au pouvoir, Abû al-Qâsim Ahmad arriva au Caire ; c'était le dernier Abbasside survivant du massacre de 1258. Il était l’oncle d’Al-Musta'sim, le 37e et dernier calife de Bagdad, le fils d’Az-Zâhir (35e calife) et le frère d’Abû Ja`far Al-Mustansîr (36e calife). Baybars ira lui-même à sa rencontre pour reconnaître son rang. Le nouveau calife prit alors le nom d’Al-Mustansîr, comme son frère avant lui à Bagdad[11]. Quelques jours plus tard, il décerna à Baybars le titre de « sultan universel » qui lui conférait une légitimité supplémentaire et justifiait son protectorat sur les villes saintes d’Arabie. Le calife proclama que le devoir des musulmans était de reconquérir Bagdad[12].

Notes et références

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  1. John Masson Smith, Jr. Mongol Manpower and Persian Population, pp. 276
  2. L. Venegoni (2003). Hülägü's Campaign in the West - (1256-1260) (en) « WebCite query result », sur webcitation.org via Wikiwix, Transoxiana Webfestschrift Series I, Webfestschrift Marshak 2003.
  3. National Geographic, v. 191 (1997)
  4. 1 2 (en) Martin Sicker, The Islamic world in ascendancy: from the Arab conquests to the siege of Vienna, Greenwood Publishing Group, , 232 p. (ISBN 9780275968922, lire en ligne), p. 111.
  5. 1 2 3 Grousset 1965, p. 447.
  6. Andre Wink, Al-Hind: The Making of the Indo-Islamic World, Vol.2, (Brill, 2002), 13. Inscription nécessaire
  7. The different aspects of Islamic culture: Science and technology in Islam, Vol.4, Ed. A. Y. Al-Hassan, (Dergham sarl, 2001), 655.
  8. « Le califat abbasside, âge d’or de la civilisation islamique », sur www.laculturegenerale, (consulté le ).
  9. 1 2 3 4 5 6 7 (en) Christopher Pratt Atwood, Encyclopedia of Mongolia and the Mongol Empire, Facts On File, (ISBN 978-0-8160-4671-3, lire en ligne), p. 28-29
  10. Ian Frazier répond ainsi à la déclaration d'Oussama ben Laden qui accuse l'armée américaine d'avoir été plus destructrice qu'Houlagou ne l'avait été (voir Ian Frazier, « Invaders (page 4/6) », sur The New Yorker).
  11. Clot 2009, p. 56.
  12. Clot 2009, p. 57-58.

Voir aussi

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Bibliographie

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Articles connexes

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Liens externes

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