Autoroute de Wallonie

autoroute A15 E42 en Belgique

L'Autoroute de Wallonie est une autoroute qui traverse la Région wallonne en Belgique d'est en ouest, reliant la frontière allemande, à hauteur de Verviers, à la frontière française, à hauteur de Tournai. Elle emprunte principalement l'autoroute belge A15, mais également des tronçons des autoroutes A3, A7 et A16, l'ensemble constituant la numérotation européenne E42, qui relie Verviers à Tournai en passant par Liège, Namur, Charleroi, La Louvière et Mons. Sa longueur totale, de la frontière allemande à la frontière française, est d'environ 191 kilomètres.

Panneau routier à la frontière de la Région wallonne sur l'autoroute de Wallonie

Elle est gérée, depuis 2010, par la Société wallonne de Financement Complémentaire des Infrastructures (SOFICO), avec l'appui technique du Service public de Wallonie - Mobilité et Infrastructures (SPW).

Dénomination et périmètre

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L'expression « autoroute de Wallonie » désigne, à l'origine, l'ensemble du tracé reliant la frontière française à la frontière allemande, c'est-à-dire la grande liaison est-ouest traversant les principales villes du sillon industriel wallon. Par la suite, le tronçon Liège-Verviers fut rebaptisé « autoroute Roi Baudouin », car il fut davantage considéré comme le prolongement de l'axe Bruxelles-Liège.

Dans son périmètre actuel, l'autoroute de Wallonie recouvre les segments suivants de la route européenne E42 : l'A3 entre Loncin et Liège, l'A15 entre Loncin (Liège) et Houdeng-Goegnies (La Louvière), l'A7 entre Houdeng-Goegnies et Mons, et l'A16 entre Mons et Tournai. L'A15, qui constitue le tronçon principal, s'étend sur environ 103 kilomètres entre Loncin et Houdeng-Goegnies, desservant les agglomérations de Grâce-Hollogne, Huy, Namur et Charleroi.

Géographie et tracé

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Situation

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L'autoroute de Wallonie suit dans ses grandes lignes le sillon Sambre-et-Meuse, cet espace subardennais d'environ un millier de kilomètres carrés qui va de Dour, dans le Borinage, à Verviers, en passant par Mons, La Louvière, Charleroi, Namur, Huy et Liège. Ce corridor naturel, formé par les vallées de la Sambre et de la Meuse, a constitué de tout temps la principale voie de communication entre l'Europe septentrionale et le bassin rhénan. Il abrite environ les deux tiers de la population wallonne, soit plus de deux millions et demi d'habitants.

Du point de vue géographique, l'autoroute traverse trois des cinq provinces wallonnes : la province de Liège à l'est, la province de Namur au centre et la province de Hainaut à l'ouest. Elle constitue ainsi l'épine dorsale routière de la Wallonie, articulant entre eux les principaux bassins de population et d'activité économique de la région.

Tracé de l'est vers l'ouest

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À son extrémité est, l'autoroute prend naissance à l'échangeur de Loncin (commune d'Ans, province de Liège), nœud autoroutier majeur où convergent les autoroutes A3 (vers Bruxelles et la frontière allemande), A15 et la jonction A602 vers Liège. Elle passe ensuite à proximité de l'aéroport de Liège (Liège Airport), desservant l'agglomération liégeoise par un échangeur à Grâce-Hollogne et une liaison vers Seraing.

Après avoir franchi plusieurs ouvrages d'art dans la vallée de la Meuse et ses affluents, elle longe la Hesbaye liégeoise avant d'atteindre Huy, puis de traverser la Hesbaye namuroise en direction de Namur. Elle se poursuit en traversant les alentours de la capitale wallonne, avec un échangeur au lieu-dit Daussoulx, puis descend vers le Hainaut en longeant l'Entre-Sambre-et-Meuse. Elle dessert l'agglomération de Charleroi grâce à plusieurs échangeurs, dont celui d'Heppignies qui connecte le ring de Charleroi (R3) et donne accès à l'aéroport de Charleroi-Bruxelles-Sud. Elle rejoint ensuite La Louvière par l'échangeur de Bois-d'Haine, où elle croise l'A501, puis l'A7 à l'échangeur d'Houdeng-Goegnies.

De là, l'A7 conduit vers le ring de Mons, point de jonction avec l'A16 qui prolonge l'autoroute vers Tournai, où elle se raccorde à l'A8 (vers Bruxelles) et aux routes vers Lille. La frontière française est atteinte à hauteur de Froyennes, dans l'agglomération tournaisienne.

Ouvrages d'art notables

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Le tracé de l'autoroute, qui traverse un relief vallonné marqué par de nombreux cours d'eau, est jalonné de plusieurs viaducs importants. Le viaduc de Huccorgne, long de 550 mètres, construit en 1970, surplombe la vallée de la Mehaigne sur le territoire de la commune de Wanze, entre Namur et Liège ; il est emprunté quotidiennement par environ 60 000 véhicules. Le viaduc de Viesville, d'environ 600 mètres, franchit le canal de Charleroi à Bruxelles sur le territoire de Luttre (Pont-à-Celles). Le viaduc d'Onoz, d'environ 320 mètres, enjambe l'Orneau dans l'entité de Sambreville. À l'approche de Liège, un viaduc d'environ 650 mètres franchit en un seul ouvrage le canal Albert et la Meuse à hauteur de Herstal.

Histoire

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Revendications et gestation (1934-1955)

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L'idée d'une grande liaison autoroutière est-ouest à travers la Wallonie est ancienne. Elle est réclamée dès décembre 1934 lors d'un congrès de la Concentration wallonne, organisation qui milite pour les intérêts économiques et politiques de la Wallonie au sein de la Belgique unitaire. Les promoteurs de ce projet font valoir que le réseau belge, structuré en étoile autour de Bruxelles, pénalise les centres industriels wallons en ne les reliant pas directement entre eux.

Dès 1938, Jean Duvieusart, futur Premier ministre belge, plaide pour la réalisation de cette infrastructure, estimant qu'une liaison moderne entre le Hainaut et Liège est indispensable à la connexion des deux grands centres industriels wallons. Le Conseil économique wallon reprend cette revendication jusque dans son existence clandestine sous l'Occupation allemande, et des parlementaires tels que François Van Belle et Lucien Harmegnies interpellent régulièrement le gouvernement sur ce sujet après la Libération. Duvieusart écrivait en 1938 :

« Les communications par route et par eau Hainaut-Liège posent des problèmes particulièrement actuels. Il n'est pas sûr que le salut de la Belgique s'accommode des seules routes en étoile, avec Bruxelles comme centre. Il faut une autoroute moderne Hainaut-Liège pour la connexion des deux centres industriels wallons[1]. »

La question est également portée dans le cadre international : le , le gouvernement belge signa la Déclaration sur la construction de grandes routes de trafic international, qui prévoit notamment une liaison Paris-Cologne dont l'autoroute de Wallonie constitue en substance un tronçon. Cet engagement s'inscrit dans le plan de Genève, élaboré dès 1950 par le Comité des Transports de la Commission économique pour l'Europe, qui définit l'ensemble du réseau européen d'itinéraires internationaux.

L'administration des Ponts et Chaussées et des Routes ne prend véritablement le dossier en considération qu'à partir de 1946. Le gouvernement belge inclut finalement la « Route de Wallonie » dans son plan décennal 1948-1957, mais sans lui accorder le caractère d'urgence revendiqué par les milieux économiques et politiques wallons. Ce traitement est notamment influencé par la doctrine de l'économiste Fernand Baudhuin, qui estime que la priorité demeure la liaison des centres wallons avec Bruxelles et Anvers, plutôt que leur connexion mutuelle. Cette vision suscite des réactions dans la presse wallonne, notamment dans La Nouvelle Gazette et dans l'édition belge de Témoignage chrétien.

En 1953, André Schreurs, aspirant FNRS publie une thèse justifiant la construction de cette infrastructure. Il est appelé à défendre l'idée devant le Centre Harmel. Schreurs est également le rapporteur sur ce sujet d'un colloque organisé à Mons par le Congrès national wallon sous la présidence de Léo Collard. Pour Schreurs, cette liaison qui est le décalque de la route romaine Bavai-Cologne s'impose pour des raisons politiques, sociales et économiques. Sur le plan politique, Schreurs évoque notamment :

« La nécessité d'accorder à la Wallonie un traitement moral et un équipement technique semblables à ceux dont bénéficie la Flandre, et de contribuer ainsi à la tension qui depuis cinquante ans trouble les rapports entre les deux régions du pays et qui s'est accusé si vivement ces derniers temps[2]. »

Les premières expropriations nécessaires au tracé datent de 1955.

Construction et inauguration (1962-1979)

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Les travaux débutent effectivement en 1962, sous l'impulsion de Jean-Joseph Merlot, ministre des Travaux publics. Le 24 septembre 1962, le premier mètre cube de béton de l'autoroute de Wallonie est coulé sur la section Loncin-Rocourt, inaugurant officiellement le chantier.

En 1969, l'achèvement de l'échangeur de Loncin est commémoré par l'émission d'un timbre postal belge portant les mots Autoroute de Wallonie / Autoweg van Wallonië, témoignant de la dimension symbolique nationale de l'ouvrage.

Après vingt-cinq ans de revendications et dix ans de travaux, le tronçon principal Mons-Liège est officiellement inauguré et mis en service le 10 novembre 1972. André Cools, figure politique socialiste wallonne, souligne à cette occasion que l'autoroute de Wallonie marque la première concrétisation de la Belgique régionalisée, puisqu'il s'agit de la première inauguration d'une autoroute ne reliant pas la Wallonie à la Flandre ou à Bruxelles, mais traversant la région d'est en ouest. Le tronçon Mons-Tournai (A16) est complété dans les années suivantes, les premières sections étant livrées dès 1972-1974, de sorte que l'ensemble du tracé Verviers-Tournai est progressivement achevé dans la seconde moitié des années 1970. Le vice-Premier ministre André Cools dira :

«  L'autoroute de Wallonie marque la première concrétisation de la Belgique régionalisée, car c'est la première fois qu'on n'inaugure pas une autoroute qui n'aille pas vers le nord du pays, mais le traverse d'est en ouest[3]. »

En 1977, la Délégation permanente des mouvements wallons dénonce encore le fait que le raccordement à Tournai n'est pas entièrement finalisé et que l'autoroute de l'Ardenne (A26/E25) n'est pas encore tracée.

Régionalisation et gestion wallonne (depuis 1989)

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La loi spéciale du 8 août 1988 sur la réforme institutionnelle belge transfère la compétence sur les infrastructures routières aux régions. Depuis le 18 janvier 1989, les autoroutes wallonnes sont gérées par la Région wallonne, et non plus par l'État fédéral belge.

En 1994, le Gouvernement wallon crée, par décret du 10 mars, la Société wallonne de Financement Complémentaire des Infrastructures (SOFICO), organisme public dont la mission initiale consiste à achever les chainons manquants du réseau routier et fluvial inscrits dans les schémas du réseau transeuropéen de transport (RTE-T). La SOFICO obtient des financements auprès de la Banque européenne d'investissement (BEI) et bénéficie de subsides des Fonds structurels européens pour mener à bien ces chantiers.

Par arrêté du Gouvernement wallon du 10 décembre 2009, la SOFICO est désignée maitre d'ouvrage de l'ensemble du réseau routier structurant de Wallonie, qui comprend les autoroutes et les principales routes nationales, soit environ 2 700 kilomètres de voiries (dont près de 900 kilomètres d'autoroutes et plus de 1 400 kilomètres de routes régionales stratégiques à deux fois deux bandes). Ce réseau représente environ 52% du trafic routier total de la Région wallonne. La SOFICO assure cette mission avec l'appui technique du SPW - Mobilité et Infrastructures (anciennement Direction générale opérationnelle Routes et Bâtiments, DG01).

Caractéristiques techniques

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L'autoroute de Wallonie est une autoroute de type autoroutier au sens technique du terme, comportant des chaussées séparées par un terre-plein central, des entrées et sorties réservées aux échangeurs numérotés, et l'interdiction d'accès aux véhicules non motorisés. Ses sections urbaines et périurbaines sont, ou ont été, équipées d'un éclairage par lampadaires, caractéristique historique du réseau autoroutier belge.

Le tracé est parsemé d'aires de service et de repos gérées par la SOFICO. Près d'une quarantaine d'aires autoroutières sur l'ensemble du réseau structurant wallons sont concédées à des opérateurs privés (énergéticiens, PME) qui y proposent des services aux usagers (15 entre Loncin et la frontière française ; 19 entre cette dernière et la frontière allemande). La SOFICO développe également des parkings de covoiturage à proximité des grands axes (soit directement des parkings en dehors de la chaussée comme à la sortie de Flémalle, soit directement le long de la chaussée comme à la sortie de Saint-Georges-sur-Meuse).

Depuis 2002, la SOFICO gère en outre le réseau wallon de fibres optiques qui longe les autoroutes, dans le cadre d'un plan stratégique de commercialisation auprès des opérateurs de télécommunications. Des espaces le long du réseau sont concédés pour des projets d'énergies renouvelables (éolien, hydroélectrique).

  1. Jean Duvieusart Wallonie 1938 in la revue catholique des idées et des faits, n° 33 et 34, 1938, p. 3
  2. cité Encyclopédie du Mouvement wallon, Tome I, p. 98
  3. Discours lors de l'inauguration cité in l'Encyclopédie du Mouvement wallon Tome I, p. 99