Bashshayt
Bashshayt (بشيت), également transcrit Beshshayt, Bashsheet ou Bashshit, est un village palestinien du sous-district de Ramle. Des fouilles archéologiques attestent de l’occupation depuis conquête arabo-musulmane. Mentionné par les géographes arabes depuis le XIIIe siècle, le village abrite la tombe de Nabi Shayt (le prophète Seth (Bible)).
| Nom local |
المالحة |
|---|
| Pays | |
|---|---|
| Sous-district | |
| Partie de | |
| Superficie |
6,8 km2 |
| Coordonnées |
| Population |
1 620 hab. () |
|---|---|
| Densité |
238,2 hab./km2 () |
| Statut |
|---|
| Événement clé | |
|---|---|
| Dépeuplement |
13 mai 1948 |
Comme des centaines d’autres villages, il a été dépeuplé lors de la guerre de Palestine de 1948. Au cours de l’opération Barak, il a été attaqué par la brigade Givati de la milice sioniste la Haganah, en même temps que Barqa, Bayt Daras, al-Batani ash-Sharqi et al-Maghar[1]. Après son dépeuplement, Bashshayt est détruit. Sept villages israéliens occupent son territoire.
Toponymie
modifierSelon Palmer, le nom du village signifie la maison de Seth[2]. C‘est l’évolution de Beit Shayt[3]. Le tombeau de Neby Shit se trouvait à Bashshayt ; d’autres sanctuaires de Seth se trouvaient l’un en Samarie (Haram en Neby Shayt), l’autre, Al-Nabi Shayth au Liban[4]. Le tombeau est couvert par un triple dôme[5].
Géographie
modifierLe village de Bashshayt était situé dans la plaine côtière palestinienne, à 16 kilmètres de Ramle. Le wadi Bashshit, affluent du wadi al-Sarar, coulait à 500 mètres à l’est. La route secondaire de Yibna à Gedera passait par le village[6].
Les villages voisins étaient Yibna au nord, al-Maghar et Gedera (fondée en 1884) au nord-est, Qatra à l‘est, Al-Masmiyya al-Kabira au sud-est, Yasour au sud, Barqa au sud-ouest et Arab Suqrir à l’ouest[6].
Types d‘usage des terres en dounams dans les Statistiques de Village de 1945[7],[8]
| Usage | Surface |
|---|---|
| Agrumes/Bananes | 66 |
| Plantations et irrigation | 651 |
| Olives | 67 |
| Céréales | 17 558 |
| construit | 58 |
| Cultivable | 18 275 |
| Non-cultivable | 278 |
Propriété des terres en dounams[9] :
| Terres... | Dounams |
|---|---|
| Arabes | 18,538 |
| Juives | 0 |
| Publiques | 15 |
| Total | 18 553 |
Histoire
modifierDes tessons de poterie de la période de la conquête arabo-musulmane[10] et une monnaie omeyyade (697–750 EC) ont été trouvés[11] ainsi que de la céramique des XIIe et XIIIe siècles[10].
Pendant les Croisades, Bashshayt est appelé Basit. Il est mentionné par Yaqout al-Rumi (mort en 1228) dans son Mu'jam Al-Buldan (« dictionnaire des pays »)[12],[13].
Des pièces de la période mamelouke (XIVe siècle) ont aussi été trouvées[11].
Empire ottoman
modifierLa Palestine est conquise par les armées de l'Ottoman Sélim Ier en 1517, grâce à leur victoire sur les armées mameloukes à la bataille de Marj Dabiq, et annexée à l'Empire ottoman.
Ibn al-Imad al-Hanbali mentionne le village au XVIIe siècle comme le lieu de naissance du savant Jamal al-Bashshiti (mort en 1417)[12].
En 1838 il est comme le village de Beshayt du district de Gaza[14].
En mai 1863, Victor Guérin estime la population de Beit esh-Shit à 350 habitants. Le village, construit en briques crues, est entouré de champs de tabac. La moisson est en cours au moment de sa visite[15]. Une liste de villages ottomane de 1870/1871 recense une population masculine de 159 hommes, les femmes n’étant pas recensées par ce document. Il indique également que le nom du village vient de « maison de Seth »[16],[17].
À la fin du XIXe siècle, Bashshayt est un village important entre Yibna et Isdud[5] construit en adobe. Les jardins sont clôturés de haies de figuiers de Barbarie et le sanctuaire de Nabi Shit est toujours présent[12],[5],[18].
À la fin de la Première Guerre mondiale, des combats ont lieu autour de Bashshayt, des munitions de cette époque ont été retrouvées. La brigade montée de fusiliers néo-zélandais a combattu dans le secteur en 1917[11].
Période du mandat britannique
modifier
Sous la période de domination britannique, Bashshayt une école primaire, construite en 1921, avec 148 élèves inscrits en 1945. Le village avait une mosquée et plusieurs puits artésiens[12]
Au recensement de la Palestine mandataire de 1922 conduit par les autorités britanniques, Bashayt a une population de 936 habitants, tous musulmans[19] augmentant au recensement de 1931 à 1125, tous musulmans, dans 333 maisons[20]. Selon les habitants de Bashshayt expulsés et réfugiés, le village disposait de plus de 20 puits artésiens et de pompes pour les faire fonctionner[21]. Ils rapportent aussi des coutumes du village : près du sanctuaire de Seth se trouvait un sycomore avec une boite à dons ; les habitants aisés y mettaient de l'argent et les pauvres pouvaient en prendre. Le sanctuaire était aussi le lieu des mariages car la terre était une terre commune. Les plats consommés lors de ces occasions étaient cuisinés sur place[22]. Ils racontent aussi qu’îls allaient se faire soigner chez une doctoresse juive de Yibna qu’ils appelaient Imm Yusif[23].
Entre août et le 19 octobre 1942, l’Armée polonaise de l'Est fait fonctionner à Bashshit une école de cadets, les Junacka Szkoła Kadetów (JSK), comprenant 4 compagnies d’adolescents de 11 à 17 ans. Ils poursuivent leurs études et obtiennent des diplômes, et reçoivent aussi une instruction militaire. Sur les 1170 cadets, 440 rejoignent des unités combattantes à partir de 1943. En octobre 1942, l’école déménagea à Qastina[24]
Dans les Statistiques de Village de 1945, la population de Bashshayt est estimée à 1620 habitants, tous arabes[25],[9].
La plus grande partie des habitants travaillaient dans l’agriculture, produisant céréales, fruits et olives[12],[7].

Guerre de 1948
modifierDans le plan de partage de la Palestine voté par l’assemblée générale des Nations unies le 29 novembre 1947, Bashshayt est attribué à l’État juif[26].
Le village est dépeuplé le 12 ou le 13 mai 1948 selon les sources[27],[6] après avoir subi un assaut des 52e et 53e bataillons de la brigade Givati lors de l’opération Barak. Les villageois résistèrent tant qu’ils purent, mais la plupart des maisons furent détruites[28].
Période israélienne
modifierSept implantations israéliennes sont créées sur les terres du village : les moshaves de Neve Mivtah (1950)[12], Meshar (1950)[12], Kfar Mordechai (1950)[12], Misgav Dov (1950)[12], Shedema (1954)[12], le village de jeunesse Kannot (1952)[12] et le village communautaire d’Aseret[12].
Voici comment Walid Khalidi décrit ce qui subsiste de Bashshayt en 1992 : « Il reste trois maisons et un étang. Deux maisons sont andonnées et une est occupée par une famille israélienne [...] La maison occupée a deux étages, est construite en béton et a des ouvertures rectangulaires. Des figuiers de Barbarie, des sycomores et des eucalyptus poussent sur le site. Les terres sont cultivées par les Israéliens »[6].
Les réfugiés palestiniens originaires de Bashshayt racontent des histoires à propos du maqam et de sa résistance aux tentatives de destruction par Israël. Au-delà de leur véracité, elles soulignent symboliquement la volonté de résistance à l’effacement des Palestiniens selon Rochelle A. Davis[29].
Archéologie
modifierUn site archéologique, al-Nabi 'Ararat, se trouve à proximité : il y a des colonnes et des citernes. Le site est clôturé et indiqué comme dangereux. Des chauve-souris ont colonisé les citernes[30].
En 1999, l’Autorité des antiquités d'Israël fait des fouilles au village. Dirigées par T. Kanias, elles dégagent des restes de bâtiments, des poteries du début de la période arabo-islamique et des XIIe – XIIIe siècles[10]. Des os animaux ont aussi été découverts, ainsi qu’un sol de plâtre[10].
Une fouille de sauvetage de 2016 a exhumé des restes omeyyades, mamelouks et ottomans[11]. Des fondations d’époque ottomane en kurkar ont été découvertes à 90 centimètres de profondeur, le reste de l’élévation étant en adobe et le toit en tuiles de Marseille. Huit cartouches de la Première Guerre mondiale et deux douilles des années 1940 ont aussi été retrouvées. Les cartouches de la Première Guerre mondiale révèlent probablement un combat d’avant-poste des Néo-Zélandais pour le franchissement du Lakhish[31].
Dans la culture
modifierUn poème de Michelene Wandor a le village de Bashshayt pour thème[32].
Voir aussi
modifierBibliographie complémentaire
modifier- Ilan Pappé, Le Nettoyage ethnique de la Palestine, Paris : La Fabrique éditions, 2024 (2e édition en français). (ISBN 978-2-35872-280-3) ;
- Rosemary M. Esber, Under the Cover of War : The Zionist Expulsion of the Palestinians, Arabicus Books & Media LLC : 2000. (ISBN 978-0-98151313-3)
Articles connexes
modifier- Liste des villes et villages arabes dépeuplés durant l'exode palestinien de 1948
- Iyad Shaheen, Hikayat qarya mudammara Bashsheet (histoires d’un village détruit : Bashsheet), Cisjordanie : Dar'Allush lil-Nashr wal-Tawzi'. Selon Rochelle A. Davis, il s’agit d’un des rares livres de village écrit dans le dialecte local[33].
Liens externes
modifier- Welcome to Bashshit
- Bashshit, Zochrot
- Survey of Western Palestine, Map 16: IAA, Wikimedia commons
- Bashshit at Khalil Sakakini Cultural Center
- Tomb of Nabi Shit (Prophet Seth)
- YouTube video
Notes
modifier- (en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « Bashshit » (voir la liste des auteurs).
- ↑ Khalidi, 1992, p. 85.
- ↑ Palmer, 1881, p. 266.
- ↑ Stewardson, 1888, p. 84.
- ↑ Conder, 1877, p. 93.
- 1 2 3 Petersen, 2001, p. 110.
- 1 2 3 4 « Bashshit — بَشِّيت », Interactive Encyclopedia of the Palestine Question, consulté le 6 juin.
- 1 2 Government of Palestine, Department of Statistics. Village Statistics, April, 1945. Cité par Hadawi, 1970, p. 114.
- ↑ Government of Palestine, Department of Statistics. Village Statistics, April, 1945. Cité par Hadawi, 1970, p. 164
- 1 2 Government of Palestine, Department of Statistics. Village Statistics, April, 1945. Cité par Hadawi, 1970, p. 66.
- 1 2 3 4 Kanias, 2004, Bashshayt Final Report
- 1 2 3 4 Elad, 2017, Bashshayt/‘Aseret.
- 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 Khalidi, 1992, p. 363.
- ↑ Le Strange, 1890, p. 421.
- ↑ Robinson, Smith, 1841, vol 3, 2nd appendix, p. 118.
- ↑ Guérin, 1869, p. 66.
- ↑ Socin, 1879, p. 144.
- ↑ Hartmann, 1883, p. 134 note aussi 57 maisons.
- ↑ Conder, Kitchener, 1882, SWP II, p. 409.
- ↑ Barron, 1923, Table V, Sub-district of Gaza, p. 9.
- ↑ Mills, 1932, p. 2.
- ↑ Rochelle A. Davis, Palestinian Village Histories: Geographies of the Displaced, Stanford, 2011, p. 135.
- ↑ R. A. Davis, 2001, p. 163.
- ↑ R. A. Davis, 2001, p. 192.
- ↑ Zbigniew Raczkowski, "Junacka Szkoła Kadetów 1942-1948 (81)" (5 August 2016), on: Kadeci II RP - strona kedecka i sympatyków; retrieved on 25 April 2023.
- ↑ Government of Palestine, Department of Statistics, 1945, p. 29.
- ↑ Sami Hadawi, « Palestine - Index to villages & settlements », Palestine Arab Refugee Office, 1949.
- ↑ Morris, 2004, p. xix, village #257.
- ↑ Morris, 2004, p. 256.
- ↑ R. A. Davis, 2001, p. 175-176.
- ↑ Tracing all that remains of the destroyed village of Bashshayt -Palestine
- ↑ Itai Elad, « Bashit/‘Aseret », Hadashot Arkheologiyot, 9 juillet 2017, volume 129.
- ↑ Michelene Wandor, « », The Fornightly Review (en), août 2024.
- ↑ R. A. Davis, 2001, p. 31.
Bibliographie
modifier- (en) J.B. Barron, Palestine: Report and General Abstracts of the Census of 1922, Government of Palestine, (lire en ligne).
- (en) Claude Reignier Conder, « The Moslem Mukam », Quarterly Statement - Palestine Exploration Fund, vol. 9, no 3, , p. 89–103 (DOI 10.1179/peq.1877.9.3.89, lire en ligne).
- (en) Claude Reignier Conder et Horatio Herbert Kitchener, The Survey of Western Palestine: Memoirs of the Topography, Orography, Hydrography, and Archaeology, vol. 2, Londres, Committee of the Palestine Exploration Fund, (lire en ligne).
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- (en) Government of Palestine, Department of Statistics, Village Statistics, April, 1945, (lire en ligne).
- V. Guérin, Description Géographique Historique et Archéologique de la Palestine, vol. 1: Judee, pt. 2, Paris, L'Imprimerie Nationale, (lire en ligne).
- (en) Sami Hadawi, Village Statistics of 1945: A Classification of Land and Area ownership in Palestine, Palestine Liberation Organization Research Center, (lire en ligne).
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- (en) Tzach Kanias, « Bashshit Final Report », Hadashot Arkheologiyot – Excavations and Surveys in Israel, no 116, (lire en ligne).
- (en) W. Khalidi, All That Remains: The Palestinian Villages Occupied and Depopulated by Israel in 1948, Washington D.C., Institut des études palestiniennes, (ISBN 0-88728-224-5, lire en ligne).
- (en) Guy Le Strange, Palestine Under the Moslems: A Description of Syria and the Holy Land from A.D. 650 to 1500, Committee of the Palestine Exploration Fund, (lire en ligne).
- (en) E. Mills, Census of Palestine 1931. Population of Villages, Towns and Administrative Areas, Jerusalem, Government of Palestine, (lire en ligne).
- (en) Benny Morris, The Birth of the Palestinian Refugee Problem Revisited, Cambridge University Press, (ISBN 978-0-521-00967-6, lire en ligne).
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- (de) Albert Socin, « Alphabetisches Verzeichniss von Ortschaften des Paschalik Jerusalem », Zeitschrift des Deutschen Palästina-Vereins, vol. 2, , p. 135–163 (lire en ligne).
- (en) Henry C. Stewardson, The Survey of Western Palestine, Index, Committee of the Palestine Exploration Fund, (lire en ligne).
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