Bataille de Vertières
La bataille de Vertières se déroule le à Vertières, près du Cap-Français, dans le nord de la colonie de Saint-Domingue (actuelle Haïti). Elle oppose les troupes françaises commandées par le général de Rochambeau (envoyé par Napoléon) à celles du général domingois Jean-Jacques Dessalines. Ce fut la dernière bataille de l'expédition de Saint-Domingue ; elle marque l'achèvement de la Révolution haïtienne.
| Date | |
|---|---|
| Lieu | Vertières, près du Cap-Français |
| Issue | Victoire décisive haïtienne |
| • Donatien de Rochambeau | • Jean-Jacques Dessalines • François Capois |
| 1 500 à 2 500 hommes[1] | 8 000 à 27 000 hommes[1] |
| 150 à 194 morts[1] 300 blessés[1] |
1 200 morts[1] 2 000 blessés[1] |
Batailles
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Guerre des couteaux (1799-1800)
Expédition de Saint-Domingue (1802-1803)
| Coordonnées | 19° 44′ 00″ nord, 72° 13′ 28″ ouest | |
|---|---|---|
La bravoure des troupes menées par Dessalines et de la 9e brigade, commandées par François Capois, mène à la victoire finale, obligeant Rochambeau à capituler.
Contexte
modifierÀ la suite de l'abolition de l'esclavage de 1794, Toussaint Louverture parvient à chasser les Anglais de l'île et commence à la gouverner. Napoléon Bonaparte rétablit l'esclavage, fait capturer par traîtrise Louverture et envoie 23 000 soldats sous les ordres de Charles Victoire Emmanuel Leclerc reprendre le contrôle de l'île. Les troupes françaises sont contaminées par le virus de la fièvre jaune, et malgré un renfort de 10 000 hommes sont réduites à 2 000 soldats retranchés au Fort Mazi à Vertières[2],[3].
Forces en présence
modifierSelon des sources militaires françaises, les forces de Rochambeau au Cap-Français ne sont alors plus que de 1 500 à 2 500 hommes[1]. L'historien haïtien Thomas Madiou les élève à 5 000[4]. Le fort de Vertières est défendu par 300 hommes[1] de la 11e demi-brigade d'infanterie légère avec 12 canons[4]. Affaiblis par les fièvres, bon nombre de soldats ne sont alors plus en état de se battre[1]. Un témoin français les décrit comme des « squelettes ambulants »[1].
Les effectifs de l'Armée indigène varient grandement selon les sources[1]. Des rapports français évoquent 8 000 ou 10 000 hommes, dont une partie sans armes[1]. Le général Rochambeau estime l'armée ennemie à au moins 15 000 hommes[1]. Le commissaire de marine Dusaulchoy fait état de 17 000 hommes[1]. Pour Thomas Madiou, Dessalines réunit dans la région du Cap 27 000 hommes répartis en quinze demi-brigades et trois escadrons de cavalerie[1],[5],[6].
Gabart commande les 3e, 11e et 20e demi-brigades, ainsi que deux bataillons de la 4e[5]. Jean-Philippe Daut mène la 10e et le troisième bataillon de la 4e[5]. Augustin Clervaux commande la 6e, Henri Christophe la 1re et la 12e, Cangé les 21e, 22e, 23e et 24e et André Vernet le 7e et 11e[5]. François Capois, dit « la Mort », dirige quant à lui deux bataillons de la 9e demi-brigade[5].
Les combats
modifierLa résistance française
modifierLe , Jean-Jacques Dessalines ordonne de prendre le fort, situé sur une colline à côté de la ville de Cap-Français. François Capois dit Capois-la-Mort commande une demi-brigade qui est en partie décimée par le tir des canons en provenance du fort. Il lance un nouvel assaut, mais ses hommes sont encore fauchés par la mitraille, au pied de la colline. Capois va chercher des renforts puis, pour la troisième fois, lance en vain ses forces à l'assaut du fort laissant une fois de plus de nombreux morts sur le champ de bataille. Lors du quatrième assaut, il demande à ses hommes de le suivre en criant : « En avant ! En avant ! ». Pendant qu'il est à la tête de ses hommes, son cheval est touché par un boulet de canon ; il tombe, mais prend son épée, se relève et va se mettre à nouveau à la tête de ses soldats noirs en criant toujours « En avant ! En avant ! ». Son bonnet garni de plumes, est emporté par un boulet. Un messager personnel de Rochambeau monte sur son cheval et part vers Capois-La-Mort. Avec une voix forte, il crie : « Le général Rochambeau envoie son admiration au général qui vient de se couvrir de tant de gloire ! »
Les renforts de Dessalines
modifierPour renforcer les bataillons épuisés de Capois-La-Mort, Dessalines envoie des renforts sous les ordres des généraux Gabart, Clervaux et Jean-Philippe Daut. Au milieu de l'après-midi, Gabart prend position sur la butte de Charrier avec Benjamin Noël. Les combats redoublent d'intensité. Le soir venu, les deux tiers des défenseurs français étaient morts ou blessés.
Pertes
modifierCôté français, le général Rochambeau estime dans un courrier que les pertes de ses troupes sont de 150 hommes[1]. Dans son mémoire sur l'expédition de Saint-Domingue, il rapporte que le fort de Vertières perd les deux tiers de ses défenseurs[1]. L'auteur d'un autre mémoire sur Saint-Domingue estime que 300 soldats sont admis à l'hôpital le jour de la bataille[1]. Le lieutenant de vaisseau Babron évoque quant à lui une perte de 194 hommes[1].
Du côté des indigènes, le général Rochambeau estime à 1 200 ou 1 500, le nombre des « attaquants qui [restèrent] sur la place »[1]. Selon un habitant du Cap, les assaillants ont au moins 1 000 hommes tués ou blessés en deux heures de combats[1]. Pour l'historien haïtien Thomas Madiou, les pertes de Dessalines pour l'ensemble de la journée sont de 1 200 tués et 2 000 blessés[1],[7],[8].
La capitulation de Rochambeau
modifierLe lendemain matin, un officier français, Duveyrier, se rend aux sentinelles de Capois et est conduit au quartier général de l'armée haïtienne sur un cheval ; il porte le message suivant : « Le capitaine-général Rochambeau offre ce cheval comme une marque d'admiration pour l'« Achille noir » pour remplacer celui que son armée française regrette d'avoir tué ». Les pourparlers avec Dessalines durent une journée entière. Avant la tombée de la nuit, un accord est signé. Rochambeau obtient dix jours pour évacuer le fort Mazi de Vertières et embarquer les restes de son armée et quitter Saint-Domingue. Il s'agit bien d'une capitulation et non d'une reddition selon Jean-Marie Théodat, directeur de l’Institut de géographie de l’Université Panthéon-Sorbonne[9].
Les conséquences
modifierLe 29 novembre 1803, soit onze jours après la bataille, une première déclaration d’indépendance est proclamée à Haut-du-Cap, suivie d’une seconde version plus radicale, rédigée par Louis Boisrond-Tonnerre, secrétaire de Dessalines : l'Acte de l'Indépendance de la République d'Haïti que Dessalines lit sur la place d'armes des Gonaïves le 1er janvier 1804. Haïti devient alors la première république noire au monde.
Lors de la Seconde Restauration, le royaume de France ne reconnaît pas cette indépendance acquise contre la République française. En 1826, le roi Charles X réclame à Haïti une indemnité de 150 millions de francs or à la jeune république pour que la France reconnaisse son indépendance. En 1838, sous la monarchie de Juillet, cette dette sera allégée par le roi Louis-Philippe à 90 millions de francs et fut intégralement versée à la France en 1883. Le payement des intérêts de la dette contractée pour payer l'indemnité ne cesse qu'en 1952[10].
Depuis son indépendance, la nation haïtienne commémore la bataille de Vertières, le , en la célébrant comme une fête nationale[11]. Cette bataille est célébrée non seulement comme un événement historique important pour le pays, mais aussi comme un exemple emblématique de la lutte contre l’esclavage et le colonialisme pour d’autres pays[12]. Sur le site de Vertières, un monument a été érigé en 1953 et inauguré à l'occasion du 150e anniversaire de l'indépendance du pays. Le monument représente six haïtiens, quatre hommes (dont le général Capois) et deux femmes partant à la bataille[13].
L'équipe de football des Grenadiers d'Haïti sélectionnée pour la coupe de monde de football 2026 s'est vue interdire par la FIFA le maillot officiel, qui comportait un dessin symbolant cette victoire haïtienne sur les troupes françaises, sous prétexte d'absence de neutralité[14],[15]. Les autorités ont décidé de classer ce mailot comme objet symbolique de l'histoire du pays en l'exposant au musée du Panthéon national haîtien[16].
La victoire a empêché la France de maintenir son projet d’empire colonial couvrant une partie des Caraïbes et l’Amérique du Nord. En conséquence, la décision de Napoléon de vendre la Louisiane aux États-Unis en 1803 est directement liée à la perte de Saint-Domingue.
Notes et références
modifier- 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20 21 22 Le Glaunec 2014, p. 69 et 215.
- ↑ « 18 novembre 1803 - Haïti chasse les Français - Herodote.net », sur www.herodote.net (consulté le )
- ↑ Haïti Wonderland, « Vertières, Fort Mazi : Au delà des vérité historiques; - Haïti Wonderland », sur Haiti (consulté le )
- 1 2 Madiou, t. III, 1848, p. 82.
- 1 2 3 4 5 Madiou, t. III, 1848, p. 83-84.
- ↑ Jacques de Cauna, Haïti, l'éternelle révolution: histoire de sa décolonisation (1789-1804), p.177.
- ↑ Madiou, t. III, 1848, p. 91.
- ↑ Berthony DuPont, Jean-Jacques Dessalines: itinéraire d'un révolutionnaire, p.228.
- ↑ Guy Ferolus, « Pourquoi la bataille de Vertières est un tournant dans l'histoire – Entretien avec Jean-Marie Théodat », sur Haiti Inter, (consulté le )
- ↑ Louis-Philippe DALEMBERT, « Haïti,la dette originelle », sur liberation.fr, (consulté le ).
- ↑ (en-US) LA RÉDACTION, « Que faut-il savoir sur la bataille de Vertières ? - Chokarella » (consulté le )
- ↑ « 18 novembre 1803 : la décisive bataille de Vertières pour l'indépendance d'Haïti », sur RCI (consulté le )
- ↑ « Monument aux héros de la bataille de Vertières | Fondation pour la memoire de l'esclavage », sur memoire-esclavage.org (consulté le )
- ↑ « MSN », sur www.msn.com (consulté le )
- ↑ Adrien Bez, « Maillot d’Haïti retoqué par la Fifa : qu’est-ce que la bataille de Vertières, dont le symbole a été jugé trop «politique» ? », sur Le Figaro, (consulté le )
- ↑ lmozardo10, « Le maillot de la sélection haïtienne intégré au patrimoine national après la controverse liée à son rejet par la FIFA », sur Zantray News, (consulté le )
Voir aussi
modifierBibliographie
modifier- Laurent Dubois (trad. Thomas Van Ruymbeke), Les vengeurs du Nouveau Monde : Histoire de la révolution haïtienne, Atlantide, (1re éd. 2005), 515 p. (ISBN 978-2-37125-054-3)
- Carolyn E. Fick (trad. Frantz Voltaire), Ayiti : L'insurrection des esclaves de Saint-Domingue et la création de la République de Haïti, Les Perséides, , 600 p. (ISBN 2371250694)
- Thomas Madiou, Histoire d'Haïti, t. III, Port-au-Prince, Imprimerie de JH. Courtois, (réimpr. 1989), 524 p. (lire en ligne).

- Jean-Pierre Le Glaunec, L'armée indigène. La défaite de Napoléon en Haïti, Lux Éditeur, , 279 p. (ISBN 978-2895961833).
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