Bhodjpouri

langue indo-aryenne

Le bhodjpouri ou bhojpuri est une langue indo-aryenne dérivée de la famille des langues indo-iraniennes, et plus spécifiquement du sanskrit. Elle est parlée dans le nord-est de l'Inde et le sud-est du Népal où elle compte plus de 51 millions de locuteurs (Bihar, Uttar Pradesh et Madhesh). Elle est également utilisée par la diaspora indienne des Bhojpuris au Trinité-et-Tobago, au Guyana, au Suriname, dans d'autres parties des Caraïbes, aux îles Fidji, aux Seychelles, à l'île Maurice et au Natal en Afrique du Sud. Ces pays ont développé leurs propres dialectes distincts de la langue bhodjpouri avec une influence lexicale de la langue prédominante d'ici présente.

Bhodjpouri
Image illustrative de l’article Bhodjpouri
Pays Inde et Népal
Région Bihar, Uttar Pradesh et Madhesh
Nombre de locuteurs + 51 millions
Codes de langue
IETF bho
Une femme indienne parle en bhojpuri.

Histoire

modifier

Le bhodjpouri est une langue dérivée du sanskrit. Si certains chercheurs la présentent parfois comme un dialecte ou patois de l'hindi, d'autres avancent qu'il s'agit en réalité d'une langue plus vieille que l'hindi[1].

Variétés du bhojpouri

modifier

Bhodjpouri mauricien

modifier

Le bhodjpouri mauricien est la variété du bhojpouri parlé à l'île Maurice. Le bhodjpouri est arrivé à Maurice dans la première moitié du XIXe siècle, lorsque les Britanniques firent venir de la main d’œuvre indienne sur l'île[2]. Une grande partie venait du Bihar[2], de l’Uttar Pradesh, de Chota Nagpur[N 1]. Le bhodjpouri mauricien n'est pas totalement identique au bhodjpouri indien, mais est issu de la koinéisation de plusieurs langues sœurs (bhojpuri indien, awadhi, maithili, braj, magahi, kanawji, bundelkhandi, etc.) parlées par ces immigrants indiens. Cette langue est initialement appelée "Kalkatia", mot qui servait à désigner la communauté d'Indiens ayant embarqué à Calcutta pour venir à Maurice (les autres communautés indiennes étant nommées selon le même principe "Madras" et "Bombayy"). Le kalkatia sera ensuite nommé "bhodjpouri", le bhodjpouri étant la langue dominante parmi les différentes composantes linguistiques. Il est parfois également appelé ‘langaz’ ou ‘indyen’, pour désigner la langue auprès de locuteurs non-bhojpouriophones. Le terme "bhasa" (littéralement : langue), désigne l'hindi, considéré comme langue nobles par certains locuteurs[1].

Le bhodjpouri mauricien possède deux registres de langue : mahinka boli[N 2], "langue raffinée", plus formel, et le motia boli, "langue grossière", plus familier.

Enseignement

modifier

Les premières tentatives d'enseignement en bhojpouri à Maurice eurent lieu dès 1852, sous l'impulsion du gouverneur britannique progressiste Higginson, qui instaura une scolarisation en langue vernaculaire (bhojpuri et tamoul) pour les enfants d'immigrés. Ce fut bien le bhojpouri, et non l'hindi, qui fut utilisé, bien que l'administration coloniale désignait alors le bhojpuri comme un "hindoo dialect". Cette scolarisation fut arrêtée, puis reprise en 1876 par un second gouverneur (Sir Arthur Phayre), puis de nouveau arrêté. Les franco-mauriciens, qui voulaient défendre l'usage de la langue française (depuis l'arrivée des Britanniques en 1810), s'opposèrent aux écoles vernaculaires, qui enseignaient l'anglais comme deuxième langue. Le locuteurs du bhojpouri ont promu l'enseignement de leur langues dans des baitkas (centres communautaires), mais se mobilisaient également pour promouvoir l'hindi, qui n'était pas perçu comme une langue concurrente, mais complémentaire. L'essor du hindi contribuera néanmoins à la stagnation voire au recul du bhojpuri local[1].

Dans les années 1960, les langues indiennes (hindi et tamoul, le bhojpouri étant relégué à la sphère orale)[1], puis plus tard les langues chinoises, furent introduites comme enseignement optionnel à l'école primaire. Les élèves apprenaient la langue de leurs ancêtres dès la première année de l’école primaire[2].

Il existe peu de productions écrites en bhodjpouri mauricien, les locuteurs apprenant habituellement le hindi comme langue écrite. On peut toutefois considérer les productions littéraires suivantes :

  • L’œuvre poétique de Brajendra ‘Madhukar’ Bhagat (Goyenka, 2003)
  • Plusieurs pièces de théâtre signées Sita Ramyead (1997) et Mooneswurlal Chintamunee
  • Une anthologie de poésie (Bissessur, 2012).

Il existe un important corpus de chants populaires et traditionnels[1],[3],[4].

Notes et références

modifier
  1. D'autres immigrants, venant du sud ou de la région de Mumbaï, apportèrent également d'autres langues indiennes à Maurice, comme le le tamil, le télougou et le marathi, à la même époque.
  2. aussi trouvé sous les appellations mehinka, mihinka, maiya ou meiya.

Références

modifier
  1. 1 2 3 4 5 Kumari R. Issur, « La guerre des langues et des cultures à Maurice : contribution à une réflexion sur le Bhojpuri: », Cahiers internationaux de sociolinguistique, vol. N° 12, no 2, , p. 211–226 (ISSN 2257-6517, DOI 10.3917/cisl.1702.0211, lire en ligne, consulté le )
  2. 1 2 3 Peter Stein, « Le multilinguisme mauricien et son évolution sur quatre décennies: », Cahiers internationaux de sociolinguistique, vol. N° 12, no 2, , p. 71–96 (ISSN 2257-6517, DOI 10.3917/cisl.1702.0071, lire en ligne, consulté le )
  3. (en) « Bhojpuri folk songs in Mauritius, Geet-Gawai - UNESCO Intangible Cultural Heritage » [archive du ], sur ich.unesco.org (consulté le )
  4. Philippe de Magnée, « PLAYLIST BHOJPURI », sur Patrimoine musical de l'Océan Indien, (consulté le )

Bibliographie

modifier

Voir aussi

modifier