Campagne des Zirides en Al-Andalus

La campagne des Zirides en Al-Andalus a lieu entre 1009 et 1018. Elle est menée par un groupe de Berbères, principalement des Zirides dissidents menés par Zawi ibn Ziri. Elle aboutit à la fondation de la ville et de la taïfa de Grenade.

Campagne des Zirides en Al-Andalus
Description de cette image, également commentée ci-après
Taïfa ziride de Grenade (en orange) et Émirat ziride d'Ifriqiya (en rouge) en 1014.
Informations générales
Date 1009 - 1018
(9 ans)
Lieu Al-Andalus
Casus belli Rébellion des mercenaires Berbères lors de la guerre civile en al-Andalus
Issue Victoire ziride
Changements territoriaux Fondation de la Taïfa de Grenade au détriment du Califat de Cordoue.
Belligérants
Zirides Califat de Cordoue
Commandants
Zawi ibn Ziri Hicham II †
Muhammad II †
Abd al-Rahman IV †

Contexte

modifier

Les Zirides sont des Berbères Sanhadja, de la tribu sédentaire Talkata, originaires du Maghreb central [1][2]. Au Xe siècle, cette tribu est vassale du Califat fatimide, un État ismaélien chiite qui conteste l'autorité du Califat abbasside sunnite. Le fondateur de la dynastie ziride, Ziri ibn Menad, est nommé gouverneur du Maghreb central au nom des Fatimides, chargé de la protection de la frontière occidentale du califat [3],[4].

Lorsque les Fatimides transfèrent leur capitale en Égypte en 972, le fils de Ziri ibn Menad, Bologhine ibn Ziri, est nommé vice-roi d'Ifriqiya, donnant naissance à une dynastie dont les souverains portent le titre d'«émir» [5]. En 978, les Fatimides accordent également la suzeraineté du Tripolitaine à Bologhine ibn Ziri, qui meurt à Sijilmasa des suites d'une maladie en 984[6],[7],[8].

Il a pour successeur son fils, Al-Mansur ben Bologhin, qui entre en conflit, à partir de 987, avec un rebelle soutenu par les califes fatimides [9]. Al-Mansur ben Bologhin le fait assassiner puis, en 989-990, il réprime une révolte des Ketamas, traditionnelles recrues de l'armée fatimide. Il parvient à réunifier l'Émirat ziride et transfère sa résidence principale à Al-Mansuriya en 991 [10].

À la mort d'Al-Mansur ben Bologhin, le pouvoir des Zirides est transmis à ses enfants et les autres fils de Ziri ibn Menad se retrouvent exclus du pouvoir. En 999, plusieurs d'entre eux se révoltent à Ashir contre Badis ben Mansur, marquant ainsi la première rupture sérieuse de l'unité des Zirides[11]. Les rebelles sont vaincus au combat par Hammad ibn Bologhine, l'oncle de Badis ben Mansur, et la plupart des frères sont tués. Le seul frère d'importance encore en vie, Zawi ibn Ziri, mène les rebelles restants vers l'ouest et cherche de nouvelles opportunités en Al-Andalus sous le califat des Omeyyades de Cordoue, anciens ennemis des Fatimides et des Zirides[11],[12],[13].

La Péninsule Ibérique en l'an 1000.

Vers l'an 1000, le «Hadjib» du califat de Cordoue, Almanzor, accueille les réfugiés zirides comme soutien afin d'asseoir sa domination sur Al-Andalus et destituer le calife Hisham II de toute autorité. Almanzor enrôle également des Zénètes et d'autres Berbères pour remplacer la milice du calife, les troupes omeyyades ainsi que les contingents de tribus arabes [14],[15].

Déroulement

modifier

Les rivalités ethniques entre Arabes, Berbères et Saqaliba au sein de l'armée cordouane sont habilement exploitées par Almanzor pour maintenir son pouvoir [16],[17],[18]. Les forces berbères sont également rejointes par des contingents de mercenaires chrétiens [19] qui forment l'essentiel de la garde personnelle d'Almanzor [20]. Cependant, ces rivalités ethniques sont l'une des principales causes de la guerre civile en al-Andalus [18]. La dynastie des hadjibs qu'il fonde se poursuit avec son fils Abd al-Malik al-Muzaffar [21] puis avec son autre fils, Abd al-Rahman Sanchuelo [22].

Le califat de Cordoue est miné par les guerres intestines pour le pouvoir à la suite de la mort du hadjib Abd al-Malik al-Muzaffar en 1008. Différentes factions s'affrontent pour le pouvoir dont celle du nouveau hadjib Abd al-Rahman Sanchuelo qui compte sur le soutien des mercenaires berbères venus du Maghreb. Durant l'année 1009, alors qu'il est en campagne, Cordoue se soulève. Ses troupes et les Berbères de la ville sont pris pour cible par les insurgés. Abd al-Rahman Sanchuelo est abandonné par ses troupes puis tué et une période d'anarchie s'installe avec l'affrontement des soutiens des Omeyyades de Cordoue: Berbères, Saqaliba et Arabes s'engagent autour de différents partis dans des luttes pour le pouvoir[23].

Soutenu par les Sanhaja, Zénètes et d'autres troupes berbères, Zawi ibn Ziri attaque Cordoue pour y installer Sulayman ben al-Hakam comme calife [24].

Les Berbères sont battus par une coalition Catalano-cordouane à Aqbat al-Bakr, mais durant l'année 1010 ils écrasent leurs opposants cordouans à la bataille de Guadiaro. En nombre réduit, ils ne peuvent tenter un assaut sur Cordoue, alors capitale trop vaste pour être tenue et la soumettent à un blocus de trois ans. En 1013, Cordoue affaiblie par ce blocus est finalement mise à sac par les troupes de Zawi ibn Ziri[23]. Ce dernier profite des événements pour enlever la tête de son père, Ziri ibn Menad, qui est en trophée en haut de la citadelle, depuis les guerres entre d'une part les Zirides alliés des Fatimides et d'autre part les partisans des Omeyyades de Courdoue au Maghreb[25].

Zawi ibn Ziri restaure sur le trône de Cordoue un Omeyyade favorable au parti des Berbères mais les résidus Saqaliba et Arabes continuent la lutte dans les provinces et l'unité du califat de Cordoue s'avère impossible à restaurer. Zawi ibn Ziri et ses troupes prennent alors le parti d'un enracinement provincial afin de se prémunir des changements de pouvoir à Cordoue puis se dirigent vers Elvira. Les habitants de cette ville, peu aptes à porter les armes, demandent une protection et suzeraineté contre le paiement d'un tribut. Zawi ibn Ziri propose aux habitants d'Elvira de bâtir une nouvelle cité fortifiée sur les hauteurs: Grenade. En échange du renoncement aux tribut que lui doivent les habitants, il leur demande de bâtir les murailles pour mettre à l’abri les familles berbères et andalouses. Les habitants d'Elvira accueillent favorablement la proposition de Zawi ibn Ziri, ce qui augmente le prestige dont peuvent se prévaloir localement les Zirides[23].

Al-Andalus morcelée en taïfa au XIe siècle, dont celle de Grenade.

Cependant, ce réduit berbère devenu une véritable principauté va s'attirer les foudres du calife omeyyade Abd al-Rahman IV. Son armée andalouse, encadrée par des Saqaliba et plus importante que celle des Zirides, se met en route vers Grenade en 1018[23].

Le neveu de Zawi ibn Ziri, Habus ben Maksan, se rue sur l'armée d'Abd al-Rahman IV avec ses troupes et leur inflige une défaite totale. Le calife de Cordoue est tué et le royaume ziride de Grenade acquiert une redoutable réputation[23]. En 1019, Zawi ibn Ziri laisse sa taïfa à son fils afin de retourner au Maghreb après des années d'exil à la faveur de la mort de son neveu Badis ben Mansur[25],[26].

Conséquences

modifier
Vue des remparts zirides de Grenade, datant du XIe siècle, dans le quartier actuel de l'Albaicín.

Zawi ibn Ziri retourne en Afrique du Nord, probablement pour des ambitions politiques au sein de l'Émirat ziride d'Ifriqiya, alors sous le règne du jeune Al-Muizz ben Badis mais en proie à une lutte interne avec Hammad ibn Bologhine, un membre de sa famille qui a proclamé son indépendance en 1014 pour fonder le Sultanat hammadide[27],[28],[29]. Le sort de Zawi ibn Ziri demeure incertain: selon Ibn Hayyan, il serait mort de la peste des années plus tard, tandis que les mémoires d’Abdallah ben Bologhin affirment qu’il aurait été empoisonné peu après son arrivée au Maghreb. Cependant, aucune de ces sources ne précise la date de sa mort[28],[30].,[31].

À Grenade, le fils de Zawi ibn Ziri devient rapidement impopulaire et est remplacé sur le trône par son cousin, Habbus ibn Maksan, avec le soutien du Cadi de la ville[27]. Sous son règne, la Taïfa de Grenade se consolide en devenant l'une des plus importantes puissances politiques d'al-Andalus et on lui attribue la construction de la citadelle ziride, dans ce qui est aujourd'hui le quartier d'Albaicín [32],[33]. Quatre rois zirides se succèdent durant près de 80 ans à Grenade et étendent leur pouvoir jusqu'à Malaga pendant un certain temps[29],[34].

Notes et références

modifier
  1. ↑ Abun-Nasr 1987, p. 64.
  2. ↑ (en) Hsain Ilahiane, Historical Dictionary of the Berbers (Imazighen), Scarecrow Press, , 149 p. (ISBN 978-0-8108-6490-0, lire en ligne)
  3. ↑ Brett 2017, p. 54, 63.
  4. ↑ Abun-Nasr 1987, p. 19.
  5. ↑ Abun-Nasr 1987, p. 67.
  6. ↑ Emmanuel Kwaku Akyeampong et Henry Louis Gates, Dictionary of African Biography, OUP USA, (ISBN 978-0-19-538207-5, lire en ligne), p. 9
  7. ↑ (en) Trudy Ring, Paul Watson et Schellinger, Middle East and Africa: International Dictionary of Historic Places, Routledge, (ISBN 978-1-134-25986-1, lire en ligne)
  8. ↑ Tibi 2002, p. 514.
  9. ↑ Brett 1975, p. 624–626.
  10. ↑ Brett 1975, p. 626.
  11. 1 2 (en) Andrew Handler, The Zirids of Granada, University of Miami Press, , 8–14 p. (ISBN 0870242164)
  12. ↑ (en) Brian A. Catlos, Infidel Kings and Unholy Warriors: Faith, Power, and Violence in the Age of Crusade and Jihad, Farrar, Straus and Giroux, , 27 p. (ISBN 978-0-374-71205-1, lire en ligne)
  13. ↑ Mouloud Gaïd, Les Berbers dans l'histoire : De Ziri à Hammad, Editions Mimouni, (lire en ligne), p. 76-77
  14. ↑ Ibn Khaldoun 1854, p. 60.
  15. ↑ Fletcher 2006, p. 74.
  16. ↑ Fletcher 2000, p. 95.
  17. ↑ Vara 2012.
  18. 1 2 Russell 1982, p. 70.
  19. ↑ Bariani 2003, p. 140.
  20. ↑ Echevarría Arsuaga 2011, p. 133.
  21. ↑ Sánchez Candeira 1999, p. 28.
  22. ↑ Sánchez Candeira 1999, p. 29.
  23. 1 2 3 4 5 Gabriel Martinez-Gros et Sophie Makariou, Histoire de Grenade, Fayard, , 448 p. (ISBN 978-2-213-71085-3, lire en ligne)
  24. ↑ Ibn Khaldoun 1854, p. 60-62.
  25. 1 2 Mouloud Gaïd, Les berbers dans l'histoire : En Espagne musulmane, Editions Mimouni, (ISBN 978-9961-68-001-8, lire en ligne), p. 193
  26. ↑ (en) Andrew Handler, The Zīrids of Granada, University of Miami Press, , 208 p. (ISBN 978-0-87024-216-8, lire en ligne), p. 30
  27. 1 2 (en) Hugh Kennedy, Muslim Spain and Portugal: A Political History of al-Andalus, Routledge, , 141–142 p. (ISBN 9781317870418)
  28. 1 2 ,(en) Amin Tibi, Encyclopaedia of Islam, Second Edition, Brill, 1960–2007 (ISBN 9789004161214), « Zāwī b. Zīrī »
  29. 1 2 (en) Clifford Edmund Bosworth, The New Islamic Dynasties: A Chronological and Genealogical Manual, Edinburgh University Press, (ISBN 9780748696482, lire en ligne), « The Zirids and Hammadids »
  30. ↑ (en) Brian A. Catlos, Infidel Kings and Unholy Warriors: Faith, Power, and Violence in the Age of Crusade and Jihad, Farrar, Straus and Giroux, , 29 p. (ISBN 978-0-374-71205-1, lire en ligne)
  31. ↑ Rodgers et Cavendish 2021, p. 11–15.
  32. ↑ Sarr-Marroco 2021, p. 92.
  33. ↑ The Art of Medieval Spain, A.D. 500-1200. Jerrilynn D. Dodds, Metropolitan Museum of Art (New York, N.Y.). Metropolitan Museum of Art.
  34. ↑ (en) Amin Tibi, Encyclopaedia of Islam, Second Edition, Brill, 1960–2007 (ISBN 9789004161214), « Zirids »

Voir aussi

modifier

Articles connexes

modifier

Sources

modifier
  • (en) Jamil Abun-Nasr, A history of the Maghrib in the Islamic period, Cambridge, Cambridge University Press, (ISBN 0521337674, lire en ligne). Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • (en) Michael Brett, The Cambridge History of Africa, vol. 2, Cambridge University Press, , 589–636 p. (ISBN 978-0-521-21592-3, lire en ligne), « The Fatimid revolution (861-973) and its aftermath in North Africa ». Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • (en) Michael Brett, The Fatimid Empire, Edinburgh, Edinburgh University Press, (ISBN 9781474421522, lire en ligne). Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • (en) Richard Fletcher, Moorish Spain, Henry Holt & Company, (ISBN 0-520-24840-6, lire en ligne). Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • Ibn Khaldoun, Histoire des Berberes, Ministre de la guerre, (lire en ligne). Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • (es) Alfonso Sánchez Candeira, Castilla y León en el siglo XI. Estudio del reinado de Fernando I, Madrid, Rosa María Montero Tejada, (ISBN 9788489512412, lire en ligne). Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • (es) Richard Fletcher, La España mora, San Sebastián, Nerea, (ISBN 9788489569409, lire en ligne). Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article