Carré musulman
Un carré musulman est la partie d'un cimetière destinée à accueillir des défunts musulmans.

Ils existent uniquement dans les pays non musulmans car dans l'islam les âmes des croyants doivent reposer ensemble dans un même cimetière. Les tombes suivent la qibla, c'est-à-dire qu'elles sont orientées vers la ville de La Mecque en Arabie saoudite, lieu saint des musulmans.
Le carré musulman diffère d'une maqbara, qui est un cimetière entièrement musulman.
Belgique
modifierLe premier carré musulman de Belgique date de la fin de la Seconde Guerre mondiale à la nécropole française de Chastre. Puis à partir de quelques carrés musulmans sont destinés aux populations immigrées. À partir de avec l'affaire Loubna Benaïssa la situation engendre des débats politiques : la loi interdit en théorie les séparations confessionnelles dans les cimetières. La loi n'est pas changée mais à partir de une circulaire fédérale autorise les autorités communales à réserver une parcelle du cimetière pour les tombes « avec une même spécificité », dont les tombes musulmanes. Il n'y a cependant aucune obligation pour la commune de répondre positivement à une demande[1].
Avant la réglementation relève de la loi fédérale, à partir de elle dépend des régions[1].
La Wallonie et la Communauté germanophone autorisent les carrés musulmans mais précisent qu'ils ne doivent pas être séparés physiquement du reste du cimetière[1].
France
modifierFrance métropolitaine
modifierLa création du premier carré musulman est décidée par le Conseil municipal de Paris le et il ouvre effectivement le comme 85e division du cimetière du Père-Lachaise[2]. Après , les civils se voient affecter la 30e division du cimetière parisien de Pantin[2].
Depuis , les maires ont la possibilité de rassembler au sein du cimetière interconfessionnel les morts de même confession, d'où l'existence des « carrés »[3].
Par exception, il existe plusieurs cimetières exclusivement musulmans en France métropolitaine :
- le cimetière musulman de Bobigny, basé sur un décret présidentiel de [3], inauguré en ;
- le cimetière musulman de Strasbourg, inauguré en [4], de par le Concordat de resté en vigueur en Alsace-Moselle[3] ;
- le cimetière musulman de Largentière en Ardèche, créé en , en lien avec la cité Neuilly-Nemours du quartier Volpillaire, qui accueille des harkis réfugiés en métropole à la fin de la guerre d'Algérie[5].
Après la saturation du cimetière musulman de Bobigny, il est décidé sous l'impulsion du préfet de la Seine Paul Haag d'ouvrir un carré musulman au cimetière parisien de Thiais[2]. Dès , sans que cela ne donne lieu à un acte administratif de l'État, des divisions dédiées à des sépultures musulmanes sont créées à la demande de la Grande Mosquée de Paris, répondant à une demande annuelle d'environ 250 inhumations à la fin des années 1990[2]. D'abord onze, le nombre de divisions confessionnelles musulmanes passe à quinze, faisant de Thiais le principal regroupement de sépultures musulmanes de France[2].
Les carrés musulmans sont décrits par les circulaires du ministère de l'Intérieur des et , relatives à l'inhumation des défunts de confession islamique, puis par la circulaire du sur la police des lieux de sépulture[2]. Elles consacrent l'option des regroupements, retenue dans les cimetières extra muros de la Ville de Paris en faveur des israélites à Bagneux et Pantin dès et des Musulmans à Thiais à partir de [2].
En , environ 70 carrés musulmans sont inclus dans les cimetières communaux dont 23 en Île-de-France[6].
Lors la pandémie de Covid-19 qui a provoqué une hausse des décès ainsi que la fermeture des frontières à compter de , les musulmans qui avaient l'habitude pour une grande majorité de rapatrier les défunts dans leur pays d'origine, se sont heurtés au manque de carrés musulmans en France. Ainsi, sur 35 000 cimetières, Mohammed Moussaoui du CFCM a évalué à environ 600 le nombre de cimetières proposant un carré confessionnel respectant le rite religieux musulman[7]. En , la plateforme L.E.S. Musulmans en a recensé 205[8].
En , le nombre de carrés musulmans en France demeure insuffisant[9].
- Carré musulman du cimetière de Saint-Denis.
- Carré musulman du cimetière de Vichy.
- Carré musulman du cimetière de Vichy.
Carrés musulmans de cimetières militaires
modifierLes instances militaires exigent des espaces dans les cimetières parisiens durant la Première Guerre mondiale. Sur les 7 909 soldats inhumés dans les cimetières parisiens, 307 sont musulmans[2] :
| Cimetières parisiens | Soldats musulmans alliés inhumés |
|---|---|
| Pantin | 176 |
| Ivry | 101 |
| Bagneux | 47 |
| Vaugirard | 23 |
| Total | 307 |
Outre la partie militaire du cimetière musulman de Bobigny, ouverte en , quelques nécropoles possédant des carrés musulmans regroupant les soldats tués au cours des deux guerres mondiales[10] :
| Nécropoles | Guerre | Nombre de tombes | Stèles musulmanes |
|---|---|---|---|
| Douaumont (Meuse) | Première Guerre mondiale | 16 117 | 592 |
| Notre-Dame-de-Lorette (Pas-de-Calais) | Première Guerre mondiale | 40 000 | 576 |
| La Ferme de Suippes (Marne)[11] | Première Guerre mondiale | 9 256 | 1 959 |
| Condé-Folie (Somme) | Seconde Guerre mondiale | 3 310 | 829 |
| Rougemont (Doubs) | Seconde Guerre mondiale | 2 177 | 1 251 |
| Sigolsheim (Haut-Rhin) | Seconde Guerre mondiale | 1 589 | 792 |
| Rétaud (Charente-Maritime) | Seconde Guerre mondiale | 330 | 129 |
| Nécropole nationale de la Doua (Rhône) | Première Guerre mondiale et Seconde Guerre mondiale | 6359 | 320 |
| Besançon (Doubs)[12] | Première Guerre mondiale et Seconde Guerre mondiale | ? | ~20 |
| Cimetière de Vichy (Allier)[13] | Première Guerre mondiale | 500 | 3 |
- Carré C musulman à la nécropole nationale de la Doua.
- Carré militaire au cimetière musulman de Bobigny.
- Tombe musulmane du cimetière militaire de Vichy.
- Tombes musulmanes à la nécropole nationale de Sigolsheim.
- Tombes musulmanes à la nécropole nationale de Rougemont.
Profanations
modifierDepuis , plusieurs carrés musulmans ont fait l'objet de profanations, donnant lieu à des poursuites et des condamnations. Celles commises en en Alsace sont attribuées à un groupe néonazi s'en étant également pris à des sépultures juives[14].
-
- : Environ soixante tombes sont profanées à coups de batte de baseball par un déséquilibré dans le carré musulman du cimetière de Thiais (Val-de-Marne)[15] ;
-
- : Quatre tombes musulmanes sont profanées par des inscriptions néonazies au cimetière militaire de Cronenbourg, près de Strasbourg[14] ;
- : Plus de cinquante tombes musulmanes sont profanées par des inscriptions néonazies à Strasbourg[16] ;
- : Une cinquantaine de sépultures musulmanes d'un cimetière militaire sont recouvertes d'inscriptions néonazies à Haguenau (Bas-Rhin)[17] ;
- : Quinze tombes musulmanes sont profanées par des inscriptions néonazies dans le cimetière militaire de Cronenbourg[14].
-
- : huit tombes de soldats marocains appartenant à la 2e division blindée, morts pour la France au cours des combats qui ont suivi le débarquement de Normandie en , ont été profanées et recouvertes d'inscriptions néonazies au cimetière de Montjoie-Saint-Martin, un village situé en Basse-Normandie[18].
-
- : sept stèles de soldats de confession musulmane, morts pour la France lors de la Première Guerre mondiale, ont été profanées dans le carré militaire du cimetière de Tarascon (Bouches-du-Rhône)[19].
Le carré musulman du cimetière militaire Notre-Dame-de-Lorette à Ablain-Saint-Nazaire (Nord-Pas-de-Calais), qui abrite les tombes de 576 soldats musulmans de l'Armée française morts pour la France durant la Première Guerre mondiale, a été profané par des inscriptions néonazies à trois reprises, le (52 tombes), le (148 tombes, une tête de porc a été pendue à l'une d'elles) et le (la presque totalité des 576 tombes)[20].
Carrés musulmans de cimetières militaires français à l'étranger
modifierDeux cimetières militaires français en Italie possédant des carrés musulmans regroupant les soldats du corps expéditionnaire français tués au cours de la campagne d'Italie en -, principalement lors de la bataille de Monte Cassino[10].
| Nécropoles | Guerre | Nombre de tombes | Stèles musulmanes |
|---|---|---|---|
| Venafro | Seconde Guerre mondiale | 4 578 | 3 130 |
| Monte Mario (Rome) | Seconde Guerre mondiale | 1 709 | 1 142 |
Références
modifier- 1 2 3 Louis-Léon Christians et Patrick De Pooter, « Le régime des cimetières en Belgique : neutralité inclusive et pluralisme confessionnel », dans Anne Fornerod (dir.), Le pluralisme religieux dans les cimetières en Europe, Strasbourg, Presses universitaires de Strasbourg, coll. « Société, droit et religion », , 299 p. (ISBN 979-10-344-0035-5 et 979-10-344-0401-8), p. 117–139 (DOI 10.4000/books.pus.15982, lire en ligne).
- 1 2 3 4 5 6 7 8 9 Juliette Nunez, « La gestion publique des espaces confessionnels des cimetières de la Ville de Paris : L'exemple du culte musulman (-) », Le Mouvement social, no 237, , p. 13–32 (DOI 10.3917/lms.237.0013, lire en ligne, consulté le ).
- 1 2 3 Stéphanie Le Bars, « Strasbourg ouvre le premier cimetière public musulman de France », Le Monde, (consulté le ).
- ↑ Chloé Woitier, « Le cimetière musulman de Strasbourg, un cas unique », Le Figaro, (consulté le ).
- ↑ Pierre-Jean Pluvy, « Ardèche : une plaque dévoilée pour la mémoire des harkis à Largentière », France Bleu Drôme Ardèche, .
- ↑ Atmane Aggoun, « Les carrés musulmans : enjeu de l'intégration des musulmans de France », Le Monde, .
- ↑ « Les musulmans de France ne savent plus où enterrer leurs morts », sur Le Muslim Post, (version du sur archive.org).
- ↑ « Urgence Janaza : Cartographie des Carrés Musulmans et des Pompes Funèbres »(Archive.org • Wikiwix • Que faire ?), sur L.E.S. Musulmans (consulté le ).
- ↑ Eva Giandomenico, « À Tours, les musulmans n'ont plus de places dans les cimetières »
, sur Mediapart, . - 1 2 Ministère des Anciens Combattants et Victimes de guerre, Délégation à la mémoire et à l'information historique, Atlas des nécropoles nationales, Paris, La Documentation française, , 54 p. (ISBN 2-11-002737-1).
- ↑ « Nécropole nationale La Ferme de Suippes », relevé no 40881, sur MémorialGenWeb.
- ↑ Joseph Pinard, « Le député de Besançon et l'armée indigène en ... » [PDF], Besançon votre ville, , p. 42–43 (version du sur archive.org).
- ↑ « Le cimetière de Vichy », sur vichy.fr, Ville de Vichy (version du sur archive.org).
- 1 2 3 « Quinze tombes musulmanes profanées au cimetière militaire de Cronenbourg »
, Le Monde, (consulté le ). - ↑ « Profanation : un homme, soupçonné d'avoir vandalisé plusieurs tombes dans le carré musulman du cimetière de Thiais, a été interpellé »
, Le Monde, (consulté le ). - ↑ « Des dizaines de tombes musulmanes profanées à Strasbourg »
, Le Monde, (consulté le ). - ↑ « Des tombes musulmanes ont été profanées au cimetière militaire de Haguenau »
, Le Monde, (consulté le ). - ↑ « Montjoie-Saint-Martin. Les huit tombes du carré musulman profanées », Ouest-France, (version du sur archive.org).
- ↑ « Profanation de stèles musulmanes à Tarascon : pas de piste, selon le parquet », La Dépêche du Midi, (consulté le ).
- ↑ « De nouvelles tombes musulmanes profanées dans la région d'Arras », L'Obs, .