Chat bai

félin de l’île de Bornéo
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Catopuma badia

Catopuma badia
Description de cette image, également commentée ci-après
Un Chat bai captif à Sarawak en 2005.
3.16–0 Ma
Du Pliocène supérieur à l’Holocène (présent).
Classification
Règne Animalia
Sous-embr. Vertebrata
Super-classe Tetrapoda
Classe Mammalia
Cohorte Placentalia
Ordre Carnivora
Sous-ordre Feliformia
Famille Felidae
Sous-famille Felinae
Genre Catopuma

Sous-genre

Badiofelis Pocock, 1932[1] obsolète

Espèce

Catopuma badia
(Gray, 1874)

Statut de conservation UICN

( EN )( EN )
EN C1 : En danger

Statut CITES

Sur l'annexe  II  de la CITES Annexe II , Rév. du 04/02/1977

Répartition géographique

Description de cette image, également commentée ci-après
Répartition du chat bai à Bornéo

Synonymes

  • Felis badia J. E. Gray, 1874 (Protonyme)
  • Pardofelis badia Pocock, 1917[2]
  • Badiofelis badia Pocock, 1932[2]
  • Catopuma badia Wozencraft, 1993[2]

Le Chat bai (Catopuma badia), est une espèce de mammifère carnivore de la famille des félidés. Ce petit « Chat-puma » (du genre Catopuma) est endémique de l'île de Bornéo, où il se rencontre dans les États malaisiens du Sarawak et du Sabah ainsi que dans le Kalimantan indonésien. Avec son espèce sœur le Chat de Temminck et leur proche parent le Chat marbré, il forme la lignée évolutive dite « du Chat bai », qui représente l'une des branches basales les plus anciennes de la sous-famille des félinés.

De morphologie fine et élancée, le Chat bai mesure entre 49,5 et 69 cm de longueur tête-corps, avec une longue queue effilée de 30 à 43 cm et un poids compris entre 3 et 5 kg. S'il évoque superficiellement une réplique miniature du Chat de Temminck, il s'en distingue par sa silhouette plus grêle, ses petites oreilles arrondies dépourvues d'ocelle central blanc et l'ornementation très caractéristique de sa queue, dont la face ventrale porte une raie longitudinale blanc vif sur sa moitié distale. Sa robe, presque toujours unie, présente un dimorphisme marqué oscillant entre une teinte châtain roussâtre éclatante ainsi qu’une phase grise aux reflets roux, auxquelles s'ajoutent de rares formes mélaniques.

Prédateur solitaire et essentiellement diurne, le Chat bai est inféodé au couvert fermé des forêts tropicales primaires, des contreforts et des formations proches de l’eau de basse altitude. Ses mœurs restent parmi les plus énigmatiques de la famille des félins : aucune observation relative à sa reproduction en milieu naturel n'a pu être documentée et il n'a jamais été élevé en captivité. Bien que son régime alimentaire précis soit méconnu, sa petite taille lui permet d'exploiter les réseaux de galeries végétales creusés par les chevrotains pour chasser au sol de petits mammifères, des oiseaux et des reptiles.

Classé comme espèce « en danger » (EN) sur la liste rouge de l'UICN depuis 2002 et inscrit à l'annexe II de la CITES, le Chat bai est caractérisé par une densité de population naturellement très faible, ses effectifs globaux étant estimés à moins de 2 500 individus adultes. Il subit un déclin continu principalement provoqué par la déforestation intensive à Bornéo, due à l'exploitation forestière commerciale et à l'expansion des plantations de palmiers à huile, ainsi que par le braconnage lié au commerce clandestin des fourrures et des animaux de compagnie.

Dénominations

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Étymologie

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L'épithète spécifique badia dérive du latin classique badius, qui signifie « bai », « brun rougeâtre » ou « de couleur châtain », en référence directe à la couleur de la robe de l'holotype[12]. Badiofelis : mot-valise formé à partir de l'épithète spécifique badia J. E. Gray, 1874 et du nom de genre Felis[1]. Le chat bai en est l’espèce type par monotypie, sous le nom de Felis badia J. E. Gray, 1874[1].

Taxonomie

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Description originale et spécimen type

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Illustration de Felis badia dans les Proceedings of the Zoological Society of London, 1874.

L'espèce est décrite pour la première fois selon les règles de la nomenclature binominale en 1874 par le zoologiste britannique John Edward Gray sous le protonyme de Felis badia, dans un mémoire publié au sein des Proceedings of the Zoological Society of London[12]. La localité type retenue est le Sarawak, sur l'île de Bornéo en Malaisie[13].

L'holotype consiste en la peau et le crâne d'un jeune mâle, enregistré sous la cote BMNH:Mamm:1856.9.19.16 dans les collections du Musée d'histoire naturelle de Londres, collecté en 1855 au Sarawak par le naturaliste britannique Alfred Russel Wallace et parvenu au musée l'année suivante[14],[15]. Mal conservé et déchiré lors de la préparation, ce spécimen type est initialement étiqueté sous le nom contemporain du Chat à tête plate ( Felis planiceps )[14]. Il est ensuite assimilé à un jeune Chat de Temminck (Felis temminckii), mais Gray rejette cette hypothèse après examen des sutures de la boîte crânienne, prouvant que l'animal avait presque atteint l'âge adulte[12].

Persuadé d'avoir affaire à une nouvelle espèce mais espérant recevoir un exemplaire en meilleur état, Gray diffère sa publication pendant dix-huit ans avant de formaliser sa diagnose en mai 1874[14],[12]. Il y met en avant l'absence des deux rayures claires rétro-oculaires typiques de la plupart des petits félidés de l'Ancien Monde, comparant superficiellement sa robe unie à celle du Puma ou de l'Eyra[12]. Les spécimens suivants ne seront obtenus que plus d'une décennie plus tard, en 1888 puis en 1894[14].

En 1932, le zoologiste britannique Reginald Innes Pocock érige le genre distinct Badiofelis pour y transférer l'espèce. Il justifie cette séparation d'avec Pardofelis par des adaptations aux coussinets moins spécialisées pour des habitudes arboricoles, des pattes plus longues et étroites pourvues de pelotes digitales et carpiennes nettement plus larges, des palmures interdigitales peu marquées et des gaines protectrices de griffes moins développées, ainsi que par des caractéristiques crâniennes diagnostiques, notamment l'absence de crête sagittale médiane chez l'adulte, des lignes temporales formant un dessin en lyre très évasé, une constriction post-orbitaire moins étroite et des arcades zygomatiques moins saillantes[1].

Au début de la taxonomie contemporaine, ce genre spécifique n’est pas retenu et dans la première édition du Mammal species of the World en 1982 il est désigné sous le nom de Felis badia, sans aucune mention de Badiofelis, de sous-genres ou autre[16], c’est dans la deuxième édition en 1993 qu’il prendra le genre Catopuma[17].

Bien que brièvement classé avec le chat de Temminck sein du genre Pardofelis en 2007 à la suite des premières études de génétique moléculaire[18], les révisions taxinomiques ultérieures ont confirmé son maintien dans le genre Catopuma[19]. Cette distinction est appuyée par des analyses morphologiques et ostéologiques comparées, démontrant que la structure de son crâne ainsi que les caractéristiques de ses pattes et de sa queue diffèrent nettement de celles du Chat marbré (Pardofelis marmorata)[20], notamment par l'absence chez Catopuma de l'articulation souple de la cheville et de la longue queue tubulaire propres à Pardofelis qui justement justifié le changement de genre par Pocock auparavant [1].

Phylogénie et évolution

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Le plateau de la Sonde lors du dernier maximum glaciaire, illustrant les liaisons terrestres historiques entre Bornéo, Sumatra et la péninsule Malaise.

Les analyses de l'ADN nucléaire indiquent que la radiation évolutive de la famille des félidés a débuté en Asie au Miocène, il y a environ 14,45 à 8,38 millions d'années[21],[22], tandis que l'étude de l'ADN mitochondrial situe cette divergence primaire entre 16,76 et 6,46 millions d'années[19]. Le Chat bai forme, avec le Chat de Temminck (Catopuma temminckii) et le Chat marbré (Pardofelis marmorata), ce qui est appelé en anglais sous le nom de bay cat lineage (« lignée du Chat bai »), deuxième des huit grandes lignées de félins modernes à avoir émergé[21],[23]. L'ancêtre commun de ce groupe s'est séparé du tronc commun des félidés il y a 8,42 à 4,27 millions d'années selon l’ADN nucléaire[21], ou 8,47 à 0,41 millions d'années d'après les données mitochondriales[19]. Le Chat marbré occupe une position basale au sein de cette lignée, tandis que le Chat bai et le Chat de Temminck forment un clade frère partageant le genre Catopuma[21],[19].

Sur le plan morphologique et ostéologique, le Chat bai partage de grandes similitudes avec le Chat de Temminck. Comme l'aire de répartition de ce dernier englobe l'île voisine de Sumatra, séparée de Bornéo depuis seulement 10 000 à 15 000 ans[24], on pensait auparavant que le Chat bai constituait une simple forme insulaire naine conspécifique du Chat de Temminck[25],[26]. Parallèlement, plusieurs classifications ont temporairement fusionné l'ensemble de la lignée sous le genre Pardofelis, statut notamment repris par l'UICN en 2008[26],[27]. Cependant, les analyses génétiques confirment le statut d'espèces distinctes pour ces deux taxons[25], et la révision de 2017 du Cat Specialist Group valide le maintien de deux genres distincts, s'appuyant à la fois sur la divergence moléculaire profonde et sur une morphologie crânienne très divergente entre Pardofelis et Catopuma[28],[26].

Des travaux génétiques poussés situent l'événement de spéciation entre le Chat bai et le Chat de Temminck à la fin du Pliocène, vers 3,16 millions d'années, réfutant toute séparation récente au Pléistocène supérieur[29]. L'ennoyage répété de l'isthme de Kra a isolé la population méridionale sur le bloc de la Sonde, donnant naissance sur Bornéo à une espèce endémique étroitement inféodée aux forêts denses, tandis que la branche continentale évoluait vers le Chat de Temminck[29]. L'espèce est considérée comme strictement monotypique, aucune sous-espèce n'étant reconnue[25].

Relations phylogénétiques du Chat bai au sein de la lignée Catopuma d'après Johnson et al. (2006)[21], Li et al. (2016)[19] et Kitchener et al. (2017)[28] :

Felinae
Lignée Catopuma


Chat bai (Catopuma badia)



Chat de Temminck (Catopuma temminckii)




Chat marbré (Pardofelis marmorata)




Autres lignées de félinés (chats-léopards, lynx, caracals, etc.)



Description

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Le Chat bai est un petit félin au corps svelte, pourvu d'une longue queue effilée et d'une tête arrondie[30]. Sa morphologie générale rappelle celle du Chat de Temminck en miniature, bien que ses dimensions soient nettement plus modestes[30]. Entre 1874 et 2004, seules douze dépouilles ont pu être mesurées avec précision[31]. La longueur tête-corps varie entre 49,5 et 69 cm, les valeurs moyennes se situant entre 53 et 66 cm[30],[31], tandis que la queue mesure de 30 à 43 cm[32],[30]. La hauteur au garrot oscille entre 28 et 37 cm[33],[30], pour une largeur du crâne d'environ 6,4 cm[30]. Le poids à l'âge adulte est estimé entre 3 et 5 kg[30], bien que le nombre restreint d'individus vivants examinés limite la précision des moyennes pondérales[34].

Le pelage présente un dimorphisme de coloration marqué : la teinte la plus fréquente est d'un brun roussâtre châtain éclatant, mais une phase grise aux reflets roussâtres sous-jacents est également observée[30]. Ces deux variantes cohabitent dans les mêmes régions sans dominance apparente, des individus présentant des colorations intermédiaires ou changeant de teinte au cours de leur développement ayant également été observés[30]. Des sujets mélaniques ont été très ponctuellement rapportés[30]. Le pelage est presque entièrement uni, à l'exception de discrètes mouchetures sur le corps et le long de la transition avec les parties ventrales, qui sont plus claires, tandis que le dessous du menton et de la gorge est blanchâtre[30],[14].

La tête est courte et obtue, surmontée de petites oreilles arrondies au revers gris sombre dépourvu de tache ocellée blanche centrale[30],[14]. Deux lignes sombres partent du coin externe de chaque œil, complétées par des marques claires aux commissures internes et deux rayures brunes ténues sur les joues, tandis qu'un motif sombre en forme de lettre « M » se dessine à l'arrière du crâne[30],[14]. La queue, fréquemment portée droite et basse lors dex déplacements[30], possède une marque diagnostique : la moitié inférieure et postérieure du corps présente une raie médiane blanchâtre qui s'élargit en un blanc pur vers l'extrémité, laquelle se termine par une petite tache noire dorsale[12],[30]. La formule dentaire est singulière : la première prémolaire supérieure est vestigiale, n'arborant qu'une tête arrondie et une racine unique[35].

Distribution et habitat

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Carte de répartition et signalements documentés du Chat bai sur l'île de Bornéo.

Aire de répartition

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Le Chat bai est endémique de l'île de Bornéo duquel il est strictement restreint[30]. Son aire de répartition recouvre les territoires de la Malaisie insulaire, dans les États de Sarawak et de Sabah, ainsi que les provinces indonésiennes du Kalimantan, tandis que sa présence demeure incertaine au Brunei où aucun contact n'a encore été confirmé[30],[31].

Au cours du XIXe siècle, seules sept peaux ont pu être collectées[34]. L'extrême discrétion de l'espèce s'est confirmée au siècle suivant : ce n'est qu'en novembre 1992 que le premier individu vivant, une femelle adulte capturée près de la frontière entre le Sarawak et l'Indonésie, a été remis au musée du Sarawak à après sa mort[34]. Au milieu des années 1990, des observations fiables sont rapportées dans le parc national de Gunung Palung et le long du haut Kapuas dans le Kalimantan occidental, esquissant deux foyers de population principaux dans l'intérieur des terres[36].

Le déploiement des réseaux de pièges photographiques à partir du début du XXIe siècle a permis de documenter plus précisément sa présence dans les différents massifs de l'île. Au Sarawak, un premier individu sauvage a été photographié en 2002 dans le parc national du Gunung Mulu[37]. Des inventaires menés entre 2003 et 2018 révèlent que l'espèce fréquente essentiellement des forêts de plaine bordant des cours d’eau, ainsi que des contreforts de collines à moins de 700 m d'altitude, la probabilité de rencontre de l’espèce augmentant significativement à plus de 10 km de tout réseau routier[38]. Dans le centre de cet État, un seul individu a été capturé sur une période d'un an entre 2010 et 2011 dans un massif forestier en régénération après exploitation[39].

Au Sabah, un individu mâle est photographié pour la première fois en 2008 dans la réserve forestière de Deramakot au terme de 1 916 nuits-pièges, étendant l'aire connue de l'espèce vers le nord de l'île[40]. Des détections ont ensuite été obtenues dans la réserve forestière commerciale de Kalabakan, bien que le félin y évite les pistes et les zones dégradées[41],[42], ainsi que dans l'aire de conservation de Danum Valley[43]. L'analyse de 578 stations de piégeage photographique au Sabah confirme qu'il habite exclusivement le cœur des massifs forestiers peu perturbés et s'avère totalement absent des plantations de palmiers à huile[44].

Au Kalimantan, des contacts ont été documentés entre 69 et 400 m d'altitude dans le parc national de Kutai et les forêts de Wehea et de Sungai Wain[45]. Dans le Kalimantan central, un individu a été identifié entre 2016 et 2018 au sein d'une mosaïque de forêts marécageuses de tourbes et de landes forestières, appelés localement kerangas, dans le bassin de la rivière Rungan[46]. Dans le parc national de Kayan Mentarang, situé dans le Kalimantan du Nord, l'espèce a été photographiée en 2023 après vingt ans d'absence de contact formel dans la réserve[47].

Habitat

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Le Chat bai est inféodé aux forêts tropicales denses[30],[44]. Il habite en priorité les forêts primaires sempervirentes de plaine dominées par les diptérocarpacées, les massifs à flancs de colline, les affleurements calcaires karstiques, ainsi que les forêts marécageuses et riveraines[30],[31]. Un grand nombre d'occurrences historiques et contemporaines ont été relevées à proximité immédiate des fleuves, des cours d'eau et parfois des mangroves proche du littoral; s'il a pu être supposé qu'il s'agissait d'un biais de sélection dû à la progression plus aisée des explorateurs le long des voies fluviales, cette corrélation suggère également une véritable affinité écologique pour les zones humides proches de l’eau[31],[38].

Bien qu'il soit capable d'occuper des forêts secondaires issues d'un abattage sélectif modéré en phase de régénération, sa densité de population y est fortement réduite et il évite dès que possible les corridors déboisés et les monocultures de palmiers à huile[30],[41],[44].

Le félin se rencontre principalement dans les basses terres et les collines situées entre le niveau de la mer et 700 m d'altitude[38], pouvant s'élever jusqu'à environ 1 050 m au Sabah[44] et 1 400 m dans les hautes terres du Kelabit[30]. Une mention ancienne non confirmée fait état d'un individu aperçu à 1 800 m sur les pentes du mont Kinabalu[48].

Écologie et comportement

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Rythme d'activité et mœurs sociales

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Le Chat bai est l'un des félidés sauvages les moins documentés et son écologie sociale demeure encore très mal connue[49]. Animal particulièrement discret, il mène une existence solitaire[30].

Les données recueillies par piégeage photographique au Sabah et au Sarawak révèlent un rythme d'activité essentiellement diurne, marqué par un premier pic en début de matinée et un second en tout début d'après-midi, assorti d'une activité nocturne plus occasionnelle[44],[38]. Le félin adopte des mœurs quasi exclusivement terrestres. Bien qu'un individu ait été exceptionnellement signalé sur une branche située à 1 m du sol près d'une rive au cours d'une battue nocturne au Sarawak[31], aucun sujet n'a été observé évoluant dans la canopée, ce qui dénote une faible propension arboricole comparée à d'autres petits félins sympatriques comme le Chat marbré[30].

Alimentation et prédation

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Le régime alimentaire précis du Chat bai en milieu naturel demeure inconnu en raison de l'absence d'études directes ou de collectes de fèces analysées[49],[40]. Sa petite corpulence et ses mœurs terrestres indiquent qu'il chasse principalement de petits vertébrés au sol, notamment des rongeurs, comme des rats ou des souris, des oiseaux, tels que les faisans, et occasionnellement des reptiles ou des insectes[32],[30].

Sa morphologie svelte lui permet de se faufiler dans les galeries et sentiers souterrains denses creusés sous la végétation par les chevrotains, des passages normalement inaccessibles pour des prédateurs plus imposants comme la Panthère de Diard (Neofelis diardi)[30]. Il a ainsi été suggéré que le félin pourrait être spécialisé dans la traque de ces petits ongulés, les forçant parfois vers les berges et les cours d'eau ; la teinte unie et le dégradé ventral de son pelage imitant d'ailleurs remarquablement bien sur avec le patron de coloration du chevrotain[30]. Réputé agressif et déterminé lorsqu'il est acculé, le Chat bai peut s'attaquer à des proies plus volumineuses que lui et présente vraisemblablement un comportement opportuniste, ne dédaignant pas les charognes à l'occasion[32],[33].

Parmi les prédateurs potentiels capables de s'attaquer à ce félin figurent la Panthère de Diard, de grands reptiles comme le Python réticulé ou le Crocodile marin, ainsi que les chiens domestiques s’il s’approche trop de la lisière de la forêt, bien qu'aucun événement de prédation directe n'ait été formellement rapporté à ce jour[30].

Reproduction

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La reproduction de l'espèce à l'état sauvage est totalement inconnue, aucune observation de mise bas ou d'élevage de jeunes n'ayant pu être documentée sur le terrain[49],[30]. De plus, aucun individu n'ayant jamais été élevé avec succès ou reproduit en captivité, la durée de gestation, la taille moyenne des portées et le développement des chatons demeurent encore indéterminés[30].

Menaces et conservation

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Menaces

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Cliché satellite montrant les panaches de fumée issus des incendies de forêts marécageuses de tourbe à Bornéo en 2002.

Strictement inféodé au couvert végétal fermé, le Chat bai est directement menacé par la destruction accélérée de son habitat naturel. L'île de Bornéo enregistre l'un des rythmes de déforestation les plus rapides de la planète : alors que le couvert forestier s'étendait sur près des trois quarts de l'île au milieu des années 1980, il ne couvrait plus que 52 % de sa superficie en 2005 sous l'effet de l'exploitation forestière commerciale, de l'expansion urbaine et surtout de la conversion massive des forêts pluviales en plantations de palmiers à huile soutenue par le marché des biocarburants [50]. Moins de 6 % des terres émergées de Malaisie et d'Indonésie bénéficient d'un statut officiel de protection stricte[41].

Le braconnage constitue une pression additionnelle majeure, notamment par le piégeage aux collets, très répandu dans les concessions forestières, et qui ne fait pas la différences entre les espèces. En raison de sa grande rareté, le Chat bai fait l'objet d'un trafic illégal lucratif pour alimenter le commerce clandestin des peaux et des animaux de compagnie, certains spécimens vivants pouvant se négocier à plus de 10 000 dollars auprès de collectionneurs privés ou de parcs zoologiques peu scrupuleux[14]. Le développement du réseau routier pour le débardage expose également l'espèce aux collisions avec les véhicules[33].

Statut légal et mesures de protection

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Les populations sauvages sont naturellement fragmentées et leurs effectifs globaux sont estimés à moins de 2 500 individus en âge de se reproduire à l'échelle de l'île[26]. L'espèce est évaluée comme « en danger » (EN) sur la liste rouge de l'UICN depuis 2002[26]. Sur le plan légal, elle est inscrite à l'annexe II de la CITES depuis 1977, bien que plusieurs chercheurs recommandent absolument son passage en annexe I afin d'interdire strictement toute transaction commerciale à l’international[31].

L'espèce bénéficie d'une protection juridique intégrale au Sabah et au Sarawak, en Malaisie, ainsi qu’au Kalimantan, en Indonésie, où sa chasse, sa capture et sa détention sont formellement prohibées sous peine de lourdes sanctions, bien que l'application de ces dispositions reste assez limitée sur le terrain. En revanche, au Brunei, elle ne dispose d'aucune protection légale spécifique en dehors du périmètre strict des parcs nationaux et des réserves domaniales. Aucun individu n'est maintenu en captivité et aucune institution zoologique n'est parvenue à mettre en place un programme d'élevage conservatoire pour ce félin[30].

Historique des captures et recherche scientifique

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Illustration de Felis badia dans Monograph of the Felidae, 1883

Pendant plus d'un siècle, l'existence matérielle de cet animal n'a reposé que sur sept peaux et crânes préservés dans divers muséums d'histoire naturelle à travers le monde[24]. En novembre 1992, le premier individu vivant capturé fortuitement par des trappeurs, une femelle agonisante ne pesant que 1,95 kg, est déposée au musée du Sarawak ; sa mort rapide a néanmoins permis de recueillir les tous premiers échantillons sanguins et tissulaires indispensables aux études génétiques modernes[34]. Plusieurs captures sporadiques ont suivi : un spécimen pris au piège en 1998 a fait l'objet de la première photographie d'un animal vivant[14], tandis qu'en 2000, deux individus capturés illégalement sont morts avant leur exportation clandestine vers l'Amérique du Nord[14]. Une autre femelle confisquée lors d'un trafic en 2003 au centre de réhabilitation de Semenggoh a rapidement péri de pneumonie, et en décembre 2003, deux sujets surpris en train d'attaquer des faisans dans une volière privée au Sarawak ont été capturés, le mâle ayant finalement été relâché dans la nature en 2005[31].

Entre 2003 et 2006, un inventaire de terrain mobilisant pièges photographiques et enquêtes de voisinage a documenté quinze contacts fiables sur l'île, soulignant l'extrême discrétion du félin : une seule image a été enregistrée sur une série de plus de 5 000 clichés automatiques[31]. À partir de 2007, le Bornean Wild Cat and Clouded Leopard Project a ciblé l'aire de conservation de Danum Valley au Sabah afin d'analyser l'écologie spatiale des cinq félidés sympatriques de l'île et leur réponse à l'exploitation forestière[51]. Ce programme a permis de tripler les contacts photographiques et de tourner la toute première séquence vidéo de l'espèce à l'état sauvage en novembre 2009[52].

Relations avec les populations locales

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Le Chat bai demeure très largement méconnu des communautés autochtones de Bornéo. Lors d'enquêtes ethnologiques menées auprès de villages ruraux au Sabah et au Sarawak où des photographies des cinq félins de l'île ont été soumises aux habitants, le Chat bai a été la seule espèce à n'être reconnue par aucun villageois, bien que les chasseurs et trappeurs traditionnels soient conscients de son existence et de son extrême rareté[32],[24]. Par ailleurs, des témoignages historiques rapportent que des morceaux de dépouilles et de pelages de Chat bai ont été ponctuellement utilisés pour orner les coiffes traditionnelles de cérémonie des Dayaks dans le nord-est du Kalimantan[32].

Notes et références

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Références

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Bibliographie

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Description originale

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Autres ressources

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