Chaus
Felis chaus
| Règne | Animalia |
|---|---|
| Sous-embr. | Vertebrata |
| Super-classe | Tetrapoda |
| Classe | Mammalia |
| Cohorte | Placentalia |
| Ordre | Carnivora |
| Sous-ordre | Feliformia |
| Famille | Felidae |
| Sous-famille | Felinae |
| Genre | Felis |
Statut CITES
Répartition géographique
- Felis affinis J. E. Gray, 1830 [2]
- Lynceus Chaus Burnett, 1830 [2]
- Chaus Lybicus J. E. Gray, 1843 [2]
Sous-espèces de rang inférieur
- Felis chaus affinis Gray, 1830
- Felis chaus chaus Schreber, 1777
- Felis chaus fulvidina Thomas, 1928
Le Chaus (Felis chaus) est une espèce de mammifère carnivore de la famille des félin. Ce chat de taille moyenne est originaire du bassin oriental de la Méditerranée, du Caucase, ainsi que de certaines régions d’Asie centrale, d’Asie du Sud et d’Asie du Sud-Est. Il fréquente principalement les zones humides telles que les marais, ainsi que les zones littorales et ripariennes à végétation dense. Il est classé en préoccupation mineure sur la Liste rouge de l'UICN, et se trouve principalement menacé par la destruction des zones humides, le piégeage et l’empoisonnement [1].
Le chaus possède une fourrure dépourvue de taches, de coloration uniforme sable, brun roussâtre ou grise ; des spécimens mélaniques et albinos sont également répertoriés. De mœurs solitaires, il ne forme des groupes qu'en période de reproduction ou au sein des cellules familiales réunissant la mère et ses chatons.
Les adultes délimitent leur territoire par marquage urinaire et par dépôts olfactifs. Leurs proies favorites se composent de petits mammifères et d’oiseaux. Il chasse à l’affût ou à l'approche avant d’effectuer un sprint ou un bond ; ses oreilles l'aident à localiser ses proies avec précision. Les deux sexes atteignent la maturité sexuelle vers l'âge d'un an ; les femelles entrent en œstrus de janvier à mars. Le comportement d’accouplement est similaire à celui du chat domestique : le mâle poursuit la femelle réceptive, la saisit par la peau du cou et la monte. La gestation dure près de deux mois. Les mises bas surviennent entre décembre et juin, bien que ce calendrier varie selon la géographie. Les petits commencent à capturer leurs propres proies vers l'âge de six mois et se séparent de leur mère après huit ou neuf mois.
L'espèce a été décrite pour la première fois par Johann Anton Güldenstädt en 1776 à partir d'un spécimen capturé dans une zone humide du Caucase. Johann Christian Daniel von Schreber lui attribua son nom binominal actuel. Trois sous-espèces sont actuellement reconnues.
Dénominations
modifier- Nom scientifique valide : Felis chaus Schreber, 1777 selon Mammal Diversity Database ()[3] ;
- Synonymes :
- Chaus von Güldenstädt, 1776 [2]
- Felis chaus von Schreber, 1777 [2] (Protonyme)
- Felis Catolynx Pallas, 1811 [2]
- Felis affinis J. E. Gray, 1830 [2]
- Lynceus Chaus Burnett, 1830 [2]
- Felis kutas J. T. Pearson, 1832 [2]
- Felis rüppelii Brandt, 1832 [2]
- Lynchus Erythrotus B. H. Hodgson, 1836 [2]
- Felis erythrotus W. Ogilby, 1839 [2]
- Chaus Lybicus J. E. Gray, 1843 [2]
- Felis Jacquemontii I. Geoffroy Saint-Hilaire, 1844 [2]
- Lyncus? chaus Bonaparte, 1845 [2]
- Lyncus erythrotis J. E. Gray, 1867 [2]
- Chaus catolynx J. E. Gray, 1869 [2]
- Chaus Jacquemontii J. E. Gray, 1869 [2]
- Felis shawiana Blanford, 1876 [2]
- Lynx chaus Schulze, 1897 [2]
- Felis chaus furax de Winton, 1898 [2]
- Felis chaus nilotica de Winton, 1898 [2]
- Felis chaus typica de Winton, 1898 [2]
- Lyncus chrysomelanotis Nehring, 1902 [2]
- Felis chaus affinis Trouessart, 1904 [2]
- Felis chrysomelanotis Trouessart, 1904 [2]
- Catolynx chaus Satunin, 1905 [2]
- Felis (Felis) maimanah Zukowsky, 1915 [2]
- Felis affinis fulvidina O. Thomas, 1929 [2]
- Felis chaus kelaarti Pocock, 1939 [2]
- Felis chaus prateri Pocock, 1939 [2]
- Felis chaus chaus Ellerman & Morrison-Scott, 1951 [2]
- Felis chaus fulvidina Ellerman & Morrison-Scott, 1951 [2]
- Felis chaus kutas Ellerman & Morrison-Scott, 1951 [2]
- Felis (?) chaus maimanah Ellerman & Morrison-Scott, 1951 [2]
- Felis chaus valbalala Deraniyagala, 1955 [2]
- Felis (Felis) chaus oxiana Heptner, 1969 [2]
- Felis silvestris shawiana A. T. Smith & Xie Yan, 2008 [2]
- Nom normalisé anglais : Jungle Cat ;
- Nom vulgaire et vernaculaire recommandé en français : Chaus[4][5][6] ;
- Noms vulgaires typiques en français : Chat de Jungle[7][6], Chat des marais[7][6] ;
- Autres noms vulgaires : Félis chaus[8] , Chat chaus[4], Chat commun des Jungles[5], Chat à oreilles rousses[4][5], Chat de Jacquemont[5], Chat de Rüppell[5], Lynx des marais[4] [9], Lynx botté[4] ;
- Nom vernaculaire : Chat.
Taxinomie et phylogénie
modifierHistorique taxinomique
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Le naturaliste germano-balte Johann Anton Güldenstädt est le premier scientifique à capturer un chaus près du fleuve Terek, à la frontière sud de l'Empire russe, région qu'il a explorée entre 1768 et 1775 pour le compte de Catherine II[10]. Il décrit ce spécimen en 1776 sous le nom de « Chaus »[11].
En 1778, Johann Christian Daniel von Schreber utilise chaus comme épithète spécifique et est de ce fait considéré comme l'autorité binominale[12]. En 1912, Paul Matschie, puis en 1920, Joel Asaph Allen, contestent la validité de la nomenclature de Güldenstädt, soutenant que le nom Felis auriculis apice nigro barbatis ne constitue pas un binomen et se révèle donc non conforme, et que « chaus » a été employé comme nom vernaculaire plutôt que comme élément du nom scientifique[13].
Dans les années 1820, Eduard Rüppell collecte une femelle près du lac Menzaleh dans le delta du Nil[14]. La collection d'illustrations de la faune indienne de Thomas Hardwicke renferme le premier dessin d'un chaus indien, nommé le « chat voisin » (Felis affinis) par John Edward Gray en 1830[15]. Deux ans plus tard, Johann Friedrich von Brandt propose une nouvelle espèce sous le taxon de Chat de Rüppell (Felis rüppelii), reconnaissant le caractère distinct du chaus égyptien[16]. La même année, un chat naturalisé, capturé dans les jungles de Midnapore au Bengale-Occidental en Inde, est présenté lors d'une séance de la Société asiatique du Bengale. John Thomas Pearson, donateur du spécimen, propose le nom de Felis kutas, soulignant des différences de robe par rapport à Felis chaus[17]. Isidore Geoffroy Saint-Hilaire décrit pour sa part un spécimen des environs de Dehradun, dans le nord de l'Inde, en 1844, sous le nom de Chat de Jacquemont (Felis jacquemontii) en hommage à Victor Jacquemont[18].
En 1836, Brian Houghton Hodgson qualifie le chat à oreilles rousses commun au Népal de lynx et le baptise alors Lynx à oreilles rousses (Lynchus erythrotus)[19] ; Edward Frederick Kelaart décrit la première dépouille de chaus provenant du Sri Lanka en 1852 en insistant sur sa forte ressemblance avec le chat roux de Hodgson[20]. William Thomas Blanford relève l'aspect « lyncoïde » des peaux et des crânes découverts dans les plaines entourant le xian de Yarkand et Kachgar lorsqu'il décrit Felis shawiana en 1876[21].
Nikolaï Severtsov avance alors le nom de genre Catolynx en 1858[22], suivi par la proposition de Leopold Fitzinger de le renommer Chaus catolynx en 1869[23]. En 1898, William Edward de Winton propose de rattacher les spécimens du Caucase, de Perse et du Turkestan à Felis chaus typica, et rassemble les formes plus graciles du sous-continent indien sous F. c. affinis. Il rebaptise le chaus d'Égypte en F. c. nilotica car le nom binominal Felis rüppelii est déjà appliqué à une autre espèce de félin. Une peau récoltée près de Jéricho en 1864 l'amène à définir une sous-espèce distincte, F. c. furax, en raison de sa taille inférieure à celle des formes égyptiennes[24]. Peu après, Alfred Nehring décrit également une peau de chaus collectée en Palestine, qu'il nomme Lynx chrysomelanotis[25]. Reginald Innes Pocock révise la nomenclature des félidés en 1917 et place le groupe du chaus au sein du genre Felis[26]. Une autre sous-espèce, Felis chaus fulvidina, est décrite par Oldfield Thomas en 1928[27].
Au cours d'une expédition en Afghanistan dans les années 1880, plusieurs dépouilles de mammifères sont rassemblées puis remises à l'Indian Museum. Une peau sans crâne issue de la région de Maïmana, dans le nord du pays, est d'abord identifiée comme appartenant à Felis caudata, bien que l'auteur émette des réserves faute de matériel comparatif suffisant[28]. Lors de sa révision des dépouilles de chat orné d’Asie conservées au musée zoologique de Berlin, le zoologiste allemand Ludwig Zukowsky réexamine ce spécimen de Maïmana ; constatant une taille plus importante et une queue plus courte que chez caudata, il propose l'érection d'une nouvelle espèce : Felis (Felis) maimanah. Il suppose que l'animal occupe la région située au sud de l'Amou-Daria[29]. Le zoologiste russe Sergueï Ognev prend acte des conclusions de Zukowsky, mais estime que du matériel complémentaire reste nécessaire pour fixer définitivement le statut taxinomique de ce félin[30]. Dans sa monographie posthume consacrée aux peaux et crânes du genre Felis des collections du Muséum d'histoire naturelle de Londres, le taxinomiste britannique Pocock ne fait mention ni de l'analyse de Zukowsky, ni d'éventuels spécimens afghans[31]. Le naturaliste britannique John Ellerman et le zoologiste Terence Morrison-Scott rattachent ensuite à titre provisoire le spécimen de Maïmana à Felis chaus au rang de sous-espèce[32].
En 1969, le biologiste soviétique Vladimir Geptner décrit un chaus issu du cours inférieur du Vakhch en Asie centrale et crée pour lui le taxon Felis (Felis) chaus oxiana[33].
Dans les années 1930, Pocock entreprend la révision des dépouilles et crânes de chaus de l'Inde britannique et des territoires limitrophes. En se basant principalement sur la longueur et la couleur du pelage, il subordonne les spécimens du Turkestan jusqu'au Béloutchistan à F. c. chaus, ceux de l'Himalaya à F. c. affinis, ceux du district de Kutch jusqu'au Bengale à F. c. kutas, et les formes plus fauves de Birmanie à F. c. fulvidina. Il décrit en outre six grandes peaux provenant du Sind sous le nom de F. c. prateri, et d'autres à pelage plus court issues du Sri Lanka et du sud de l'Inde sous celui de F. c. kelaarti[34].
Classification
modifierEn 2005, dix sous-espèces étaient reconnues comme valides selon Mammal Species of the World (version 3, 2005) ()[35] :
- Felis chaus chaus - Le Chaus
- Felis chaus affinis - Le Chat voisin
- Felis chaus fulvidina
- Felis chaus furax
- Felis chaus kelaarti
- Felis chaus kutas
- Felis chaus maimanah
- Felis chaus nilotica
- Felis chaus oxiana
- Felis chaus prateri
Depuis 2017, le groupe de spécialistes des félins de l'UICN Cat Specialist Group n'en retient plus que trois. La variation géographique de l'espèce reste imparfaitement comprise et nécessite des études complémentaires[36].
| Sous-espèce | Répartition | Synonymes |
|---|---|---|
| Felis chaus chaus Schreber, 1777 Chaus (Stricto sensu) |
Caucase, Turkménistan, Iran, Béloutchistan et Yarkand, Turkestan oriental, Palestine, Israël, sud de la Syrie, Irak, Égypte[37] ; nord de l'Afghanistan et région au sud de l'Amou-Daria[38] ; le long des affluents de rive droite de l'Amou-Daria, dans les parties inférieures de la vallée du Vakhch vers l'est jusqu'à la vallée de Hissar et un peu au-delà de Douchanbé[33]. |
Liste
|
| Felis chaus affinis Gray, 1830 Chat de Ceylan |
Asie du Sud : région himalayenne depuis le Cachemire et le Népal jusqu'au Sikkim, le Bengale vers l'ouest jusqu'à Kutch et au Yunnan, sud de l'Inde et Sri Lanka[37]. | Liste
|
| Felis chaus fulvidina Thomas, 1929 | Asie du Sud-Est : de la Birmanie et la Thaïlande jusqu'au Laos, au Cambodge et au Viêt Nam[37]. |
Phylogénie
modifierLes travaux de phylogénie moléculaire fondés sur l'ADN nucléaire et l'ADN mitochondrial indiquent que la lignée du chat domestique (genre Felis) s'est différenciée il y a environ 6,2 millions d'années (Ma) au cours du Miocène supérieur, constituant le groupe frère de la lignée regroupant les genres Prionailurus et Otocolobus[41].
Au sein du genre Felis, le Chaus représente l'une des branches les plus basales aux côtés du Chat à pieds noirs (F. nigripes), s'étant séparé précocement de la branche menant aux autres espèces modernes (le Chat des sables et le complexe des chats sauvages et domestiques)[41],[42].
| Felinae |
| |||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
Phylogéographie des populations en Asie du Sud
modifierL'analyse de l'ADN mitochondrial de 55 spécimens de chaus échantillonnés dans diverses régions de l'Inde met en évidence une diversité génétique élevée, doublée d'une structuration spatiale bien définie. La population centrale de F. c. kutas constitue une barrière biogéographique limitant les flux géniques entre les populations occidentales du désert du Thar (F. c. prateri), les populations septentrionales de l'Himalaya et de la plaine gangétique (F. c. affinis) et les populations méridionales (F. c. kelaarti). Les individus d'Inde centrale s'avèrent ainsi génétiquement plus proches de ceux du Sud que de ceux du Nord[43].
Caractéristiques
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Le chaus est un félin de taille moyenne pourvu de longues pattes, faisant de lui la plus grande des espèces actuelles du genre Felis[44][45]. La longueur tête-corps est généralement comprise entre 59 et 76 cm. Il mesure près de 36 cm au garrot et pèse entre 2 et 16 kg[46][47]. Sa taille tend à diminuer d'ouest en est, une tendance attribuée à une concurrence accrue exercée par les petits félins en Asie orientale, comme le Chat orné, ou encore le Chat-léopard du Bengale[48]. Une réduction similaire s'observe des hautes latitudes vers les zones tropicales. L'espèce présente un dimorphisme sexuel marqué, les femelles étant généralement plus petites et plus légères que les mâles. La tête présente une face longue et étroite terminée par un museau blanc. Les oreilles, grandes, pointues, mesurant de 4,5 à 8 cm de long et d’une teinte rousse sur leur revers, sont assez rapprochées ; un petit pinceau de poils noirs d'environ 15 mm surmonte l'extrémité de chaque pavillon. Les yeux possèdent un iris jaune et des pupilles elliptiques ; de fines lignes blanches soulignent le contour oculaire. Des stries sombres partent du coin interne des yeux pour descendre le long du chanfrein, et une tache foncée marque la truffe[46][47][49]. La boîte crânienne est relativement large au niveau de l'arcade zygomatique, ce qui confère à la tête une allure plus arrondie[33].
Le pelage, d'une teinte sable, brun roussâtre ou grisâtre, présente une couleur uniforme exempte de taches ; des cas de mélanisme et d'albinisme ont toutefois été rapportés dans le sous-continent indien. Des spécimens blancs observés le long de la frange littorale du sud des Ghats occidentaux ne présentaient pas les yeux rouges caractéristiques de l'albinisme vrai : une étude de 2014 a suggéré que cette dépigmentation résulterait plutôt d'une consanguinité locale[50]. Les jeunes sont rayés et mouchetés, motifs dont les adultes conservent parfois de légères traces. Des jarres à extrémité sombre parsèment la robe, lui donnant un aspect finement grisonnant ou tiqueté. Le ventre est plus clair que le dos et la gorge tire sur le blanchâtre. La fourrure est nettement plus dense sur la région dorsale que sur la face ventrale. L'animal subit deux mues par an, la livrée estivale étant plus rêche et plus claire que la toison hivernale. La face interne des pattes antérieures exhibe quatre à cinq anneaux sombres, parfois esquissés de façon plus effacée sur la face externe. La queue, terminée par un manchon noir et longue de 21 à 36 cm, porte deux à trois anneaux foncés dans son dernier tiers[47][44]. Les empreintes mesurent environ 5 × 6 cm, et le pas couvre 29 à 32 cm[33]. Une crête dorsale médiane est perceptible[49]. Par ses membres élancés, sa queue courte et les pinceaux de ses oreilles, le chaus évoque superficiellement un petit lynx, d’où ses anciens noms génériques et vernaculaires[44], tout en étant plus grand et plus élancé que le chat domestique[51].
Répartition et habitat
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Le chaus est présent au Moyen-Orient, dans le Caucase, dans le sous-continent indien, en Asie centrale et du Sud-Est, au Sri Lanka ainsi que dans le sud de la Chine[1][52][49].
Généraliste quant à son habitat, le chaus fréquente les milieux pourvus d'eau et d'une végétation dense, tels que les marais, les zones humides, les zones littorales et ripariennes, les prairies et les broussailles. Il est commun dans les zones agricoles sur l'ensemble de son aire de répartition, notamment dans les champs de canne à sucre et de haricots, et s'observe fréquemment à proximité des implantations humaines. Les roseaux et les hautes herbes dans les zones humides étant caractéristiques de son biotope, il est parfois désigné sous le nom « chat des marais »[53][51]. Il peut s'accommoder de zones à végétation plus clairsemée, mais s'adapte mal aux climats plus froids et demeure assez rare dans les secteurs régulièrement enneigés[44]. Des mentions historiques font état de sa présence jusqu'à des altitudes de 2 310 m dans l'Himalaya[34]. Malgré son nom de « Chat de Jungle », il évite les forêts tropicales humides et les zones boisées trop denses[44][45][51].
En Turquie, sa présence a été relevée dans des zones humides près de Manavgat, dans la lagune d'Akyatan sur la côte méridionale ainsi qu'aux abords du lac d'Eğirdir[54][55]. Dans les territoires palestiniens, l'espèce a été recensée dans les gouvernorats de Naplouse, de Ramallah et Al-Bireh, de Jéricho et de Jérusalem en Cisjordanie au cours d'inventaires menés entre 2012 et 2016[56].
En Iran, il occupe des milieux variés allant des plaines et terres cultivées jusqu'aux zones montagneuses, s'étageant de 45 à 4 178 m d'altitude dans au moins 23 des 31 provinces de l'Iran[57]. Au Pakistan, il a été photographié dans les districts d'Haripur, de Dera Ismail Khan, de Sialkot et dans le sanctuaire pour la faune sauvage du lac Langh[58].
En Inde, il s'agit du petit félin sauvage le plus commun[48]. Au Népal, il a été observé en milieu alpin à des altitudes comprises entre 3 000 et 3 300 m au sein du parc de l'Annapurna entre 2014 et 2016[59].
En Malaisie, sa présence a été relevée en 2010 dans une forêt fortement fragmentée de l'État de Selangor[60].
Plusieurs momies de chaus ont par ailleurs été retrouvées parmi les sépultures de chats de l'Égypte antique[61][62][63].
Écologie et comportement
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Le chaus est principalement diurne et chasse tout au long de la journée, bien que son activité ait tendance à diminuer durant les heures les plus chaudes de la mi-journée. Il se repose dans des terriers, des fourrés d'herbes denses et des broussailles. En hiver, il s'expose fréquemment au soleil. On estime que les individus peuvent parcourir entre 3 et 6 km la nuit, bien que ces déplacements semblent varier en fonction de la disponibilité des proies. Les mœurs du chaus restent peu étudiées. L'animal mène une vie solitaire et ne côtoie ses congénères que pendant la saison de reproduction. La seule interaction sociale notable réside dans le lien entre la mère et ses petits. Les territoires sont maintenus par marquage urinaire et par dépôts olfactifs ; certains mâles ont été observés en train de se frotter les joues contre des objets pour y déposer leur odeur[47][44].
Le léopard, le tigre, les ours, les crocodiles, le dhole, le chacal doré, le chat viverrin, les grands rapaces et les serpents comptent parmi les principaux prédateurs de ce petit félin[33][47]. Le chacal doré s'avère notamment un concurrent important[64]. Lorsqu'il fait face à une menace, le chaus émet des vocalises avant d'engager la confrontation, produisant des sons comparables à de petits rugissements, un comportement inhabituel chez les autres membres du genre Felis. Le miaulement du chaus est également plus grave que celui du chat domestique[33][47]. L'espèce peut héberger des parasites, notamment des tiques du genre Haemaphysalis et des trématodes du genre Heterophyes[65].
Régime alimentaire et prédation
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Carnivore au premier ordre, le chaus affectionne particulièrement les petits mammifères tels que les gerbilles, les lièvres et divers rongeurs. Il chasse également des oiseaux, des poissons, de petits serpents, des grenouilles ainsi que des insectes. Ses proies pèsent généralement moins d'un kilogramme, mais comprennent parfois des animaux plus massifs comme des jeunes gazelles[47][44]. Fait inhabituel chez un félin, le chaus manifeste une part d'omnivorie : il consomme des fruits, particulièrement en hiver. Lors d'une étude menée dans la Sariska tiger reserve, les rongeurs représentaient jusqu'à 95 % de son régime alimentaire[66].
Le chaus chasse à l'affût, technique suivie d'une accélération brutale ou d'un bond fulgurant ; ses oreilles mobiles facilitent la localisation de la cible avec précision. Il emploie différentes stratégies selon les proies et a ainsi été observé fouillant les terriers de rats musqués. Tout comme le caracal, il est capable d'exécuter un ou deux grands bonds pour capturer des oiseaux au vol[44]. C'est également un bon grimpeur[33]. Sa vitesse de pointe a été chronométrée à 32 km/h[45][44]. Nageur efficace, il peut parcourir jusqu'à 1,5 km dans l'eau et plonger pour attraper des poissons[67].
Reproduction
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Les deux sexes atteignent la maturité sexuelle vers l'âge d'un an. Les femelles connaissent des chaleurs durant environ cinq jours, entre janvier et mars. Chez les mâles, la spermatogenèse survient principalement en février et mars. Dans le sud du Turkménistan, les accouplements ont lieu de janvier au début du mois de février. La saison des amours est rythmée par des combats bruyants entre mâles pour la dominance. Le comportement reproducteur s'apparente à celui du chat domestique : le mâle poursuit la femelle réceptive, la saisit à la nuque et la monte. Les vocalises et le flehmen sont fréquents durant la parade nuptiale. Après l'accouplement, la femelle pousse un cri puissant et montre des signes de rejet envers son partenaire, après quoi le couple se sépare[33][47].
La gestation dure près de deux mois. Les mises bas interviennent entre décembre et juin, avec des variations géographiques. Avant la parturition, la femelle prépare un nid d'herbes dans un terrier, le creux d'un arbre ou une roselière[44]. Les portées comptent de un à cinq petits, le plus souvent deux ou trois, et les femelles peuvent élever deux portées par an[33][47]. Les chatons pèsent entre 43 et 55 g à la naissance et sont bien plus faibles dans la nature qu'en captivité. D'abord aveugles et vulnérables, ils ouvrent les yeux au bout de 10 à 13 jours et sont complètement sevrés vers l'âge de trois mois. Les mâles ne participent pas à l'élevage des jeunes dans la nature ; en captivité en revanche, ils se révèlent très protecteurs envers leur progéniture. Les jeunes commencent à chasser leurs propres proies vers six mois et s'émancipent de la mère au bout de huit ou neuf mois[33][68]. La longévité du chaus en captivité atteint 15 à 20 ans, une durée probablement supérieure à son espérance de vie dans le milieu naturel[47]. Le temps de génération moyen est estimé à 5,2 ans[69].
Le Chaus et l'Homme
modifierMenaces et conservation
modifierMenaces
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Les principales menaces pesant sur le chaus comprennent la perte d'habitat liée à l'assèchement et à la destruction des zones humides, la construction de barrages, la pollution, l'industrialisation et l'urbanisation. Le braconnage représente un grand péril en Turquie et en Iran. Sa rareté en Asie du Sud-Est découle très probablement d'une forte pression cynégétique[1]. Depuis les années 1960, les populations caucasiennes établies sur le pourtour de la mer Caspienne et dans les pays du Caucase connaissent un déclin rapide ; seuls de faibles effectifs subsistent aujourd'hui. Aucune observation n'a été rapportée dans la réserve naturelle d'Astrakhan dans le delta de la Volga depuis les années 80[70]. L'espèce est devenue rare au Proche-Orient. En Jordanie, elle subit de plein fouet l'expansion des zones agricoles le long des lits des fleuves Yarmouk et Jourdain, où les exploitants abattent et empoisonnent les individus en représailles à des attaques sur les volailles[71]. Elle est également considérée comme rare et menacée en Afghanistan[72]. L'Inde a exporté d'importantes quantités de peaux de chaus jusqu'à l'interdiction de ce commerce en 1979 ; un trafic illégal persiste néanmoins dans le pays, ainsi qu'en Égypte et en Afghanistan [1].
Dans les années 1970, le chaus figurait encore parmi les petits félins les plus fréquents aux abords des villages dans le nord de la Thaïlande et occupait plusieurs aires protégées du pays[73]. Cependant, depuis le début des années 1990, les rencontres sont devenues rares et les effectifs se sont effondrés en raison du braconnage et de la fragmentation du milieu naturel. L'espèce est désormais officiellement classée en danger critique d'extinction en Thaïlande[74]. Au Cambodge, au Laos et au Viêt Nam, le chaus fait l'objet d'une chasse intense. Des peaux font ponctuellement leur apparition sur les marchés frontaliers, et des individus vivants, vraisemblablement capturés en Birmanie ou au Cambodge, sont parfois saisis dans les zoos thaïlandais de Khao Khieo et de Chiang Mai[75].
Statut de protection
modifierLe chaus figure à l'annexe II de la CITES. Sa chasse est formellement interdite au Bangladesh, en Chine, en Inde, en Israël, en Birmanie, au Pakistan, au Tadjikistan, en Thaïlande et en Turquie. En revanche, l'espèce ne bénéficie d'aucune protection juridique en dehors des aires protégées au Bhoutan, en Géorgie, au Laos, au Liban, au Népal, au Sri Lanka et au Viêt Nam[53].
Hybridation
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Le chaus est à l'origine d'une race de chat hybride développée par l'Homme : le chausie[76]. Si des hybridations spontanées ont pu se produire dès l'Égypte antique en raison de la présence du félin le long des canaux d'irrigation du delta du Nil[77], l'élevage sélectif commence réellement au tournant des années 1960 et 1970 aux États-Unis afin d'offrir une solution de remplacement à la captivité d'animaux sauvages comme compagnons de maison. Le programme s'organise et prend le nom officiel de « Chausie » d'après le nom binominal Felis chaus au début des années 1990[78].
Le chausie hérite de son ancêtre sauvage une constitution athlétique adaptée à la course et au saut, un poitrail profond, des pommettes anguleuses très marquées ainsi que de grandes oreilles dressées, souvent pourvues de plumets à leur extrémité[76][79]. Sa queue se révèle naturellement plus courte que celle d'un chat domestique ordinaire et atteint environ les trois quarts de la longueur habituelle. Les croisements fondateurs ont fait appel à des chats de gouttière d'allure sauvage, à des abyssins et à des orientaux. Le standard officiel établi par The International Cat Association (TICA) n'admet que trois robes : le noir uni (solid black), le patron tiqueté noir (black ticked tabby) et le grisonnant (black grizzled tabby)[79]. Ce dernier motif, tout à fait unique chez le chat domestique, découle directement du patrimoine génétique du chaus : le poil sombre y est barré d'une alternance de bandes blanc cassé entre une racine gris souris et une pointe noire, ce qui lui confère un éclat moucheté et argenté achevant sa formation vers l'âge de trois ans[79].
La descendance issue de ces croisements s'échelonne selon des générations filiales successives (F1 pour le croisement direct, puis F2, F3 et F4 lors des rétrocroisements avec des chats domestiques). Conformément à la règle de Haldane, les mâles des premières générations sont presque systématiquement stériles, ce qui a longtemps ralenti la fixation de la race. Seuls les individus dits « SBT » (Stud Book Tradition), éloignés d'au moins quatre générations du chaus et issus d'au moins trois générations de chausies enregistrés, possèdent une fertilité normale ainsi qu'un tempérament pleinement domestique ; ce sont les seuls autorisés à concourir dans les classes de championnat de la TICA depuis 2013[76] ou du Livre officiel des origines félines (LOOF) en France.
Sur le plan médical, certains sujets conservent le tube digestif plus court typique de l'ancêtre sauvage, rendant l'assimilation des végétaux malaisée et prédisposant l'animal aux intolérances alimentaires (notamment au gluten) ou aux maladies inflammatoires chroniques de l'intestin en l'absence d'une ration carnée adaptée. En raison de cette ascendance sauvage, la possession des premiers stades de croisement fait l'objet de restrictions légales strictes : la détention et l'élevage des générations F1 à F4 sont interdits aux Pays-Bas[80] ainsi que dans plusieurs régions de Belgique, notamment en Flandre[81] et en Région de Bruxelles-Capitale[82], tandis que la réglementation française soumet ces mêmes générations non stabilisées au régime des animaux non domestiques, exigeant un certificat de capacité et une autorisation préfectorale d'ouverture d'établissement avant de laisser libre la détention à partir de la génération F5.
Notes et références
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modifier- (en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « Jungle cat » (voir la liste des auteurs).
Références
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Voir aussi
modifierArticles connexes
modifierLiens externes
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