Christiane Rochefort
Christiane Rochefort est une écrivaine française, née le à Paris 14e et morte le à La Garde (Var).
| Nom de naissance | Christiane Renée Rochefort |
|---|---|
| Alias |
Dominique Fejos Benoît Becker |
| Naissance |
Paris 14e (France) |
| Décès |
(à 80 ans) La Garde (Var, France) |
| Activité principale |
| Langue d’écriture | Français |
|---|---|
| Genres |
Roman, essai, traduction |
Œuvres principales
- Le Repos du guerrier (1958)
- Les Petits Enfants du siècle (1961)
- Les Enfants d'abord (1976)
- La Porte du fond (1988)
Compléments
Militante féministe, cofondatrice du mouvement Choisir la cause des femmes
Elle publie certains livres sous les pseudonymes de Benoît Becker et Dominique Féjos, avant le véritable début de sa carrière littéraire avec Le Repos du guerrier, à 41 ans.
Biographie
modifierLorsque Christiane Rochefort nait en juillet 1917 son père René Rochefort exerce la profession de téléphoniste et sa mère Jeanne Écolan celui d'employée des postes[1]. Pendant la Seconde guerre mondiale, sa mère Jeanne Écolan était intégrée sous le pseudo de « Flora » au dispositif clandestin de planques de la direction du Parti communiste français chapeauté par Arthur Dallidet puis par son frère Raymond. Elle avait notamment hébergé Henri Raynaud après l'évasion de ce dernier du camp de Châteaubriant en [2].
Christiane Rochefort grandit avec sa mère dans le Limousin, son père les rejoint quand elle a 9 ans. Elle est en classe de philosophie au lycée Fénelon de Paris, où elle passe son deuxième baccalauréat. Elle s'inscrit dans plusieurs filières universitaires (médecine, psychologie, ethnologie) mais ne poursuit pas ses études. Elle rompt avec sa famille alors qu'elle est encore mineure[3].
Elle pratique différentes activités artistiques, dont l'écriture, le dessin et la sculpture. En parait "Points de départ pour le renouveau révolutionnaire" texte co-écrit avec le poète Pierre Caminade avec qui elle vit pendant l'Occupation. Elle travaille en tant que secrétaire, journaliste[3].
Le elle se marie dans le 16e arrondissement de Paris avec Albert Desemberg, journaliste et scénariste connu sous le pseudonyme de Jean Néry[3].
À partir de 1947 elle travaille 5 mois par an en tant qu'attachée de presse pour le Festival de Cannes.
Afin de pouvoir se consacrer à l'écriture elle divorce d'Albert Desemberg en 1953[3]. Elle partage sa vie avec le poète, scénariste, journaliste Amos Kenan (en) à la fin des années 1950[3],[4]. En 1960 elle écrit « le mariage et l'amour n'ont rien à faire ensemble. Ces deux données sont totalement indépendantes l'une de l'autre »[5].

Elle est inhumée au cimetière du Père-Lachaise (22e division)[6]. L'éléphant sculpté pour lequel elle a reçu le grand prix de la Ville de Paris en 1958 est placé sur sa tombe[3].
Engagements
modifierEn , elle signe le Manifeste des 121, titré « Déclaration sur le droit à l’insoumission dans la guerre d’Algérie »[3]. Dans le contexte d'alors cette signature est une prise de risque[5].
Au cours des événements de Mai 68 elle signe plusieurs communiqués : soutien des écrivains aux étudiants, appel au boycott de l'ORTF. Par solidarité avec les cinéastes protestataires elle démissionne de son poste d'attachée de presse du Festival de Cannes[3].
Christiane Rochefort est aussi connue pour son engagement féministe. Militante, elle s'engage activement au Mouvement de libération des femmes (MLF) groupe avec lequel elle a notamment participé au dépôt de gerbe à la femme du Soldat inconnu à l’Arc de triomphe en 1970[7]. La même année elle participe à la rédaction du contre questionnaire des États généraux du journal Elle. Christiane Rochefort publie à plusieurs reprises des articles et chroniques féministes dans Le torchon brûle et Les temps modernes[3]. Elle a cherché des signatures et fait elle-même partie des signataires du manifeste des 343 femmes déclarant avoir avorté et publié le [3],[8]. Dans la suite de cette signature elle contribue avec Simone de Beauvoir, Gisèle Halimi, Jean Rostand et quelques autres, à créer le mouvement féministe Choisir la cause des femmes. Elle rédige le préambule de la traduction en français de SCUM manifesto de Valerie Solanas qui sort en 1971[3]. Elle est une des contributrices du Livre de l'oppression des femmes paru en 1972[5].
Christiane Rochefort s'est également positionnée contre la domination des adultes sur les enfants, sujet auquel elle a consacré plusieurs livres. Elle se positionne également contre le statut de mineur[3]. Interrogée par France Culture en 1976[9], elle disait :
« Les enfants on ne les connaît pas parce que tout en les observant on les contrôle et on les surveille, tout simplement car on est des adultes. On est le pouvoir, l'enfant sait qu'il est contrôlé et qu'il peut être puni.»
Cet engagement transparait dans son œuvre. Dans Printemps au parking (1969), un adolescent fuit sa famille et découvre l'amour homosexuel tandis que Encore heureux qu'on va vers l'été (1975) narre la fugue de toute une classe de cinquième. Enfin dans La Porte du fond (1988), elle raconte l'insoumission d'une jeune fille confrontée à un père incestueux. Refusant le principe de majorité sexuelle elle signe dans le contexte de l'affaire de Versailles une pétition parue le contre la détention préventive effectuée par les trois accusés d'attentats à la pudeur sans violence sur mineurs de moins de quinze ans[3],[10]. Quatre mois plus tard elle signe un appel à la révision du code pénal à propos des relations mineurs-adultes, texte qui aborde entre autres la répression des relations homosexuelles[11].
Écologiste, critique de la société de consommation dans son œuvre[3], Christiane Rochefort a soutenu en 1974 le premier candidat écologiste à l'élection présidentielle René Dumont[12]. Elle a rejoint Les Amis de la terre dans les années 1980[13] et a contribué à la revue Le Sauvage[14], créé par le fondateur de l'association. Dans une de ses œuvres les plus connues, Les Petits Enfants du siècle, « Rochefort s'attaque à l'urbanisme, à la violence de l'architecture, qui impose un mode de vie et de pensée, et elle dénonce les ravages de la société de consommation », détaille la professeure de littérature française Martine Sagaert dans Nouvelles Questions féministes[15].
« Au fait, j'aime la littérature de révolte, de résistance, de remise au clair », résume l'autrice dans un entretien[16], en 1981. Se défendant d'être un écrivain engagé elle préférait d'ailleurs employer le terme "écrevisse"[3].
Œuvre
modifierSon premier roman Cendres et ors, sorti en 1956, est remarqué. Elle publie les deux suivants sous le pseudonyme de Dominique Féjos[3]. Deux fois lauréate de prix littéraires (Prix de la Nouvelle Vague en 1958, Prix Médicis en 1988), elle élabore une œuvre composite où les études psychologiques (Les Petits Enfants du siècle, 1961) côtoient les études de mœurs (Le Repos du guerrier, 1958, inspiré de sa vie commune avec Amos Kenan[4], qui est son premier succès et pour lequel elle manque de peu le prix Femina[3], Encore heureux qu'on va vers l'été, 1975) et des ouvrages faisant appel au surnaturel et à l'excessif baroques, tel Archaos ou le Jardin étincelant (1973), qui décrit, sous des allures de conte traditionnel sinon d'historiographie officielle imaginaire, la naissance et les aventures de celui qui deviendra, par succession héréditaire, le Roi du pays d'Archaos.
- 1956 : Cendres et Or, Éditions de Paris
- 1957 : Une fille mal élevée, Éditions de Paris — sous le pseudonyme de Dominique Féjos
- 1958 : Tes mains, Éditions de Paris — sous le pseudonyme de Dominique Féjos
- 1958 : Le Repos du guerrier, Grasset — Prix de la Nouvelle Vague
- 1961 : Les Petits Enfants du siècle, Grasset
- 1963 : Les Stances à Sophie, Grasset
- 1966 : Une rose pour Morrisson, Grasset
- 1969 : Printemps au parking, Grasset
- 1972 : Archaos ou le Jardin étincelant, Grasset
- 1975 : Encore heureux qu'on va vers l'été, Grasset
- 1982 : Quand tu vas chez les femmes, Grasset
- 1988 : La Porte du fond, Grasset — Prix Médicis
- 1997 : Conversations sans paroles, Grasset
- 2004 : Œuvre romanesque, Grasset
Nouvelles
modifierEssais
modifier- 1970 : C'est bizarre l'écriture, Grasset — publié au Québec sous le titre de Journal de printemps, récit d'un livre, L'Étincelle, 1977
- 1976 : Les Enfants d'abord, Grasset
- 1984 : Le Monde est comme deux chevaux, Grasset
Écrits divers
modifier- 1978 : Ma vie revue et corrigée par l'auteur, Stock — autobiographie, à partir d'entretiens avec Maurice Chavardès
- 1997 : Adieu Andromède, Grasset — textes
- 2015 : Journal préposthume possible, iXe — journal 1986-1993
Traductions et adaptations
modifier- 1965 : En flagrant délire, Robert Laffont — traduction avec Rachel Mizrahi de In His Own Write de John Lennon
- 1966 : Le Cheval fini d'Amos Kenan, Grasset — traduction
- 1974 : Les Tireurs de langue d'Amos Kenan et Pierre Alechinsky, Yves Rivière — adaptation
- 1976 : Holocauste 2 d'Amos Kenan, Flammarion — traduction
Benoît Becker
modifierChristiane Rochefort a utilisé le pseudonyme collectif de Benoît Becker pour des histoires écrites avec Guy Bechtel, Jean-Claude Carrière, Stephan Jouravieff et José-André Lacour aux éditions Fleuve Noir, coll. « Angoisse ».
Notes et références
modifier- ↑ « Acte de naissance de Christiane Rochefort », sur Archives municipales de Paris (consulté le )
- ↑ Emmanuel de Chambost, La direction du PCF dans la clandestinité (1941-1944), L'Harmattan, 1997, p.147
- 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 Delphine Naudier, « Rochefort Christiane », dans Christine Bard, Sylvie Chaperon, Dictionnaire des féministes. France XVIIIe-XXIe siècle, Paris, Presses universitaires de France, , 1796 p. (ISBN 9782130832799), p. 1344-1349
- 1 2 Sylvain Cypel, « Amos Kenan, artiste et publiciste israélien », Le Monde, (lire en ligne
) - 1 2 3 Claire Blandin, « Les visages de l'"écrevisse", Christiane Rochefort dans la presse française », dans Christine Bard, Les féministes de la deuxième vague, Rennes, Presses universitaires de Rennes, , 260 p. (ISBN 9782753518087), p. 201-210
- ↑ Paul Bauer, Deux siècles d'histoire au Père Lachaise, Mémoire et Documents, , 867 p. (ISBN 978-2-914611-48-0), p. 684.
- ↑ « “Il y a plus inconnu que le soldat, c’est sa femme" : Christine Delphy raconte l'acte de naissance du MLF », sur France culture, (consulté le )
- ↑ Bibia Pavard, Si je veux, quand je veux. Contraception et avortement dans la société française (1956-1979), Rennes, Presses universitaires de Rennes, , 358 p. (ISBN 9782753520264), p. 141-142
- ↑ « Christiane Rochefort : "Les enfants on ne les connait pas parce que tout en les observant on les contrôle et on les surveille" », sur France Culture, (consulté le )
- ↑ « A propos d'un procès », Le Monde, (lire en ligne
) - ↑ « Un appel pour la révision du code pénal à propos des relations mineurs-adultes », Le Monde, (lire en ligne
) - ↑ René Dumont, Agronome de la faim, Paris, Ed. Robert Laffont, , 392 p. (BNF 34573067)
- ↑ Clara van Cutsem, « "Peut-on comprendre un oubli ? Redécouvrir Christiane Rochefort à travers l’étude de trois œuvres : C’est bizarre l’écriture, Ma vie revue et corrigée par l’auteur et Journal pré-posthume possible" », Faculté de philosophie, arts et lettres, Université catholique de Louvain, 2020, (lire en ligne)
- ↑ Thierry Jaccaud et Ghislain Nicaise, « Hommage à Alain Hervé, pionnier de l’écologie en France », (consulté le )
- ↑ « Nouvelles Questions féministes »,
- ↑ Monique Y. Crochet and Christiane Rochefort, « Entretien avec Christiane Rochefort », The French Review - Vol. 54, No. 3 (Feb., 1981), pp. 428-435 (8 pages), (lire en ligne)
Voir aussi
modifierBibliographie
modifier- Denise Bourdet, Christiane Rochefort, dans : Visages d'aujourd'hui, Paris, Plon, 1960.
- Isabelle Constant, Les mots étincelants de Christiane Rochefort : langages d'utopie, Amsterdam Atlanta, GA, Rodopi, , 193 p. (ISBN 978-90-5183-946-3, ISSN 0167-9392, lire en ligne).
Filmographie et théâtre, dont adaptations de ses oeuvres
modifier- 1960 : La Vérité de Henri-Georges Clouzot, scénario de Henri-Georges Clouzot, Véra Clouzot, Jérôme Géronimi, Michèle Perrein et Christiane Rochefort. Avec Brigitte Bardot, Charles Vanel et Fernand Ledoux.
- 1961 : Le Repos du guerrier : Raf Vallone adapte le roman pour le théâtre, la pièce est créée au Théâtre de Paris avec une mise en scène de Jean Mercure.
- 1962 : Le Repos du guerrier réalisé par Roger Vadim, l'un des deux grands films qui lanceront la carrière de Brigitte Bardot.
- 1963 : Ce monde interdit (Questo mondo proibito) de Fabrizio Gabella, participation à l'écriture du scénario.
- 1971 : Les Stances à Sophie de Moshé Mizrahi, scénario de Moshé Mizrahi et Christiane Rochefort d'après son roman. Avec Bernadette Lafont, Michel Duchaussoy et Bulle Ogier.
- 1973 : La Ville bidon (La Décharge) de Jacques Baratier, scénario de Jacques Baratier, Christiane Rochefort, et Daniel Duval. Avec Bernadette Lafont, Daniel Duval et Roland Dubillard.
Articles connexes
modifierLiens externes
modifier- Archives conservées par : Institut mémoires de l'édition contemporaine (190RCF, a011453476781YjeRsR)
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- Notices dans des dictionnaires ou encyclopédies généralistes :
- Œuvres de Christiane Rochefort
- Documentaire radio sur Christiane Rochefort : www.franceculture.fr