Choisir la cause des femmes

Choisir la cause des femmes, en abrégé Choisir, est une association de défense des droits des femmes et des personnes LGBTQIA+ créée dans le cadre des luttes féministes pour la dépénalisation de l'avortement en France en 1971. Elle est actuellement présidée par Ana Cuesta et dirigée par Violaine Lucas.

Choisir la cause des femmes
Histoire
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Fondateurs
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Histoire et revendications

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De 1971 à , date d'adoption de la loi sur l'interruption volontaire de grossesse (IVG) défendue par Simone Veil, Choisir est en première ligne de la mobilisation pour le droit à l'avortement. Sa présidente Gisèle Halimi revendique d'utiliser les procès et la légalité pour faire avancer ce droit[1.1].

Contexte social et politique de la création de Choisir en 1971

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Le mouvement Choisir apparaît dans un contexte de mutation des mentalités en France. La loi Neuwirth du autorise le libre recours à la contraception dans le but de diminuer le nombre des avortements, ce qui s'avère rapidement illusoire[2]. À partir de la fin des années 1960, deux visions de l'avortement s'articulent ou s'affrontent en France : pour les membres de l'Association nationale pour l'étude de l'avortement (ANEA) l'avortement est est moins perçu comme un droit des femmes que comme une question sociale et médicale, tandis que les militantes du Mouvement de libération des femmes (MLF) revendiquent pour les femmes le droit de décider souverainement sur leur corps, dans une perspective féministe[1].

Le paraît dans Le Nouvel Observateur un manifeste signé par 343 femmes connues ou anonymes, qui déclarent publiquement avoir eu recours à l'avortement. Ce manifeste des 343 met au défi le gouvernement d'entamer des poursuites judiciaires contre des femmes qui admettent avoir enfreint une loi qu'elles récusent. Gisèle Halimi, avocate, propose la création d'un groupe qui pourra prendre en charge la défense de ces femmes le cas échéant[3]. Ce mouvement a le soutien de Simone de Beauvoir, qui devient la première présidente de l’association, mais aussi de l'académicien Jean Rostand, de la romancière Christiane Rochefort, du prix Nobel de physiologie ou médecine Jacques Monod[1.2]. L'association est déclarée à la préfecture de police de Paris le [4]. Ses trois buts principaux sont « promouvoir la contraception et l'éducation sexuelle, supprimer la loi de 1920 et l'article 317 du code pénal réprimant l'avortement, enfin assurer gratuitement la défense des femmes poursuivies pour avoir avorté »[5]. Les réunions se déroulent chez Gisèle Halimi ou Simone de Beauvoir le dimanche après-midi. Des militantes du Mouvement de libération des femmes (MLF) y participent[1.3].

Le « procès de Bobigny » en 1972

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L'association reçoit beaucoup de courrier, notamment une lettre de Madame Chevalier, qui est accusée avec deux de ses collègues d'avoir aidé sa fille Marie-Claire Chevalier à avorter. La jeune fille, mineure, est elle accusée d'avoir avorté. Gisèle Halimi lui propose de la défendre et en 1972 lors du procès de Bobigny, l'association Choisir est très active dans les mobilisations de soutien[1.4].

L'idée de Gisèle Halimi est de parler, "par dessus la tête des juges" à la société française et au législateur pour que l'hypocrisie autour de l'avortement cesse. En effet, la loi de 1920 qui pénalisait l'avortement était en réalité une loi de classe qui pénalisait toujours les femmes les plus pauvres. La forte mobilisation populaire autour du procès de Bobigny, le relais médiatique et les personnalités venues témoigner à la demande de Gisèle Halimi (Simone de Beauvoir, le professeur de médecine catholique Paul Milliez ou encore les actrices Delphine Seyrig et Françoise Fabian), vont peser dans l'issue du procès et favorise une prise de conscience de l'opinion publique sur les conditions de détresse des femmes qui souhaitent interrompre une grossesse non choisie[1.5].

Développement et structuration de Choisir dans la suite du procès de Bobigny

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Des sections locales dans plusieurs villes de France

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En 1971-1972, Choisir est la seule association mixte d'envergure nationale à revendiquer la dépénalisation de l'avortement[5]. Dans plusieurs villes de France des militants et militants, dont des féministes et des jeunes médecins ou étudiants en médecine, créent des sections locales de Choisir, comme par exemple à Grenoble[6],[7], Lille[8.1], Lyon[9],[8], Nantes[8.2], Rennes[10],[11]. En opposition avec la ligne nationale de l'association Choisir les membres de ces sections pratiquent concrètement des avortements avec la méthode par aspiration, dite "méthode Karman". À la création du Mouvement pour la liberté de l'avortement et de la contraception (MLAC) en avril 1973, les sections locales de Choisir prennent des décisions différentes, selon les configurations politiques de chaque ville : s'associer au MLAC local, se fondre dans le MLAC local ou se maintenir de manière autonome[8.3]. Les situations locales évoluent encore lorsque le Mouvement français pour le Planning familial (MFPF) décide de pratiquer des avortements et de le revendiquer lors de son congrès des 2 et 3 juin 1973 car alors une partie des associations départementales décident de rejoindre les groupes Choisir et/ ou MLAC dans la lutte pour l'avortement libre[8.4].

Un développement national soutenu par une direction francillienne

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L'association Choisir se fait connaître nationalement au moment du procès de Bobigny, elle passe à la fin de l'année 1972 de quelques adhérents surtout originaires de Paris à plusieurs milliers dans toute la France. Le se tient une réunion qui pause les bases de la structuration de l'association. D'une part un collectif juridique assume la responsabilité de l'association. Il est composé de trois personnes impliquées dès les débuts de Choisir : Jacques Monod, Michèle Chevalier et Gisèle Halimi. D'autre part seize membres de l'association résidant en Ile-de-France constituent un secrétariat national et prennent en charge différentes missions, par exemple Jacqueline Manicom fait partie, en tant que sage-femme, du collectif médical, tandis que les avocates Danièle Marion-Fondaneche et Gisèle Halimi sont rattachées au collectif juridique. Les autres rôles sont répartis ainsi : Christiane Huteaux prend en charge le travail de l'association dans les banlieues, Jacqueline Délia est désignée pour les relations avec la presse, Michèle Chevalier et Claude Servan-Schreiber suivent les permanences tenues par l'association, Rita Thalmann assure quant à elle le suivi des sections locales[1.6].

En plus de l'avortement, défense d'autres droits des femmes à partir de 1978

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En 1978, l'association a mené le combat pour la re-criminalisation du viol lors du procès d'Aix-en-Provence[réf. nécessaire]. Gisèle Halimi qui intervient en défense de Anne Tonglet, et sa collaboratrice Agnès Fichot qui défend Araceli Castellano (les deux femmes ont été violées avec des actes de barbarie dans les calanques de Marseille) vont à nouveau tenter de faire un procès médiatique pour dénoncer la culture du viol et sa banalisation[5]. Choisir obtiendra ainsi que le viol soit à nouveau jugé comme un crime aux Assises et que le huis-clos ne soit possible qu'à la seule demande de la victime majeure[réf. nécessaire].

En 1981, Choisir la cause des femmes travaille à la dépénalisation de l'homosexualité[réf. nécessaire], Gisèle Halimi devenue députée[5], étant la rapportrice du projet de loi.

Dans les années 2000, l'association s'est également mobilisée pour la parité en politique[réf. nécessaire]. La présidente de l'association, Gisèle Halimi, a d'ailleurs co-créé et été membre de l'Observatoire de la parité[5].

À partir de 2005, Choisir travaille au projet d'harmonisation par le haut des droits des femmes et personnes LGBTQIA dans l'UE avec le projet de la Clause de l'Européenne la plus favorisée, suivant l'idée de Gisèle Halimi qui en (lors de la première élection au suffrage universel du Parlement européen[12]) avait imaginé constituer un ensemble législatif constitué des meilleurs lois en vigueur dans l'un ou l'autre des pays de l'Union Européenne. Ce principe vise à appliquer à toutes les citoyennes européennes ou personnes migrant dans l'UE, les lois les plus avancées et effectives concernant les droits sexuels et la justice reproductive, la droit de la famille, la lutte contre les violences sexistes et sexuelles, l'indépendance économique des femmes et leur participation politique. La Clause de l'Européenne la plus favorisée, paraît alors aux éditions des femmes en mai 2008 et est suivi d'un colloque avec le label de la Présidence française de l'UE à Paris en novembre 2008.

Le est adoptée par le Parlement français, en présence de Gisèle Halimi, une résolution européenne sur le principe de la « clause de l'Européenne la plus favorisée[13] »

En 2020, après la disparition de Gisèle Halimi, l'équipe de Choisir alors présidée par Violaine Lucas reprend l'actualisation de ce projet en menant un tour européen des associations féministes débuté en juillet 2022 ; l'actualisation de l'ouvrage de 2008 sous le titre Le Meilleur de l'Europe pour les femmes (traduit en anglais) et l'organisation de "Rencontres féministes européennes" à Nantes en décembre 2023 qui réunit plus de 50 féministes européennes et un large public.

En la présidente de l'association, Violaine Lucas, indique dans une lettre ouverte[14] au Président de la République Emmanuel Macron que l'organisation d'un hommage national pour Gisèle Halimi, en pleine contestation contre la réforme des retraites, relève d'une "instrumentalisation politique". Serge Halimi, l'un des fils de Gisèle Halimi, soutient cette prise de position[15] et n'est pas présent à l'hommage.

Durant la campagne des élections européennes de 2024, Choisir continue à promouvoir le projet du Meilleur de l'Europe pour les femmes et les personnes LGBTQIA et porte une tribune appelant l'Union européenne à agir et signée par des responsables d'organisations européennes[16].

À partir de 2025, Choisir change ses statuts et se dote d'une directrice générale qui a pour mission de :

- diffuser l'histoire des luttes de Choisir et de sa fondatrice Gisèle Halimi ;

- poursuivre la réflexion juridique féministe et participer à l'élaboration des lois lors d'auditions au Parlement français ou européen ;

- faire vivre les archives de l'association confiées aux Archives du féminisme d'Angers en 2020, classées en 2025 et cotées "PAF11"[17];

- créer un Secrétariat permanent pour une Europe féministe, queer et intersectionnelle.

Elle s'associe à de nombreuses associations pour poursuivre son travail législatif : notamment comme membre du "Cercle 1" (https://consentementfeministe.fr/) pour une définition pénale du viol fondée sur la notion de consentement ou encore pour poursuivre le travail mémoriel et d'archives sur la lutte en faveur de l'avortement avec l'association "Aux avortées inconnues" (https://www.instagram.com/aux_avortees_inconnues/) fondée par la réalisatrice Mariana Otero qui porte le projet d'un Monument aux mortes d'avortement clandestin. Les deux associations créent ensemble la lecture des "Lettres pour un avortement illégal (1971-1974)", jouée une première fois à la Maison de la poésie en septembre 2025 par 17 comédiens et comédiennes bénévoles en présence de la Nobel de littérature, Annie Ernaux (https://www.youtube.com/watch?v=9mj_qafNkEA) puis au Théâtre de la Concorde à partir d'avril 2026.

Publications

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Références

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  1. ↑ Bibia Pavard, Si je veux, quand je veux. Contraception et avortement dans la société française (1956-1979), Rennes, Presses universitaires de Rennes, , 356 p. (ISBN 9782753520264), p. 135-136
    1. ↑ p. 153-160
    2. ↑ p. 153-154
    3. ↑ p. 154
    4. ↑ p. 155
    5. ↑ p. 157-160
    6. ↑ p. 190
  2. ↑ Sophie Chauveau, « Les espoirs déçus de la loi Neuwirth », Clio, no 18 « Mixité et coéducation »,‎ , p. 223–239 (DOI 10.4000/clio.623, lire en ligne Accès libre).
  3. ↑ Olivier Faye, « À Gisèle Halimi, la patrie peu reconnaissante », M, le magazine du Monde, (consulté le ).
  4. ↑ Annonce no 134 du , Journal officiel de la République française, no 145, , p. 6112.
  5. 1 2 3 4 5 Catherine Valenti, « Halimi Gisèle », dans Christine Bard, Dictionnaire des féministes. France XVIIIe-XXIe siècle, Paris, Presses universitaires de France, , 1796 p. (ISBN 9782130832799), p. 767-775
  6. ↑ Collectif IVP, Avorter. Histoires des luttes et des conditions d'avortement des années 1960 à aujourd'hui, Grenoble, Tahin Party, , 132 p. (lire en ligne), p. 36
  7. ↑ Hugo Melchior, « La pratique militante des avortements illégaux en France. Le parcours d’un étudiant en médecine précurseur et insoumis », Les tribunes de la santé, vol. 2020/4, no n°66,‎ , p. 89-97 (lire en ligne)
  8. ↑ Lucile Ruault, Lydie Porée et Olivier Fillieule, « Les mobilisations pour l'avortement libre. De la convergence des luttes à leur extension », dans Olivier Fillieule, Sophie Béroud, Camille Masclet, Isabelle Sommier, Changer le monde, changer sa vie. Enquête sur les militantes et les militants des années 1968 en France, Arles, Actes sud, , 1118 p. (ISBN 9782330096847), p. 716
    1. ↑ p. 718-719
    2. ↑ p. 717
    3. ↑ p. 714-723
    4. ↑ p. 715
  9. ↑ Camille Masclet, Sociologie des féministes des années 1970 : analyse localisée, incidences biographiques et transmission familiale d’un engagement pour la cause des femmes en France, (lire en ligne), p. 148-149
  10. ↑ Lydie Porée, Contraception, avortement : les mobilisations à Rennes pour la liberté de procréer. Histoire et mémoire des groupes locaux du Planning familial, de Choisir et du MLAC (1965-1975), , 223 p. (lire en ligne), p. 61-100
  11. ↑ Patricia Godard et Lydie Porée, Les femmes s'en vont en lutte. Histoire et mémoire du féminisme à Rennes (1965-1985), Rennes, Editions Goater, , 240 p. (ISBN 9782918647270), p. 32-55
  12. ↑ Thomas Legrand, « Il ne faut pas toujours désespérer de la politique... », sur Slate.fr, (consulté le ).
  13. ↑ Assemblée Nationale : Harmonisation des législations européennes et clause de l’Européenne la plus favorisée
  14. ↑ Violaine Lucas, « Lettre au Président Macron »(Archive.org • Wikiwix • Que faire ?), sur Choisir la cause des femmes, .
  15. ↑ AFP, « Hommage national à Gisèle Halimi : l'un de ses fils, Serge Halimi, refuse de participer à la cérémonie », Le Monde, (consulté le ).
  16. ↑ « Compte tenu des menaces sur les droits humains, l’Union européenne doit prendre des décisions fortes pour protéger les femmes et les personnes LGBTQI », Le Monde,‎ (lire en ligne Accès payant)
  17. ↑ France Chabod, Répertoire numérique détaillé - Fonds Choisir la cause des femmes - PAF 11, (lire en ligne)

Liens externes

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