Château du Pizou
Le Château du Pizou, ou Château de Le Pizou, est situé dans le centre du bourg de la commune du Pizou, sur laquelle - avec son domaine - il occupe une surface significative, à l'extrême ouest du département de la Dordogne en France[1]. Le château est situé à environ 200 mètres de l'église paroissiale.
Historique
modifierLes origines
modifierLe Château du Pizou, trouve ses origines au Moyen Âge sur un ancien site monastique dépendant de l'abbaye de la Grande-Sauve. Le premier château fort est érigé à proximité de ce prieuré.
Le prieuré de Saint-Martin de Pizou, dont le nom latin médiéval est Sanctus Martinus Pisonis, est attesté dès 1107 dans le Grand cartulaire de la Sauve-Majeure[2]. Au XIVe siècle, dans le contexte de la Guerre de Cent Ans, la paroisse du Pizou (Pisone ou Pisonis dans les sources) relève de la châtellenie de Montpon (Castellania Montis Domi). Un document fiscal conservé à la Bibliothèque nationale de France (ms. Périgord 23, ff. 453r–456v), copie d'un extrait des archives de Nérac, recense les feux de la sénéchaussée du Périgord vers 1363-1364 : il mentionne explicitement la châtellenie de Montpon et ses douze paroisses, dont Le Pizou, sous l'autorité d'Édouard de Woodstock (dit le Prince Noir), prince d'Aquitaine, conformément au traité de Brétigny (1360)[3].
Le Château médiéval du Pizou, est détruit en 1566 par les troupes protestantes de Clermont de Piles[4].
Ancienne demeure de la famille de Rauzan, le domaine fut vendu en 1603, avec une partie de la seigneurie attenante, au maître verrier François de Belhade. Celui-ci ne le conserva pas longtemps : dès 1610, année marquée par l’assassinat d’Henri IV, la propriété passa aux mains de Jean d’Aulède, seigneur de la Lande. Le château portait alors encore les stigmates des guerres de Religion et d’une reconstruction demeurée inachevée. Jean d’Aulède lança aussitôt une campagne de travaux d’envergure, qui fixa le plan général et les volumes principaux de l’édifice, restés inchangés jusqu’à nos jours[5].
Cette reconstruction entamée en 1610, vraisemblablement échelonnée sur deux générations, se déroule dans un contexte politique et artistique dense : la régence de Marie de Médicis, la montée en puissance du jeune Louis XIII, les prémices du classicisme français… Autant d’époques charnières dont le château porte l’empreinte, dont deux cheminées monumentales, dont l'une ornée de sculptures en hommage à Marguerite de Navarre, mère d'Henri IV. Ce château est remarquable par sa longueur de plus de 67 mètres.
Contrairement à une croyance locale persistante qui l’attribue au règne de Louis XIV, l’édifice actuel s’inscrit en réalité dans une filiation plus ancienne, bâtie sur les ruines successives des structures médiévales, et consolidée au cœur du premier XVIIe siècle.
Par la suite, la propriété passe brièvement entre les mains des familles Chaussade de Jolimont et Arquier, cette dernière rebaptisant temporairement la demeure Château d’Arquier. Toutefois, cette appellation n’a jamais été officialisée : l’ensemble des documents cadastraux, plans et cartes disponibles depuis le milieu du XVIIᵉ siècle mentionnent exclusivement le nom de Château du Pizou.
Architecture et éléments hydrauliques
modifierLe château médiéval d’origine était ceinturé de fossés alimentés par le ruisseau du Marchand[6] (également appelé ruisseau de la Forêt au XIXᵉ siècle) via un système d’écluses. Ces fossés, comblés au fil du temps, restent clairement visibles sur les plans cadastraux de 1844 et leurs traces sont toujours visibles à ce jour. Sur ces plans cadastraux, deux ponts y sont représentés : l’un traversant le ruisseau vers le mur ouest, l’autre franchissant les fossés au nord. Jusqu’au Second Empire, les fossés longeaient encore le flanc nord du château, et un trop-plein, probablement alimentant un moulin à eau permettait l’évacuation des eaux vers un fossé situé à l’est
Des recherches sont actuellement en cours pour documenter plus précisément le fonctionnement de ce réseau hydraulique, qui semble avoir rempli une double fonction : défensive et utilitaire. Le barrage-pont actuel, qui a été à l'époque le moulin sur le ruisseau demeure en copropriété entre le domaine du château et ses voisins immédiats. Ce petit barrage, non contrôlé et à l'abandon, crée toujours une réserve d'eau significative qui régule le débit du ruisseau tout en créant une cascade d'une hauteur de plus de 4 mètres, atypique pour la région.
Le plan cadastral napoléonien de 1844 présente un ensemble quadrangulaire à cour fermée, entouré de douves au nord et à l’est, et montre également un bassin au sud, en vis-à-vis de la façade principale du château.
Le cadastre de 1989 indique cinq bâtiments, dont deux — érigés dans les années 1970 — ont été démolis dans les années 2000. Sur le cadastre actuel, le nom “Château de Le Pizou” apparaît pour les parcelles correspondant au domaine historique et ses abords immédiats.
Restauration contemporaine
modifierDe 2014 à 2024, le château a appartenu à des propriétaires originaires de Lille, qui ont entrepris un vaste chantier de sauvegarde et de restauration. À leur arrivée, plusieurs éléments architecturaux majeurs — dont la tour ouest et une partie du pavillon central — étaient en partie effondrés. Dix années de travaux ont permis de restituer l’intégrité de l’édifice, avec notamment la reconstruction presque à l’identique d’une tour disparue du flanc est, d’après des photographies d’archives, bien que repositionnée à quelques mètres de son emplacement d’origine afin de préserver des arbres qui ont malheureusement disparu quelques années après la fin de la reconstruction.
En 2024, le château change de mains et accueille désormais le siège social et le bureau d'étude d’une entreprise industrielle[7], spécialisée notamment dans les technologies avancées de fabrication en impression 3D. Cette reconversion s’inscrit dans une volonté de faire revivre le patrimoine architectural local en lui redonnant un usage contemporain[8].
De nouvelles campagnes de travaux sont en cours, notamment à l'extérieur où la cour centrale, le mur d'enceinte Est et les abords immédiats sont en cours de restauration. Les prés du Domaine reçoivent également une attention particulière pour leur redonner leur vocation agricole historique et voir le réseau de fossés historiques réactivés.

Présence sur les cartes
Le château est présent sur de nombreuses cartes historiques :
Carte de Belleyme : la présence du château est matérialisée par un pictogramme, accolé au bourg de Le Pizou, sur la carte numéro 21, réalisée entre 1761 et 1789 par l’ingénieur géographe Pierre de Belleyme à la demande du roi Louis XV. Le feuillet 21 fait partie de cette vaste œuvre cartographique qui couvrait les provinces de Guyenne et de Gascogne sous l’Ancien Régime. Elle est très détaillée et utilisée pour documenter le territoire avant les transformations révolutionnaires.
Carte de Cassini : le château est représenté et nommé "château du Pizou", accolé au bourg de Le Pizou, sur la carte numéro 71, feuille 163, établie sous la direction de César-François Cassini de Thury, probablement entre 1756 et 1789.
Parc et domaine
modifierLe château du Pizou constituait jadis le cœur d'un domaine de plus de 300 hectares. La commune conserve dans son cadastre les traces de cet ensemble disparu, à travers la toponymie des parcelles et des lieux-dits environnants. De nos jours, le domaine entourant le château s'étend sur 17 hectares d'un seul tenant et occupe une surface significative dans le centre-bourg et en bordure de celui-ci.
Un parc arboré s'étend face au château sur sa façade nord. Il compte plusieurs arbres centenaires d'essences variées dont l'implantation, suivant les lignes des anciens fossés de protection du château, laisse supposer une création à la toute fin du XVII^e siècle[9].
Le domaine comprend deux petits étangs : l'étang Noir, ainsi nommé en raison de la couleur de ses eaux, et l'étang de la Dame Blanche, dont le nom est rattaché à la légende locale de la dame blanche.
Anecdotes
modifierLa teinte ocre jaune qui habille aujourd’hui les huisseries et les volets du Château du Pizou provient d’un lot de pigments identique à celui utilisé lors de la dernière campagne de restauration du Château de Versailles. Cette couleur, serait fidèle à celle appliquée sous l’Ancien Régime, lorsque l’ocre jaune était privilégié pour souligner les élévations monumentales. Ce choix chromatique s’inscrit dans une volonté de respect des traditions[10].
Par ailleurs, dans sa typologie dite Chartreuse, le Château du Pizou se distingue par ses proportions exceptionnelles : il serait, avec ses 67 mètres, la chartreuse la plus longue du Périgord.
Le Château constitue également un cas unique dans la région en conservant une tour à colombage — élément d’architecture habituellement absent de ce type de demeure — témoignant de strates historiques successives, probablement antérieures à la réédification du XVIIe siècle[11].
La grille d'entrée, située au 18, rue de la Liberté, est le pendant de celle du jardin du château de la romancière George Sand.
Architecture
modifierAucune archive connue ne permet de déterminer l’apparence du fort avant sa destruction durant les guerres de religion en 1566.
Le bâtiment principal est classé comme un château en raison de son histoire et de la présence, encore aujourd’hui, de vestiges architecturaux du château fort d’origine, tels que les douves, les soubassements, ainsi qu’un souterrain – dont la légende raconte qu’il mènerait jusqu’au cimetière. Ce souterrain existe, mais il est partiellement effondré et son point d'arrivée reste incertain à ce jour.
Le château du Pizou est parfois décrit architecturalement comme une chartreuse, un type de demeure seigneuriale de plain-pied caractérisé par une sobriété élégante, des toitures à faible pente et de grandes ouvertures sur les jardins. Sans son histoire médiévale et catholique, et ses deux tours à pavillon, le bâtiment pourrait être désigné sous le nom de Chartreuse du Pizou.
Extérieur
Le château actuel est composé d’un corps de logis central flanqué de deux pavillons, qui prennent la forme de tours carrées. Ces pavillons sont reliés par des ailes plus basses. Les toitures des pavillons sont à longs pans et à croupes, rappelant l’architecture traditionnelle régionale Périgourdine. À l’ouest, un des pavillons est en partie construit en pan-de-bois, aussi appelé à colombage, tandis que le reste de la structure est en maçonnerie.
La porte nord, l’une des deux issues principales de la grande salle, se distingue par un remarquable fronton de style Empire, encadré de deux colonnes engagées. Ce fronton est orné d’un élégant bas-relief représentant une couronne de feuilles de chêne, symbole classique de force et de pérennité, en parfaite harmonie avec le caractère solennel de l’architecture.
Intérieur
L'intérieur de ce logis conserve d'intéressants solivages moulurés, ainsi que des cheminées en pierre de style Louis XIV et Louis XV à manteau chantourné. Sur certaines cheminées, les décors sculptés comprennent des fleurs de lis et des motifs floraux variés (rosaces, quadrilobes). Ces sculptures sont parfois attribuées à un hommage à Marguerite d'Angoulême, reine de Navarre.
Croyances locales
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Selon une tradition orale du Pizou, l’un des deux étangs situés dans le parc du château est communément appelé « l’étang de la Dame blanche » (ou « de la fée blanche »). Le récit, encore transmis aujourd’hui dans la commune, rapporte que les nuits de pleine lune, une apparition féminine sortirait de l’eau pour peigner la crinière des chevaux. Une crinière lisse serait alors considérée comme un bon présage pour le cycle lunaire suivant, tandis que la présence de « nœuds de fée » annoncerait l’inverse, à condition qu’on ne cherche pas à les défaire précipitamment.
Après avoir rendu visite aux chevaux du village, la Dame blanche tenterait, à chaque pleine lune, de pénétrer dans le château par la porte d’entrée, située dans l’axe parfait de l’étang. Elle n’y parviendrait toutefois jamais — pour une raison que la tradition ne rapporte pas — ne réussissant qu’à poser un seul pied à l’intérieur, toujours au même endroit, sur un carreau précis. Une marque, encore visible aujourd’hui sur ce carreau, serait le résultat de ces tentatives répétées au fil des siècles, ayant progressivement créé une trace d’usure évoquant la forme d’un pied féminin.
Ce récit s’inscrit dans un folklore régional bien attesté en Dordogne et en Gironde, où des châteaux sont associés aux « dames blanches » (par exemple le Château de Puymartin) et où la croyance des nœuds de fée dans la crinière des chevaux est documentée.
De nos jours, une autre légende persiste dans le village selon laquelle le tunnel du château, partiellement effondré, menait autrefois au cimetière situé à plus de 500 mètres. Bien que le tunnel existe réellement, son entrée est encore accessible sur quelques dizaines de mètres, son arrivée devait être plus proche, notamment en raison des fossés entourant le château.
Évènements
modifierTranshumance (2025). Le , la 6e édition de la transhumance du Pizou a marqué une halte inédite dans l’enceinte du château, exceptionnellement ouverte au public ; le troupeau est arrivé vers midi, suivi d’animations et d’un accueil festif au domaine[12].
Bénédiction (2025). Le , le château a fait l’objet d’une bénédiction paroissiale célébrée par l’abbé Alain-Bernard Anga Mbassoa, curé des paroisses Notre-Dame de l’Assomption (Montpon-Ménestérol) et Notre-Dame du Roc (Mussidan), diocèse de Périgueux et Sarlat.
Notes et références
modifier- ↑ « Château du Pizou, dit de l'Arquier ou chartreuse du château-bas », sur patrimoine-nouvelle-aquitaine.fr (consulté le ).
- ↑ Charles Higounet et Arlette Higounet-Nadal (dir.), Grand cartulaire de la Sauve-Majeure, Fédération historique du Sud-Ouest, Bordeaux, 1996, 2 vol., p. 241.
- ↑ Bibliothèque nationale de France, ms. Périgord 23 (ARK Gallica : btv1b53135866b), ff. 453r–456v : Extrait d'un cayet en papier, Conservé dans les Archives de Nérac (répertoire des papiers mêlés, liasse 26, cote Aj). Le document recense : « Castellania Montis Domi, xij parrochios » (châtellenie de Montpon, douze paroisses).
- ↑ « Histoire de Le Pizou », sur Le Pizou (consulté le )
- ↑ Becker Line, Pagazani Xavier et Provost Marion, Château du Pizou, dit de l'Arquier ou chartreuse du château-bas (lire en ligne)
- ↑ Becker Line, Pagazani Xavier et Provost Marion, Présentation de la commune du Pizou (lire en ligne)
- ↑ « "C'est une excellente nouvelle", une entreprise du luxe s'installe au Pizou, cette petite commune de Dordogne - ici », sur ici, le média de la vie locale, (consulté le )
- ↑ « Histoire », sur SAINT-HONORÉ PARIS présentoirs de vitrine sur-mesure (consulté le )
- ↑ « Maison de George Sand, grille du jardin », sur reproductions.regards.monuments-nationaux.fr (consulté le )
- ↑ « JAUNE CHÂTEAU », sur Malouinières (consulté le )
- ↑ Becker Line, Pagazani Xavier et Provost Marion, Château du Pizou, dit de l'Arquier ou chartreuse du château-bas (lire en ligne)
- ↑ « Une halte inédite pour les brebis : la transhumance s’invite au château du Pizou - ici », sur ici, le média de la vie locale, (consulté le )
