Cigogne noire

espèce d'oiseaux
(Redirigé depuis Cigogne Noire)

Ciconia nigra

Ciconia nigra
Description de cette image, également commentée ci-après
Deux Cigognes noires adultes dans le parc national Kruger.
Classification COI
Règne Animalia
Embranchement Chordata
Sous-embr. Vertebrata
Classe Aves
Ordre Ciconiiformes
Famille Ciconiidae
Genre Ciconia

Espèce

Ciconia nigra
(Linnaeus, 1758)

Synonymes

Statut de conservation UICN

( LC )( LC )
LC  : Préoccupation mineure

Statut CITES

Sur l'annexe  II  de la CITES Annexe II , Rév. du 01/07/1975

La Cigogne noire (Ciconia nigra) est une espèce d'oiseaux de la famille des Ciconiidae. À peine plus petite et plus farouche que la Cigogne blanche (Ciconia ciconia), elle peut vivre jusqu'à 20 ans. Elle se nourrit principalement d'amphibiens et d'insectes. On la rencontre en Eurasie et en Afrique, où elle fréquente les forêts profondes avec de vieux arbres et proches de zones humides.

Description

modifier
Individu debout, le bec rentré dans les plumes du cou.

La Cigogne noire est légèrement plus petite que la Cigogne blanche, mesurant 95 à 100 cm pour une envergure de 145 à 155 cm[1.1]. Elle pèse près de 3 kilogrammes[2].

Son plumage est presque totalement noir, avec des reflets verts et violet. Seules les plumes de son ventre, du bas de sa poitrine ses axillaires et ses sous-caudales sont blanches. Les plumes de la poitrine sont longues et hirsutes, formant une collerette qui est parfois utilisée lors de la parade nuptiale. Ses pattes sont longues et de couleur rouge. Sa petite tête se termine par un long bec rouge vif, qui s'affine progressivement pour finir en pointe. Son regard est souligné par une zone de peau nue rouge autour de l'œil. Il n'y a pas de dimorphisme sexuel apparent dans le plumage, mais le mâle est légèrement plus grand que la femelle[1.1].

Chez le jeune le motif du plumage ressemble à celui des parents, mais le noir est plus brun et moins brillant. Les scapulaires, les plumes des ailes et des sus-caudales ont la pointe pâle. Les pattes, le bec et la peau nue autour de l'œil du cigogneau sont d'un gris verdâtre[1.1]. Il peut être confondu avec le jeune Tantale ibis (Mycteria ibis), mais ses ailes et son manteau sont plus pâles, avec un bec plus long et du blanc sous les ailes[1.2]. L'adulte, en vol et de loin, peut même être confondu avec la Cigogne blanche : par forte luminosité, le dessus des ailes peut sembler pâle[3].

Répartition

modifier
Carte de répartition de la Cigogne noire.
  • Présence permanente.
  • Présence en période de reproduction.
  • Présence en période d'hivernage.

La Cigogne noire niche en Eurasie (de l'Espagne à l'extrême est de la Russie en passant par la Turquie et l'Asie centrale. Elle migre ensuite vers le sud pour passer l'hiver en Afrique (Sahel et Est de l'Afrique) et en Asie (du nord-ouest de l'Inde au sud-est de la Chine). Une population sédentaire vit en Afrique australe[4].

Écologie et comportement

modifier

Alimentation

modifier
Jeune se nourrissant.

La Cigogne noire se nourrit principalement de grenouilles et d'insectes[3], mais aussi de poissons, crabes, de petits reptiles, oiseaux et mammifères[2].

Reproduction

modifier

Le nid, fait de branchages, est construit haut dans un arbre, ou sur un escarpement de falaise, toujours près de zones humides (cours d'eau ou marais) et à plus d'une douzaine de mètres du sol. Une ponte compte de 3 à 5 œufs, blancs, qui sont couvés par les deux partenaires durant 38 à 42 jours. Les cigogneaux quittent le nid de 65 à 70 jours après leur sortie de l'œuf[2].

Les poussins plus faibles ou petits sont parfois tués par leurs parents[5],[6]. Cela se produit quand les ressources alimentaires se font insuffisantes, la réduction de la taille des couvées augmentant les chances de survie des autres oisillons. Les cigogneaux ne s'attaquent pas entre eux, les poussins plus forts ne sont notamment pas agressifs envers les plus faibles membres de leur couvée comme c'est le cas chez certaines espèces (caïnisme), et la méthode de nourrissage employée par les parents  la régurgitation de grandes quantités de nourriture à la fois sur le fond du nid  ne permet pas aux plus forts de se nourrir entièrement au détriment des plus faibles ; l'infanticide par les parents reste donc le moyen efficace de réduire la taille d'une couvée mais n'est pas souvent observé[5]. Un cas d'infanticide a toutefois été filmé en 2012 sur un nid de trois juvéniles en Belgique[7].

La Cigogne noire niche dans l'est de l'Europe et dans la péninsule Ibérique près de points d'eau douce. Contrairement à la Cigogne blanche, la Cigogne noire est un habitant timide d'anciennes forêts fermées qui renferment des étangs et des ruisseaux. Cependant, dans certaines régions (Estrémadure, en Espagne par exemple) elle utilise des rochers pour établir son nid.

Techniques de chasse

modifier

Pour la chasse, la Cigogne noire alterne des moments de chasse à l'affût où elle bouge avec une lenteur extrême et des moments de rapide poursuite de sa proie pour de petits poissons et têtards.

Elle a aussi déjà été observée utilisant ses ailes comme un parasol pour mieux voir les poissons dans l'eau[8].

Migrations

modifier
Voies de migration dans l'Ouest de la répartition :
  • quartiers d'hiver
  • voies occidentales
  • voies orientales

La Cigogne noire migre pour l'hiver vers l'Afrique et l'Inde. Les jeunes partent plus tôt que les adultes. Seule la population de la péninsule Ibérique reste sur place. Elle vole dans des courants d'air chaud pour faciliter le vol sur de longues distances. Elles traversent la Méditerranée et passent par le détroit du Bosphore. Elles parcourent entre 200 et 300 kilomètres par jour, mais cela peut aller jusqu’à 500 kilomètres.

Les Cigognes noires migrent à partir du milieu du mois d'août jusqu’à la fin du mois de septembre, puis reviennent au milieu du mois de mars. Suivant leurs trajectoires, les cigognes noires migrent vers la Tunisie, au Nigeria ou au Mali.

Dénominations et systématique

modifier
Cigogne noire dans un pré.

Taxinomie

modifier

La Cigogne noire fait partie des nombreuses espèces d'oiseaux décrites par le naturaliste suédois Carl von Linné dans la dixième édition de son Systema Naturae parue en 1758, et où il lui donne pour protonyme le binôme de Ardea nigra[9]. L'espèce est reclassée en 1760 et de manière définitive par le zoologiste français Mathurin Jacques Brisson dans un nouveau genre, Ciconia[10],[11]. Le nom de genre, Ciconia, vient du mot latin pour « cigogne », cĭcōnĭa[12], initialement retrouvé dans les œuvres d'Horace et d'Ovide[13],[14] ; nigra était quant à lui le mot latin pour « noir »[15].

Selon la classification de référence du Congrès ornithologique international (version 15.2, 2026)[16], c'est une espèce monotypique (non subdivisée en sous-espèces).

Phylogénie

modifier
Phylogénie des espèces
actuelles du genre Ciconia[17] :

La famille de la Cigogne noire, celle des Ciconiidae, est depuis 2008 la seule de l'ordre des Ciconiiformes, qui autrefois comptait notamment certains Pelecaniformes (les hérons, le Bec-en-sabot du Nil et l'Ombrette africaine)[18]. La petite vingtaine d'espèces actuelles de la famille, qui se distinguent par leurs ailes larges et arrondies, leur queue courte et leur anisodactylie avec les trois doigts antérieurs légèrement palmés[19], sont réparties en six genres constituant dans trois grands groupes : le premier rassemble les genres Mycteria (quatre tantales) et Anastomus (deux bec-ouverts), le second les grandes espèces des genres Ephippiorhynchus (deux jabirus), Jabiru (du Jabiru d'Amérique) et Leptoptilos (trois marabouts), et le troisième ne compte que le genre Ciconia, des cigognes vraies. Ce dernier groupe contient la Cigogne noire et six autres espèces actuelles[20], qui se caractérisent par leurs becs droits et pointus et leur plumage principalement noir et blanc[21].

Menaces et conservation

modifier

Cette espèce est menacée :

Cette espèce est protégée :

International

modifier

Cette espèce est réglementée :

Notes et références

modifier
  1. (en) Stanley Cramp, Handbook of the Birds of Europe the Middle East and North Africa, the Birds of the Western Palearctic, vol. 1 : Ostrich to Ducks, Oxford, Londres, New York, Oxford University Press, , 722 p. (ISBN 0-19-857358-8).
    1. 1 2 3 p. 323
    2. p. 322
  2. 1 2 3 Oiseaux.net, consulté le .
  3. 1 2 Lars Svensson (trad. du suédois par Guilhem Lesaffre et Benoît Paepegaey, ill. Killian Mullarney et Dan Zetterström), Le Guide Ornitho, Paris, Delachaux & Niestlé, coll. « Les Guides du Naturaliste », , 446 p. (ISBN 978-2-603-01695-4), p. 84-85.
  4. (en) « Black Stork Ciconia nigra » Accès libre, sur datazone.birdlife.org, Birdlife International (consulté le ).
  5. 1 2 (en) Piotr Zielinski, « Brood Reduction and Parental Infanticide – are the White Stork Ciconia ciconia and the Black Stork C. nigra Exceptional? », Acta Ornithologica, vol. 37, no 2, , p. 113–19 (DOI 10.3161/068.037.0207 Accès libre).
  6. (en) Francisco S. Tortosa et Tomas Redondo, « Motives for Parental Infanticide in White Storks Ciconia ciconia », Ornis Scandinavica, vol. 23, no 2, , p. 185–189 (DOI 10.2307/3676447 Accès payant).
  7. « Suivi par webcam d'un nid de Cigogne noire en Belgique »(Archive.orgWikiwixGoogleQue faire ?).
  8. Armando Gariboldi et Andrea Ambrogio (préf. Allain Bougrain Dubourg), Le comportement des oiseaux d'Europe, Neuchâtel, Les éditions de La Salamandre, , 4e éd., 576 p. (ISBN 978-2-940584-53-6), p. 92-95.
  9. (la) Carl von Linné, Systema naturae per regna tria naturae, secundum classes, ordines, genera, species, cum characteribus, differentiis, synonymis, locis, t. I, Holmiae (Laurentii Salvii), , 10e éd., 824 p. (lire en ligne Accès libre), p. 142.
    « A[rdea] nigra, pectore abdomineque albo.

    Habitat in
    Europa boreali.
    Migrat æſtate ſupra Sveciam.
     »
  10. Mathurin Jacques Brisson, Ornithologie ou, Méthode contenant la division des oiseaux en ordres, sections, genres, espèces & leurs variétés, vol. 1, Paris, C. J. B. Bauche, , p. 48.
  11. (en) Walter E. Boles, « A review of the Australian fossil storks of the genus Ciconia (Aves: Ciconiidae), with the description of a new species », Records of the Australian Museum, vol. 57, no 2, , p. 165-178 (DOI 10.3853/j.0067-1975.57.2005.1440 Accès libre).
  12. Informations lexicographiques et étymologiques de « cigogne » dans le Trésor de la langue française informatisé, sur le site du Centre national de ressources textuelles et lexicales
  13. (en) D.P. Simpson, Cassell's Latin Dictionary, Londres, Cassell Ltd., , 5e éd. (ISBN 0-304-52257-0, lire en ligne Accès libre), p. 103.
  14. (en) « ciconia » Accès libre, sur The Key to Scientific Names on birdsoftheworld.org, James A. Jobling (consulté le ).
  15. (en) « nigra » Accès libre, sur The Key to Scientific Names on birdsoftheworld.org, James A. Jobling (consulté le ).
  16. Congrès ornithologique international, version 15.2, 2026.
  17. Tree of Life Web Project, consulté le .
  18. (en) S. J. Hackett, R. T. Kimball, S. Reddy et al., « A Phylogenomic Study of Birds Reveals Their Evolutionary History », Science, vol. 320, no 5884, , p. 1763-1768 (DOI 10.1126/science.1157704 Accès payant).
  19. « cigogne blanche », sur larousse.fr, Éditions Larousse (consulté le ).
  20. Handbook of the Birds of the World, vol. 1, 1992, p. 459.
  21. (en) M. Philip Kahl, « An Overview of the Storks of the World », Colonial Waterbirds, vol. 10, no 2, , p. 131–134 (DOI 10.2307/1521251 Accès payant).
  22. « Liste Rouge des Oiseaux de France métropolitaine 2016 (UICN Fr) » [PDF] (consulté le ).
  23. « arrêté ministériel du 29 octobre 2009 fixant la liste des oiseaux protégés sur l'ensemble du territoire et les modalités de leur protection ».

Voir aussi

modifier

Sur les autres projets Wikimedia :

Bibliographie

modifier

Document utilisé pour la rédaction de l’article : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

Liens externes

modifier