Cinyras
Cinyras (en grec ancien Κινύρας / Kinýras) ou Cinyre, fils d'Apollon et de Paphos, et fondateur de la ville Paphos, fut un roi de Chypre.
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Dans les sources antiques tardives, il est présenté comme le père d'Adonis.
Sources
modifierLes plus anciennes sources concernant Cinyras sont antérieures à l'apparition du récit complet de sa paternité d'Adonis. Homère dans l'Iliade présente Cinyras comme un riche roi de Chypre qui offre à Agamemnon une splendide cuirasse lorsqu'il apprend l'expédition contre Troie. Il n'est absolument pas question d'Adonis ni de Myrrha[1].
Le nom de Cinyras ne réapparaît qu'à partir du moment où Pindare le mentionne comme « aimé d'Apollon » et prêtre d'Aphrodite. Pindare décrit Cinyras comme étant d'une richesse fabuleuse[2].
Un lien explicite qui fait de Cinyras le père d'Adonis n'est attesté que dans des sources plus tardives. La première exposition systématique conservée se trouve dans la Bibliothèque du pseudo-Apollodore (Ier-IIe siècle apr. J.-C.) : dans son récit Myrrha (ou Smyrna), fille de Cinyras, s'unit involontairement à son père et donne naissance à Adonis[3].
La version du récit la plus connue est celui des Métamorphoses dans laquelle Ovide développe longuement la passion de Myrrha, l'inceste, la métamorphose en arbre à myrrhe, puis la naissance d'Adonis[4].
Plus tard, dans la littérature grecque et romaine, ainsi que chez les Pères de l'Église comme Clément d'Alexandrie, l'histoire de Cinyras est développée. On raconte qu'à Chypre, Cinyras était vénéré comme le créateur d'art et d'instruments de musique, tels que la flûte. Une source le décrit également pour sa beauté physique. On pense que son nom provient du mot phénicien kinnor (grec : κινύρα), qui désigne un instrument à cordes oriental. Il est fort possible qu'il s'agisse d'un jeu de mots délibéré, car la légende raconte que Cinyras était un chanteur qui lança un défi musical à Apollon et mit ses talents à l'épreuve, ce qui lui valut la mort du dieu Mars[5].
Mythe
modifierCinyras a plusieurs ascendances selon les auteurs. Selon Lucien de Samosate, il est le fils du dieu Apollon et d'une mortelle appelée Paphos[6]. Selon le Pseudo-Apollodore dans la Bibliothèque, Cinyras est le fils de Sandocos et de Pharnakè, fille de Mégassarès, roi d'Hyria[3]. Selon Hygin, dans les Fables, Cinyras était un roi des Assyriens[7].
Fondateur d’un temple d'Aphrodite à Byblos[6], il a introduit le travail du métal et le culte d'Aphrodite, et était considéré à Chypre comme l'inventeur des arts et des instruments de musique, dont en particulier la flûte. Il est assez âgé quand les Grecs partis pour Troie abordent son île. Homère dit qu'il fit cadeau d'une armure à Agamemnon : elle s'étendait sur dix bandes d'acier noir, douze d'or, vingt d'étain, des serpents d'acier (trois de chaque côté) s'élançaient vers le cou[8].
Cinyras était d'un âge avancé, sur les générations avant, pendant et après la Guerre de Troie : roi à l'époque de la guerre de Troie, il fut l'un des Argonautes. À son retour de la guerre, Teucros abordant son île, y a fondé la ville de Salamine de Chypre, et épousé une de ses filles, Euné. Cinyras est également le père d'Adonis[6], qu'il engendre incestueusement avec sa fille Myrrha. Adonis défia son père dans un concours pour déterminer lequel était le meilleur joueur de lyre : Cinyras perdit et se suicida.
Interprétations modernes
modifierLa plupart des spécialistes considèrent que le récit grec d'Adonis est le résultat d'une fusion entre cet ancien héros ou roi chypriote nommé Cinyras, déjà connu d'Homère, un dieu ou héros mourant d'origine syro-phénicienne, Adon (ʾadōn, « Seigneur »), proche du Tammuz / Dumuzi et des traditions cultuelles chypriotes liées à Aphrodite. Dans cette perspective, Cinyras un personnage déjà enraciné dans les traditions de Chypre qui sert de point d'ancrage à un culte oriental adopté puis hellénisé[9],[10],[11].
Une approche récente met notamment l'accent sur Chypre comme zone de création culturelle, où traditions égéennes et levantines se sont rencontrées pendant des siècles. Dans cette lecture, le mythe d'Adonis n'est pas une simple importation, mais une élaboration chypriote à partir de matériaux multiples[9],[10].
Honneur
modifierL'astéroïde troyen de Jupiter (22149) Cinyras est nommé en référence à ce personnage[12].
Références
modifier- ↑ Homère, Iliade, chant XI, v. 20-23.
- ↑ Pindare, Néméennes, VIII, 18
- 1 2 Pseudo-Apollodore, Bibliothèque, III, 14, 3 (édition Loeb).
- ↑ Métamorphoses, livre X,
- ↑ Pierre Grimal, Dictionnaire de la mythologie grecque et romaine, Paris, PUF, 1951 ; cinquième réédition en 1976
- 1 2 3 Lucien de Samosate 2015, p. 639.
- ↑ Hygin, Fables, fable 242.
- ↑ Homère, Iliade, XI, 20.
- 1 2 Walter Burkert, La Tradition orientale dans la culture grecque, trad. B. Leclercq-Neveu, Paris, Macula, 2001
- 1 2 (en) Martin Litchfield West, The East Face of Helicon: West Asiatic Elements in Greek Poetry and Myth, Clarendon Press, 1997
- ↑ (en) Tryggve N. D. Mettinger, The riddle of resurrection : "dying and rising gods" in the ancient Near East. Coniectanea biblica. Old Testament series ; 50. Stockholm: Almqvist & Wiksell International, 2001
- ↑ « (22149) Cinyras = 2000 WD49 », WGSBN Bulletin, vol. 5, no 5, , p. 22 (lire en ligne).
Sources
modifier- Pseudo-Apollodore, Bibliothèque [détail des éditions] [lire en ligne] (III, 9, 1 ; III, 14, 3), Épitomé [détail des éditions] [lire en ligne] (III, 9).
- Homère, Iliade [détail des éditions] [lire en ligne] Chant XI, 20.
- Hygin, Fables [détail des éditions] [(la) lire en ligne] (LVIII ; CCXLII ; CCXLVIII ; CCLI ; CCLXX ; CCLXXI ; CCLXXV).
- Ovide, Métamorphoses [détail des éditions] [lire en ligne] (X, 294-559 et 708-739).
- Pindare, Odes [détail des éditions] (lire en ligne) (Néméennes, VIII, 18 ; Pythiques, II, 27).
- Platon, Les Lois [détail des éditions] [lire en ligne] (660 e).
Voir aussi
modifierBibliographie
modifier- Iliade (trad. du grec ancien par Robert Flacelière), Éditions Gallimard, (1re éd. 1955) (ISBN 2-07-010261-0)
- Claude Baurain, « Kinyras : La fin de l’âge du Bronze à Chypre et la tradition antique », Bulletin de correspondance hellénique, vol. 104, no 1, , p. 277-308 (lire en ligne, consulté le ).
- Émile Chambry, Alain Billault, Émeline Marquis et Dominique Goust (trad. du grec ancien par Émile Chambry, préf. Alain Billault), Lucien de Samosate : Œuvres complètes, Paris, Éditions Robert Laffont, coll. « Bouquins », , 1248 p. (ISBN 978-2-221-10902-1), « La déesse syrienne »
Liens externes
modifier- Ressources relatives aux beaux-arts :