Classement des crus de Champagne

Le classement des crus de Champagne s'est développé au milieu du XXe siècle comme moyen de fixer le prix des raisins cultivés dans les villages de la région viticole de Champagne. Contrairement à la classification des vins de Bordeaux de 1855 ou des grands crus de Bourgogne, la classification des vignobles de Champagne se base sur la commune où se trouvent les vignobles[1]. Un système de percentiles connu sous le nom d'« échelle des crus » agit comme un système proportionnel pour déterminer le prix des raisins.

Carte du vignoble de Champagne.

Les vignobles situés dans des communes à taux élevé recevront des prix plus élevés pour leurs raisins que les vignobles situés dans des communes à taux plus faible. Si le système de l'échelle des crus a été conçu à l'origine comme une échelle d'un à 100 points, dans la pratique, les communes les moins bien notés sont classés à 80 %. Les communes de premiers crus sont notés entre 90 et 99 %, tandis que les communes les mieux notés, avec une note de 100 %, sont des grands crus[2].

Origines

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Avant le développement du système de l'échelle des crus, l'industrie champenoise fonctionnait sur une dynamique commerciale qui favorisait fortement les maisons de champagne par rapport aux vignerons. La fabrication d'un vin mousseux étant une entreprise coûteuse et longue, la plupart des vignerons n'avaient pas les moyens ou les finances nécessaires pour produire eux-mêmes du champagne. Ils vendaient donc leurs raisins aux maisons de champagne qui produisaient les vins. Afin d'accroître leurs bénéfices, certaines maisons de champagne se tournaient vers d'autres régions que la leur pour trouver du raisin. Le développement du réseau ferroviaire national français au milieu du XIXe siècle a permis d'accéder facilement à des raisins, moûts ou vins moins chers provenant de la vallée de la Loire, de Lorraine, de Bourgogne ou du Languedoc. Les vignerons champenois s'indignent de ces pratiques, estimant qu'en utilisant des raisins « étrangers » pour produire du mousseux, on ne produit pas du vrai champagne.

Les propriétaires de vignobles étant beaucoup plus nombreux que les producteurs, les maisons de Champagne ont utilisé cette dynamique d'offre excédentaire et de demande limitée à leur avantage. Elles engageaient des agents, appelés commissionnaires, pour négocier les prix avec les viticulteurs. Ces commissionnaires étaient payés en fonction du prix le plus bas qu'ils pouvaient négocier et nombre d'entre eux employaient des tactiques peu recommandables pour parvenir à leurs fins, y compris la violence et l'intimidation. Certains commissionnaires cherchaient ouvertement à obtenir des pots-de-vin des viticulteurs, souvent sous la forme de raisins supplémentaires qu'ils vendaient eux-mêmes pour réaliser un bénéfice supplémentaire. Les prix qu'ils parvenaient à négocier couvraient à peine le coût de l'agriculture et de la récolte, laissant de nombreux vignerons champenois dans la pauvreté. Avec la menace constante de voir les maisons de Champagne ignorer la loi et utiliser davantage de raisins « étrangers », les tensions étaient déjà vives entre les vignerons et les maisons de Champagne lorsque la fin du XIXe siècle et le début du XXe siècle ont apporté avec eux les ravages de l'épidémie de phylloxéra et une série de mauvaises conditions météorologiques et de mauvais millésimes. La délimitation d'une aire d'appellation est débattue aux niveaux local et national à partir de 1903, soit en la limitant au seul département de la Marne, soit en y intégrant une partie de l'Aube et de l'Aisne[3]. Les tensions ont culminé avec les émeutes champenoises de 1910 et 1911[4].

Pour éviter le type de situation qui a conduit aux émeutes, les producteurs et les viticulteurs de la région de Champagne ont conclu un accord le qui a mis au point le système de l'échelle des crus[5], dans lequel les prix seraient fixés par un comité mixte de producteurs et de viticulteurs, appliqués équitablement et basés sur la qualité présumée des vignobles d'un village.

Récemment[Quand ?], il a été question de modifier la classification et d'adopter un système « à la bourguignonne » dans lequel les vignobles, plutôt que les villages, seraient à la base des évaluations. Les critiques affirment qu'un système basé sur l'évaluation d'une commune entière ne tient pas compte des différences de terroir à l'intérieur de la vaste zone[1].

Structure tarifaire

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Champagne grand cru.

L'échelle des crus a été établie à l'origine comme une structure de prix fixe. Le prix d'un kilo de raisin était fixé et les propriétaires de vignobles recevaient une fraction de ce prix en fonction de la cote de la commune où ils se trouvaient. Les vignobles des communes de grands crus recevaient 100 % du prix, tandis que les villages de premiers crus classés 95 recevaient 95 % du prix, et ainsi de suite. Après l'abandon des prix obligatoires, la dynamique commerciale entre les maisons de champagne et les propriétaires de vignobles n’est plus aussi strictement réglementée ; le classement a néanmoins continué d’orienter les prix, les vignobles des grands et premiers crus recevant beaucoup plus pour leurs raisins que les vignobles des communes classés en dessous de 90 %[6].

Abandon du dispositif

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La fixation interprofessionnelle du prix des raisins est apparue contraire au droit européen de la concurrence, qui y voyait une entente prohibée. À la suite de la fin du contrat interprofessionnel en 1989, le dispositif de prix obligatoire est abandonné à partir de la vendange 1990. Le Comité interprofessionnel du vin de Champagne (CIVC) détermine ensuite un simple prix indicatif jusqu’à la vendange 2000, puis renonce à toute indication de prix à partir de la vendange 2001. L'échelle des crus elle-même est abandonnée à partir de la vendange 2004, les prix étant désormais librement fixés par des contrats individuels entre chaque vendeur et chaque acheteur ; sa dernière modification datait de 2003[5].

Les mentions « grand cru » et « premier cru », déconnectées de tout classement et de tout prix, ont été maintenues « en vertu des usages locaux, loyaux et constants » sous la forme d’une liste de communes bénéficiaires figurant dans le cahier des charges de l’appellation d'origine contrôlée champagne, institué par le décret du qui abroge celui du [5].

Grands crus

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Vignoble du village grand cru Verzenay.

À la création de l'échelle des crus, douze communes ont reçu le statut de grand cru. En 1985, ce nombre a été porté à 17 avec la promotion de cinq nouveaux (Chouilly, Le Mesnil-sur-Oger, Oger, Oiry et Verzy). Moins de 9 % de l'ensemble des vignobles plantés en Champagne ont reçu la nomination de grand cru à 100 %[7]. Les grands crus actuels de la Champagne sont les suivants :

Premiers crus

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Utilisation en Champagne

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Le champagne est le plus souvent avant tout le produit d'un vaste assemblage – de différents cépages, de différents millésimes et de différents vignobles – un assemblage non millésimé typique étant composé de raisins provenant de jusqu'à 80 vignobles différents. Toutefois, pour leur cuvée de prestige (comme le Dom Pérignon de Moët et Chandon ou le Cristal de Louis Roederer), les producteurs de champagne limitent souvent les sources de raisins aux vignobles grands crus (et parfois premiers crus). Bien que les champagnes à vignoble unique soient rares, il en existe, comme le Clos du Mesnil de Krug qui provient d'un vignoble de grand cru situé au Mesnil-sur-Oger[9]. À l'extrême opposé, d'autres cuvées de prestige, comme Grand Siècle de Laurent-Perrier, choisissent d'utiliser jusqu'à onze grands crus. Les champagnes de vignerons, produits par un seul producteur et propriétaire de vignoble, situés dans des communes de grand cru, étiquetteront souvent leurs vins « 100 % grand cru » s'ils peuvent prétendre à cette appellation[7].

Notes et références

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  1. 1 2 (en) J. Robinson, The Oxford Companion to Wine (ISBN 0-19-860990-6), p. 152-153.
  2. (en) T. Stevenson, The Sotheby's Wine Encyclopedia, , 4e éd. (ISBN 0-7513-3740-4), p. 172-174.
  3. Claudine Wolikow, « La Champagne viticole, banc d'essai de la délimitation (1903-1927) », Territoires du vin, no 1, (lire en ligne).
  4. (en) Don & Petit Kladstrup, Champagne: How the World's Most Glamorous Wine Triumphed Over War and Hard Times, New York, William Morrow, , 286 p. (ISBN 978-0-06-073792-4), p. 130-136.
  5. 1 2 3 Jean-Luc Barbier, « L’échelle des crus en Champagne », La Champagne viticole, juin 2020, p. 60-61 ; texte reproduit sur le site du Programme Vin et Droit de l’université de Reims.
  6. (en) Karen Macneil, The wine Bible, Workman, (ISBN 1-56305-434-5), p. 175.
  7. 1 2 (en) S.Pitcher, Grower-made Champagnes are an elegant alternative to big-house bubblies, .
  8. 1 2 « Cahier des charges de l'appellation d'origine contrôlée « CHAMPAGNE » » [PDF], homologué par l'arrêté du publié au JORF du .
  9. (en) Oz Clarke, Oz Clarke's New Wine Atlas, (ISBN 0-15-100913-9), p. 71-72.

Voir aussi

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