Codex Atlanticus
Le Codex Atlanticus ou Codice Atlantico est un recueil de dessins et de notes manuscrites de Léonard de Vinci, conservé à la bibliothèque Ambrosienne de Milan. Avec 1 119 feuillets pour la plupart couverts au recto et au verso, il constitue le plus vaste ensemble existant de papiers autographes de l'artiste.

Le recueil n'est pas l'œuvre de Léonard lui-même : il est constitué à la fin du XVIe siècle par le sculpteur milanais Pompeo Leoni, qui récupère les papiers auprès des héritiers de Francesco Melzi et les répartit en deux ensembles, l'un consacré aux sujets techniques et scientifiques, l'autre à l'anatomie et aux thèmes artistiques ; le second forme aujourd'hui la collection de Windsor. Le nom d'Atlanticus renvoie au format des grandes feuilles d'atlas sur lesquelles Leoni colla les papiers originaux.
Les feuillets couvrent l'ensemble de la carrière de Léonard, de 1478 à 1519, et abordent des sujets allant de la mécanique à l'hydraulique, des mathématiques à l'architecture. Donné en 1637 à la bibliothèque Ambrosienne par le marquis Galeazzo Arconati, le recueil fut saisi par les troupes napoléoniennes en 1796 et conservé à Paris jusqu'en 1815, avant d'être restitué à Milan.
Description matérielle
modifierLe recueil compte 1 119 feuillets, dont la plupart portent des dessins ou des notes sur les deux faces[1]. Il est aujourd'hui relié en douze volumes de cuir, au format d'environ 64,5 × 43,5 cm, dimensions qui lui ont valu son nom[2],[1].
L'appellation Atlanticus ne renvoie ni à l'océan Atlantique ni à un contenu ésotérique, mais uniquement au format : Leoni colla les papiers de Léonard sur de grandes feuilles du type de celles employées pour les atlas géographiques[1].
Constitution du recueil
modifierLa plupart des dessins et des manuscrits de Léonard furent conservés par son élève Francesco Melzi, à qui le maître les avait légués par testament[1]. À la mort de celui-ci, son fils Orazio les dispersa[2].
À la fin du XVIe siècle, le sculpteur Pompeo Leoni parvint à réunir un nombre considérable de ces papiers auprès des héritiers Melzi et entreprit de les répartir en deux volumes distincts, séparant globalement les dessins techniques et scientifiques de ceux consacrés à l'anatomie et aux sujets artistiques[1]. Le premier devint le Codex Atlanticus ; le second constitue la collection conservée à Windsor, où il fut ultérieurement défait et les dessins montés séparément[1]. L'inscription portée sur l'ancienne reliure présente le recueil comme un ensemble de dessins de machines et d'arts secrets rassemblés par Leoni[1].
Ce travail de tri laissa des traces matérielles : sur le feuillet portant une carte d'Europe, la portion manquante près de la péninsule bretonne se trouve aujourd'hui dans la collection de Windsor, au verso d'un dessin dont le recto présente un profil de jeune homme, sujet que Leoni jugea plus adapté à son second recueil[1].
Histoire
modifierDe Leoni à l'Ambrosienne
modifierÀ la mort de Pompeo Leoni, ses biens échurent à sa fille Vittoria. Son mari, Polidoro Calchi, vendit le Codex Atlanticus au comte Galeazzo Arconati[2].
En 1637, Arconati fit don de sa collection d'œuvres d'art et de manuscrits à la bibliothèque Ambrosienne, fondée trente ans plus tôt par le cardinal Federico Borromeo[1]. Le donateur souhaitait garantir la conservation et l'accessibilité de cet ensemble aux générations futures ; une plaque commémorative rappelant ce geste est encore visible à l'entrée de la pinacothèque Ambrosienne[1].
La saisie napoléonienne
modifierLe recueil fit partie des manuscrits réquisitionnés par les troupes françaises en 1796 et transférés à Paris, où il demeura au Louvre durant dix-sept ans[1],[2]. Le congrès de Vienne décida en 1815 la restitution des œuvres d'art enlevées par Bonaparte[1].
L'émissaire désigné par la maison d'Autriche, incapable de déchiffrer l'écriture spéculaire de Léonard, prit le recueil pour un manuscrit chinois ; le sculpteur Antonio Canova, émissaire du pape, découvrit l'erreur et le Codex Atlanticus put regagner l'Ambrosienne[1]. De tous les manuscrits de Léonard emportés par les troupes napoléoniennes, il fut le seul restitué : les autres demeurèrent à l'Institut de France sous la dénomination de « Manuscrits de l'Institut »[2].
Restauration et diffusion
modifierEntre 1962 et 1972, le recueil fit l'objet d'une campagne de restauration confiée au Laboratorio di Restauro de l'abbaye Santa Maria de Grottaferrata[2].
Giovanni Piumati publia la première édition en fac-similé entre 1894 et 1904[3]. L'ensemble des feuillets fut présenté au public à la bibliothèque Ambrosienne entre 2009 et 2015[4]. En 2019 fut mis en ligne le site Codex Atlanticus, version interactive permettant de consulter les 1 119 feuillets et de les classer par sujet, par année de rédaction et par numéro de page[5].
Contenu
modifierLes feuillets couvrent une période allant de 1478, alors que Léonard travaillait encore en Toscane, à 1519, année de sa mort en France[1]. Ils abordent des domaines allant de la mécanique à l'hydraulique et des mathématiques à l'architecture, jusqu'à des inventions telles que le parachute, les machines de guerre ou les pompes hydrauliques[1].
Feuillets remarquables
modifierLe premier feuillet présente une plate-forme navale équipée de seize canons ainsi que des dispositifs de mesure des distances ; la colonne de gauche constitue l'un des rares cas où Léonard écrit de gauche à droite, tandis que la colonne de droite offre son écriture spéculaire habituelle[1].
Le feuillet 1082 recto, daté des environs de 1483-1485, contient le brouillon d'une lettre adressée à Ludovic le More, duc de Milan, dans laquelle Léonard énumère en neuf points ses compétences d'ingénieur militaire avant d'évoquer plus brièvement, dans un dixième, ses aptitudes d'artiste et d'architecte. Le texte n'est pas de sa main : conscient de sa graphie malaisée, il en confia vraisemblablement la rédaction à un copiste professionnel[1].
Le feuillet 199 verso porte un plan de Milan, dressé lors du second séjour de Léonard dans la ville, qui restitue la position des anciennes portes, du château et des cours d'eau, accompagné d'une vue à vol d'oiseau[1]. Le feuillet 1058 verso rassemble notes et croquis sur le vol mécanique et l'aérodynamique, dont l'esquisse d'un dispositif évoquant un parachute[1]. Le feuillet 72 recto, daté de 1503-1504, associe une pluie de projectiles lancés par des mortiers à une étude de cheval pour la Bataille d'Anghiari[1].
Écrits littéraires
modifierLe recueil conserve également des fables brèves à portée morale, inspirées de la littérature vernaculaire florentine, dont Léonard possédait des exemplaires. Ces récits mettent en scène des plantes, des animaux ou des éléments naturels et sont fréquemment accompagnés de petits croquis : le feuillet 207 recto en réunit deux, consacrées au cèdre et au pêcher[1].
La dernière note datée
modifierLe feuillet 673 recto, consacré pour l'essentiel à des problèmes de géométrie, porte la dernière note datée connue de Léonard, rédigée le 24 juin 1518 au manoir du Cloux, à Amboise ; l'artiste mourut le 2 mai de l'année suivante[1].
Le fragment de Nantes
modifierLa bibliothèque de Nantes conserve un fragment manuscrit provenant de ce recueil. Légué en 1873 par le collectionneur Pierre-Antoine Labouchère (1807-1873), ce document fait partie de la collection Labouchère, qui rassemble quelque 3 000 autographes[6].
Galerie
modifier- Aile mobile.
- Ailes battantes.
Notes et références
modifier- 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20 21 22 (en) « Ten Key Facts About Leonardo da Vinci's Codex Atlanticus », sur Google Arts & Culture, Veneranda Biblioteca Ambrosiana (consulté le ).
- 1 2 3 4 5 6 Paolo De Silvestri, Léonard, ATS Italia Editrice, , p. 28.
- ↑ (it) Giovanni Piumati, Il Codice Atlantico di Leonardo da Vinci, nella Biblioteca Ambrosiana di Milano, vol. 8, Milan, 1894-1904.
- ↑ (en) Colleen Barry, « Da Vinci trove to be displayed », The Toronto Star, (lire en ligne, consulté le ).
- ↑ (en) « Codex Atlanticus », sur codex-atlanticus.ambrosiana.it, Veneranda Biblioteca Ambrosiana (consulté le ).
- ↑ Florian Cazzola, « Nantes : que devient le fragment de manuscrit de Léonard de Vinci découvert il y a dix ans ? », sur France Bleu Loire Océan, (consulté le ).
Voir aussi
modifierBibliographie
modifier- (en) Arthur Ewart Popham, The Drawings of Leonardo da Vinci, Londres, Jonathan Cape, .
- Carlo Vecce, Léonard de Vinci, Flammarion, (ISBN 978-2-08-212534-5).
- .
Articles connexes
modifierLiens externes
modifier- Sites officiels : (it) codex-atlanticus.ambrosiana.it/# et (it) ambrosiana.it/scopri/codice-atlantico-leonardo-da-vinci/codice-atlantico