Combat de béliers
Le combat de béliers est un combat d'animaux entre deux béliers (moutons mâles à grandes cornes), tenus dans un ring ou en plein champ. On le trouve couramment dans la culture de nombreux pays pratiquant l'élevage du mouton, en Afrique, en Asie et en Europe[1]. Au Nigeria, en Ouzbékistan et en Indonésie, les combats de béliers gagnent en popularité parmi les habitants[2]. En Tunisie, cette pratique ancestrale, localement appelée « Mesyeba », reste ancrée dans certains milieux populaires[3]. Bien que catégorisés comme un « sport sanglant » et un acte de cruauté envers les animaux, les combats de béliers entraînent rarement la mort du bélier vaincu, car le perdant est souvent autorisé à fuir l'arène.
Histoire
modifierDans la nature, le combat de béliers est un comportement courant chez les bovidés : il permet d'établir la hiérarchie, dans une compétition pour le statut de mâle dominant où les animaux foncent tête contre tête[1]. Traditionnellement, l'agressivité des mâles n'est pas recherchée dans l'élevage ovin, où les éleveurs préfèrent un mouton docile et écartent les sujets agressifs par un élevage sélectif. Agriculteurs et bergers peuvent cependant observer ces combats comme passe-temps ou divertissement occasionnel, y voyant un signe de virilité et de bonne santé.
Dans certaines cultures, ils ont été développés en tant que « jeu » ou sport, voire érigés en « passe-temps national » impliquant parfois des paris. Aujourd'hui, certains pays s'efforcent d'encadrer ces affrontements par des règles garantissant l'équité et le bien-être des animaux[2]. En Ouzbékistan, des combats de béliers ont lieu lors de l'Asrlar Sadosi, festival traditionnel des Ouzbeks[4]. Dans le Java occidental, en Indonésie, les combats de béliers sont considérés comme des divertissements et des rituels populaires[5], et associés à la ville de Garut, près de Bandung[6]. Au Nigeria, les propriétaires ont consenti de gros investissements pour entraîner leurs béliers dès leur jeunesse, en vue de ces seules compétitions, dotées de prix de valeur tels que des voitures[7].
Tunisie
modifierSelon un reportage publié en 2023 par le média tunisien Inkyfada, le combat de béliers reste vivace dans des quartiers du sud de Tunis comme M'hamdia et El Mourouj, ainsi que dans la région de Sousse, malgré la disparition de la Fédération tunisienne des combats de béliers à la fin des années 1980[3]. Contrairement à d'autres formes de ce combat où le perdant peut fuir l'arène, le bélier battu y est le plus souvent retiré de la compétition et destiné à l'abattage ou à la consommation familiale[3].
Les passionnés, appelés « Rbatt », recherchent des béliers encore sauvages, en particulier des animaux issus de deux lignées locales, le Gharbi et le Fernani, qu'ils gardent en captivité une à deux années pour les préparer physiquement[3]. Cet élevage repose sur une alimentation renforcée (orge, fèves, paille) et un entraînement progressif, chaque éleveur revendiquant des méthodes transmises au sein des familles[3]. Les deux lignées se distinguent aussi par le déroulement des affrontements : les Fernani, plus légers, s'opposent dans des duels pouvant compter plusieurs dizaines de coups de tête, tandis que les Gharbi, plus lourds, l'emportent généralement en bien moins de coups[3].
Un bélier qui enchaîne les victoires peut accéder au statut de « finaliste » et disputer des rencontres de prestige, sans qu'il existe d'instance officielle pour superviser ces classements ; les éleveurs s'organisent principalement via les réseaux sociaux pour planifier des combats entre animaux de niveau comparable[3]. Le journaliste relève également la dimension économique de l'activité : un jeune bélier capturé se négocierait autour de 1 800 à 2 000 dinars tunisiens, un prix pouvant être multiplié par quinze ou vingt pour un animal au palmarès déjà établi[3].
Autres pays
modifierGalerie
modifier- Béliers basques en 1937.
- Combat lors du Festival Asrlar Sadosi en Ouzbékistan en 2008.
- Combat en Algérie en 2013.
Notes et références
modifier- (en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « Ram fighting » (voir la liste des auteurs).
- 1 2 (en) Bradford, « Rams: Facts About Male Bighorn Sheep », Live Science, (consulté le )
- 1 2 (en) « Ram Fighting Battles For Acceptance in Nigeria », sur nbcnews.com, (consulté le )
- 1 2 3 4 5 6 7 8 Noureddine Ahmed, « Les combats de béliers : passion pour une tradition ancestrale », sur inkyfada.com, (consulté le )
- ↑ (en) « Asrlar Sadosi festival celebrates Uzbek traditions », sur caravanistan.com (consulté le )
- ↑ (en) « Ram fighting in Indonesia », sur smh.com.au, (consulté le )
- ↑ « Ram Fighting in Indonesia », Getty Images
- ↑ (en) « Ram Fighting to feature at 2016 National Sports Festival », sur vanguardngr.com, (consulté le )
Articles connexes
modifierLiens externes
modifier- (en) The brutal world of sheep fighting: the illegal sport beloved by Algeria's 'lost generation', article dans The Guardian.
- (fr) Les combats de béliers : passion pour une tradition ancestrale, photoreportage de Noureddine Ahmed, Inkyfada, 28 juin 2023.