Communicatio idiomatum

La communicatio idiomatum (expression latine signifiant « communication des idiomes ») est un concept de la théologie chrétienne, plus précisément de la christologie. Elle définit l’interaction entre les deux natures, humaine et divine, de Jésus-Christ, liées en sa personne par l’union hypostatique : ces deux natures, tout en étant distinctes, comportent chacune des attributs et des particularités (des idiomata) qui s’appliquent de l’une à l’autre.

Histoire

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Le principe de la communicatio idiomatum découle du dogme de l’Incarnation. Ses prémices apparaissent dans la théologie d’Ignace d'Antioche mais son développement n’intervient que plus de trois siècles après, au concile d'Éphèse (431) puis au concile de Chalcédoine (451) à la suite du Tome à Flavien de Léon le Grand (449). Il est défendu notamment par Cyrille d'Alexandrie, qui le relie à l'union hypostatique.

Conséquences

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L’une des conséquences de la communicatio idiomatum est le théopaschisme : la « souffrance de Dieu », la « mort de Dieu » lors de la Crucifixion. Au regard de ce dogme, les caractéristiques de la nature humaine que sont la souffrance et la mort peuvent être attribuées à Dieu : Dieu a souffert en tant qu’homme et il est mort en son humanité.

Le nestorianisme récuse cette doctrine dans la mesure où elle implique la souffrance et la mort de Dieu : pour le courant nestorien, seule la nature humaine de Jésus-Christ a connu ces épreuves. Le théopaschisme induit par la communicatio idiomatum est rejeté. Pour les mêmes raisons, Babaï le Grand et, à sa suite, l'Église de l'Orient estiment que, dans l'Incarnation, le Logos ne s'identifie pas à l'humanité et qu'il n'est pas possible de dire que Dieu a été crucifié. Les particularités de la nature humaine ne sauraient être imputées au divin.

Nicolas de Cues défend au contraire l'union hypostatique et son corollaire. Si Jésus-Christ est « homme », il ne le doit pas à sa nature humaine, mais au Verbe. En lui l'humanité est unie à l'Être. De par la communicatio idiomatum, au moment de la Crucifixion, Dieu accède à la mortalité, et l'humanité à l'immortalité.

La communication des idiomes dans la théologie luthérienne

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La conception de la communication des idiomes fixée par Thomas d'Aquin est également celle de Calvin, tandis que Zwingli s'en tient à la façon de parler qu'elle implique. Luther, liant étroitement Dieu et la foi, approfondit la perspective, et l'orthodoxie luthérienne le suit[1].

Johannes Brenz est partisan du principe de la communicatio idiomatum[2].

Celle-ci distingue trois genera. Au genus idiomaticum proprement dit se juxtaposent le genus apotelesmaticum, qui fait porter le salut et le pardon des péchés sur la personne du Sauveur et non sur une seule des deux natures, et le genus majestaticum, qui vise la communication de propriétés de la nature divine à la nature humaine. C'est sous ce dernier que se range le motif de l'ubiquité, que Luther mobilise en particulier dans le débat sur l'eucharistie[1].

Luther s'engage en outre dans la perspective inverse, l'attribution de propriétés de la nature humaine à la nature divine, que l'on a pu appeler le genus tapeinoticon : il tient pour vrai et juste de dire que Dieu naît, est couché dans la crèche, souffre et meurt. Sur ce point, il n'est pas suivi par l'orthodoxie luthérienne. Ce genus retient l'attention des théologiens contemporains de la mort de Dieu[1].

Notes et références

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  1. 1 2 3 René Heyer, « Dieu est né, il est mort. La communication des idiomes et l'énonciation théologique », Revue des sciences religieuses, vol. 67, no  2, 1993, p. 89-104 (DOI 10.3406/rscir.1993.3227, lire en ligne), p. 98-99.
  2. ↑ « Johann Brenz » par Bernard Vogler, Encyclopædia Universalis.

Bibliographie

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  • (it) Grzegorz Strzelczyk, Communicatio idiomatum. Lo scambio delle proprietà. Storia, status quaestionis e prospettive, Rome, Université pontificale grégorienne, 2004
  • Marc Lienhard, Luther témoin de Jésus-Christ, Paris, Cerf, coll. « Cogitatio fidei », 1973, p. 345-359.

Articles connexes

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