Constantin Doukas (usurpateur)

Constantin Doukas (en grec byzantin : Κωνσταντίνος Δούκας/Δούξ ; mort en 913) est un important général byzantin. En 904, il empêche l'influent eunuque et dignitaire de cour Samonas de passer chez les Arabes. En représailles, Samonas pousse son père, Andronic Doukas, à se révolter et à fuir auprès de la cour abbasside en 906-907. Constantin suit son père à Bagdad, mais parvient rapidement à s'enfuir et à regagner l'Empire byzantin, où Léon VI le Sage lui rend sa faveur et lui confie d'importantes fonctions militaires. À la mort de l'empereur Alexandre, Constantin, soutenu par plusieurs aristocrates, tente sans succès d'usurper le trône du jeune Constantin VII et trouve la mort lors d'un affrontement avec les partisans de l'empereur légitime.

Constantin Doukas
Fonction
Domestique des Scholes
Biographie
Décès
Allégeance
Activité
MilitaireVoir et modifier les données sur Wikidata
Famille
Père

Biographie

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Jeunesse et carrière

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Constantin Doukas s'échappe de sa captivité chez les Arabes en jetant des pièces d'or derrière lui pour ralentir ses poursuivants. Miniature du Madrid Skylitzes.

Constantin Doukas est le fils d'Andronic Doukas, un important général sous l'empereur Léon VI le Sage (886-912) et le premier membre éminent de la famille des Doukas[1],[2]. Constantin apparaît pour la première fois dans les sources en 904, lors de la tentative de fuite vers la Syrie de l'eunuque d'origine arabe Samonas, l'un des plus proches hommes de confiance de l'empereur. Constantin capture Samonas au monastère de la Sainte-Croix de Siricha, près du fleuve Halys, et le ramène à Constantinople, où une enquête sur l'affaire est menée devant le Sénat. Léon, qui reste attaché à son serviteur, ordonne à Constantin de soutenir que Samonas effectuait en réalité un pèlerinage au sanctuaire de Siricha et ne cherchait pas à gagner la frontière arabe. Lorsque les sénateurs demandent toutefois à Constantin de confirmer cette version en jurant « par Dieu et par la tête de l'empereur », il refuse de dissimuler la vérité. Samonas est assigné à résidence et, bien que Léon lui pardonne après seulement quatre mois et le rétablisse dans ses fonctions, il conçoit dès lors une profonde hostilité envers les Doukas[2],[3],[4].

Miniature du Madrid Skylitzes représentant Léon avertissant Constantin de ne pas tenter d'usurper le trône.

Cette rancœur se manifeste en 906, lorsque Samonas pousse par la ruse Andronic à refuser de participer à une expédition impériale. Craignant d'être puni pour sa désobéissance, Andronic fuit avec sa famille et ses fidèles vers la forteresse de Kabala, près d'Iconium, avant de franchir la frontière et de trouver refuge dans le califat abbasside. Constantin et son père finissent par gagner Bagdad, la capitale abbasside. Léon adresse secrètement aux Doukas un message leur promettant un pardon complet s'ils reviennent dans l'Empire mais, à nouveau en raison des manœuvres de Samonas, la lettre tombe entre les mains du calife Al-Muktafi (902-908), qui place Andronic en résidence surveillée et le contraint à se convertir à l'islam, de même que ceux qui l'ont accompagné. Il y meurt vers 910[4],[5],[6]. Constantin parvient cependant à s'enfuir de Bagdad et reçoit un accueil chaleureux de Léon lors d'une cérémonie dans la salle du trône du Chrysotriklinos. La date de son retour dans l'Empire est incertaine, mais se situe entre environ 908 et 911[4],[7].

Malgré la révolte de son père, les Doukas restent très populaires en raison de leurs succès militaires et des prophéties circulent apparemment en prédisant l'accession de Constantin au trône. Selon Théophane continué, Léon avertit ainsi le jeune homme de ne pas chercher à devenir empereur, mais cet épisode constitue probablement une interpolation postérieure inspirée par le destin ultérieur de Constantin Doukas. En réalité, Léon semble lui accorder sa confiance : il le comble de présents et lui confie d'importantes fonctions militaires. Constantin est d'abord nommé — apparemment à la suite d'Eustathe Argyre — stratège du thème du Charsianon, puis, en 913, il accède à la fonction de domestique des Scholes, c'est-à-dire au commandement suprême de l'armée. Dans ces deux fonctions, il mène avec succès des opérations contre les Arabes[4],[5],[7],[8].

Tentative d'usurpation

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Le couronnement du jeune Constantin VII. Miniature du Madrid Skylitzes.

Léon VI meurt en mai 912 et son frère Alexandre (912-913) lui succède. Celui-ci ne règne qu'un peu plus d'un an avant de mourir en juin 913. L'impératrice de Léon, Zoé Carbonopsina, et son fils, le jeune coempereur en titre Constantin VII (913-959), sont écartés du pouvoir sous le règne d'Alexandre, qui rétablit également Nicolas Ier Mystikos, ancien adversaire de Zoé, comme patriarche de Constantinople[9],[10]. À la mort d'Alexandre, le 6 juin 913, Constantin VII n'a pas encore huit ans et une lutte pour le pouvoir oppose Zoé au patriarche Nicolas, qui dirige le conseil de régence. C'est dans ce contexte que Constantin Doukas déclenche une rébellion visant à s'emparer du trône.

La Vie d'Euthyme, une source hostile au patriarche Nicolas, affirme que celui-ci est impliqué dans le complot, tandis que les autres sources byzantines présentent cette accusation comme une rumeur largement répandue plutôt que comme un fait établi. Selon ces sources, Nicolas, qui ignore encore qu'Alexandre l'a désigné comme régent sur son lit de mort, craint de perdre sa position prééminente. Il s'inquiète également de la menace militaire représentée par le tsar bulgare Siméon, qui nécessiterait selon lui un dirigeant plus expérimenté à la tête de l'État. Le patriarche aurait donc appelé Doukas à s'emparer du trône[5],[11],[12].

Doukas bénéficie d'un large soutien, tant dans l'aristocratie que parmi la population, et accepte l'appel. Accompagné de quelques fidèles, il se dirige vers Constantinople. À peine trois jours après la mort d'Alexandre, il pénètre secrètement dans la capitale pendant la nuit par une poterne des murailles maritimes et se réfugie dans la demeure de son beau-père, Grégoras Ibéritzès, où le rejoignent bientôt plusieurs hauts dignitaires, dont le patrice Constantin Helladikos. Avant même l'aube du lendemain, Constantin et ses partisans, munis de torches, marchent vers l'Hippodrome, rejoints en chemin par une foule nombreuse. Constantin y est proclamé empereur devant le peuple, puis se dirige en triomphe vers la porte de la Chalkè du Grand Palais[4],[13],[14].

Après avoir franchi la porte de fer de la Chalkè, il rencontre cependant, à hauteur de la salle des Excubites, les soldats de la garde de l'Hétairie ainsi que des rameurs armés de la flotte impériale, rassemblés par le magistros Jean Éladas, membre du conseil de régence. Un affrontement éclate et fait de nombreux morts, parmi lesquels Grégoire, fils de Constantin, son neveu Michel et son ami Kourtikès. Découragé, Constantin fait demi-tour et tente de s'enfuir, mais son cheval glisse et tombe. Constantin est alors tué d'une flèche ; selon la Vie d'Euthyme, il meurt en maudissant le patriarche Nicolas. Sa tête est tranchée et présentée à Constantin VII[4],[14],[15].

La Vie de Basile le Jeune rapporte toutefois une version quelque peu différente des événements. Selon celle-ci, l'appel adressé à Doukas émane de l'ensemble du conseil de régence, qui lui propose de prendre en charge le gouvernement de l'État, tandis que Constantin VII serait cantonné à des fonctions cérémonielles. Doukas refuse d'abord cette proposition et les régents doivent lui adresser une seconde lettre, accompagnée de leurs propres enkolpia, pour le convaincre[4]. Lorsqu'il entre finalement à Constantinople, les régents ont cependant changé d'avis et ont barricadé le palais contre lui. Après sa proclamation à l'Hippodrome, Doukas décide d'assiéger le palais, avant de tenter finalement d'y pénétrer par la Chalkè, tout en ordonnant à ses partisans de ne pas tirer leurs épées afin d'éviter une effusion de sang. Il tombe alors dans une embuscade tendue par des archers disposés par les régents et est tué avec plusieurs de ses partisans[4].

Les nombreux partisans de l'usurpateur — 800 selon la Vie d'Euthyme, plus de 3 000 selon la Vie de Basile le Jeune[4] — sont sévèrement punis. Certains sont aveuglés et exilés, tandis que d'autres, notamment ceux qui ont trouvé refuge dans Sainte-Sophie, sont tonsurés et enfermés dans des monastères. De nombreux membres du petit peuple sont quant à eux empalés sur la rive orientale du Bosphore[14].

L'épouse de Constantin Doukas est tonsurée et exilée dans le domaine de son mari en Paphlagonie, tandis que leur fils cadet Étienne est castré[14],[16]. Avec la mort du fils et du neveu de Constantin, ces mesures entraînent l'extinction de cette branche de la famille Doukas. Les liens de parenté entre Andronic et Constantin et les membres ultérieurs de la famille portant le nom de Doukas demeurent incertains[17],[18].

Postérité

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Malgré l'échec de sa tentative pour s'emparer du trône, la popularité de Constantin Doukas permet à son souvenir de perdurer aussi bien parmi la population que dans l'aristocratie d'Asie Mineure. Dans les années 930, Basile à la Main de cuivre usurpe ainsi son identité et prend la tête d'une révolte paysanne, tandis que l'aristocratie érige Constantin en héros. Certains éléments de sa vie finissent également par être intégrés au poème épique de Digénis Akritas[5],[19].

Généalogie des Doukas

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Andronic Doukas
tourm. Armén.
(792)
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Théophile
empereur
(813 † 842)
 
N Doukas
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Alexis Mousélé
magistros, césar
(836-838)
 
Maria
(† 838)
 
Andronic Doukas
général
(855)
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Maria
(c. 838 † 855)
"fille de césar"
 
 
 
N Doukas
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Andronic Doukas
dom. des scholes
(903)
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
N Doukas
 
 
 
 
 
Constantin Doukas
dom. des scholes
(† 913)
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Michael
Doukas
 
Gregoras
Doukas
 
Étienne
Doukas
 
Ne
Doukas
 
Jean
Lydos
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Andronic Doukas Lydos
général
(976)
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Christophe Doukas
général (976)
 
Bardas Doukas
général (976-1016)
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Andronic Doukas
stratège (c. 1010)
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Constantin X Doukas
empereur
(† 1067)
 
 
 
 
 
 
 
Jean Doukas
césar
(† 1088)
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Michel VII Doukas
empereur
(† 1090)
 
Andronic Doukas
césar
 
Constance Doukas
césar
(† 1081)
 
Andronic Doukas
dom. des scholes
amiral (1073)
 
Constantin Doukas
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Constantin Doukas
(† 1087)
 
 
 
 
 
Michel Doukas
(† 1108-18)
 
Jean Doukas
mégaduc
(1064 † <1137)
 
Irène Doukas
x Alexis Ier Comnène
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Constantin Doukas
sébaste
(1118)
 
Théodore Doukas
prosébaste
(1125)
 
 
 
 

Notes et références

modifier
  1. ↑ Kazhdan, "Doukas" (A. Kazhdan, A. Cutler), pp. 655–656; "Doukas, Constantine" (A. Kazhdan, A. Cutler), p. 657.
  2. 1 2 Polemis 1968, p. 21.
  3. ↑ Tougher 1997, p. 208–210, 214–215.
  4. 1 2 3 4 5 6 7 8 9 PmbZ, Konstantinos Dukas (#23817).
  5. 1 2 3 4 Kazhdan, "Doukas, Constantine" (A. Kazhdan, A. Cutler), p. 657.
  6. ↑ Tougher 1997, p. 209–210.
  7. 1 2 Tougher 1997, p. 210.
  8. ↑ Polemis 1968, p. 21–23.
  9. ↑ Kazhdan, "Alexander" (A. Kazhdan, A. Cutler), pp. 56–57.
  10. ↑ Garland 1999, p. 117–118.
  11. ↑ Polemis 1968, p. 23.
  12. ↑ Garland 1999, p. 119.
  13. ↑ Polemis 1968, p. 23–24.
  14. 1 2 3 4 Runciman 1988, p. 50.
  15. ↑ Polemis 1968, p. 24.
  16. ↑ Polemis 1968, p. 25.
  17. ↑ Polemis 1968, p. 2, 25.
  18. ↑ Krsmanovic 2003, Chapter 3.
  19. ↑ Polemis 1968, p. 7, 24–25.

Bibliographie

modifier

Liens externes

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