Croix miraculeuses d'Asse
Les Croix miraculeuses d'Asse sont une série de miracles catholiques centrés sur la vallée du Kruisborre (encore rarement francisé Cruysborre), située au sud de la commune d'Asse (parfois francisé Assche), en Belgique.
Particulièrement fréquenté par des foules de pèlerins à l'époque médiévale et moderne, ce pèlerinage commémore la légende d'une hostie profanée et la floraison miraculeuse d'un arbre, ainsi que celle d'un crucifix apparu dans un noyer et de plusieurs miracles liés à ces derniers. Le patrimoine lié à cette tradition comprend la chapelle de la Sainte-Croix au sein de l'église Saint-Martin d'Asse, ainsi qu'un parcours de procession jalonné de nombreux calvaires et chapelles dans le hameau de Koudertaverent (ou Koudertaveerne, francisé Cautertaverent).


Légende
modifierL'historien et sous-prieur de l'abbaye du Rouge-Cloître, Jan Gielemans, a écrit à ce sujet au XVe siècle dans son Novale Sanctorum[1], ainsi que l'historien Godefroid Kurth dans son ouvrage intitulé Histoire des Croix Miraculeuses d'Assche en 1912[2].
Au XIIIe siècle, une pauvre femme de Koudertaverent, un très petit village à 2 kilomètres d'Asse, se rendit chez des Banquiers Lombards juifs, désespérée, pour échanger son seul vêtement décent contre de l'argent. Les Lombards, la voyant au fond du gouffre, lui proposèrent une grosse somme d'argent en échange de l'hostie qu'elle recevrait à Pâques. La femme accepta l'offre et cacha l'hostie après la communion de Pâques, mais lors de son chemin vers les Lombards, elle regretta et cacha l'hostie dans le buisson d'un aulne sec, au Kruisborre. À ce moment-là, l'arbuste reprit vie et commença à fleurir[3].
Alors, pleins de pèlerins commencèrent à venir pour voir ce miracle de leurs propres yeux, mais cela dérangeait le propriétaire du champ car ses fruits étaient constamment piétinés par les pèlerins. Un jour, il eut assez de la foule et coupa le buisson, mais un autre miracle se produisit lorsque les éclats de feuilles et branches tombèrent en forme de croix, recouverts d'une goutte de sang. Alors, le fermier arrêta de couper et le prêtre fut appelé. La pauvre femme avoua son erreur et l'hostie fut retirée du buisson et portée en procession jusqu'à l'église Saint-Martin d'Asse. Plus tard, une croix fut réalisée avec le buisson d'aulne[3].
C'est alors que la véritable ruée a commencé, les gens venaient de partout au Kruisborre. En 1312, des pèlerins perdus demandèrent leur chemin à un fermier sur le Vrijthout (petit chemin à 2,6 kilomètres du Kruisborre), le fermier, incrédule, répondit: « Je crois autant à la légende qu'à une apparition miraculeuse d'une croix dans mon noyer ! ». Les pèlerins levèrent les yeux et virent une croix dans le noyer. Ce crucifix fut également apporté à l'église Saint-Martin d'Asse qui était l'église la plus importante des environs[3].
Depuis lors, les deux Saintes-Croix sont vénérées dans l'église Saint-Martin, dans la chapelle de la Sainte-Croix appelée localement "Le Kruiskoor", où la légende est représentée sur les boiseries et sur les vitraux[3].

Selon la légende, le château des Lombards Juifs qui voulaient soudoyer la pauvre femme fut détruit par la foudre, créant ainsi une énorme fosse, qu'on nomme aujourd'hui le "Jodenput" (La fosse Juive). Elle se trouve juste derrière la Croix de Sjat, non loin du Kruisborre[3].
Pèlerinage
modifierAsse est alors devenue un lieu de pèlerinage célèbre à partir du XIVe siècle, des gens venaient à Asse de partout, par dévotion ou pour se repentir. L'importance du pèlerinage a même été mise en évidence dans la bulle d'indulgence émise par le pape Benoît XII en 1337. D'anciens documents ecclésiastiques indiquent qu'il y avait déjà une chapelle au Kruisborre à cette époque[3].

Un pèlerinage au Kruisborre commençait par une prière dans la chapelle de Kruisborre. Les pèlerins descendaient ensuite les escaliers jusqu'à la source, en passant par les différentes chapelles, généralement construites en remerciement d'une faveur après un pèlerinage. Là, ils faisaient le signe de croix avec l'eau de la source, en buvaient ou en emportaient chez eux pour se protéger du mal. Les agriculteurs l'emportaient aussi souvent avec eux pour protéger leur maison et leur étable contre toutes sortes de dangers[3],[4]
Les deux croix ont longtemps fait l'objet d'un culte fervent de la part des Assois et de toute la population avoisinante jusqu'à environ 1970. C'était surtout aux fêtes de l'Exaltation et de l'Invention de la Sainte-Croix, c'est-à-dire le et le de chaque année. Des foules de fidèles se pressaient dans l'église, faire en priant le tour du sancturaire, et s'agenouiller devant les croix pour gagner les indulgences attachées à leur culte par les souverains pontifes[2].
De grandes processions, défilés et festivités ont fait perpétuer la tradition et la légende des Saintes Croix. En 1862, les 525 ans du miracle furent célébrés par une procession, en 1912 (600 ans), un cortège eut lieu à nouveau avec plus de 900 figurants. La célébration de 1937 fut de moindre ampleur en raison de la guerre imminente. En 1987, les 650 ans de l'apparition furent célébrés avec un livre, une procession et une exposition et finalement, en 2012, la société d'histoire locale Ascania a également organisé une exposition. Malheureusement, en raison de la sécularisation de la commune, les festivités ont cessé, les pèlerins sont quasiment inexistants et la légende est devenue inconnue à la quasi totalité de la population d'Asse. Seule une procession vers le site persiste toujours, le lundi de Pâques[3].

La véritable date des miracles parvenus au Kruisborre est inconnue mais il est généralement admit que la seconde croix est apparue dans le noyer en 1312[3].
Les Croix
modifier
Les deux croix miraculeuses sont conservées dans l'église Saint-Martin d'Asse, sur l'autel occupant le chœur du côté bas méridional, nommée le Kruiskoor (Chapelle de la Sainte-Croix). La première croix miraculeuse, faite du buisson d'aulne, mesure 2,13 m de hauteur, elle porte une gloire à l'intersection des deux bras et montre vers le tier inférieur du montant une ouverture où se voit une hostie rayonnante[2].
La seconde, plus petite qui mesure 84 cm de hauteur sur 61 cm de largeur, est un crucifix couvert par un voile de soie brodé d'or qui ne laisse visible que la tête du Christ. Il est assez difficile de déterminer l'âge de cet œuvre d'art, les deux croix n'ont pas fait l'objet d'études scientifiques au carbone 14.

Artistiquement, la manière de sculpter la tête et la chevelure est classique et intemporelle, les jambes quant à elles sont attachées à la croix par un seul clou qui semble trahir une modernité relative. En revanche, le tronc en particulier le thorax avec ses côtes vigoureusement accentuées et les bras musclés du Christ rappellent l'art réaliste d'une époque plus ancienne. Il pourrait s'agir d'un travail médiéval remanier à une époque postérieure[2].

Chapelle du Kruisborre
modifier
En 1622, le curé d'Asse, Jean Calenus fit construire une nouvelle chapelle à l'endroit où eut lieu le miracle de la première Sainte Croix. Il a ainsi provoqué une nouvelle vie à la vénération des Croix Miraculeuses à Asse[3].
La chapelle a été rénovée et restaurée a plusieurs reprises. En 1644, la toiture fut refaite et la tourelle fut construite. Heureusement, la chapelle a survécu eux années turbulentes de la Révolution française à la fin du XVIIIe siècle car un fermier l'a achetée et a fait passer cette dernière pour une grange[3].

Autres chapelles et croix
modifierEn raison du grand nombre de pèlerins, cinq autres petites chapelles et deux croix furent construites sur le chemin de la chapelle du Kruisborre.
En 2016, le conseil communal d'Asse, en collaboration avec l'ASBL Regional Landscape Groene Corridor, la province du Brabant flamand et les propriétaires et gestionnaires, restaurent les chapelles de campagne et les croix de la procession du Kruisborre. Les chemins menants à tout ce patrimoine ont été modernisés et chaque chapelle et croix sont désormais dotées d'un panneau d'information[3].
Chapelle Notre-Dame des Sept Douleurs
modifier
Cette chapelle, également appelée "Chapelle de Suske Mol", fut construite en 1883 par la famille Van Mol car elle fut épargnée de la choléra après un pèlerinage. L'inscription dans la chapelle fait référence aux sept douleurs de Marie selon le Christianisme[3] :
- La prophétie de Syméon.
- La fuite en Égypte.
- Jésus perdu au Temple.
- Marie trouve son Fils sur le chemin du Calvaire.
- Jésus meurt sur la Croix.
- Jésus est descendu de la Croix et remis à sa Mère.
- Jésus est mis au tombeau.
La chapelle est entourée d'un grand et vieux chêne ainsi que de beaux tilleuls, symbole du masculin et du féminin[3].
Chapelle Saint-Joseph
modifier
Elle fut construite à la fin du XIXe siècle par la famille Van Nieuwenhuyzen car elle fut également épargnée de la choléra après un pèlerinage. Saint-Joseph est le saint patron des charpentiers et des ouvriers. La harpe qu'il tient fait référence à cela. Les conifères autour de la chapelle symbolisent la vie éternelle[3].
Croix de Sjat
modifier
Sjat, Louis Moerenhout (1868-1957), le forgeron et charron de Koudertaverent a fabriqué la croix durant la Seconde Guerre mondiale. Il promit de forger la croix et de faire le voyage, de son atelier, au Kruisborre à genoux pour la déposer si sa femme était guérie[3].
Dos à la croix, nous pouvons observer la tristement célèbre "Fosse Juive". Le Jodenput est l'endroit où, selon la légende, se trouvait le château des Lombards Juifs qui voulaient soudoyer la pauvre femme. Un coup de foudre aurait détruit le château et creusé un trou profond dans le sol. D'autres sources évoquent une carrière effondrée[3].
Chapelle Notre-Dame de Lourdes
modifier
Cette chapelle, également appelée « Chapelle Baas », du nom de la famille Baussens qui fit construire la première chapelle. Les descendants de la famille Baussens la firent reconstruire à la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle après qu'une tempête l'avait complètement détruite[3].
On raconte qu'un certain Baussens travaillait comme polisseur de pierre au Jodenput. Un jour, il lui sembla entendre sa femme l'appeler. Comme il ne voyait rien, il continua à travailler mais lorsqu'il entendit l'appel une deuxième fois, il alla jeter un œil. Le carrier venait à peine de sortir de la carrière que la fosse s'est effondrée. Par gratitude, il fit construire la chapelle. Autrefois, derrière la chapelle se trouvaient des champs de houblon, entourés de forêts de feuillus[3].
Chapelle Notre-Dame de Neerwaver
modifier
À l'origine, la chapelle, plus grande, se trouvait sur le Kerkberg, une colline boisée sur l'Edingsesteenweg qui se trouve à un kilomètre du Kruisborre. En 1945, il fallut laisser la place à la construction d'une villa. Une partie des matériaux furent conservés[3].
Il y a une légende à propos de cette chapelle racontant qu'il y a des centaines d'années, un berger traversait chaque jour la forêt du Keierberg avec son troupeau de moutons. Le long de cette route, se trouvait une statue de la Vierge Marie, à laquelle le berger était très fortement attaché. Un jour, il abandonna son métier de berger pour aller s'installer à Neerwaver (Basse-Wavre (nl))[3].
Mais il ne pouvait pas imaginer une seconde devoir abandonner cette statue qu'il affectionnait tant, donc il l'emporta avec lui à Neerwaver. Le lendemain matin, la statue avait disparu et après quelque temps, il retourna à Asse et vit avec stupéfaction la statue à son emplacement d'origine. Alors il l'a déroba à nouveau, mais encore une fois elle disparût et réapparut dans la forêt du Keierberg. Alors le berger décida de raconter cette histoire et les gens affluèrent de loin pour prier devant cette statue. Le berger lui-même retourna vivre à Asse car il ne pouvait pas vivre sans la statue proche de lui[3].
La chapelle a donc été dédiée à cet évènement au moins en 1696[5].
Chapelle Saint-Antoine
modifier
La chapelle Saint-Antoine a été construite vers 1930. Saint-Antoine est le saint patron des choses perdues, que ça soit matériellement ou spitrituellement, des franciscains, des femmes et des enfants, des pauvres, des boulangers, des mineurs, du mariage, des amoureux, des pèlerins et des voyageurs, et contre les naufrages, la fièvre et la peste[3].
Curieusement, très peu d'attention a été donnée à cette chapelle dans l'histoire[3].
Kruislieveheer (Croix Notre-Père)
modifierLa croix en bois avec le Christ en fer date du XXe siècle. La famille Van der Borght l'a placé au pied de ce qu'on appelait autrefois, le Kerkberg, également le long de l'Edingsesteenweg[3].
La croix était autrefois entourée de deux tilleuls, en 2017, il n'en restait plus qu'un. Ils symbolisent la protection, la cohésion des chrétiens, la paix, la fidélité et l'amour, le tilleul est souvent associé à la féminité[3].
Sources
modifierLes principaux documents racontant l'histoire des Croix Miraculeuses sont aujourd'hui perdus. Par exemple le plus contemporain des faits, la bulle du pape Benoît XII, du soit 25 ans après la supposée apparition de la seconde croix, a disparu depuis longtemps, sans avoir été transcrite et conservée aux Archives du Vatican. Le récit le plus ancien encore connu est celui de Jean Gielemans, en latin, qui fut écrit à la fin XVe siècle[2].
Le récit du curé d'Asse, Jean Calenus qui vécu au XVIe siècle, s'est perdu dans l'histoire, heureusement, l'abbé Mertens dont l'ouvrage de 1862 subsiste, eut le temps d'utiliser ce dernier et bon nombre d'autres ouvrages perdus ou disparus dans les nombreux incendies, guerres et pillages qu'Asse a subi, comme les comptes de l'église d'Asse et les Visitationes Ecclesiae[6], traduction française de Geschiedenis der twee mirakuleuse Kruisen van Assche, met eenige aenmerkingen over het H. Kruis des Zaligmakers[7]). Pour cette page, on utilise surtout l'ouvrage de Godefroid Kurth, qui avait en sa possession celui de l'abbé Mertens[2].
Notes et références
modifier- ↑ (nl) « Mirakel van Asse, België, 13de eeuw », sur Eerherstel aan het Heilig Sacrament, (consulté le ).
- 1 2 3 4 5 6 Godefroid Kurth, L'Histoire des Croix Miraculeuses d'Assche, Assche, Imprimerie Frans Van Achter, , 68 p. (lire en ligne).
- 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20 21 22 23 24 25 26 (nl-BE) « Kruisborrekapel », sur Gemeente Asse (consulté le ).
- ↑ (nl-BE) « Kruisborrekapel », sur Gemeente Asse (consulté le ).
- ↑ (nl) « Kapel Onze-Lieve-Vrouw van Neerwaver », sur inventaris.onroerenderfgoed.be, (consulté le ).
- ↑ Aug. Mertens (trad. du néerlandais), Histoire des deux croix miraculeuses d'Assche, Bruxelles, Imprimerie et librairie de G. Adriaens, , 68 p. (lire en ligne).
- ↑ (nl) Aug. Mertens, Geschiedenis der twee mirakuleuse Kruisen van Assche, met eenige aenmerkingen over het H. Kruis des Zaligmakers, Brussel, Drukkery en boekhandel van G. Adriaens, , 138 p. (lire en ligne).