Deuil périnatal
Le deuil périnatal désigne le processus du deuil et l'épreuve psychologique, émotionnelle et sociale vécue par les parents à la suite de la perte d'un enfant pendant la grossesse, à la naissance ou peu après. Il recouvre des réalités cliniques variées comme les fausses couches, les interruptions médicales de grossesse (IMG), les mortinaissances (mort fœtale in utero) ou la mortalité néonatale. Il est entouré de tabous sociaux et culturels[1].
| Causes | Fausse couche, grossesse extra-utérine, interruption médicale de grossesse (IMG), mortinaissance (mort fœtale in utero), mortalité néonatale, syndrome de mort subite du nourrisson |
|---|---|
| Symptômes | Tristesse, état de choc, culpabilité, anxiété |
| Complications | Dépression, trouble de stress post-traumatique, trouble de l'adaptation, isolement social |
| Traitement | Psychothérapie, groupes de parole, accompagnement périnatal et rituel |
|---|---|
| Spécialité | Psychologie clinique, psychiatrie périnatale, obstétrique, maïeutique |
| Fréquence | Environ 2 600 000 mortinaissances par an dans le monde (OMS) |
|---|
Selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS), environ 2,6 millions de bébés naissent sans vie chaque année dans le monde[2]. En France, on dénombre environ 7 000 décès périnataux par an[3].
La perte peut entraîner chez la mère des symptômes anxieux ou dépressifs, un trouble de stress post-traumatique ou un trouble de l’adaptation. Le deuil est aussi marqué par un manque de reconnaissance sociale. Des dispositifs d’accompagnement existent, comme les groupes de parole. En France, le droit reconnaît le décès par l’acte d’enfant sans vie et ouvre des droits sociaux selon le terme de la grossesse.
Une Journée internationale, le 15 octobre, vise à sensibiliser le grand public et à promouvoir une meilleure prise en charge des familles endeuillées.
Définition
modifierSur le plan médical et épidémiologique, l'OMS définit la période périnatale entre 22 semaines d'aménorrhée (SA), ou un poids fœtal d'au moins 500 grammes, et le septième jour complet après la naissance[4],[5].
Sur le plan psychologique et sociologique, le deuil périnatal ne dépend pas uniquement de l'âge gestationnel : il s'amorce dès lors qu'il y a eu un investissement affectif et psychique de la grossesse et de l'enfant à naître[6]. Le terme est ainsi employé pour des pertes survenues avant le seuil de 22 SA, comme les fausses couches.
Conséquences psychologiques et sociales
modifierRetentissement clinique
modifierAprès une fausse couche ou une perte périnatale, la mère peut présenter des symptômes anxieux ou dépressifs, mais aussi des états de trouble de stress post-traumatique ou un trouble de l'adaptation[7]. Le deuil périnatal constitue une épreuve psychologique et émotionnelle d'une grande complexité qui ébranle la parentalité naissante et confronte les parents à un double vide, à la fois corporel et affectif. Ces symptômes peuvent s'atténuer après six mois environ, ou se prolonger, en fonction de plusieurs facteurs. Le vécu du deuil varie selon les circonstances de la perte : mort fœtale in utero, interruption médicale de grossesse ou deuil survenu au sein d’une grossesse multiple[8].
Ces effets ont été étudiés dans des populations variés. Une étude de 1997 s’est intéressée à la morbidité psychiatrique après une fausse couche chez des femmes chinoises de Hong Kong, et une autre de 2003 à la façon dont des femmes afro-américaines font face au deuil après une perte involontaire de grossesse[9],[10].
Deuil du second parent
modifierLongtemps centrée sur le vécu maternel et physiologique de la grossesse, l'étude du deuil périnatal s'est progressivement élargie à la détresse spécifique des pères et des seconds parents. Comme le soulignent les travaux de la chercheuse québécoise Francine de Montigny, titulaire d'une chaire de recherche sur la santé psychosociale des familles, le second parent développe un attachement prénatal réel mais se heurte souvent à une double invisibilisation[11],[12],[13]. L'entourage et les professionnels de santé concentrent généralement leur attention sur la mère, tandis que le père ou le second parent est soumis à l'injonction sociale de « rester fort » et tend à réprimer l'expression de sa peine[13]. Ce décalage dans l'expression et la temporalité du deuil peut accroître un sentiment d'isolement et provoquer des tensions conjugales au sein du couple[14].
Reconnaissance sociale
modifierLa perte est souvent aggravée par un manque de reconnaissance sociale. La langue courante n'a pas de terme spécifique pour désigner les parents ayant perdu un enfant, contrairement aux mots « veuf » ou « orphelin ». La reconnaissance de la perte par l'autre parent, par les proches et par le corps médical joue un rôle déterminant dans le vécu des parents[7],[15].
Malgré l'existence de réseaux de soutien associatif, le tabou culturel qui entoure le deuil périnatal persiste et fragilise le travail de deuil des parents[15].
Grossesse ultérieure
modifierUn deuil périnatal engendre des conséquences émotionnelles durables lors d'une grossesse ultérieure, souvent appelée « grossesse d'après »[16]. Une méta-analyse conduite en 2017 confirme la prévalence élevée de l'anxiété, de la dépression et du stress chez les femmes ainsi que chez leurs partenaires au cours des grossesses suivant une perte périnatale[17].
Accompagnement
modifierAccompagnement psychologique
modifierDes dispositifs psychothérapeutiques spécialisés, tels que des groupes de parole ou des unités d'accueil parents-bébés, sont proposés aux parents endeuillés afin de prévenir le risque de deuil compliqué. Ces prises en charge permettent aux parents de verbaliser leur détresse, d'atténuer leur culpabilité et de soutenir le processus d'investissement de l'enfant[18].
Accompagnement en maternité
modifierL'intégration d'une démarche de soins palliatifs en maternité et la création d'un accompagnement personnalisé permettent de reconnaître les liens d'attachement précoces afin d'aider les parents à traverser la perte[8].
La qualité de l'accompagnement prodigué par le personnel soignant joue un rôle important dans le processus de deuil des parents[7].
Lieux de mémoire et traces matérielles
modifierLes pertes précoces donnent souvent lieu à l'absence fréquente de sépulture individuelle. Pour offrir un lieu de recueillement public aux familles, certaines municipalités aménagent des espaces mémoriels dédiés, à l'image de la stèle inaugurée au cimetière du Père-Lachaise à Paris[19].
Une « boîte à souvenirs » peut aussi être remise aux parents pour conserver une trace matérielle de l’enfant[20],[21].
Le « deuil des soignants »
modifierLe deuil périnatal confronte également les équipes soignantes des maternités à une charge émotionnelle intense et à une angoisse profonde face à la souffrance des parents. L'accompagnement de ces situations, en particulier lors d'une interruption médicale de grossesse ou d'une mort fœtale, nécessite de la part des professionnels une juste distance pour éviter l'isolement des familles tout en se protégeant d'un traumatisme psychologique. La formation des équipes et le soutien pluridisciplinaire sont ainsi essentiels pour leur permettre d'être pleinement présents auprès des parents [22].
Législation
modifierDans la plupart des pays, l'ouverture des droits sociaux (tels que le congé de maternité ou le congé de paternité) repose sur le seuil de viabilité fixé par l'Organisation mondiale de la santé (OMS) à 22 semaines d'aménorrhée (SA) ou un poids fœtal d'au moins 500 grammes : en deçà de ce terme, le fœtus n’a généralement pas d’existence administrative donnant droit aux prestations familiales et aux congés postnataux[23].
En France, le statut juridique et symbolique de l'enfant mort-né repose sur l'établissement d'un acte d'enfant sans vie, introduit à l'article 79-1 du Code civil par la loi du 8 janvier 1993[24]. Depuis les arrêts de la Cour de cassation et les décrets du 20 août 2008, la délivrance de cet acte d'état civil ne dépend plus du seuil médical de 22 SA ou de 500 grammes, mais uniquement d'un certificat médical d'accouchement (qui exclut toutefois les interruptions précoces de grossesse du premier trimestre)[25],[26]. Cet acte permet aux parents, s'ils le souhaitent, d'attribuer un ou plusieurs prénoms à l'enfant, de l'inscrire sur le livret de famille et de récupérer le corps afin d'organiser des obsèques[27],[28].
Sur le plan de la protection sociale française, une perte survenant à partir de 22 SA ouvre droit à l'intégralité du congé de maternité et du congé de paternité, ainsi qu'aux congés légaux pour événements familiaux et au congé de deuil[29],[30]. Afin de mieux accompagner les pertes plus précoces, la loi du 7 juillet 2023 visant à favoriser l'accompagnement psychologique des couples confrontés à une interruption spontanée de grossesse supprime, depuis le 1er janvier 2024, le délai de carence de trois jours pour les arrêts de travail liés à une fausse couche avant 22 SA[31],[32],[33].
Représentations culturelles et médiatisation
modifierPlusieurs œuvres de fiction, documentaires et ouvrages abordent la question du deuil périnatal afin de visibiliser cette épreuve et de contribuer à lever le tabou social qui l'entoure.
Au cinéma et dans l'audiovisuel, le film dramatique Pieces of a Woman (2020), réalisé par Kornél Mundruczó sur un scénario de Kata Wéber, retrace le parcours psychologique d'une mère confrontée à la perte de son enfant lors d'un accouchement à domicile[34],[35],[36]. En France, la réalisatrice Maud Bettina-Marie consacre en 2021 un épisode de sa série Family, diffusée sur YouTube, au vécu de la fausse couche[37],[38],[39], tandis qu'Eugénie Zvonkine réalise le documentaire Le Sentier des absents (2024), qui recueille le témoignage de plusieurs mères endeuillées[40].
En littérature québécoise, l'autrice Maude Nepveu-Villeneuve publie en 2021 le roman Après Céleste, qui explore la reconstruction parentale après un décès périnatal[41],[42],[43],[44]. L'animatrice Marie-Josée Gauvin, elle-même touchée par la perte d'une fille à la naissance, sensibilise également le public québécois à travers l'album jeunesse La Princesse endormie (2018) et le documentaire J'ai perdu mon bébé[45],[46]. En France, plusieurs personnalités publiques prennent la parole pour briser le silence autour de cette épreuve, à l'image de l'athlète paralympique Marie-Amélie Le Fur en 2018[47].
Notes et références
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- ↑ « Journée mondiale de sensibilisation au deuil périnatal 2026 - Famille et société », sur journees.net (consulté le )
- ↑ « Mortalité périnatale : comment expliquer cette hausse constante ? », sur SudOuest.fr, (consulté le )
- ↑ « Deuil périnatal : surmonter la perte d'un enfant », sur Empreintes (consulté le )
- ↑ « Instruction DGS/DGOS/DREES/MC1/R3/BESC no 2011-403 du 26 octobre 2011 relative au rappel des modalités d’enregistrement et de codage des mort-nés dans le PMSI nécessaires à la production de l’indicateur de mortinatalité », sur Santé.gouv.fr
- ↑ « Journée de sensibilisation au deuil périnatal : "Il faut accepter de ne jamais pouvoir l'accepter" », sur actu.fr, (consulté le )
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Voir aussi
modifierBibliographie
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- [Morel 2004] Marie-France Morel, « La mort d'un bébé au fil de l'histoire », Spirale, Érès, vol. 31, no 3, , p. 15-34 (ISSN 1278-4699, DOI 10.3917/spi.031.0015, lire en ligne, consulté le ).
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- Marie-José Soubieux, Le deuil périnatal, Fabert, coll. « Temps d'arrêt / Lectures », , 64 p. (ISBN 978-2-84922-122-8).
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- Francine de Montigny, Chantal Verdon et Jici Lord-Gauthier, Décès périnatal : le deuil des pères, Éditions du CHU Sainte-Justine, , 128 p. (ISBN 978-2-89619-821-4).
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