Djamel Tatah

peintre français

Djamel Tatah, né le à Saint-Chamond (Loire), est un artiste contemporain franco-algérien.

Djamel Tatah
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Biographie

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Djamel Tatah naît en 1959 à Saint-Chamond[1], de parents algériens venus travailler dans les usines de la vallée du Gier[2], le père en 1947, la mère en 1956[3].

Après de médiocres études secondaires[4], il est élève à l'école des Beaux-Arts de Saint-Étienne de 1981 à 1986[3]. il s'y forme seul, presque en autodidacte, au contact d’artistes comme Philippe Favier et Denis Laget. C’est à Saint-Étienne aussi qu’il rencontre pour la première fois deux peintres de sa génération, Vincent Corpet et Marc Desgrandchamps[4].

Il s'installe à Marseille en 1988, où il invente son vocabulaire allégorique et sa technique[4]. Il déplace ensuite son atelier dans une ancienne usine de Montreuil[5], puis réside en Bourgogne, à Cerisiers, de 2010 à 2015[6].

Sa première exposition date de 1989, à Toulouse. Dix ans après, en 1999, c’est à la galerie Durand-Dessert, à Paris, qu’il fait sa première exposition personnelle[1].

Djamel Tatah enseigne à l'École nationale supérieure des Beaux-arts de Paris de 2008 à 2023, où il forme notamment Bilal Hamdad[7].

Sans titre, 2016,
huile et cire sur toile, 220 x 200 cm

Djamel Tatah peint à l'huile et à la cire sur toile des figures humaines. Les fonds sont monochromes, les postures immobiles, les vêtements sombres, les visages pâles. Les tableaux ont l'air très simples, qu'ils se réduisent à une tête ou qu'ils réunissent en frise plusieurs figures grandeur nature. Les compositions se construisent sur des équilibres de verticales et d'horizontales divisant l'espace et le structurant. Le dessin définit les formes à l'intérieur d'une ligne continue qu'un peu de rouge ou de blanc rehausse le plus souvent[8].

Technique

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Tout commence par des séances de photographie réalisées à l’aide d’un appareil numérique. Djamel Tatah photographie ses proches leur suggérant, tel un metteur en scène, d’adopter des poses ou des attitudes qui l’intéressent. Il puise ensuite librement dans cette base de données informatisée des images qu’il combine et retravaille à l’ordinateur avant de les retranscrire à la craie sur une ou plusieurs toiles travaillées en parallèle[9]. Sur la toile, il commence par peindre les visages, puis dépose une couche de couleur autour, avant de s’attaquer aux vêtements. Il ajoute ensuite une deuxième couche de fond, puis une troisième et éventuellement une quatrième. Ses personnages entourés de cernes sont reproduits grandeur nature dans des vêtements de couleurs foncés sur des fonds systématiquement monochromes ou bicolores. Pour obtenir ces couleurs denses et mates, il mêle, à chaud, de la peinture à l’huile à de la cire de carnauba. La vibration de ses fonds naît de l’addition de plusieurs couches de couleurs[4].

Structure

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Les « tableaux silencieux[10] » de Tatah ne connaissent ni agitation ni gestualité trop marquée : ils se taisent, ou se sont tus. Ils se gardent de toute expressivité corporelle, se tiennent à l’écart de tout expressionnisme des lignes ou de couleurs[9]. Une toile de Tatah, c'est une ou plusieurs figures, et une surface de couleur, souvent monochrome. L'une des singularités de son travail est de créer la sensation d'un espace dans lequel les êtres humains se meuvent ou se posent. Les corps vivent dans un champ coloré traversé de vibrations[2]. Les individus sont isolés, anonymes, saisis dans la suspension du temps[11]. Ces grandes toiles mélancoliques semblent tout droit sorties de films d’Antonioni ou de pièces de Beckett[4].

Langage pictural

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Le langage pictural est particulier. Sa caractéristique la plus visible est la variété des postures dans lesquelles sont fixées les figures. On ne sait pas ce qui se passe et chaque scène invite à s’interroger sur les relations entre les personnages – ou sur leur possibilité même –, le sens de leurs postures, les émotions et les pensées qui les habitent. Ce ne peut être que solitude, absence et indifférence. Tatah ne précise pas le lieu, se passe de tout objet, refuse autant le pathétique que la description. Chaque œuvre est la représentation visible d’une idée abstraite, celle de la distance qui s’est établie entre les êtres, si caractéristique des sociétés modernes[3].

Évolution et répétition

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La répétition est explicite : c’est celle d’une ou de plusieurs figures dans des compositions qui se développent en longues toiles ou en séries de toiles presque identiques. Mais ce n’est pas la reprise de la même scène : chacune se distingue de celles qui en sont proches par la tonalité émotionnelle des couleurs, par des changements dans les postures et les situations[3]. « On a beaucoup parlé de répétition à son propos, mais pour qu’il y ait répétition encore faudrait-il qu’un sens soit fixé et constant. Or, il ne l’est pas[12]. »

Pour certains critiques, rien ne permet de distinguer des périodes en fonction des lieux et des circonstances, car les idées premières de l'œuvre  des figures humaines mais peu de gestes, des visages mais pas de psychologie, des groupes mais une solitude constante  ont été fixées dès la fin des années 1980[5]. D'autres analyses soulignent une certaine évolution : « À la fin des années 1990, des personnages semblant perdre leur équilibre ou vaciller ont fait leur apparition. Puis des silhouettes allongées, recroquevillées sur le sol, mortes, ou endormies au bout d’une interminable errance. Aux premiers tableaux privilégiant les rapports entre les personnages et la vibration de la matière ont succédé des recherches davantage centrées sur la composition. Des personnages isolés, il est ensuite passé aux groupes. Et des vêtements, d’ordinaire neutres et interchangeables des personnages, ont surgi çà et là des signes sociaux et des allusions aux soubresauts de l’histoire[13]. »

Signification et interprétation

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La peinture de Djamel Tatah récuse toute sympathie molle et sentimentale. Elle la tient à distance et nous tient ainsi en respect[9]. Sa limpidité semble de nature à faciliter l'interprétation, mais c'est un faux- semblant, une erreur[8]. Devant ses créations, on ressent la solitude, la mélancolie, une douleur contenue... Il laisse dire[2].

Une lecture politique, sociale et morale de son œuvre s'impose. Pour savoir à quoi ressemble notre époque, il faut contempler longuement une de ses toiles et éprouver non seulement ce qui se dégage des corps et des visages, mais aussi ce qui émane de la couleur, de ces verts profonds, de ces rouges sombres et de ces roses et pourpres qu'il ose employer avec toujours la même résolution tranchante. Sans symbole, sans allégorie, il donne à voir et à comprendre l'essentiel de la condition humaine. Le retentissement de son œuvre est proportionnel à cette faculté[2].

Parfois l’œuvre laisse entrevoir une réalité plus explicite : certains corps ne sont pas seulement allongés mais, bien que l’artiste s’en défende, morts. Cette mort, ces morts ne renvoient pourtant jamais chez Djamel Tatah à une situation clairement identifiable et n’étayent en aucun cas des revendications micro-communautaires. Ses figures ne sont pas pour autant dissociées de l’histoire qui les a vu naître. Bien au contraire mais elles refusent tout simplement de se donner à voir en tant que pièces à conviction d’un processus historique, refusent de se plier à des lectures qui les enfermeraient irrémédiablement dans une logique à laquelle elles ne sauraient plus échapper[14].

« Pourquoi peindre aujourd’hui ? Je pense que l’efficacité militante de l’art est de l’ordre du néant. La peinture me sert à représenter le monde en suspension. À prendre quelques idées et à les transcrire sur un tableau de façon à inviter les gens à penser. Je préfère que le visiteur sorte de mes expositions en se posant des questions plutôt qu’en ayant reçu une vérité[15], »

Expositions et musées

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Djamel Tatah réalise sa première exposition personnelle à la galerie Liliane et Michel Durand-Dessert à Paris en 1999. Ses œuvres sont présentées en France et à l’étranger, notamment au Musée des Beaux-Arts et au Musée Magnin de Dijon (2026), au musée Matisse à Nice (2024), au musée Fabre à Montpellier (2022-2023), au museum Berggruen à Berlin[16] (2021), à la Collection Lambert en Avignon[17] (2017-2018), au musée d’Art moderne et contemporain de Saint-Étienne[18] (2014), à la Fondation Maeght de Saint-Paul-de-Vence[19] (2014), au musée public national d’Art moderne et contemporain d’Alger (2013), au Château de Chambord (2011), à la Villa Medicis à Rome (2010), au musée d'Art moderne et d'Art contemporain de Nice (2009), au musée des Beaux-arts de Nantes (2008), au Musée du Guangdong à Canton (2005), à la Casa Lis de Salamanque (2002).

Ses œuvres se trouvent dans les collections de musées comme la Barjeel Art Foundation de Charjah, le Bristish Museum, la Fondation Maeght, le Macaal de Marrakech, le musée d'Art moderne de Paris, le musée d’Art moderne et contemporain de Strasbourg, le musée d’Art moderne et contemporain de Saint-Étienne, le musée Fabre de Montpellier, Musée national d’Art moderne et contemporain de Paris et le musée des beaux-arts de Dijon.

Bibliographie

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Publications

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  • Djamel Tatah, Carnet de notes, Jannink, , 46 p. (ISBN 978-2916067674)
  • Djamel Tatah (préf. François-René Martin), Djamel Tatah, ENSBA, , 258 p. (ISBN 978-2840568728)

Catalogues d'expositions

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  • Collectif, Djamel Tatah, répéter, muter, In Fine éditions d'art, (ISBN 978-2382032497) — Catalogue de l'exposition de Dijon
  • É. de Chassey, Henri Matisse et Djamel Tatah : une réunion sans titre, musée Matisse, Nice, 2024
  • F.R. Martin, Éléments pour une chronique puis une histoire, École nationale supérieure des Beaux-arts de Paris, 2024
  • E. Verhagen, Hybride, musée Fabre, Montpellier, 2024
  • M. Marron-Wojewodzki, Des témoins du théâtre du monde, musée Fabre, Montpellier, 2024
  • G. Montua, L'humain d'abord, musée Fabre, Montpellier, 2024
  • É.Mezil, Épiphanie du crépuscule, collection Lambert, Avignon, 2016
  • É. de Chassey, Lectures abstraites de Djamel Tatah, collection Lambert, Avignon, 2016
  • D. Cohn, Des tableaux et des hommes, collection Lambert, Avignon, 2016
  • M. Peppiatt, Djamel Tatah : une introduction, Ben Brown Fine Arts, Londres, 2015
  • F.R. Martin, L'Histoire de l'art vécue. Djamel Tatah dans ses œuvres, musée d'Art moderne de Saint-Etienne, 2014
  • É. de Chassey, Les tableaux de Djamel Tatah : une histoire, fondation Marguerite & Aimé Maeght, Nice, 2014
  • O. Kaeppelin, Silence et solitude, fondation Marguerite & Aimé Maeght, Nice, 2014
  • G. Maldonado, L’importance d’être au monde : les figurations de Djamel Tatah, château de Chambord, Chambord, 2011
  • É. de Chassey, Fragments sur l'identité, exposition I Mutanti, Villa Medicis, Rome, 2010
  • Philippe Dagen, Les corps des pensées, MAMAC, Nice, 2009

Ouvrages

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Articles

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  • Collectif, « Dossier de presse de l'exposition Djamel Tatah, répéter, muter », Musées de Dijon, (lire en ligne)
  • Daniel Cohn, « Violence et pitié: Du pouvoir que nous donnons aux images », Archives de Philosophie, vol. 80, no 2, (lire en ligne)
  • Philippe Dagen, « La figure humaine selon Djamel Tatah », Le Monde, (lire en ligne)
  • Philippe Dagen, « Djamel Tatah et ses visages obsessionnels », Le Monde, (lire en ligne)
  • Philippe Dagen, « Djamel Tatah, figure libre », Le Monde, (lire en ligne)
  • Philippe Dagen, « Au Musée Fabre, à Montpellier, Djamel Tatah plonge dans l’abstraction de son temps », Le Monde, (lire en ligne)
  • Philippe Dagen, « À Dijon, la rétrospective « Répéter - Muter » de Djamel Tatah fait surgir des figures humaines à l’infini », Le Monde, (lire en ligne)
  • Émilie Goudal, « Fragments artistiques de mémoires exilées », Hommes et migrations, vol. 2021/1, no 1332, (lire en ligne)
  • Richard Leydier, « Djamel Tatah rencontre Rachid Taha », Art Press, no 324, (lire en ligne)
  • (en) Kate McCrickard, « Review: Djamel Tatah in the Atelier », Art in print, vol. 4, no 2, (lire en ligne)
  • Bernard Millet, « Djamel Tatah », La Pensée de midi, vol. 2001/1, no 4, (lire en ligne)
  • Éric Tariant, « Djamel Tatah : « Peindre pour inviter les gens à penser » », dans 30 portraits d'artistes contemporains, Hermann, (lire en ligne)
  • Éric Verhagen, « La peinture solitaire de Djamel Tatah », Art Press, (lire en ligne)

Audio / Vidéo

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Articles connexes

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Liens externes

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Notes et références

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  1. 1 2 Millet 2001.
  2. 1 2 3 4 Dagen 2012.
  3. 1 2 3 4 Dagen 2022.
  4. 1 2 3 4 5 Tariant 2018.
  5. 1 2 Dagen 2004.
  6. Dossier de presse de l'exposition de Dijon, 2026, page 4. Lire en ligne
  7. Marianne Deula, « Au Petit Palais, Bilal Hamdad fait dialoguer le Paris d’aujourd’hui avec Courbet et Monet », Enlarge your Paris, (lire en ligne)
  8. 1 2 Dagen 1999.
  9. 1 2 3 Cohn 2017.
  10. Leydier 2006
  11. Goudal 2021.
  12. Dagen 2026
  13. Tariant 2018
  14. Verhagen 2002.
  15. Cité par Tariant 2018
  16. Staatliche Museen zu Berlin, « Picasso & Les Femmes d’Alger », sur www.smb.museum (consulté le )
  17. « Collection Lambert », sur collectionlambert.com (consulté le )
  18. « Expositions depuis 1987 | MAMC, Musée d'art moderne et contemporain, Saint-Étienne Métropole », sur mamc.saint-etienne.fr (consulté le )
  19. Christine Siméone, « Djamel Tatah : peintre de l'être au monde », sur Franceinter.fr,