Dominique Arban
Dominique Arban, parfois Dominique Arnaud, de son vrai nom Nathalie Huttner, née le à Moscou et morte le à Paris 7e, est une journaliste, critique littéraire et femme de lettres française.
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Biographie
modifierNathalie Huttner, dite « Natacha »[1], est née à Moscou le au sein d'une famille juive. À l'été , la famille, en vacances en France, se retrouve coincée par la fermeture des frontières, conséquence du déclenchement de la Première Guerre mondiale.
Sa famille conservera à jamais une nostalgie de la Russie, mais Natacha décide de s'intégrer de son mieux lors de sa scolarité. La famille s'est installée à Ville-d'Avray et Natacha se retrouve camarade de classe de la fille du scientifique Jean Rostand, lui-même fils de l'écrivain Edmond Rostand.
Dans l'entre-deux-guerres, elle est secrétaire à 1933, revue créée chez Plon par Henri Massis avec qui elle a une liaison, malgré l'antisémitisme grandissant de Massis et sa proximité avec l'Action française[2]. À la rédaction de cette revue, elle rencontre Robert Brasillach, qui en est le secrétaire de rédaction, et Thierry Maulnier, qui y tient une chronique[3],[4] ; ils deviennent ses amis et complices[5].
La Seconde Guerre mondiale arrive, et avec elle les premières lois antisémites, mais Nathalie refuse d'aller chercher son étoile jaune à la préfecture. Elle passe une partie de l'Occupation dans une soupente, hébergée par des gens qu'elle ne connaît pas, et s'engage dans un réseau de résistance. Pendant la guerre[6], elle écrit un roman, La Cité d'injustice, publié en [7].
À la libération, elle devient critique littéraire. Albert Camus lui confie la page littéraire de Combat. Dans les années qui suivent, elle publiera également de nombreux articles dans Le Figaro. Quand Elsa Triolet reçoit le prix Goncourt pour Le premier accroc coûte deux cents francs, elle va l'interviewer à son domicile, débutant ainsi une liaison avec le couple qui ne finira qu'à la mort d'Elsa et de Louis Aragon.
Son entretien avec André Breton a été publié en livre dans un ouvrage collectif d'entretiens.
Lorsque Gallimard entreprend de publier la correspondance entre André Gide et Paul Claudel, un problème se pose : Claudel prétend avoir « perdu » un nombre important de lettres de Gide. Celui-ci obtient qu'en compensation entre les deux parties de l'ouvrage soit publié son entretien avec Dominique Arban (qui a gardé comme nom de femme de lettres son dernier pseudonyme de l'époque de l'Occupation).
Elle travaille avec Camus à une adaptation théâtrale des Frères Karamazov de Fiodor Dostoïevski, mise en scène par Jean-Louis Barrault, avec Laurent Terzieff, mais le décès de Camus en met fin à l'aventure. Cela deviendra en un téléfilm dirigé par Marcel Bluwal, avec José-Maria Flotats.
Elle entre à France Culture comme productrice d'une émission (Étranger mon ami) consacré aux littératures étrangères.
En elle découvre Jacques Brel à la radio, va le voir plusieurs fois lors de sa tournée d'adieux, c'est son plus grand choc émotionnel après Dostoïevski. Elle lui consacre une heure d'entretiens sur France Culture.
Ses amis, inquiets pour sa sécurité de l'emploi, lui suggèrent d'entrer au CNRS. Elle publie, sous la direction de Bachelard, une thèse de doctorat consacrée aux lectures de jeunesse de Dostoïevski[réf. nécessaire]. Mais le CNRS exige qu'elle rompe avec ses autres activités. Elle conservera son émission de France Culture mais constatera que sa disparition de la presse écrite l'isolera.
À la fin de sa vie, Monique Nemer qui, étudiante, avait tapé son mémoire de thèse, ainsi qu'Hector Bianciotti, la pressent d'écrire ses mémoires.
Elle meurt chez elle dans le 7e arrondissement de Paris[8],[9], le , d'une crise cardiaque[1].
Prix
modifierDominique Arban a reçu le prix Langlois de l'Académie française en pour la traduction de la correspondance de Dostoïevski[10] et le grand prix Poncetton de la SGDL pour l'ensemble de son œuvre en [11].
Publications
modifier- : Dominique Arban, La Cité d'injustice, Paris, Julliard, , 387 p. (BNF 31727253).
- : Dominique Arban (préf. Boris de Schlœzer), Dostoïevski le coupable, Paris, Julliard, , 275 p. (BNF 31727254).
- : Dominique Arban, Regard sur “Le Malfaiteur” (étude réservée aux librairies, parue à l'occasion de la publication du Malfaiteur de Julien Green, tirée à 2 000 exemplaires hors commerce), Paris, Plon, , 18 p. (BNF 41619590).
- : Dominique Arban, Dostoïevski par lui-même, Paris, Le Seuil, coll. « Écrivains de toujours » (no 57), , 192 p. (BNF 32905261).
- : Dominique Arban, Le Passé défini, Paris, Morgan, , 184 p. (BNF 32905262).
- : Dominique Arban, Les Années d'apprentissage de Fiodor Dostoïevski, Paris, Payot, coll. « Bibliothèque historique », , 397 p. (BNF 32905259).
- : Christian Petit, Dominique Arban et Pierre Barlatier (d), Jacques Brel : un homme au large de l'espoir, Abbeville, Presses françaises, , 219 p. (ISBN 2-85314-021-0).
- : Dominique Arban, Je me retournerai souvent : souvenirs, Paris, Flammarion, , 238 p. (ISBN 2-08-066409-3).
Collection « Cent pages avec » aux éditions Seghers :
- : Dominique Arban, Cent pages avec Jacques Brel, Paris, Seghers, coll. « Cent pages avec », , 96 p. (BNF 32932748).
- : Dominique Arban, Aragon parle avec Dominique Arban, Paris, Seghers, coll. « Cent pages avec », , 189 p. (BNF 32905260) ; rééd. (ISBN 2-232-10353-6) puis , avec une postf. d'Olivier Barbarant, coll. « Poésie d'abord », 243 p. (ISBN 978-2-232-12351-1).
Traductions de Dostoïevski :
Notes et références
modifier- 1 2 « La mort de la journaliste et écrivain Dominique Arban Une inlassable lectrice », Le Monde, .
- ↑ Claire Paulhan (d) et Olivier Corpet (préf. Jérôme Prieur), Archives des années noires : artistes, écrivains et éditeurs (exposition, Saint-Germain-la-Blanche-Herbe, Calvados, Grange aux dîmes de l'abbaye d'Ardenne, - ), Saint-Germain-la-Blanche-Herbe, Institut mémoires de l'édition contemporaine, diff. Seuil, coll. « Empreintes », , 142 p. (ISBN 2-908295-71-7), p. 33.
- ↑ Angie David, Dominique Aury, Paris, Léo Scheer, , 550 p. (ISBN 2-7561-0030-7), p. 205.
- ↑ Étienne de Montety, Thierry Maulnier : biographie, Paris, Perrin, coll. « Tempus » (no 498), (1re éd. 1994), 453 p. (ISBN 978-2-262-04172-4 et 978-2-262-04307-0, lire en ligne).
- ↑ Jeannine Verdès-Leroux, Refus et violences : politique et littérature à l'extrême droite, des années trente aux retombées de la Libération, Paris, Gallimard, , 514 p. (ISBN 2-07-073224-X et 978-2-07-205090-9), p. 65 [lire en ligne] cite Arban, Je me retournerai souvent, , p. 57 : « Brasillach était mon compagnon en poésie, nous nous trouvions souvent tous deux seuls vers dix heures, premiers arrivés, peut-être pour le bonheur de réciter ensemble, en nous prenant les mains, tournant dans la grande pièce vide, récitant en riant de plaisir « L'Hymne au soleil » de Chantecler ou « Le Cimetière marin » ou « Le Bateau ivre ». » Puis p. 70, concernant les adieux que Brasillach lui fait lorsqu'il devient rédacteur en chef du journal antisémite Je suis partout : « Dès lors, il avança de crime en crime toujours sachant ce qu'il faisait, signant et propageant l'indicible [...] ».
- ↑ (en) « Antisemitism in Literature and in the Arts », dans Susan Sarah Cohen (dir.), Antisemitism : An Annotated Bibliography, vol. 10-11, Garland, (ISBN 3-598-23707-3), p. 811–812.
- ↑ (en) Lucille Cairns (d), « WWII : Persecution/Clandestinity », dans Post-War Jewish Women's Writing in French, Legenda (en) (Modern Humanities Research Association (en)), , 257 p. (ISBN 978-1-906540-40-1, lire en ligne).
- ↑ Michel Niqueux, « Sept lettres autobiographiques d'Alexis Remizov à Dominique Arban », Revue des études slaves, vol. 74, no 1, , p. 171–191 (DOI 10.3406/slave.2002.6785).
- ↑ « HUTTNER OU COUTNER Nathalie », extrait de son acte de décès dans le fichier des personnes décédées de l'Insee, sur deces.matchid.io.
- ↑ « Dominique ARBAN », sur academie-francaise.fr, Académie française.
- ↑ « Les grands prix de printemps de la Société des gens de lettres », Le Monde, .
Voir aussi
modifierBibliographie
modifier- Michèle Bitton, « Dominique Arban, pseudonyme de Nathalie Huttner (-) », dans Présences féminines juives en France, XIXe – XXe siècles : cent itinéraires, Pertuis, 2M, , 276 p.-[6] p. de pl. (ISBN 2-9518871-0-8), p. 241–242.
- Nadine Natov, « In memoriam : Dominique Arban », Dostoevsky Studies: Journal of the International Dostoevsky Society, Société internationale Dostoïevski, , p. 144–146 (lire en ligne).
Articles connexes
modifierLiens externes
modifier- Archives conservées par : Institut mémoires de l'édition contemporaine (175ARB, -, a011453482137EaFm3W)
- Ressource relative au spectacle :
- Notices dans des dictionnaires ou encyclopédies généralistes :
