Ecce homo (Elías García Martínez)
Ecce homo est une peinture murale réalisée par Elías García Martínez entre la fin du XIXe siècle et le début du XXe siècle, dans l'église du sanctuaire de la Miséricorde (es) de Borja, en Aragon. L’œuvre initialement de faible valeur artistique est restaurée de manière hasardeuse en 2012 par une octogénaire du village, Cecilia Giménez, ce qui engendre un emballement médiatique international et donne une certaine notoriété à la peinture. L'intérêt touristique pour l'œuvre dégradée est tel que l'église met en place un droit d'entrée pour la voir.
(Elías García Martínez)
| Artiste | |
|---|---|
| Date |
fin du XIXe siècle, début du XXe siècle |
| Type |
Huile |
| Technique | |
| Dimensions (H × L) |
50 × 40 cm |
| Propriétaire | |
| Localisation | |
| Coordonnées |
Histoire
modifierEcce homo est une peinture murale réalisée par Elías García Martínez à la fin du XIXe siècle[1] ou au début du XXe siècle[2], dans l'église du sanctuaire de la Miséricorde de Borja dans la province de Saragosse en Espagne. L'œuvre suivant le thème de l'Ecce Homo a été offerte au village par l'artiste qui avait l'habitude d'y passer ses vacances. Le peintre indique sous la toile : « Ceci est le résultat de deux heures de dévotion à la Vierge de la Miséricorde »[3],[1].
L'œuvre, décrite comme de modeste valeur artistique (« Escaso valor »[4] / « little artistic importance »[5]), acquiert une notoriété au niveau mondial[4] quand Cecilia Giménez, une octogénaire du village, entreprend de son propre chef (selon les autorités locales) un travail de restauration en 2012[6].
Tentative de restauration de l’œuvre
modifier| Image externe | |
| Les trois versions de Ecce Homo : à gauche, la version originale ; au centre, la fresque détériorée ; à droite, la « tentative » de restauration par Cecilia Giménez (visible sur le site du New York Times). | |
Le tableau, soumis à l'humidité, se détériorait. Lors de la tentative de restaurer l’œuvre, alors qu'elle avait déjà restauré la tunique, Cecilia Giménez perd complètement le contrôle de la situation lorsqu’elle s’attaque à la restauration du visage du Christ[7]. Le résultat est décrit par un correspondant de BBC Europe comme ressemblant à une « esquisse au crayon d'un singe très poilu dans une tunique mal ajustée[8] ». Par raillerie, certains internautes ont rebaptisé l'œuvre Ecce Mono (« Voici le Singe », mono signifiant « singe » en espagnol)[9].
Outre les nombreux articles de presse, les internautes s'emparent du phénomène en proposant de nombreuses interprétations du « nouvel Ecce Homo de Borja »[10], qui est en passe de devenir une icône populaire[11]. Plusieurs pétitions sont lancées pour la conservation de la nouvelle version, dont une qui recueille plus de 10 000 signatures en quelques jours[12]. Le cinéaste Alex de la Iglesia prend parti pour cette nouvelle version sur son compte Twitter, la décrivant comme une « icône de notre manière de voir le monde[13] ». Pour l'écrivain espagnol Jesús Ferrero (en), les « mains radiantes de la dame » ont transformé le statut de la toile, qui est passé d'œuvre « académique et terriblement ancrée dans le XXe siècle » à celui « d'icône pop[11] ».
Deux restauratrices d'art, Incarnation Ripollès et Mercedes Nunez ont, après expertise, jugé l'œuvre de Elías García Martínez « récupérable »[14].
Succès touristique
modifierL'intérêt des touristes pour la peinture était tel que l'église a commencé à faire payer pour voir la fresque[15]. Dans l'année qui a suivi l'échec de la restauration, l'activité touristique a généré 40 000 visites et plus de 50 000 euros pour une association caritative locale[16],[17].
En 2016, le nombre de touristes visitant la ville est passé de 6 000 à 57 000. En plus de dépenser de l'argent dans les entreprises locales, les visiteurs ont fait don de 50 000 € à l'église. L'argent a été utilisé pour employer d'autres préposés à l'église et pour financer une maison de retraite[18]. Le , un centre d'interprétation dédié à l'œuvre a été ouvert à Borja[19].
Droits d'auteur
modifierDans le but de collecter des fonds pour restaurer correctement l'œuvre, la visite de la peinture est devenue payante depuis mi-. Cecilia Giménez engage alors des avocats pour toucher une redevance sur ces visites[20]. Son avocat indique qu'elle souhaite sa part des bénéfices pour aider les organismes caritatifs de dystrophie musculaire, parce que son fils souffre de la maladie[21],[22]. En , un accord signé entre Cecilia Giménez et la fondation municipale gérant le sanctuaire, attribue 49 % des droits d'auteur à l'octogénaire, le reste revenant à la fondation. L'ensemble des droits d'auteurs touchés par la fondation d'une part et par Giménez d'autre part sont reversés à des œuvres caritatives[23]. Giménez meurt fin [24]. À ce jour[Quand ?], les héritiers d'Elías García Martínez ne désirent pas participer à l'accord de répartition des droits[réf. nécessaire].
Dans la culture
modifierLe mémorable ratage de la restauration de l’Ecce Homo par Cecilia Giménez en 2012 a donné lieu à de nombreuses références dans la culture populaire[25].
Dans le film d'animation espagnol Sacrées Momies (Mummies, 2023) de Juan Jesús García Galocha, une scène fait un clin d’œil humoristique à cette restauration ratée, en la citant parmi d'autres « dommages » infligés aux œuvres d'art par la modernité[26].
Notes et références
modifier- 1 2 (es) Rocío Huerta, « Restauradores profesionales tratarán de recuperar el ‘Ecce homo’ », EL PAÍS, (consulté le )
- ↑ « Espagne : la pire restauration au monde », Le Point, (consulté le )
- ↑ François-luc Doyez, « Espagne : la pire restauration de tous les temps ? », Libération, (consulté le )
- 1 2 (es) Rocío Huerta, « La restauración de un ‘Ecce homo’ se convierte en un sainete mundial », EL PAÍS, (consulté le )
- ↑ (en)John Hall, « Elderly woman destroys 19th-century Spanish fresco by Elias Garcia Martinez in botched restoration », The Independant, (consulté le )
- ↑ (es)Elena Pérez, « La 'restauración' de una pintura mural en una iglesia de Borja acaba en "chapuza" », El Heraldo, (consulté le )
- ↑ (es) « La 'restauradora': "Cuando vemos que algo se cae lo arreglamos" », 21 août 2012work=diariovasco.com
- ↑ (es) « Spanish fresco restoration botched by amateur », BBC, (consulté le )
- ↑ Paul Nicoud, « De l’Ecce Homo à l’Ecce Mono, ou l’Evolution ratée aux conséquences juridiques multiples », sur lepiscope.com, (consulté le )
- ↑ (es)« De 'Ecce Homo' a 'Eccemono' », elmundo.es,
- 1 2 (es) « El destrozo del eccehomo de Borja, considerado un "icono pop" », El confidencial,
- ↑ (es)Javier Domingo, « Ayuntamiento de Borja (Zaragoza): Mantenimiento de la nueva versión del Ecce Homo de Borja », changes.org (consulté le )
- ↑ (es) Alex de la Iglesia, « Twitter / AlexdelaIglesia : @alesangra @berto_romero no. … », (consulté le )
- ↑ (es) « Restauradoras confían en recuperar el Eccehomo de Borja », sur lacuarta.com,
- ↑ Katherine Brooks, « 'Ecce Homo' Restorationist Cecilia Gimenez Allegedly Demands Royalties for 'Beast Jesus' Creation in Spain », Huffington Post, (lire en ligne, consulté le )
- ↑ Associated Press in Madrid, « Ecce dinero: Spain turns ruined Christ fresco into money-spinner | Art and design », The Guardian (consulté le )
- ↑ Detenido Florencio Garcés, el cura de Borja: abusos sexuales y robo de 210.000 euros. En la Iglesia de esta localidad zaragozana se encuentra el famoso 'Eccehomo' restaurado por Cecilia Giménez. 30 November 2013. http://www.lavozlibre.com/noticias/ampliar/845989/florencio-garces-el-cura-de-borja-abusos-sexuales-y-robo-de-210000-euros accessed 30 Nov 2013.
- ↑ Botched restoration has visitors flooding to sleepy Spanish village. Euro Weekly News, Spain. 17 March 2016. http://www.euroweeklynews.com/3.0.15/news/on-euro-weekly-news/spain-news-in-english/137587-botched-restoration-has-visitors-flooding-to-sleepy-spanish-village accessed 1 April 2016
- ↑ El eccehomo de Borja ya tiene quien lo explique. Se inaugura el Centro de Interpretación centrado en la pintura retocada en 2012 por la restauradora aficionada Cecilia Giménez. Aitor Bengoa. El Pais 16 MAR 2016. http://cultura.elpais.com/cultura/2016/03/16/actualidad/1458155898_147342.html accessed 5 April 2016
- ↑ « La pire restauratrice de l’histoire demande des royalties », TF1.fr,
- ↑ « Disfigured Spain fresco rides global fame. Alan Clendenning », Associated Press, Madrid, (lire en ligne)
- ↑ Barry Neild, « Ecce Homo 'restorer' wants a slice of the royalties », Guardian.co.uk, London, (lire en ligne, consulté le )
- ↑ « Ecce Homo : Cecilia Gimenez va toucher les droits à l'image du Christ de Borja », sur HuffingtonPost.fr,
- ↑ « Cécilia Gimenez, l'auteure de la restauration ratée d'une fresque du Christ dans une petite église d'Espagne, est morte à 94 ans », sur BFM, (consulté le )
- ↑ (en-US) Chiara Spagnoli Gabardi, « Mummies, A Deviceful Animation That Blends Cringe With Serendipity », sur Cinema Daily US, (consulté le )
- ↑ (en) « Mummies, A Deviceful Animation That Blends Cringe With Serendipity », sur Cinema Daily US, (consulté le )
