Effets de la pornographie

De nombreuses recherches mettent en lumière les effets de la pornographie sur le cerveau[1],[2], son influence sur les relations de couple[3], son rôle sur des symptômes de dépendance[4], sur les stratégies d'évitement émotionnel[5], le développement de la psychopathie[6],[7] et l'augmentation de la violence physique, sexuelle et verbale dans les relations intimes et dans la société[7],[8],[9],[10]. La dépression, l’anxiété, les troubles de stress post-traumatique, l’insomnie et l’impulsivité sont aussi associés à la consommation de pornographie[11],[12].

Cette liste d'effets de la pornographie n'est pas exhaustive et varie selon les individus, la fréquence et le type de pornographie utilisé. Bien que l'influence de la pornographie sur la sexualité soit largement démontré par les études sociologiques[9],[13], le degré d'influence et ces conséquences intimes sont différentes pour chaque personne et dans la plupart des cas étudiés, l'arrêt complet de la consommation pornographique permet de soulager en partie ou totalement les effets négatifs associés[14].

Méthodologie de la recherche

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La pornographie a de nombreuses formes différentes, mais comme la moitié des consommateurs se concentrent sur dix sites internet[15], c'est généralement la pornographie mainstream et les pornographies les plus violentes qui sont étudiées.

Dans le domaine de la recherche sur la pornographie, depuis les années 70, des défis se posent en raison de conflit d'intérêts et d'opinions. Le marché mondial de la pornographie représente plusieurs dizaines de milliards d'euros[16] et mène régulièrement des campagnes de lobbying pour minimiser les effets de l'industrie ou retarder les dispositions légales[15], notamment pour limiter l'interdiction de pédopornographie[17]. Les études pourraient donc souffrir de problèmes méthodologiques, de biais de confirmation et de conflits d'intérêts.

Concernant les utilisateurs de pornographie, la majorité des études se concentrent sur la consommation des adolescents, ou sur l'usage auto-déclaré problématique de pornographie. Les usagers déclarent généralement leur consommation comme problématique lorsqu'ils ne peuvent en contrôler la fréquence, que celle-ci leur cause une détresse sexuelle, une baisse d'estime de soi, de l'anxiété ou pose problème au sein du couple. Néanmoins, la différence entre usage problématique ou non problématique peut se révéler floue et non linéaire[18]. Afin d'évaluer les effets de la pornographie, certaines études font toutefois la différence entre un usage modéré non problématique, un usage fréquent non problématique et un usage problématique. La sévérité des effets étudiés peut varier fortement selon ces trois profils[19]. Selon les études le pourcentage d'usage problématique parmi les consommateurs peut aller de 3[19] à 17%[3].

Dans une méta-étude de 2013, menée par des chercheurs de l'université Middlesex en Angleterre, plus de 40 000 articles ont été soumis à l'équipe pour examen : selon les chercheurs seulement 276 articles, soit 0,69%, étaient pertinents pour être utilisés dans la recherche scientifique en raison de la faible qualité de la recherche dans le domaine[20].

Études contrôlées

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Une étude contrôlée décrit la relation entre des comportements ou des conditions environnementales donnés et les effets sur la santé dans un laboratoire dans lequel des conditions autres que celles à l'étude sont effectivement maintenues constantes parmi les groupes de participants recevant divers niveaux de la ou des conditions expérimentales. Comme on considère que la seule différence fonctionnelle entre les groupes est le niveau des conditions expérimentales reçues, les chercheurs peuvent fortement déduire des relations de cause à effet à partir d'associations statistiquement significatives entre les conditions expérimentales et les conséquences sur la santé. Ainsi, si elles sont exécutées correctement, les études contrôlées ont des niveaux élevés de validité interne. Cependant, ces études souffrent souvent d'une validité externe discutable en raison des différences considérables entre les environnements du monde réel et le contexte expérimental, et la croyance qui en résulte que les résultats ne peuvent pas être généralisés au-delà de ce contexte[21].

Études épidémiologiques

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Une étude épidémiologique décrit l'association entre des comportements ou des conditions environnementales donnés et la santé physique ou psychologique au moyen de l'observation de phénomènes du monde réel au moyen de données statistiques. Les études épidémiologiques ont généralement des niveaux élevés de validité externe, dans la mesure où elles décrivent avec précision les événements tels qu'ils se produisent en dehors d'un laboratoire, mais de faibles niveaux de validité interne, car ils n'établissent pas de relations de cause à effet solides entre les comportements ou les conditions sous étude et les conséquences sur la santé observées[22].

Effets biologiques

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Neurologie

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Cortex frontal-lateral humain

La pornographie et les médias violents influencent la plasticité cérébrale et le fonctionnement neurologique de l'empathie par l'intermédiaire des neurones miroirs, qui s'activent non seulement lorsqu'un individu accomplit une action, mais aussi lorsqu'il observe quelqu'un d'autre la réaliser, permettant ainsi une simulation interne de l'expérience d'autrui. Dans le cadre de la pornographie, l'identification au récit violent active ces neurones comme si l'individu vivait lui-même la scène observée, ce qui peut entraîner une désensibilisation émotionnelle. L'activation des neurones miroirs dans les zones cérébrales liées à l'empathie, comme l'insula antérieure, diminue significativement, contribuant à une incapacité progressive à reconnaître la souffrance d'autrui et à normaliser les comportements agressifs. Cette désensibilisation, qui s'accompagne d'une moindre réactivité aux stimuli violents, favorise la banalisation des violences sexuelles et affaiblit la capacité d'intervention face à des situations réelles de détresse[7].

La zone cérébrale du striatum ventral participerait à l’anticipation et à la gratification liées aux contenus pornographiques, comme dans d'autres addictions comportementales, c'est l'anticipation du plaisir qui serait la plus gratifiante, ce qui pourrait expliquer la perte de contrôle chez certains consommateurs[23]. D'autres études ont trouvé des marqueurs neurologiques de la dépendance chez les utilisateurs de pornographie sur internet[24],[25],[26].

D'après une étude allemande menée sur 64 hommes en bonne santé, le nombre d'heures passées à consommer de la pornographie est corrélée à une diminution de matière grise dans l'hémisphère cérébral droit et une baisse de la connectivité fonctionnelle entre le noyau caudé droit et le cortex préfrontal dorsolatéral gauche[2].

Comportement sexuel compulsif

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Les personnes avec une sexualité compulsive montrent une préférence conditionnée aux récompenses sexuelles et monétaires, et une préférence dysfonctionnelle pour la nouveauté sexuelle, possiblement médiée par l’habituation du système limbique (cingulum dorsal) aux images sexuelles répétées. Ces mécanismes sont reliés à l'utilisation d'internet qui offre une large gamme de stimuli nouveaux et potentiellement gratifiants[27].

Un étude de 2016 indique que le comportement sexuel compulsif partage avec les addictions aux substances des caractéristiques épidémiologiques, phénoménologiques, cliniques et biologiques, notamment des systèmes de neurotransmetteurs communs et des similitudes dans le craving et les biais attentionnels mises en évidence par l’imagerie. Les effets psychologiques de ces changements cérébraux sont décrits comme une désensibilisation à la récompense, une réponse anxieuse et un comportement impulsif[28]. Toutefois, une étude précédente de 2015 avait précisé que les biomarqueurs spécifiques de la toxicomanie sont absents de cette addiction comportementale[29].

Chez les personnes présentant des comportements sexuels compulsifs, des différences neuronales ont été mises en évidence dans le traitement des indices sexuels, au sein de régions cérébrales déjà impliquées dans les études sur la réactivité aux indices liés aux drogues. La plus forte mobilisation du circuit limbique cortico-striatal après exposition à des indices sexuels suggère des mécanismes neuronaux sous-jacents à ces comportements, ainsi que de possibles cibles biologiques pour des interventions thérapeutiques[30].

Dérégulation hormonale

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Les comportements addictifs présentent des parallèles cliniques, génétiques, neurobiologiques et phénoménologiques avec les addictions aux substances. Les comportements sexuels compulsifs en lien avec la consommation pornographique, en particulier l’usage problématique de pornographie, influencent les systèmes neuroendocriniens. Les hommes ayant un usage problématique de la pornographie, réagissent par une augmentation plus marquée de l’ocytocine face à des stimuli sociaux neutres ou positifs, un taux élevé d’arginine-vasopressine et présentent des tendances empathiques diminuées. Ces trois phénomènes peuvent être reliés à une symptomatologie psychiatrique et à l'hypersexualité de la consommation problématique de pornographie[31].

En associant le plaisir à la violence et aux humiliations, la production hormonale liée à la peur et au danger se mélange avec celle du plaisir sexuel[32].

Effets psychologiques

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Addiction et compulsivité

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La dépendance à la pornographie est une dépendance comportementale caractérisée par l'utilisation compulsive et répétée de matériel pornographique jusqu'à ce qu'elle entraîne de graves conséquences négatives sur le bien-être physique, mental, social et / ou financier[33],[34].

Les internautes sont attirés par la pornographie en ligne en raison de l’anonymat, du coût abordable et de la facilité d’accès qu’elle procure. Dans de nombreux cas, cet usage peut mener à une addiction au cybersexe, les consommateurs de pornographie trouvent alors davantage d’excitation dans les contenus sexuellement explicites qu’ils choisissent eux-mêmes que dans les rapports sexuels[35]. Les consommateurs de pornographie ayant un usage auto-déclaré problématique, font part de de plus grandes difficultés à réfréner des comportements masturbatoires compulsifs et des relations sexuelles extra-conjugales[3].

Le modèle d'étude Interaction of Person-Affect-Cognition-Execution (I-PACE) est utilisé dans plusieurs études consacrées aux attitudes addictives sur internet (jeux sur internet, paris, réseaux sociaux et pornographie), il permet de mettre en lumière les interactions entre facteurs prédisposants (neurobiologiques, psychologiques), modérateurs (stratégie d'adaptation, biais cognitifs) et médiateurs (réponses affectives et cognitives aux déclencheurs situationnels), et les processus de conditionnement qui renforcent les différentes associations[36],[37].

Évitement émotionnel et dissociation

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Les personnes ayant une consommation auto-déclaré problématique de pornographie expliquent parfois que c'est un moyen d'éviter de ressentir certaines émotions, ce que les psychologues appellent "une stratégie d'évitement"[38]. Regarder de la pornographie en ligne pour éviter des émotions indésirables est lié à un visionnage plus fréquent et à plus de conséquences négatives auto-rapportées par les consommateurs[5].

Les études montrent que la consommation de pornographie peut renforcer ces stratégies d’évitement émotionnel[5]. Pour toute personne ayant été victime de violence sexuelle, soit une personne sur cinq en Europe en 2010, la pornographie présente un risque de dissociation traumatique. La dissociation est un autre mécanisme d'évitement, elle a un effet occultant ou anesthésiant, sur les violences subies, commises ou observées. Elle facilite la déshumanisation de son ou sa partenaire et donc la reproduction des violences. Les conduites dissociantes peuvent être la consommation d'alcool ou de drogues, mais aussi des conduites à risque, des comportements abusifs, ou encore être aussi communes que de regarder des violences sur un écran (films, jeux vidéos, pornographie)[10].

Sexualité traumatique

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La pornographie mainstream présente de la violence non simulée dans 90 % des vidéos[39]. Sous l’influence des représentations violentes et dégradantes de la sexualité et de la pression de partenaires, des personnes (surtout des femmes et des personnes vulnérables ou discriminées) acceptent de jouer le rôle de victimes[40]. Cette mise en scène peut être traumatisante, mais la dissociation et l’anesthésie émotionnelle leur font confondre stress et excitation, mêlant l'orgasme à la disjonction traumatique. Elles présentent dès lors un risque accru de subir de nouvelles violences et d'avoir des comportements suicidaires[10].

Ce sont surtout des hommes, mais aussi des femmes qui s’identifient aux dominants, qui reproduisent les violences sexuelles en adoptant la position d'agresseur. Ce faisant, ils se traumatisent et traumatisent leurs victimes, tout en instrumentalisant la dissociation traumatique à leur profit. Cette stratégie d'évitement émotionnel, les coupe de leur empathie et entretient un sentiment de toute-puissance. Chez les hommes ayant eux-mêmes été victimes de violences sexuelles, on retrouve ces mêmes mécanismes, avec une excitation traumatique violente pour des scènes de violence sexuelle qui les submergent[10].

Certains psychologues suggèrent que tout symptôme sexuel inadapté (compulsif, violent ou dangereux) représente une manifestation d'un trouble sous-jacent non soigné, comme des abus sexuels dans l’enfance[41],[42],[43].

Désensibilisation

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Poupées sexuelles et corps-objets féminins, AVN Expo 2009

La consommation régulière de pornographie conditionne l'excitation à mieux répondre aux représentations pornographiques, ce qui amplifie l’excitation face à la pornographie et renforce les comparaisons ascendantes avec sa propre vie sexuelle. Ces processus ont tendance à développer une préférence pour la masturbation plutôt que le sexe avec un partenaire réel, affaiblissent la satisfaction sexuelle en couple et la satisfaction relationnelle[44],[45].

Les facteurs traditionnels ne suffisant plus à expliquer la forte hausse des troubles sexuels chez les hommes de moins de 40 ans (dysfonction érectile, éjaculation retardée, baisse de la satisfaction et de la libido en couple), les chercheurs ont croisé les données cliniques, biologiques, psychologiques et sociologiques. Dans une revue scientifique, ils avancent que des altérations du système motivationnel cérébral pourraient être en cause. Les propriétés de la pornographie en ligne (nouveauté illimitée, escalade facile vers des contenus extrêmes) conditionneraient l’excitation à des aspects non transférables à un partenaire réel, si bien que le sexe avec un partenaire ne répondrait plus aux attentes et que l’excitation diminuerait. Des cas cliniques suggèrent que l’arrêt de la pornographie suffit parfois à inverser ces effets[14].

Valeurs et affects

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Plusieurs travaux ont montré que l’usage fréquent ou problématique de la pornographie chez les hommes est associé à des formes de mal-être, d’insécurité affective, des conflits en lien à des représentations sexistes et amène une baisse de la qualité relationnelle au sein du couple et à une baisse de la satisfaction sexuelle[12],[16],[15]. D'autres études ont relevé chez des consommateurs de pornographie, des sentiments de honte, de regret ou de culpabilité après avoir jouit[46],[47]. Ces émotions, souvent accompagnées d'une perte de sens, un décalage avec leurs valeur morales ou une absence de vie intérieure spirituelle, pourraient être dûes à une contradiction entre leurs valeurs morales et les valeurs véhiculées par la pornographie[48],[49].

Les chercheurs ont analysé des données issues d’une grande enquête américaine de 2006 portant sur 2 610 adultes. Ils ont observé que plus les parents regardaient de la pornographie, plus certains indicateurs de qualité de la relation parent-enfant se dégradaient. À l’inverse, les personnes qui fréquentaient régulièrement un lieu de culte religieux avaient de meilleures relations avec leurs enfants. Cependant, lorsque des parents religieux consommaient de la pornographie, les effets négatifs sur la relation avec leurs enfants étaient plus forts que chez les parents non religieux, possiblement du fait des contradictions morales. Les données recueillies six ans plus tard (2012) suggèrent que c’est bien la consommation pornographique qui est susceptible de fragiliser ces relations[50].

Controverses

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Il n'y a pas de diagnostic de dépendance à la pornographie dans l'actuel Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux ( DSM-5 )[51]. Le DSM-5 a examiné le diagnostic des troubles du comportement liés à l'hypersexualité (auxquels la dépendance à la pornographie était un sous-ensemble du DSM-4), mais l'a rejeté car « les preuves examinées par les pairs sont insuffisantes pour établir les critères de diagnostic et les descriptions de cours nécessaires pour identifier ces comportements comme troubles mentaux. »

Effets sociologiques

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Violence sexuelle et déshumanisation

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Industrie du sexe

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Da le système de pensée promu par la pornographie, violences, humiliations et dégradations sexuelles sont érotisées et présentées comme inhérentes à la sexualité. Les femmes y sont privées de dignité, et sont censées aimer être forcées, humiliées et dégradées[10].

L’amnésie fréquente des premières violences et souvent des plus graves, associée à la dissociation et à l’anesthésie émotionnelle, conduit la victime à minimiser la gravité des agressions suivantes. Ne se souvenant que des actes sexuels subis en état de dissociation, elle peut croire qu’il n’y a eu aucune violence, qu’elle était consentante et qu’elle aimait cela. Elle reste imprégnée par la mémoire traumatique du discours de l’agresseur et de son excitation perverse ; d’autant plus qu’elle reste en contact avec lui[10].

Selon une étude menée en Californie en 2011, les actrices ont une santé mentale nettement dégradée en comparaison avec les femmes qui ne sont pas actrices porno selon l'étude. Selon les données de l'étude , les actrices de films pour adultes ont connu des parcours marqués par une plus forte exposition aux violences et à la précarité que les autres femmes interrogées. Dans l’enfance, 37 % d’entre elles déclarent avoir subi des rapports sexuels forcés, contre 13 % dans le reste de l’échantillon. À l’âge adulte, cette proportion atteint 27 %, contre 9 % chez les autres répondantes. 34 % des actrices rapportent avoir subi des violences conjugales, contre 6 % pour la moyenne. Sur le plan socio-économique et psychologique, 50 % des actrices déclarent avoir vécu dans la pauvreté au cours des douze derniers mois, contre 36 % des autres femmes, et 33 % présentent des signes de dépression selon l'étude, contre 13 % des répondantes extérieures à l’industrie pornographique[52].

Le travail du sexe est associé à une surmortalité et à une surmorbidité, notamment des séquelles d’infections sexuellement transmissibles, des troubles de santé mentale et des consommations problématiques de substances. Une étude menée pendant 15 ans sur 130 femmes a montré que 93 % d'entre elles avaient eu au moins une infection sexuellement transmissible au cours de leur vie, 57 % de gonorrhée, 64 % de chlamydia, 40 % d’herpès génital, 28 % d’infections pelviennes, un risque accru d'infertilité, 40 % déclaraient des problèmes de santé mentale importants (dépression, psychose, troubles alimentaires), 64 % une addiction passée ou actuelle, 72 % fumaient, 59 % des femmes suivies travaillaient encore dans le sexe, avec une durée moyenne de 13,6 ans. L’idée que le travail du sexe est une occupation transitoire est donc démentie. Les femmes ayant quitté l’industrie depuis au moins 6 mois ne présentaient pas de meilleurs résultats de santé que celles qui y travaillaient encore, ce qui suggère que les dommages accumulés persistent, et que la sortie ne suffit pas à restaurer leur santé[53].

Des associations féministes et de lutte contre les violences faites aux enfants se mobilisent pour que la pornographie soit reconnue comme une violence faite aux femmes, au même titre que de la prostitution filmée[10].

La AIDS Healthcare Foundation a tenté à plusieurs reprises de faire en sorte que le Département des relations industrielles de Californie, la Commission d'appel de la Division de la sécurité et de la santé au travail, oblige les entreprises de l'industrie de la pornographie à traiter les acteurs et les actrices comme des employés soumis à la réglementation en matière de sécurité et de santé au travail. Dans une affaire de 2014 intentée contre Treasure Island Media, un juge administratif a conclu que l'entreprise devait se conformer à la réglementation[54].

Marie Maurisse, journaliste et autrice de Planète Porn[55], raconte la violence de certains tournages :

« J'ai assisté à des scènes surréalistes. Des femmes très précaires, en grande difficulté économique et sociale, étaient présentes sans savoir ce qu'elles faisaient là, sans savoir comment elles avaient atterri là, parce qu'elles avaient besoin d'argent. Elles faisaient ça pour quelques dizaines d'euros. Elles sont abusées, bien qu'elles aient techniquement donné leur accord. C'est un cercle infernal. Les scènes sont extrêmement violentes[16]. »

Les contrats sont des instruments de coercition par les pornocriminels. En France, un contrat stipulant des actes sexuels ou des violences sont nuls et peuvent faire l'objet d'un recours en justice[15].

Société

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Affiche de campagne contre les agressions sexuelles : VIOL "ce n'était pas un viol puisque nous sommes mariés", "elle m'a supplié de le faire", "il était soi-disant passé chez moi pour un café"

Une grave confusion entre sexualité et violence est entretenue par la pornographie. Déréglementée sur internet, celle-ci promeut des conduites sexuelles de plus en plus dégradantes et violentes envers les femmes, tout en diffusant des contenus criminels (viols filmés, torture, revenge porn, pédocriminalité) accessibles à tous[10].

Les recherches récentes permettent de faire la corrélation entre l'explosion de la pornographie sur internet et la facilité d'accès à des contenus de plus en plus violents avec l'augmentation des violences sexistes et sexuelles[8],[56] en particulier à l'égard des femmes et des filles[57]. La "normalisation" de pratiques sexuelles violentes comme la strangulation[58] et le BDSM[59] montrent une forte augmentation des sexualités à risques et des mises en danger, en particulier pour les femmes et les filles[60]; une augmentation du proxénétisme sous couvert de pornographie[15],[61] et de la pédocriminalité[62],[63].

Plusieurs études montrent une corrélation forte entre le visionnage d'actes sexuels violents et les attitudes de soutien au viol[64],[65],[66],[67]. L’objectivation sexuelle des femmes, propagée par la mode, le cinéma, la littérature, les jeux vidéo et la pornographie, les déshumanise. Privées de dignité et de protection légale, elles ne suscitent plus d’empathie, ce qui favorise et banalise les violences sexuelles à leur encontre (Sáenz et Haslam, 2024)[10].

Selon une idée reçue, la pornographie serait un moyen d’éducation sexuelle comme un autre. Or, chez les jeunes de 18 à 25 ans, 36 % estiment qu’une femme peut prendre plaisir à être humiliée et injuriée, et 25 % pensent que les femmes aiment être forcées[10].

Les euphémismes comme "cinéma" ou "kink" minimisent la dimension violente[15] et les discours mystificateurs opèrent d’autant mieux que l’agresseur s’appuie sur un discours omniprésent et désastreux, relayé par la publicité, les médias, les magazines, certains intellectuels et la pornographie, d'une sexualité consumériste, qui intègre à la sexualité dite « normale » de nombreux comportements violents et pervers[10]. Les plateformes porno sont d'ailleurs mises en cause pour leur apologie de l'inceste[68],[62],[15] et l'escalade de la violence dans les contenus regardés[14]. Les consommateurs de pédopornographie, de pornographie imitant l’inceste ou de pornographie extrême, ayant généralement commencé par une pornographie mainstream[69],[15]. Une étude identifie l’usage de pornographie comme un facteur à risque de passage à l'acte pour les hommes étant sexuellement attirés par des enfants. Ils seraient aussi 11 fois plus susceptibles de regarder de la pornographie violente, 16 fois plus susceptibles d’acheter du contenu sexuel en ligne et 26 fois plus susceptibles de visionner de la zoophilie (Salter et al., 2020)[10].

Un nombre non négligeable de professionnels ( police, justice, social, soin, médias, etc.) passent une partie de leur temps sur des sites pornographiques, où ils prennent plaisir à voir des femmes crier dans des scènes d’actes sexuels violents et dégradants. Certains vont jusqu’à recourir à la prostitution, habitués à imposer contre de l’argent leurs fantasmes à des personnes qui ne les désirent pas. Leur imprégnation pornographique est telle que dans le récit d’une adolescente qui dit avoir crié pendant un viol, ils perdent leur impartialité et leur empathie pour y voir un scénario pornographique(Sokhna Fall 2010)[10].

Une étude portant sur 172 anciens combattants masculins de l’armée américaine a permis d'observer la relation entre syndrome de stress post-traumatique et usage problématique de la pornographie[11].

Exposition précoce

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En France 2,3 millions de mineurs consomment de la pornographie au moins une fois par mois, répartis entre 270 000 filles et 2 030 000 garçons, soit 20% des garçons de 10-11 ans, 51 % des garçons de 12-13 ans, 59 % des garçons de 14-15 ans, 65 % des garçons de de 16-17 ans. Ces chiffres traduisent une imprégnation massive et précoce[15].

Une étude chinoise de grande ampleur sur des adolescents estimant avoir un rapport problématique à la pornographie, met en avant leurs sentiments de mal-être, de culpabilité et de honte après avoir jouit[47]. La masturbation en regardant de la pornographie serait une stratégie d'évitement émotionnel, une anesthésie du manque ou une répétition traumatique, c'est-à-dire la colonisation sexuelle par l'excitation perverse des agresseurs sexuels[12],[23],[70],[71],[10].

L’exposition précoce à la pornographie, prédispose au sexisme, à objectifier les femmes et multiplie par 24 le risque d'avoir des comportements sexuels violents (Peter et Valkenburg, 2016). L’exposition à la pornographie violente équivaut à une exposition à des violences sexuelles, et si beaucoup de jeunes agresseurs sexuels ont subi ou observé des violences sexuelles intrafamiliales, presque tous ont également été exposés à ce type de pornographie[10]. Les maltraitances, la négligence et les abus dans l’enfance, comme une exposition précoce à la pornographie, sont reconnus pour être des facteurs à risques importants dans le développement d’une sexualité paraphilique ou problématique[43], d’une sexualité compulsive[41] et de mises en danger[72]. Les conséquences pour les filles peuvent être l'intégration d'une faible estime d’elles-même, des pensées suicidaires, une hypersexualisation, un sentiment de devoir être toujours disponible sexuellement, un risque de grossesse, le risque de contracter des infections sexuellement transmissibles, des addictions, des troubles de stress post-traumatique et un risque fort de subir d'autres violences, agressions physiques, verbales, des violences conjugales et violences sexuelles[73],[74],[75].

Pour les garçons, cela favorise une socialisation à virilité/masculinité fondée sur la le mépris des femmes, faisant une large place à la violence, aux non-dits, aux abus et aux comportements toxiques[76]. Ce mépris envers le groupe féminin agit comme une validation de leur propre identité sexuelle masculine[15],[77]. Cela ancre chez eux des biais psychopathiques[6],[7] et un risque à déshumaniser leur partenaire, à être violents, verbalement, physiquement, sexuellement ou psychologiquement envers les femmes[78],[8],[10].

Les risques d'usage problématique de la pornographie et d'addiction sont aggravés par l'internet et le fonctionnement des plateformes pornographiques[79],[80],[8].

Une étude suggèrent que plus l'utilisation de pornographie se fait à un jeune âge et plus les risques sont importants, les jeunes sont alors plus susceptibles de se livrer à de la pornographie zoophile ou pédocriminelle[81].

Dans un rapport, le commissaire général et chef de la Brigade de protection des mineurs, révèlent l’implication directe des plateformes pornographiques comme OnlyFans dans la recrudescence du proxénétisme des mineures. Selon lui, l’hypersexualisation médiatique et la banalisation de la pornographie « poussent de nombreuses gamines à se porter volontaires et à tomber dans le piège »[15], plusieurs articles ont documenté l'enfer vécu par les jeunes filles manipulées et violées sur les réseaux sociaux par des proxénètes/producteurs de films pornographiques[82],[83],[84].

Relations de couple

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Concernant les attentes vis-à-vis de l’usage de pornographie dans le cadre d’un mariage ou d’une relation engagée à long terme, en 2013, pami 404 étudiants américains, quatre groupes principaux se dégagent avec des variations selon le genre. Une majorité d’hommes (70,8 %) et près de la moitié des femmes (45,5 %) jugent cet usage acceptable dans certaines circonstances. Un deuxième groupe composé de 22,3 % des hommes et 26,2 % des femmes, considère la pornographie comme inacceptable lorsqu'on est en couple. Le troisième groupe (5,4 % des hommes et 12,9 % des femmes) la juge inacceptable en toute circonstance. Enfin, un dernier groupe, composé de femmes (10,4 % du total), estime acceptable que leur partenaire en consomme, mais n’envisage pas d’en consommer personnellement[85].

Dans une autre étude de suivi pendant un an, avec 450 participants, les consommateurs de pornographie font état d'une plus grande diversité de partenaires sexuels, de plus longues périodes de célibat, ont moins d'enfants, ont un sentiment de besoin de se masturber accrue, ont plus de relations extra-conjugales, moins de satisfaction sexuelle et moins d'ouverture à la spiritualité[3].

D'après les études, le consommateur régulier s'habitue progressivement à ce que le consentement et le désir soient des notions floues, se montre de plus en plus permissif aux comportements associés aux viols et ont une plus grande capacité à déshumaniser leur partenaire[86],[87],[10].

Effets sur la culture

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Affiche du film Psycho (1960) d'Alfred Hitchcock

Les stéréotypes sexistes, les mythes sur le viol et les théories anti-victimaires forment une propagande sexiste et haineuse omniprésente dans l'ensemble des médias culturels, publicité, cinéma, littérature, jeux vidéos et à forte dose dans la pornographie. Ils sont responsables des stéréotypes véhiculés et constituent un instrument de propagande de guerre contre les femmes, instaurant un climat de peur et permettant leur exploitation par les hommes de leur force de travail et de leur sexe, aussi bien dans la pornographie, que dans la prostitution ou la gestation pour autrui qu'au sein du couple[10],[88],[13],[89],[90].

Débat sur la causalité

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La perpétration de violences sexuelles est favorisée par un cumul de facteurs, notamment avoir été victime ou témoin de violences sexuelles dans l’enfance, avoir regardé de la pornographie violente, ne pas avoir été protégé ni soigné pour ses traumatismes, adhérer à une masculinité toxique et à des stéréotypes sexistes, objectiver les femmes et les filles et bénéficier d’une forme d'impunité[10],[78].

En 1970, les études du criminologue danois Berl Kutchinsky sur la pornographie et les crimes sexuels au Danemark ont alimenté le rapport scientifique commandé par la Commission présidentielle sur l'obscénité et la pornographie qui a conclu que la légalisation de la pornographie au Danemark n'avait pas entraîné d'augmentation des crimes sexuels[91]; cependant d'après une autre analyse, au Danemark comme en Suède, il y a eu une augmentation des viols signalés après la libéralisation de leurs lois sur la pornographie au cours de la même période[92]. En 1998, Milton Diamond, de l'université d'Hawaï, a noté qu'au Japon, le nombre de cas signalés d'abus sexuels sur des enfants avait nettement diminué après la levée de l'interdiction des matériels sexuellement explicites en 1969 bien que cela puisse être dû à de nombreux autres facteurs comme la lutte contre la pédocriminalité ou les campagnes de sensibilisation[93].

En 1987, Malamuth continue à examiner des corrélations significatives entre le visionnage de contenus violents, l'acceptation de la violence et les comportements anti-sociaux[67]. Le travail de Malamuth a cependant été critiqué par Ferguson et Hartley (2009) qui soutiennent que Malamuth a exagéré les résultats positifs et n'a pas toujours correctement discuté des résultats nuls[94].

Bibliographie

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  • DSM-5 : Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux, Elevier Masson, , 1360 p. (ISBN 978-2294781353)
  • Muriel Salmona, Le livre noir des violences sexuelles, Dunod, , 3e éd., LIII-454 p. (ISBN 978-2-10-082583-7)
  • Muriel Salmona, Enrayer la fabrique des agresseurs sexuels, Dunod, , 1re éd.
  • (en) Bessel Van der Kolk, The body keeps the Score, Viking, , 464 p. (ISBN 978-0143127741, lire en ligne)
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Voir aussi

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Notes et références

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