Emma Carelli
Emma Carelli, née le à Naples et morte le à Montefiascone, est une soprano dramatique et une directrice de théâtre italienne.
| Naissance |
Naples (Italie) |
|---|---|
| Décès |
(à 51 ans) Montefiascone (Italie) |
| Activité principale | Soprano dramatique |
| Activités annexes | Directrice de théâtre |
| Formation | Conservatoire San Pietro a Majella de Naples |
| Maîtres | Beniamino Carelli |
Fille du professeur de chant Beniamino Carelli, elle débute en 1895 et se spécialise dans le répertoire vériste. Elle participe à plusieurs créations mondiales, parmi lesquelles Colonia libera de Pietro Floridia en 1899, et se produit dans les principales salles italiennes et européennes ainsi qu'en Amérique latine, où elle est présente la plupart des saisons entre 1900 et 1909.
Elle abandonne la scène au début des années 1910 pour prendre la direction du Teatro Costanzi de Rome, que son mari Walter Mocchi avait acquis. À la tête de l'Impresa Costanzi de 1912 à 1926, elle est présentée comme la première femme à diriger un théâtre lyrique en Italie. Son mandat prend fin lorsque le régime fasciste municipalise la salle.
Elle meurt deux ans plus tard dans un accident de voiture, sur la route entre Sienne et Rome.
Biographie
modifierFormation
modifierEmma Carelli naît à Naples le [1],[2]. Son père, Beniamino Carelli, professeur de chant et auteur de musique vocale, initie ses deux filles à la musique[3],[1].
Elle se forme auprès de lui et au conservatoire San Pietro a Majella[1], et suit parallèlement les cours de l'Institut Mackean, où elle apprend les langues qui faciliteront sa carrière internationale[4].
Selon l'association qui porte son nom, elle débute à dix-neuf ans en remplaçant au pied levé sa sœur aînée Bice, tombée malade avant une représentation[3].
Débuts et affirmation
modifierCarelli débute en 1895 dans La vestale de Mercadante, puis se produit pendant quatre années environ dans des théâtres italiens de moindre importance[5].
Elle chante notamment dans I Capuleti e i Montecchi de Bellini au Teatro del Fondo de Naples, dans La falena de Smareglia au Teatro Rossini de Venise en 1897, et dans Manon de Massenet au Teatro Mercadante d'Altamura en 1898[1].
En 1898, elle épouse Walter Mocchi, homme politique d'extrême gauche qu'elle avait rejoint dans sa résidence forcée de Procida et qui deviendra ensuite imprésario[6].
Sa carrière internationale s'ouvre à vingt-trois ans, par plusieurs apparitions rapprochées au Teatro Costanzi de Rome — dont une en 1899 avec Enrico Caruso — et au Teatro alla Scala de Milan, lors de la saison 1899-1900, aux côtés de Francesco Tamagno et sous la direction d'Arturo Toscanini[5].
Le , elle participe au Costanzi à la première exécution de Colonia libera de Pietro Floridia, qui l'impose auprès du public et de la critique[6],[1]. La même année, elle interprète à Mantoue Fedora sur l'invitation de Giordano lui-même[6],[1].
Carrière internationale
modifierEn , Carelli interprète Tosca à Buenos Aires : selon l'association Emma Carelli, elle est la première artiste à porter l'ouvrage de Puccini hors d'Italie, moins de six mois après la création romaine[3].
Pendant plus d'une décennie, elle diffuse les ouvrages des compositeurs véristes — Fedora de Giordano, Zazà de Leoncavallo, Iris de Mascagni et Tosca — dans les théâtres de premier rang d'Italie et d'Europe ainsi que dans les grands centres lyriques d'Amérique latine, où elle est présente la plupart des saisons entre 1900 et 1909[5].
Les conséquences de l'engagement de Mocchi
modifierEn 1904, la participation active de son mari à l'organisation d'une grève générale compromet durablement la carrière de Carelli en Italie[5].
L'imprésario du Teatro Lirico de Milan lui fait alors savoir qu'il ne peut la faire paraître dans Siberia de Giordano en raison de son mariage. Elle absorbe sur-le-champ une dose de sublimé corrosif ; secourue à temps, elle reprend après sa convalescence le rôle prévu dans ce même ouvrage[2].
Directrice du Teatro Costanzi
modifierAprès la mort de Domenico Costanzi en 1907, Mocchi rachète le théâtre à ses héritiers[2].
En 1912, Carelli devient directrice de la nouvelle Impresa Costanzi, société constituée après diverses transformations statutaires[7], tandis que Mocchi, presque toujours à l'étranger, se consacre aux tournées sud-américaines[3]. Elle renonce alors définitivement à la scène et s'installe dans un appartement aménagé à l'intérieur du théâtre[3].
Selon le Cambridge Opera Journal, son mandat se caractérise par une programmation novatrice et un rythme de production soutenu ; la salle est dotée d'un chœur et d'un orchestre permanents ainsi que d'un atelier de décors[5]. Elle est présentée comme la première femme imprésario d'Italie[4].
Éviction et mort
modifierLe , le gouverneur de Rome, sous la pression du gouvernement central, achète les murs du théâtre. Carelli avait déjà préparé les affiches de la saison 1926-1927[3]. Le Cambridge Opera Journal situe la fin de sa direction à cette municipalisation de la salle par le gouvernement fasciste[5].
Elle tente ensuite de s'établir dans d'autres théâtres, non sans résultat[6].
Le , alors qu'elle revient à Rome depuis Sienne, elle meurt dans un accident de voiture[6],[1].
Style
modifierLe Dizionario biografico degli italiani relève qu'elle parvenait, en s'emparant d'un personnage, à en rendre les aspects les plus secrets, aidée par un phrasé martelé et tranchant, ce qui explique selon lui la préférence de nombreux compositeurs qui virent en elle l'interprète idéale de leurs ouvrages[6].
Créations
modifierCarelli participe aux premières exécutions de plusieurs ouvrages, essentiellement dans les théâtres italiens.
| Date | Rôle | Ouvrage | Compositeur | Lieu |
|---|---|---|---|---|
| Collana di Pasqua | Luporini | Naples, Teatro Mercadante[8] | ||
| Albina | La falena | Antonio Smareglia | Venise, Teatro Rossini[8],[9],[n 1] | |
| 1898 | Stella | Stella | C. De Nardis | Chieti, Teatro Marrucino[9],[8],[n 2] |
| Colonia libera | Pietro Floridia | Rome, Teatro Costanzi[6],[1] | ||
| 1899 | Jana | R. Virgilio | Rome, Teatro Adriano[6] | |
| 1906 | Editha | A. F. Carbonieri | Milan, Teatro Lirico[6] | |
| 1908 | Fasma | P. La Rotella | Milan, Teatro Dal Verme[6] | |
| 1910 | Maja | Ruggero Leoncavallo | Rome, Teatro Costanzi[6] |
Le Dizionario biografico mentionne en outre sa participation à la première exécution de Mademoiselle de Belle Isle de S. Samara, sans en préciser la date ni le lieu[6].
Elle reprend Stella au Teatro Lirico de Milan en 1898, à l'initiative de l'éditeur Sonzogno, avec lequel elle avait eu auparavant des différends[8],[10],[6].
Postérité
modifierLe frère de Carelli, Augusto, lui a consacré une biographie qui a longtemps fixé le récit de sa vie[5].
L'histoire du Teatro Costanzi sous sa direction est documentée dans Dal Costanzi all'Opera de Vittorio Frajese, ouvrage en quatre volumes publié en 1977 par les éditions de la municipalité de Rome[2].
Le réalisateur Tony Saccucci lui a consacré un film documentaire intitulé La prima donna[11].
Le Cambridge Opera Journal a publié une étude consacrée à la construction de son image publique[5].
Notes et références
modifierNotes
modifier- ↑ La distribution de la création, telle qu'elle figure dans les notices consacrées à l'ouvrage, porte la date du 6 septembre 1897 ; les deux sources retenues ici indiquent le 4 septembre.
- ↑ Les sources divergent sur la date de cette création : Le Grandi Voci indique le 23 mai 1898, tandis que le Dizionario biografico la situe immédiatement après les débuts d'Altamura de 1895 et que la notice de Marston Records la place avant la reprise milanaise de 1898.
Références
modifier- 1 2 3 4 5 6 7 8 (it) « Emma Carelli », sur European Cemeteries Route (consulté le ).
- 1 2 3 4 (it) « Emma Carelli, artista e impresaria », sur About Art Online, (consulté le ).
- 1 2 3 4 5 6 (it) « La storia », sur Associazione Emma Carelli (consulté le ).
- 1 2 (it) « Emma Carelli. La prima donna », sur Abbanews, (consulté le ).
- 1 2 3 4 5 6 7 8 (en) « A Project of Her Own : Emma Carelli's Enactment of Femininity in Early Twentieth-Century Italy », Cambridge Opera Journal, Cambridge University Press, (lire en ligne, consulté le ).
- 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 (it) Raoul Meloncelli, « Carelli, Emma », sur Dizionario biografico degli italiani, Treccani, (consulté le ).
- ↑ (it) « Teatro Costanzi », sur Archivio Storico, Teatro dell'Opera di Roma (consulté le ).
- 1 2 3 4 (en) « The Creators of Verismo, Vol. 1 », sur Marston Records (consulté le ).
- 1 2 (it) Pietro Sandro Beato, « Emma Carelli — soprano », sur Le Grandi Voci, (consulté le ).
- ↑ (it) « Tutte le battaglie di una prima donna : Emma Carelli », sur Quinte Parallele (consulté le ).
- ↑ (it) « « La prima donna », la storia dimenticata di Emma Carelli », sur Gilt Magazine, (consulté le ).