Eskandar nameh (Nezami)

poème de Nezami

L'Eskandar nameh (« Livre d'Alexandre ») est l'un des cinq poèmes qui composent la Khamseh de Nezami. La question est disputée parmi les historiens, pour savoir s'il s'agit du quatrième ou du dernier des cinq poèmes.

Livre d'Alexandre
Langue
Auteurs
Nizami
NezamiVoir et modifier les données sur Wikidata
Genre
Masnavi (en)Voir et modifier les données sur Wikidata
Date de création
Séquence

Nezami hérite d'une tradition qui a intégré la légende d'Alexandre à la littérature persane. Son originalité est de donner une unité au récit et de peindre Alexandre non seulement comme un roi idéal, mais aussi comme un prophète. Il est imité à son tour par Amir Khosrau de Dehli et Djami.

Le poème est le plus long des cinq. Il est constitué d'environ 10 500 distiques[1] en mètre motaqareb[2].

L'œuvre est composée de deux parties : le Sharaf nameh (« Livre de l'honneur ») qui raconte les exploits du conquérant Alexandre le Grand ; la seconde, intitulée Eqbal nameh, ou Kherad nameh, fait de lui un sage qui dialogue avec les plus grands philosophes et a pour mission prophétique de répandre la religion monothéiste, ouvrant ainsi la voie à l'islam[1]. Les titres de ces deux parties ne sont pas forcément de Nezami[3].

Date de composition

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Pièce de monnaie représentant Alexandre avec des cornes, époque de Lysimaque
Pièce de monnaie représentant Alexandre avec des cornes, époque de Lysimaque

La date de composition de l'œuvre fait débat, de sorte que les historiens sont en désaccord pour décider si l'Eskandar nameh est le quatrième ou le cinquième, par ordre de composition, des cinq poèmes, et s'il vient avant ou après le Haft Paykar. Peter Chelkowski explique cette difficulté de dater précisément l'œuvre par la confusion qui entoure l'identité du destinataire[1]. Pour certains historiens, le poème est dédié à ‛Izz al-Din Mas‛ud Ier. Mais certains éléments du récit ne sont pas cohérents avec cette hypothèse, c'est pourquoi d'autres historiens ont supposé que le dédicataire est en fait ‛Izz al-Dln Mas‛ud II (en), qui ne monte sur le trône qu'en 1211[1]. En outre, dans la préface du Sharaf nameh, Nezami indique qu'il a déjà écrit quatre poèmes. Le Livre d'Alexandre serait donc le dernier, composé après le Haft Paykar (1197)[1]. Mais François de Blois met en question cette chronologie[2]. La Khamseh d'Amir Khsorow, qui constitue une réponse à l'œuvre de Nezami, place son Eskandar avant les Hasht Behesht (« Huit paradis », correspondant aux Sept trésors de Nezami)[2]. François de Blois prend note que, dans certains manuscrits, l'auteur mentionne ses quatre poèmes précédents. mais dans d'autres, il n'en cite que trois. Selon lui, la dédicace à Masud II n'est pas authentique, elle constitue un ajout d'un copiste qui a voulu rendre hommage à son propre mécène. Le livre, dédicacé selon lui à Nusrat al-Din Abu Bakr Pishkin (en), a été terminé en 1194[3]. C'est le Haft Paykar, achevé en 1197, qui serait donc sa dernière œuvre[3].

La légende d'Alexandre

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Le personnage d'Alexandre est bien connu dans la tradition orale et la littérature en Orient. La version du pseudo-Callisthène, en grec, de la légende d'Alexandre, a été traduite en latin au IVe siècle, puis s'est répandue dans tout l'Orient, peut-être par le biais d'une version en syriaque[4]. Alexandre le Grand est identifié avec le personnage de Dhul al-Qarnayn (« Celui qui a deux cornes »), dont le Coran fait mention[1]. Alexandre est en effet représenté sur des pièces de monnaie avec deux cornes au front[5] ; mais l'expression pourrait venir de ce qu'il a parcouru et conquis les deux cornes (les quatre coins) du monde[6].

Plusieurs versions de la légende existent en persan, issues indirectement de la version en syriaque. Une première tradition, diffusée dans le milieu courtois, fait de lui un héros, voire un sage. Une autre tradition, qui doit plus à la transmission orale, et plus populaire, le décrit en termes moins flatteurs. Ferdousi, dans son Livre des rois, fait d'Alexandre un fils de Darab (Darius II?)[4]. Le chroniqueur Tabari fait un récit complet de la vie d'Alexandre, et le présente comme un demi-frère de Dara (Darius III). Mais ni Tabari, ni Ferdousi, n'attribuent un rôle prophétique à Alexandre[4]. Dans la tradition populaire, qui s'exprime dans des romans en prose, Alexandre est un homme plus ordinaire, esclave de sa passion pour les femmes[4]. Ainsi l'Eskandarnameh (en), roman anonyme en prose, reprend les éléments du récit des romans de cour en vers. Mais il présente Alexandre sous un jour tout différent, maladroit, indécis, et coureur de femmes[4].

Alexandre (Eskandar) et le prophète Khezr devant le Fontaine de Jouvence. Walters Art Museum
Alexandre (Eskandar) et le prophète Khezr devant le Fontaine de Jouvence. Walters Art Museum

La version de Nezami

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Le livre de Nezami s'inscrit dans une tradition littéraire qui fait d'Alexandre non un conquérant et un envahisseur, mais un héros national[1]. Même comme conquérant, il est présenté comme un libérateur, qui décharge le peuple perse du joug de Darius III, et comme le souverain idéal[7]. Dans la seconde partie, il est décrit comme un sage dont la religion monothéiste prépare le terrain à l'islam[1]. La source de Nezami est le Roman d'Alexandre du pseudo-Callisthène, mais surtout le Shah nameh (« Livre des rois ») de Ferdousi[1], rédigé lui aussi en vers motaqareb[2].

Le Sharaf nameh commence par la naissance d'Alexandre, fils de Philippe de Macédoine. Il entre en guerre contre le souverain perse Darius qu'il défait. Il épouse alors sa fille Rowshanak. Cet épisode permet de « persianiser » le personnage d'Alexandre, de l'intégrer à la lignée des rois achéménides et de lui donner une légitimité comme nouveau roi de Perse[4]. Nezami décrit les conquêtes d'Alexandre jusqu'en Inde puis en Chine. Dans sa quête de l'Eau d'immortalité, il est accompagné de Khezr, un personnage évoqué par le Coran. Le Sharaf nameh s'achève avec le retour d'Alexandre au pays de Roum[4].

L'Eqbal nameh, appelé aussi Kherad nameh, a moins d'unité narrative. Nezami identifie Alexandre à Dhul al-Qarnayn. Il le fait dialoguer avec des philosophes indiens et grecs (Socrate, Platon, Aristote, Thalès, Porphyre). Puis Dieu le nomme prophète et l'envoie prêcher le monothéisme[4].

Versions ultérieures

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Alexandre et les sept sages. 1494-95, attribué à Behzad, Bristish Library
Alexandre et les sept sages. 1494-95, attribué à Behzad, Bristish Library

Vers 1300, Amīr Khosrow Dehlavī publie à son tour un Khamseh qui comporte un Livre d'Alexandre en vers motaqareb. Les éléments qui visaient à justifier l'intégration du conquérant à la tradition persane (sa généalogie) disparaissent. Il ne dit rien non plus d'un rôle prophétique d'Alexandre[4].

Djami écrit à son tour, à la fin du XVe siècle, un Kherad-nameh-ye eskandarī, en vers motaqareb, qui constitue le septième de ses Haft avrang[4]. Le récit, qui est mis au service d'une dimension didactique et morale, a moins d'unité que l'œuvre de Nizami[4].

Manuscrits et éditions

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Dans les manuscrits enluminés, les peintres ont souvent représenté Alexandre en conversation avec les philosophes. Ainsi, une illustration de 1494-95, représente Alexandre et les 7 sages. Attribuée à Behzad, elle serait plutôt de Qasim Ali[8].

Le Livre d'Alexandre est traduit en anglais par Henry Wilberforce en 1881[9].

Notes et références

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  1. 1 2 3 4 5 6 7 8 9 (en) Peter Chelkowski, « Niẓāmī Gandjawi », dans Encyclopædia of Islam, vol. 8, Brill, (lire en ligne), p. 76-81
  2. 1 2 3 4 (en-US) Domenico Parrello, « ḴAMSA OF NEẒĀMI », sur Encyclopaedia Iranica, (consulté le )
  3. 1 2 3 (en-US) François de Blois, « ESKANDAR-NĀMA OF NEẒĀMĪ », sur Encyclopaedia Iranica, (consulté le )
  4. 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 (en-US) William L. Hanaway, « ESKANDAR-NĀMA », sur Encyclopaedia Iranica, (consulté le )
  5. ↑ François de Polignac, « L'Homme aux deux cornes », Mélanges de l'école française de Rome, vol. 96, no 1,‎ , p. 29–51 (DOI 10.3406/mefr.1984.1403, lire en ligne, consulté le )
  6. ↑ « Alexandre dans le Coran - Alexandre le Grand et l’Orient : de la Perse jusqu’en Inde », sur www.alexandrelegrand.fr (consulté le )
  7. ↑ (en) Kamran Talattof et Jerome W. Clinton, « Introduction: Nizami Ganjavi and His Poetry », dans The Poetry of Nizami Ganjavi: Knowledge, Love, and Rhetoric, Palgrave Macmillan US, , 1–13 p. (ISBN 978-1-137-09836-8, DOI 10.1007/978-1-137-09836-8_1, lire en ligne)
  8. ↑ (en) Defne Kut, Khamsa of Nizami (lire en ligne)
  9. ↑ (tr) Mehmet Kanar, « NİZÂMÎ-i GENCEVΠ», sur TDV İslâm Ansiklopedisi, (consulté le )

Voir aussi

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Articles connexes

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Liens externes

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