Exposition internationale du surréalisme au Japon

exposition itinérante consacrée au surréalisme organisée au Japon en 1937

L’Exposition internationale du surréalisme au Japon est une exposition itinérante consacrée au surréalisme, organisée en 1937 à l'initiative du poète et critique Shūzō Takiguchi et du poète et traducteur Tiroux Yamanaka, avec le concours de surréalistes européens[1]. Son carton d'invitation en français porte le titre Exposition internationale du surréalisme, tandis qu'elle est annoncée au Japon sous le titre 海外超現実主義作品展 (Kaigai chōgenjitsushugi sakuhin-ten, « Exposition d'œuvres surréalistes étrangères »)[2]. Présentée d'abord à Tokyo, elle poursuit sa tournée à Kyoto, Osaka et Nagoya[3]. Le catalogue publié en 1990 par le musée d'art de la ville de Nagoya recense 377 œuvres et documents[4]. Ishii dénombre 295 photographies, dont la majorité reproduit des peintures, des sculptures ou des objets[5]. Ishii situe la manifestation dans la succession des expositions internationales du mouvement, entre l'Exposition internationale surréaliste de Londres de 1936 et l'Exposition internationale du surréalisme de Paris de 1938[6].

Exposition internationale du surréalisme
Exposition internationale du surréalisme
Exposition internationale du surréalisme
Pays Japon
Localisation Tokyo, Kyoto, Osaka, Nagoya
Date de la première édition 1937
Organisateur(s) Mizue

Genèse et réseaux internationaux

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Selon Misao Harada, Takiguchi et Yamanaka sont les deux Japonais qui entretiennent alors le plus de contacts avec les surréalistes parisiens, principalement par correspondance : Takiguchi écrit à André Breton vers 1930 et Yamanaka à Paul Éluard à partir de 1933[7]. En 1935, Takiguchi publie « Au Japon » dans un numéro de la revue parisienne Cahiers d'art consacré au surréalisme[8]. En octobre 1936, Yamanaka publie L'Échange surréaliste, puis codirige avec Takiguchi l’Album Surréaliste paru en mai 1937[3].

Breton avait proposé à Takiguchi de participer à l'exposition internationale de Londres de 1936, mais l'invitation ne lui parvient pas à temps ; Takiguchi rend ensuite compte de la manifestation dans la revue Mizue[2]. Harada relève que la préparation de l'exposition japonaise s'effectue exclusivement par échange de courrier[9]. Paul Éluard, Georges Hugnet et Roland Penrose font partie du comité étranger de l'exposition ; tous trois avaient également participé à l'organisation de l'exposition internationale surréaliste de Londres de 1936[10]. La réalisation de l'exposition repose en grande partie sur la coopération des surréalistes européens, qui envoient la majeure partie des œuvres et des documents présentés[10].

Organisation et itinérance

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Yamanaka envisage d'abord une exposition principalement documentaire et demande à des groupes étrangers l'envoi de photographies, de catalogues, d'affiches et d'autres imprimés[11]. Des dessins, des collages et d'autres œuvres originales sont néanmoins envoyés par des surréalistes européens et intégrés à l'ensemble présenté[11]. Yamanaka résidant alors à Nagoya, l'organisation pratique de la présentation tokyoïte est assurée en grande partie par Takiguchi et Masao Ōshita, alors rédacteur en chef de Mizue[12].

La première présentation se tient au Nippon Salon (日本サロン), à Ginza, du 9 au 14 juin 1937[13]. Après Tokyo, l'exposition est présentée à Kyoto, Osaka et Nagoya entre juin et juillet[3]. Les sources divergent sur une étape supplémentaire : Ishii mentionne une présentation distincte et de dimensions réduites à Fukui, tandis que le catalogue de 1990 日本のシュールレアリスム : 1925–1945 cite Kanazawa parmi les villes de la tournée[14].

Œuvres et documents

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Le catalogue 日本のシュールレアリスム : 1925–1945 recense 377 œuvres et documents présentés dans le cadre de l'exposition[4]. Ishii compte 41 artistes représentés[11]. L'ensemble comprend notamment 295 photographies, 31 dessins, 16 estampes, 6 aquarelles, 5 collages, 4 cadavres exquis, 3 gouaches et 2 frottages, auxquels s'ajoutent des portraits, des dessins d'enfants, des manuscrits et d'autres documents[10]. Aucune œuvre d'artiste japonais n'est incluse dans l'exposition[15].

Parmi les artistes représentés figurent notamment Max Ernst, Yves Tanguy, Joan Miró, Salvador Dalí, Man Ray, René Magritte, Hans Bellmer, Victor Brauner, Alberto Giacometti et Dora Maar[16]. L'ensemble comprend également trois photographies et une affiche documentant l'exposition internationale de Londres de 1936[10]. Ishii rapporte que la présentation d’une œuvre originale de Dalí attire alors l’attention, puisqu’elle est considérée comme la première présentation au public japonais d’une œuvre de l’artiste[17].

Publications liées à l'exposition

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Un catalogue des pièces exposées paraît le 10 juin 1937[18]. ALBUM SURRÉALISTE — 海外超現実主義作品集, numéro hors série de Mizue codirigé par Takiguchi et Yamanaka, est imprimé dès le mois de mai, avant l'ouverture de l'exposition[19]. Ishii souligne que les organisateurs accordent dès l'origine une importance particulière à ce volume, en partie bilingue français-anglais, qui fonctionne comme le catalogue illustré et la représentation imprimée de l'exposition[17].

Photographie, reproduction et accrochage

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Avec 295 pièces, les photographies représentent près de quatre cinquièmes de l'ensemble recensé[5]. Certaines sont des œuvres photographiques à part entière, notamment des travaux de Dora Maar et d'Humphrey Jennings, mais la plupart reproduisent des peintures, des sculptures ou des objets surréalistes[5]. Parmi ces reproductions figurent notamment Le Chant d'amour de Giorgio de Chirico, des œuvres de Dalí, un objet de Breton et une sculpture de Giacometti[5].

Le catalogue distingue, dans une certaine mesure, les photographies conçues comme œuvres des photographies reproduisant d'autres objets artistiques[5]. Cette distinction n'est toutefois pas systématiquement maintenue dans l'accrochage, où des photographies de statuts différents et d'autres œuvres sur papier sont parfois réunies sur les mêmes panneaux[20]. Ishii observe que cette présentation privilégie la mise en relation et la vue d'ensemble des images plutôt que la singularité matérielle de chaque objet[21].

Dans son essai « Photographie et surréalisme », publié en 1938, Takiguchi décrit la photographie comme une forme de langage universel et associe l'extension de sa diffusion au développement des techniques d'impression[22]. Ishii estime que la logique de l'accrochage de 1937 peut évoquer le « musée imaginaire » qu'André Malraux formulera après la guerre[21]. Selon elle, la reproduction photographique permet de dépasser la distinction entre original et reproduction en faisant circuler, combiner et recomposer les images au-delà de leur support initial[23]. Elle considère ainsi que les procédés de reproduction participent eux-mêmes à la production et à la diffusion de l'image poétique surréaliste[24].

Réception et prolongements au Japon

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Les témoignages contemporains sur l'exposition sont peu nombreux et les quelques comptes rendus retrouvés sont parfois critiques ; plusieurs photographes, en revanche, portent un regard favorable sur la manifestation[25]. Le Nippon Salon est alors une petite galerie de Ginza ouverte par un photographe, qui accueille également des expositions photographiques et des manifestations de jeunes groupes d'avant-garde[25].

À Osaka, les photographes Gingo Hanawa et Terushichi Hirai s'associent au peintre Yoshio Tarui pour former l'Avangyarudo Zōei Shūdan en réponse directe à l'exposition[26]. Leurs travaux s'appuient sur des textes surréalistes français et japonais et recourent notamment au déplacement ainsi qu'à l'assemblage d'images ou d'objets[26].

Dans Mélusine, Hanako Takayama retient la tournée de 1937 et la constitution d'un groupe d'avant-garde parmi les éléments permettant de comprendre la place de Nagoya dans les activités surréalistes au Japon[27]. Stojković indique que le Nagoya Avant-Garde Club, constitué à la fin de 1937, réunit des peintres, des poètes et des photographes, parmi lesquels Kansuke Yamamoto[28]. Elle constate également que le nombre de photographes adoptant une démarche surréaliste augmente sensiblement après l'exposition, évolution qu'elle met notamment en rapport avec le caractère très largement photographique de l'accrochage[28]. Une branche photographique issue de ce milieu est constituée en 1939 sous le nom de Nagoya Photo Avant-Garde[28].

Selon un témoignage ultérieur de Yamamoto, celui-ci se rend chaque jour à la présentation de Nagoya, organisée à la galerie Maruzen[29]. Il rapporte qu'il discute alors avec Yamanaka de la création d'une revue destinée à faire connaître et à pratiquer le surréalisme[29]. En novembre 1938, Yamamoto fonde à Nagoya la revue poétique surréaliste Yoru no Funsui, à laquelle Yamanaka participe[3].

Ces activités se développent dans un contexte de renforcement du contrôle de la vie publique, notamment après le début de la seconde guerre sino-japonaise en juillet 1937[30]. En 1939, la police interdit la poursuite de Yoru no Funsui et le Nagoya Avant-Garde Club est démantelé[31]. Le Nagoya Photo Avant-Garde poursuit temporairement ses activités avant de changer de nom en 1940 afin d'atténuer la surveillance des autorités[31].

Place dans le réseau international du surréalisme

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Ishii relève que la dimension de la manifestation comme exposition surréaliste « internationale » avait jusque-là été relativement peu étudiée[32]. Elle souligne que le carton d'invitation français porte le titre Exposition internationale du surréalisme, formulation qui rapproche explicitement la manifestation japonaise des autres expositions internationales du mouvement[6].

L'affiche de l'exposition de Tokyo est présentée lors de l'exposition parisienne de 1938, parmi des documents relatifs à d'autres expositions surréalistes internationales[13]. Takiguchi et Yamanaka figurent tous deux en 1938 dans le Dictionnaire abrégé du surréalisme établi par Breton et Éluard[7]. Yamanaka y est présenté comme « poète et écrivain surréaliste, promoteur de ce Mouvement au Japon »[33].

Ishii situe ainsi la manifestation japonaise entre Londres en 1936 et Paris en 1938[6]. Ishii y voit non pas une simple présentation du surréalisme européen au Japon, mais une réponse active des organisateurs japonais aux activités internationales du mouvement[13]. Dans sa conclusion, elle insiste sur le rôle de la reproduction photographique dans la présentation, la combinaison et la circulation des images et des pratiques surréalistes[24].

Notes et références

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  1. ↑ Yuko Ishii, 2020, p. 1 et 4-5.
  2. 1 2 Yuko Ishii, 2020, p. 2.
  3. 1 2 3 4 Yoshiteru Kurosawa, 2016, p. 211.
  4. 1 2 Musée d'art de la ville de Nagoya (dir.), 1990, p. 86.
  5. 1 2 3 4 5 Yuko Ishii, 2020, p. 9.
  6. 1 2 3 Yuko Ishii, 2020, p. 2-3.
  7. 1 2 Misao Harada, 2016, p. 231.
  8. ↑ Shūzō Takiguchi, « Au Japon », Cahiers d'art, 10e année, no 5-6, 1935, p. 132.
  9. ↑ Misao Harada, 2016, p. 232.
  10. 1 2 3 4 Yuko Ishii, 2020, p. 4-5.
  11. 1 2 3 Yuko Ishii, 2020, p. 5.
  12. ↑ Yuko Ishii, 2020, p. 3-4.
  13. 1 2 3 Yuko Ishii, 2020, p. 3.
  14. ↑ Yuko Ishii, 2020, p. 13, note 6 ; Musée d'art de la ville de Nagoya (dir.), 1990, p. 86.
  15. ↑ Yuko Ishii, 2020, p. 1-2.
  16. ↑ Yuko Ishii, 2020, p. 4-5 et 9 ; Musée d'art de la ville de Nagoya (dir.), 1990, p. 86.
  17. 1 2 Yuko Ishii, 2020, p. 4.
  18. ↑ Yuko Ishii, 2020, p. 13, note 9.
  19. ↑ Yuko Ishii, 2020, p. 4 et p. 13, note 9.
  20. ↑ Yuko Ishii, 2020, p. 9-10.
  21. 1 2 Yuko Ishii, 2020, p. 10.
  22. ↑ Yuko Ishii, 2020, p. 7.
  23. ↑ Yuko Ishii, 2020, p. 8-12.
  24. 1 2 Yuko Ishii, 2020, p. 12.
  25. 1 2 Yuko Ishii, 2020, p. 6.
  26. 1 2 Jelena Stojković, 2021, p. 81.
  27. ↑ Hanako Takayama, 2016, p. 257.
  28. 1 2 3 Jelena Stojković, 2021, p. 82.
  29. 1 2 Toshio Yamamoto, 2001, p. 200.
  30. ↑ Jelena Stojković, 2021, p. 81-83.
  31. 1 2 Jelena Stojković, 2021, p. 82-83.
  32. ↑ Yuko Ishii, 2020, p. 12-13.
  33. ↑ Yoshiteru Kurosawa, 2016, p. 207.

Voir aussi

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Sources contemporaines

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  • Shūzō Takiguchi, « Au Japon », Cahiers d'art, 10e année, no 5-6, 1935, p. 132.
  • Tiroux Yamanaka, L'Échange surréaliste, Tokyo, Librairie Bon, octobre 1936.
  • 海外超現実主義作品展目録, Shunchōkai, 10 juin 1937.
  • ALBUM SURRÉALISTE — 海外超現実主義作品集, numéro hors série de Mizue, Shunchōkai, mai 1937.

Bibliographie

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  • Yuko Ishii, « 「海外超現実主義作品展」(一九三七年)における複製写真展示の意義――シュルレアリスム「国際」展の観点から », 藝術研究, no 33, 2020, p. 1-16 (lire en ligne).
  • Musée d'art de la ville de Nagoya (dir.), 日本のシュールレアリスム : 1925–1945, 日本のシュールレアリスム展実行委員会, 1990, 246 p.
  • Yoshiteru Kurosawa, « La vie et la poésie de Tiroux Yamanaka », Mélusine, no 36, « Masculin/Féminin : le surréalisme au Japon », 2016, p. 207-218.
  • Misao Harada, « Haïkaï, japonisme : le Japon vu par les surréalistes », Mélusine, no 36, « Masculin/Féminin : le surréalisme au Japon », 2016, p. 219-234.
  • Hanako Takayama, « L'accueil du surréalisme en région – l'exemple de Nagoya », Mélusine, no 36, « Masculin/Féminin : le surréalisme au Japon », 2016, p. 253-260.
  • Jelena Stojković, « Osaka and Nagoya Photo Clubs », dans Stephanie D'Alessandro et Matthew Gale (dir.), Surrealism Beyond Borders, New York, The Metropolitan Museum of Art, 2021, p. 80-85, (ISBN 9781588397270).
  • Toshio Yamamoto, « 山本悍右年譜 / Yamamoto Kansuke Chronology », dans 写真展 シュルレアリスト 山本悍右 不可能の伝達者, 東日本鉄道文化財団, 2001, p. 198-227.
  • Věra Linhartová, Dada et surréalisme au Japon, Paris, Publications orientalistes de France, coll. « Arts du Japon », 1987, (ISBN 9782716902410).

Articles connexes

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