Ezizen
Ezizen désigne un surnom, un sobriquet ou une appellation employée à la place du nom d'une personne. Le terme est attesté dans les dictionnaires de langue basque, où il est donné comme synonyme de goitizen et d'izengoiti[1]
| Autres noms | Ezizena |
|---|---|
| Sous-groupe | Nom tabou ; appellation de substitution |
| Caractéristiques | Nom de remplacement employé pour désigner une personne, une chose ou un être dont le véritable nom est considéré comme secret, dangereux ou tabou ; particulièrement présent dans les croyances et pratiques traditionnelles basques |
| Proches |
| Origines | Mythologie basque et croyances populaires |
|---|---|
| Région | Pays basque |
Étymologie
modifierEzizen signifie littéralement « sans nom » en basque : le préfixe ez représentant la négation, le mot izen signifiant « nom ».
Description
modifierDans les traditions populaires basques, le recours à des appellations indirectes est également attesté dans le domaine des croyances relatives aux êtres surnaturels. Ainsi, Resurrección María de Azkue rapporte que, dans de nombreuses localités de Biscaye, le diable pouvait être désigné par l'expression beste mutilla (« l'autre garçon »), tandis que d'autres régions employaient d'autres appellations[2]
Cet usage s'inscrit dans un système de représentations où certaines appellations peuvent servir à désigner indirectement des êtres considérés comme dangereux ou surnaturels. Toutefois, les sources disponibles ne permettent pas d'affirmer que ezizen lui-même aurait été historiquement réservé à ce type de désignation ou que son sens lexical général de « surnom » serait directement issu de ces croyances[2].
Explications
modifierD'après le linguiste Christiaan Cornelis Uhlenbeck, les formes basques eguzki (« soleil ») et ilargi (« lune ») seraient des formes relativement récentes ayant remplacé des appellations plus anciennes dont le sens ou la forme originels auraient été perdus. Uhlenbeck envisageait notamment que les anciens termes désignant ces deux astres aient disparu de la langue[3].
Cette interprétation s'inscrit dans les recherches d'Uhlenbeck sur l'étymologie du vocabulaire basque. Pour eguzki, il considérait notamment que le mot était un composé et rattachait son premier élément egu- à une ancienne désignation du soleil ou du jour. Pour ilargi, les analyses anciennes mettent également en relation il- avec les notions de lune, de nuit et d'obscurité[3].
La documentation linguistique ancienne permet par ailleurs de constater que la racine il possède en basque un ensemble de significations liées à la mort et à la lune. Les formes il (« mort ») et ilargi (« lune ») sont ainsi traditionnellement rapprochées dans les études étymologiques du basque[4].
Pour parler de la mort d'une couleuvre on ne doit pas utiliser le verbe il (mourir), qui dans ce cas est tabou. Autrefois, selon les régions, on utilisait les verbes akabau, amaitu, kalitu, autsi, eho. Pour dire qu'une couleuvre est grande, il ne faut pas utiliser l'adjectif andi (grand) mais mortala. Dans ce cas andi est tabou.
Notes et références
modifier- ↑ (eu) « Ezizen », Bilbo, Labayru Fundazioa (consulté le )
- 1 2 (eu) Resurrección María de Azkue, Euskalerriaren Yakintza, Madrid, Espasa-Calpe,
- 1 2 (en) Peter Bakker, « C. C. Uhlenbeck's Work on the Basque Language », Anuario del Seminario de Filología Vasca "Julio de Urquijo", vol. 42, no 2, , p. 237-264 (ISSN 0582-5733, lire en ligne, consulté le )
- ↑ (eu) Resurrección María de Azkue, Diccionario vasco-español-francés, Bilbao, La Gran Enciclopedia Vasca,
Bibliographie
modifier- José Miguel Barandiaran (trad. Olivier de Marliave, préf. Jean Haritschelhar, photogr. Claude Labat), Mythologie basque [« Mitología vasca »], Toulouse, E.S.P.E.R, coll. « Annales Pyrénéennes », , 120 p. [détail des éditions] (ISBN 2907211056 et 9782907211055, OCLC 489680103)
- José Miguel Barandiaran et traduit et annoté par Michel Duvert, Dictionnaire illustré de mythologie basque [« Diccionario Ilustrado de Mitología Vasca y algunas de sus fuentes »], Donostia, Baiona, Elkarlanean, , 372 p. [détail des éditions] (ISBN 2903421358 et 9782903421359, OCLC 416178549)
- Wentworth Webster (trad. Nicolas Burguete, postface Un essai sur la langue basque par Julien Vinson.), Légendes basques : recueillies principalement dans la province du Labourd [« Basque legends »], Anglet, Aubéron, (1re éd. 1879), 328 p. [détail de l’édition] (ISBN 2844980805 et 9782844980809, OCLC 469481008)
- Jean-François Cerquand, Légendes et récits populaires du Pays Basque : Recueillis dans les provinces de Soule et de Basse-Navarre, Bordeaux, Aubéron, (1re éd. 1876), 338 p. [détail de l’édition] (ISBN 2844980937 et 9782844980939, OCLC 68706678, lire en ligne)