Ilargi
Ilargi, Hil, Ile ou Ilazki est un mot basque désignant la « lune » dans la mythologie basque. Il fait partie d'une série de noms que les Basques ont donnés à cet astre, notamment : Idargi, Irargi, Iretargi, Iguetargi, Iratargi, Argizagi, Argizari, Argizi et Goikua (ce dernier signifiant littéralement « celui d'en haut »). La lune occupe donc une place centrale dans la cosmogonie basque et est étroitement liée aux croyances sur la vie, la mort et la fertilité[1],[2].
| Autres noms | Ilazki, Hil, Ile, Idargi, Irargi, Iretargi, Iratargi, Argizari, Argizagi, Goikua |
|---|---|
| Nom basque | Ilargi Amandrea |
| Sous-groupe | Astre lunaire ; figure cosmologique |
| Caractéristiques | Personnification féminine de la Lune ; associée à la lumière nocturne et au destin des âmes des morts ; appelée « grand-mère Lune » dans certaines formules traditionnelles |
| Habitat | Ciel ; sein de la Terre selon certaines traditions |
| Proches |
| Origines | Mythologie basque |
|---|---|
| Région | Pays basque |
| Première mention | 1545 |
On considère que la lune et le soleil sont de sexe féminin dans la mythologie basque. Cette féminisation des astres reflète le rôle du féminin sacré et du matriarcat dans la vision cosmique basque. Dans les formules et les prières, la lune est appelée Ilargi amandre (lune‑dame mère), équivalent de « lune‑grand‑mère ». Lorsqu'elle monte à l'orient, on lui dit[3] :
- « Ilargi amandrea, zeruan ze berri ? »
- « Lune grand‑mère, quoi de neuf dans le ciel ? »
Rôle spirituel et symbolique de la lune
modifierDans la mythologie basque, la terre est considérée comme la mère de la lune. La lune est donc perçue comme fille de la Terre et comme un lien vivant avec la nature et les cycles terrestres. Dans certaines régions, on apprend aux enfants que la lune est le visage de Dieu. Elle a ainsi un rôle éducatif et spirituel dans la société, enseignant aux enfants la présence divine dans le ciel. Dans d'autres lieux, une prière est récitées lorsqu'on la voit apparaître[3].
À Zerain, on salue la lune en lui disant[3],[4]. :
- « Ilargi amandre santue, Jainko ok bedeinkautzala; nere begi ederrak gaitzik ez deiola; ikusten duen guziik ala esan deiola ».
- « Lune Sainte grand-mère, que Dieu la bénisse, que l'intensité de mon regard ne lui fasse aucun mal; chaque fois mon regard s'adresse à elle de la même façon ».
L'un des symboles de la lune est Marigorri (Mari la rouge), la coccinelle (Coccinella septempunctata), à laquelle on s'adresse par des formules où elle est qualifiée de grand‑mère lune ; un jour de la semaine, le vendredi appelé Ostiral, lui est consacré, il partage un élément commun avec Irargi (lune) et forme un ensemble avec le jeudi Ostegun (jour du ciel)[5]. Cette association entre la lune et certains jours de la semaine montre l'importance rituelle et temporelle de l'astre dans la vie quotidienne.
Rôle funéraire et influence sur la vie humaine
modifierSelon une croyance traditionnelle toujours vivante, le nom Ilargi signifie « lumière des morts », ce qui s'accorde avec l'idée que Ilazki éclaire les âmes des défunts ; la lune est donc perçue comme un guide des âmes et un médiateur entre la vie et l'au-delà. De même, on pense que la cire appelée argizagi, lorsqu'elle est allumée sur une sépulture, éclaire les ancêtres inhumés. On considère que le lien entre le sort des âmes et Ilargi vient d'une croyance selon laquelle mourir sous une lune montante est favorable à la destinée posthume de l'âme. La lune joue ainsi un rôle dans le destin posthume et les croyances funéraires.
De plus, on attribue aux phases de la lune des influences sur le sexe des êtres : ceux conçus à la lune montante seraient de sexe mâle, et ceux conçus à la lune descendante de sexe femelle. Cette croyance illustre la connexion perçue entre les cycles lunaires et la vie humaine, incluant la fertilité et la destinée[6].
Étymologie
modifierIlargi signifie « lune » en basque. Littéralement lumière des morts, de il (« mort ») et argi (« lumière »). Le suffixe a désigne l'article : ilargia se traduit donc par « la lune ». On peut trouver les terminaisons en gui mais il s'agit d'une mauvaise orthographe car, en basque, cela donnerait : ilarguoui au lieu de « ilargui » (prononcé à la française).
Arbre généalogique
modifier| Princesse de Mundaka | Sugaar (Feu, serpent) | Mari (Déesse) | Amalur (La Terre Mère) | ||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
| Jaun Zuria (Seigneur des Basques) | Mikelats (Mauvais esprit) | Atarabi (Bon esprit) | Eguzki Amandre (La grand-mère soleil) | Ilargi Amandre (La grand-mère lune) | |||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
| Amilamia (Bienfaisante) | Urtzi (Dieu du ciel) | Basajaun (Seigneur de la forêt) | Basandere (Dame de la forêt) | ||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
| Laminak (Petits êtres fantastiques) | |||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
Notes et références
modifier- ↑ « Ilargi : noms et variantes dans la langue basque », Buber's Basque Pages — God and Moon in Basque (consulté le )
- ↑ (en) Henrike Knörr, « Astronomy and Basque Language: Words for the Moon », Hispadoc (Université de Salamanque), , p. 409‑410 (lire en ligne, consulté le )
- 1 2 3 (en) José Miguel de Barandiarán, Selected Writings of José Miguel de Barandiarán : Basque Prehistory and Ethnography, Reno, NV, USA, Centre for Basque Studies, University of Nevada Press, , 291 p. (ISBN 9781877802706, lire en ligne)
- ↑ (en) M. G. Ramos, « On Basque Astronymy », Buber's Basque Pages — Basque Mythology and Language (consulté le )
- ↑ (es) José Miguel de Barandiarán, Mitología del Pueblo Vasco, Ostoa, (ISBN 84-88960-16-6), Description des symboles lunaires et des associations rituelles dans la mythologie basque
- ↑ (es) José Miguel de Barandiarán, Mitología del Pueblo Vasco, Pamplona, Ostoa, (ISBN 84-88960-16-6), Discussion des croyances lunaires et des rapports entre phases de la lune, mort et fertilité dans la tradition basque / Exposé des traditions populaires basques sur le rôle de Ilargi (lune) dans les croyances liées aux âmes des morts et aux phases lunaires
Bibliographie
modifier- Claude Labat, Libre parcours dans la mythologie basque : avant qu'elle ne soit enfermée dans un parc d'attractions, Bayonne; Donostia, Lauburu ; Elkar, , 345 p. (ISBN 9788415337485 et 8415337485, OCLC 795445010)
- José Miguel Barandiaran (trad. Olivier de Marliave, préf. Jean Haritschelhar, photogr. Claude Labat), Mythologie basque [« Mitología vasca »], Toulouse, E.S.P.E.R, coll. « Annales Pyrénéennes », , 120 p. [détail des éditions] (ISBN 2907211056 et 9782907211055, OCLC 489680103)
- Wentworth Webster (trad. Nicolas Burguete, postface Un essai sur la langue basque par Julien Vinson.), Légendes basques : recueillies principalement dans la province du Labourd [« Basque legends »], Anglet, Aubéron, (1re éd. 1879), 328 p. [détail de l’édition] (ISBN 2844980805 et 9782844980809, OCLC 469481008)
- Jean-François Cerquand, Légendes et récits populaires du Pays Basque : Recueillis dans les provinces de Soule et de Basse-Navarre, Bordeaux, Aubéron, (1re éd. 1876), 338 p. [détail de l’édition] (ISBN 2844980937 et 9782844980939, OCLC 68706678, lire en ligne)
