Francesco Arcangeli (meurtrier)
Francesco Arcangeli né à Campiglio di Cireglio (de), frazione de Pistoia le et mort à Trieste le , est le meurtrier de l'érudit et critique d'art allemand Johann Joachim Winckelmann, fait sanglant du XVIIIe siècle.
Biographie
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Natif de Campiglio di Cireglio (de), frazione de la commune de Pistoia, Francesco Arcangeli est cuisinier de profession et a déjà fait l'objet de condamnations pénales[1].
Contexte
modifierJohann Joachim Winckelmann, préfet des Antiquités du pape Clément XIII âgé de 50 ans, se rendait dans son Allemagne natale après 13 ans d’absence, accompagné de son ami, le sculpteur Bartolomeo Cavaceppi. À l’approche des Alpes tyroliennes, Winckelmann est pris de panique et envisage d’abandonner le voyage. Bartolomeo Cavaceppi le convainc de poursuivre jusqu’à Vienne, où l’impératrice Marie-Thérèse le reçoit et lui rend les honneurs. Puis Winckelmann, incapable de supporter l’atmosphère allemande et désireux de retourner en Italie, repart seul pour Rome, faisant fi des supplications de Cavaceppi qui souhaitait qu’ils continuent ensemble vers le nord[2]. Winckelmann arrive à Trieste le , voyageant incognito et se faisant passer pour le « Signor Giovanni ». Il réside à l'Osteria Grande dans l'attente d'un navire en partance pour Rome[2]. C'est là qu'il fait la connaissance de Francesco Arcangeli, garçon de café au chômage et voleur à la petite semaine, qui lui rend visite tous les soirs dans sa chambre où Winckelmann lui montre ses médailles d'or et d'argent, dont celle offerte par l'impératrice Marie-Thérèse[3]. Arcangeli est émerveillé par les médailles, par les anecdotes de la vie de cour, mais également par les tenues recherchées de Winckelmann (chemises de lin à boutons d'or incrustés de cornaline, pantalons de cuir noir,...)[4].
Le , Arcangeli accompagne Winckelmann acheter un crayon et un canif. Il retourne le même dans la même boutique pour acheter un couteau, puis dans une autre boutique, de la corde. Le lendemain, après dîner, comme d'habitude, Arcangeli rend visite à Winckelmann dans la chambre . Là qu'il se jette sur l'intellectuel pour l'étrangler : Winckelmann le repousse et Arcangeli sort son couteau, une lutte s'en suit[3].
Dans sa déposition, Arcangeli raconte qu'il a poignardé Winckelmann non seulement au torse, mais aussi « plus bas », ce qui n'est pas sans connotations sexuelles. Il s'enfuit, laissant Winckelmann crier dans les escaliers : « Regardez ce qu'il m'a fait ! ». Blessé, Winckelmann passe ses dernières heures à faire son testament et pardonne à Arcangeli. Il est enseveli le lendemain au cimetière de la cathédrale San Giusto[1].
Francesco Arcangeli est arrêté le et condamné à être roué vif sur la place devant l'auberge. La sentence est exécutée deux jours plus tard, le [1].
Hypothèses
modifierLa nouvelle du meurtre de Winckelmann s'est répandue dans toute l'Europe cultivée. Johann Wolfgang von Goethe, par exemple, s'est souvenu du moment et du lieu où il avait appris la mort de Winckelmann[5]. Cet événement a fait l'objet de spéculations et récits, tant dans la correspondance privée et les discussions que dans les rapports médico-légaux, les articles et les discours publics. Le professeur Lionel Gossman, par exemple, estime que l'on trouve, de manière consciente ou non, des échos du meurtre de Winckelmann dans La Mort à Venise de Thomas Mann publié en 1912[6].
Au cours des six interrogatoires auxquels il fut soumis, Arcangeli donne des versions contradictoires des faits : il affirme avoir tué Winckelmann parce qu’il le prenait pour un espion, ou pour le voler, ou encore parce qu’il était juif ou luthérien. D’autres font remarquer qu’Arcangeli aurait pu se méfier de certains livres de Winckelmann écrits en caractères inconnus[7]. Arcangeli semblait ignorer la fortune de Winckelmann et n’a rien emporté avec lui lorsqu’il s’est enfui[8].
L'étrangeté du comportement de Winckelmann a également été remarquée, à savoir son enregistrement sous un faux nom, l'absence de tout contact avec les autorités ou des personnalités notoires pendant son séjour à Trieste, ainsi que sa fréquentation d'un individu peu recommandable comme Arcangeli et sa réticence à s'identifier ouvertement dans les heures qui ont précédé sa mort [7].
Le motif le plus probable est que Winckelmann a été tué lors d’une tentative de vol, mais l’hypothèse d’un crime à caractère sexuel a également été avancée[9]. L’homosexualité de Winckelmann n’était un secret pour aucun de ses contemporains[10],[11]. On soupçonne Arcangeli d’avoir assassiné Winckelmann pour lui avoir fait des avances sexuelles non consenties[9].
Notes et références
modifier- 1 2 3 Gossman 1992, p. 213.
- 1 2 Gossman 1992, p. 212.
- 1 2 Aldrich 2002, p. 46.
- ↑ Aldrich 2002, p. 42–43.
- ↑ Gossman 1992, p. 208.
- ↑ Gossman 1992, p. 214.
- 1 2 Aldrich 2002, p. 43.
- ↑ Gossman 1992, p. 218.
- 1 2 Aldrich 2002, p. 43–44.
- ↑ Alice A. Kuzniar, Outing Goethe and His Age, Stanford, California, Stanford University Press, , 9–16 p. (ISBN 0804726140), « Introduction »
- ↑ Gossman 1992, p. 218–219.
Bibliographie
modifier- Robert Aldrich, The Seduction of the Mediterranean: Writing, Art and Homosexual Fantasy, London – New York, Routledge, (ISBN 0-415-09312-0, lire en ligne
), 43 - (de) Hein van Dolen : Mord in Triest. Der Tod von Johann Joachim Winckelmann (1717-1768) aus einer neuen Sicht. (= Akzidenzen; Band 10). Winckelmann-Gesellschaft, Stendal 1998
- Lionel Gossman, « Death in Trieste », Journal of European Studies, vol. 22, no 3, , p. 207–240 (DOI 10.1177/004724419202200301, S2CID 162293931, CiteSeerx 10.1.1.893.7907)
- (de) Franco Farina : Endpunkt Triest. Leiden und Tod von Johann Joachim Winckelmann. (= Akzidenzen; Band 5). Winckelmann-Gesellschaft, Stendal 1992.
- Dominique Fernandez : Signor Giovanni, roman, 1981.
- (de) Cesare Pagnini (Hrsg.) : Mordakte Winckelmann: die Originalakten des Kriminalprozesses gegen den Mörder Johann Joachim Winckelmanns (Triest 1768), aufgefunden und im Wortlaut des Originals in Triest 1964. Übersetzt und kommentiert von Heinrich Alexander Stoll. Akademie-Verlag Berlin 1965 (Italienische Ausgabe: Gli atti originali del processo criminale per l'uccisione di Giovanni Winckelmann 1768. 1964)
- (de) Domenico de Rossetti : Johann Winckelmann's letzte Lebenswoche. Ein Beitrag zu dessen Biographie. Aus den gerichtlichen Originalacten des Kriminalprozesses seines Mörders Arcangeli. Hrsg. von Dom. v. Rossetti. Mit einer Vorrede von Böttiger und einem facsimile Winckelmann's. Dresden 1818
- (it) Domenico de Rossetti : Il sepolcro di Winckelmann in Trieste. Venedig 1823
