Francisco Ferrer

pédagogue et homme politique espagnol

Francisco Ferrer, né en à Alella et mort le à Barcelone, en espagnol Francisco Ferrer Guardia, en catalan Francesc Ferrer i Guàrdia, est un libre-penseur, franc-maçon et pédagogue libertaire espagnol.

Francisco Ferrer Guardia
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BarceloneVoir et modifier les données sur Wikidata
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École moderne (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
signature de Francisco Ferrer
Signature.
Plaque commémorative.
Vue de la sépulture.

En 1901, il fonde l'École moderne, un projet éducatif rationaliste qui promeut la mixité, l’égalité sociale, la transmission d’un enseignement rationnel, l’autonomie et l’entraide. Elle fut la première d'un réseau qui en comptait plus d'une centaine en Espagne en 1907. Elle inspira les modern schools américaines et les nouveaux courants pédagogiques.

En 1909, à la suite des événements de la semaine tragique à Barcelone, il est accusé à tort (notamment par le clergé catholique) d'en être l'un des instigateurs. Condamné à mort le à la prison Model par un tribunal militaire à l'issue d'une parodie de procès, il est fusillé le à Montjuïc. Son exécution provoque un important mouvement international de protestation.

Sa mémoire est réhabilitée en Espagne après la chute de la dictature franquiste.

Biographie

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Républicain progressiste et franc-maçon

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Né à Alella, une petite ville près de Barcelone, le 10[1],[2] ou le 14[3] selon les sources, le treizième des quatorze enfants de viticulteurs. Ses parents étaient catholiques et conservateurs[4],[5].

Sa scolarité est brève, à l'école d'Alella, il reçoit une éducation religieuse[5], il étudie ensuite deux ans à l'école de Teia[6],[7]. En 1873, à 14 ans, il est envoyé à San Juan de Provençals, près de Barcelone chez un marchant de tissus pour y travailler [8],[4],[6].

Il a pour patron Pablo Ossorio, un anticlérical militant, qui exerce sur lui une influence forte et qui l’introduit dans les milieux républicains, anticléricaux et libres penseurs[4],[6],[9]. Francisco Ferrer adhère rapidement à ces mouvements et rejoint la franc-maçonnerie, à ce moment lieu traditionnel de la pensée libérale et de la conspiration politique en Espagne[10], dans la loge maçonnique Verdad (Vérité) de Barcelone[11],[12]. C’est dans ces milieux de la Libre-pensée qu’il rencontre et se lie d’amitié avec Anselmo Lorenzo qui participe à son intégration dans la mouvance libertaire[13]. Il étudie notamment Francisco Pi i Margall et les doctrines des internationalistes[14].

Vers 1878, il prend un nouvel emploi, aux chemins de fer, sous la casquette de contrôleur, sur la ligne Barcelone-Cerbère[15], ce dont il profite pour être un agent de liaison entre les partisans de Ruiz Zorrilla[16], leader du Parti Républicain Progressiste dont Francisco est membre[12] et grand maître de la loge maçonnique Verdad (Vérité) dont Ferrer est également membre[17].

Son rôle dans la tentative Catalane d'insurrection républicaine du général républicain Villacampa en 1884 est peu clair[17]. Responsable ou pas, il est obligé de s'exiler car l'échec de cette insurrection accentue la répression sur les milieux anarchistes et républicains[17]. Il se réfugie à Paris en 1886[18] jusqu'en 1901. Pour gagner sa vie, il est représentant en vins, puis restaurateur et donne des leçons particulières d'espagnol. Cependant, certains éléments, dont le fait qu'il soit parti 1 an après la tentative d'insurrection tendent à montrer qu'il fuyait plus son mariage avec Teresa Sanmarti Guiu que la police[19].

Exil en France

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Le début de son exil en France qui durera de 1886 à 1901[20] marque un tournant idéologique pour Francisco Ferrer. L'influence française est très forte sur les milieux républicains catalans en 1875 au moment où se met en place la IIIe république[18]. Ferrer est déçu pendant son exil à la fois par les républicains français qu'il accuse de mener une politique au service de la bourgeoisie[21] et par les républicains espagnols, alliés de Ruiz Zorrilla, qu'il considère comme égoïstes[21]. C'est cependant la question de l'éducation et notamment son aversion pour l'école républicaine française de la IIIe république qui initialise son glissement idéologique vers la mouvance libertaire[21],[22]. Il écrit dans L'Ecole Moderne en parlant de l'école française : « [I] found that God was replaced by the state, Christian virtue by civic duty, religion by patriotism, submission and obedience to the king, the aristocracy and the clergy by respect for the functionary, the proprietor, and the boss. »[23].

En , il s'affilie à la Loge Les Vrais Experts du Grand Orient de France à Paris[24],[25], grâce à cet intermédiaire, il enseigne l'espagnol au sein de l'Association philotechnique de Paris[25]. Il s'investit fortement dans sa loge jusqu'à devenir le premier surveillant pendant plusieurs années[25].

Son épouse, Teresa Sanmartí, avec laquelle il a eu sept enfants dont seuls trois ont atteint l'âge adulte (Paz, Sol et Trinidad)[26], ne partage pas ses opinions. Elle lui reproche de continuer à fréquenter des militants révolutionnaires en cette période agitée. Sans affinités, très éprouvé par la mort rapprochée de deux enfants, le couple décide de se séparer en . C'est à ce moment que Trinidad demande à son père de rejoindre sa sœur Paz chez le frère de Francisco, José qui avait immigré en Australie. Madame Ferrer supporte mal ces éléments. Elle tente d'abord sans succès de faire arrêter Francisco en tant qu'anarchiste reconnu, puis tire trois coups de revolver sur son mari qui est légèrement blessé à la tête et hospitalisé[27],[28]. La rédaction du Figaro écrit plusieurs articles sur l'affaire[29].

En 1899, six ans après sa rupture avec Teresa, Francesco Ferrer épouse la Française Léopoldine Bonnard, dont il a un fils, Riego[30],[31],[32]. C'est, selon Sol Ferrer, Léopoldine Bonnard qui a eu l'idée d'ouvrir une école en Espagne[33].

Escuela moderna - École moderne

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Le bulletin de l'École Moderne, décembre 1905.
Soledad Villafranca et Ferrer en 1909

En 1895, Francisco Ferrer donne régulièrement des cours d'espagnol dans plusieurs établissements publics, notamment au lycée Condorcet[34]. Il publie aussi un manuel, L'Espagnol pratique, à la Librairie Garnier dans lequel il insère des textes de propagande républicaine, féministe, anticléricale ou anarchiste[35],[36].

En 1901, Ernestine Meunier, une de ses anciennes élèves édite son testament pour lui laisser un appartement au 11 rue des Petites-Écuries à Paris[37], ce qui correspond environ à la moitié de sa fortune[38]. Trois mois plus tard, elle meurt. Francisco Ferrer a alors les fonds nécessaires pour fonder une école au calle Bailen 56 (aujourd'hui le 70) à Barcelone[33],[39]. L'Escuela moderna, ouvre ses portes le . Elle accueille 30 élèves : 12 filles et 18 garçons[33],[40]

Ferrer s'inspire des maisons du peuple belges : ainsi, l'École moderne n'est pas seulement une école[41]. En , il fonde le Boletin de la Escuela Moderna où il promeut les théories d'éducation rationalistes[33], le bulletin compte 62 livraisons d' à , le dernier numéro ayant seulement été livré en [42]. En parallèle, en 1901, il crée la maison d'édition Publicaciones de la Escuela Moderna qui publiera des ouvrages d'anarchistes français ainsi que d'académiciens. L'école dispense également des cours dominicaux pour les parents[43], propose une bibliothèque et un lieu d'accueil des associations ouvrières[42]. En 1904, alors que l'école en elle-même compte 114 étudiants, les livres publiés par la maison d'édition sont utilisés dans 14 écoles barcelonaises et 34 provinciales, affectant ainsi beaucoup plus d'enfants[44]. De plus, l'École moderne est une source d'inspiration pour d'autres établissements scolaires qui sont, soit créés, soit réorganisés selon le modèle Ferrer. En 1906, dans la province de Barcelone, il existe 47 succursales de l'École moderne[45]. 120 Cercles et Associations soutiennent également l'École moderne[46].

En 1902, Soledad Villafranca et sa sœur Angeles postulent en tant que professeur. Ferrer tombe amoureux de Soledad, de 21 ans sa cadette, et les embauche, malgré leur manque de qualifications. En 1905, sa relation avec Léopoldine prend fin, elle part vivre à Amsterdam avec leur fils, Riego[47].

La fin de l'Ecole moderne, le début de l'Ecole rénovée

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Encadré par la Guardia Civil (juin 1907). Transporté au tribunal pour l'affaire de la tentative d'homicide sur Alphonse XIII, le jour de son mariage, effectuée par son élève Mateo Morral (photographié par Campúa)[48].

Partisan de l'action ouvrière, du syndicalisme révolutionnaire et de la grève générale comme prélude de la révolution sociale, Ferrer subventionne et écrit pour le journal La Huelga General (La Grève Générale)[33],[49] de 1901 à 1903[50].

Le , le jour du mariage du roi Alfonso XIII, une bombe explose au milieu du cortège, provoquant la mort de 15 à 28 personnes et en blessant une centaine, dont le roi et sa femme[51],[52],[53],[54]. L'auteur de l'attentat, Mateo Morral était soit l'administrateur de la maison d'édition Publicaciones de La Escuela Moderna[51], soit un ancien bibliothécaire de l'école[55],[56], selon les sources. Son appartenance à l’École moderne suffit aux autorités pour ordonner sa fermeture.

Francisco Ferrer est arrêté et accusé d'être complice de ce crime. En dépit de nombreuses protestations, il est emprisonné plus d'un an[51],[56]. Aucune charge n'a pu être retenue contre lui, il est acquitté, le [57],[56].

À la suite de sa remise en liberté, Francisco Ferrer tente d'obtenir l'autorisation de rouvrir l'École Moderne de Barcelone. Le gouvernement espagnol répond 2 ans après la demande et refuse avec le motif que les livres d'école ne respectaient pas les bonnes conditions[57],[58]. Il décide alors de retourner à Paris et de donner une dimension internationale à son œuvre pédagogique et séjourne dans plusieurs capitales européennes dont Bruxelles[59].

En 1907, il contribue à la création du rassemblement syndical Solidaridad Obrera et à la fondation de son journal éponyme Solidaridad Obrera[60],[57] (premier numéro le ).

Avec Charles-Ange Laisant et soutenu par Sébastien Faure et Charles Malato, il fonde en la Ligue internationale pour l'éducation rationnelle de l'enfance, dont le président honoraire est Anatole France[61],[62]. Elle acquiert rapidement une audience importante dans les milieux progressistes européens et le soutien de personnalités dont Aristide Briand, Pierre Kropotkine et Paul Robin. Sa revue, L'École rénovée, est d'abord mensuelle puis hebdomadaire. Elle paraît d' à [63] et compte jusqu'à 900 abonnés[réf. souhaitée]. Ferrer a d'autres projets, une maison d'édition, une école de formation des enseignants, ou encore un musée[59].

Pendant l'été 1908, il prend également le temps d'écrire La Escuela Moderna, texte qui ne sera pas publié avant sa mort[64].

La semaine tragique

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En 1909, au début de la guerre de Mélilla au Maroc, le gouvernement espagnol déclare la mobilisation nationale. À l’époque, seul le versement de 6 000 réaux peut permettre d’échapper à la conscription, une somme extrêmement élevée qu’aucun travailleur n’est en mesure de réunir[réf. souhaitée]. 20 000 ouvriers et paysans sont mobilisés[64].

Le , à Barcelone, des organisations ouvrières radicales dont Solidarida Obrera qui choisit néanmoins de ne pas le déclarer officiellement par peur de la répression, proclament une grève générale pour protester contre la guerre[64]. En quelques heures, la ville est paralysée. Mais, rapidement, le peuple insurgé déborde les cadres des organisations et, dans la nuit du 27, incendie les églises et les couvents. Face à cette révolution naissante, le gouvernement proclame la loi martiale et envoie l’armée pour écraser la grève. Mais une partie des militaires et des gardes civils refusent de tirer sur les grévistes et se mutinent, laissant le gouvernement sans moyens immédiats de mettre un terme à la grève et aux barricades[réf. souhaitée].

Trois jours plus tard, le , le gouvernement de Madrid envoie des renforts militaires et, jusqu’au , réprime dans le sang les grévistes insurgés. Le nombre de morts se situe entre 60[65] et 110 morts (104 civiles, 4 travailleurs de la croix-rouge, 3 membres du clergé et 4 à 8 policiers)[66], 296 civils et 124 policiers sont blessés, 1725 personnes sont arrêtées, 21 à 61 églises et 30 couvents sont incendiés[66].

Un simulacre de procès

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Plusieurs associations catholiques comme le comité de défense social désignent Ferrer comme responsable de la semaine tragique. Le comte pontifical de Santa Maria de Pomés, interviewé dans le journal catholique El Universo, affirme : « Ce n'est pas pour rien que Ferrer, le désastreux Ferrer, passait près de Barcelone pendant la semaine précédant les premiers jours de la révolution impie ». Il accuse également Lerroux d'être un complice et précise que ce dernier est possédé par le diable. Pendant le procès, il avouera qu'il « ne peux donner d'information au delà des rumeurs populaires »[67].

Le , accusé d'être l'instigateur de la Semaine tragique, Francisco Ferrer est arrêté, mis au secret et longuement interrogé. Il est incarcéré à la prison Model de Barcelone[68],[69].

Le , le Comité de défense des victimes de la répression espagnol est créé par des alliés de Ferrer, l'ouverture du comité est marqué par la présence d'Anatole France et de Maurice Maeterlinck[70]. En France, L'Humanité, fondé 5 ans auparavant, est le lieu de toutes les publications de défense de Ferrer, dont celles du comité[71].

Le , Francisco Ferrer doit désigner un avocat[71] sur une liste d'officiers présélectionnés pour lui[72], ne peut pas appeler de témoins à la barre[73],[72], son domicile est fouillé sans témoin au mépris la loi espagnole[72] et son défenseur, le capitaine Francisco Galceran Ferrer ne peut examiner le dossier de 600 pages[69] qu'à la veille du procès[74], ce dernier avouera plus tard qu'il avait de puissants présupposés contre Ferrer avant le procès du fait de son antimilitarisme[75]. Des documents retrouvés dans les affaires de Ferrer fuitent dans la presse, malgré le fait que cette partie du procès soit normalement privée. Dans l'un d'entre eux, la phrase « Viva la anarquia » (vive l'anarchie) est remplacée par « Viva la dinamita » (vive la dynamite)[76].

Le , Francisco Ferrer comparaît devant un tribunal militaire[71],[77], plus en spectateur qu'en acteur. La séance plénière n'est pas publique comme le veut la loi espagnole[72]. Il est rarement interrogé à l'audience et tout aussi peu autorisé à prendre la parole[74]. Les alliés de Ferrer comme sa compagne, Soledad Villafranca, sont exilés par la police et ignorent même que le procès a lieu[78].

Il n'existe pas de preuve concordant les accusations selon lesquelles Ferrer aurait organisé l'insurrection de la semaine tragique, il était bien présent à Barcelone pendant la Semaine tragique mais avait été écarté du mouvement par les leaders de ce dernier car il était considéré comme une figure politique polarisante. Il se rabattit alors sur des villes proche de Barcelone, quelques incidents mineurs y ont eu lieu, mais rien n'indique que Ferrer en soit responsable[79],[80],[81].

Exécution sommaire

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Carte postale de Francisco Ferrer éditée à Liège en Belgique représentant l'exécution de Ferrer

Le , à 3 heures du matin, Francisco Ferrer est transféré au château de Montjuïc et le , à 8 heures, malgré l'absence de preuves, sa condamnation à mort lui est notifiée[82].

Au matin du [83], à 9 heures, entouré des gardes, Francisco Ferrer marche vers son exécution. Malgré ses protestations, l'aumônier de Montjuïc le suit pas à pas, il refuse encore le curé et demande que la statue de la vierge Marie soit retirée de sa cellule[84]. Il arrive à la poterne qui donne sur le fossé Santa-Eulàlia[85]. Il demande à être fusillé debout, face au peloton, sans bandeau sur les yeux. Les officiers exigent qu'on lui mette un bandeau[85].

Avant que ne claque la fusillade, Francisco Ferrer, d'une voix forte, lance aux soldats du peloton : « Mes enfants, vous n'y pouvez rien, visez bien. Je suis innocent. Vive l'École Moderne. »[83],[85]. Trois balles dans son crane interrompent alors sa phrase[85].

Il est enterré au cimetière de Montjuïc, à Barcelone[85]. Les procédures administratives ont été d'une exceptionnelle rapidité, l'auditeur écrivit son rapport de 7 500 mots en un seul jour[86]. L'exécution a eu lieu deux jours avant la convocation des Cortès qui n'ont pu alors que constater un fait accompli[85].

La nouvelle de son exécution provoque une explosion de colère dans le monde entier[87]. Le jour même, toutes les capitales sont secouées par de violentes manifestations. Paris connut l'une de ses plus chaudes soirées[88]. À la suite des attaques du leader du parti libéral, le gouvernement espagnol démissionne huit jours après la mort de Ferrer et six jours après la convocation des Cortès[89].

Réactions internationales

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Le Libertaire du 31 octobre 1909. Le falot monarque Alphonse XIII et l’Église catholique qui lui tient la main pour signer l’arrêt de mort de Francisco Ferrer.
Manifestation à Paris à la suite de l'exécution de Francisco Ferrer (après le 11 octobre 1909)[90].
La vérité sur l'affaire Ferrer, publication du bureau "Les Temps nouveaux" (no 40, 1910), dessin de Maximilien Luce.

Malgré le fait que, dans son testament dicté, Ferrer écrit : « [...] le temps qu'on emploie à s'occuper des morts serait mieux employé à améliorer la condition où se trouvent les vivants[...] »[91],[92], de nombreuses manifestations et protestations éclatent. La presse radicale, en grande partie par opportunisme, qualifie Ferrer de « martyr de la liberté »[93]. Une partie de ces réactions populaires sont énumérées ici :

En France, le , lorsque Francisco Ferrer est exécuté et à la suite de l'appel de L'Humanité, une manifestation rassemble à Paris plusieurs dizaines de milliers de personnes qui investissent l’ambassade d’Espagne[87]. Le préfet Lépine, chargé du maintien de l'ordre envoie la cavalerie. De violents incidents éclatent : certains manifestants sont armés, un policier est tué. La « deuxième manifestation Ferrer », le , instaure une pratique qui se développera par la suite : l'encadrement conjoint de la manifestation par les organisateurs et les forces de l'ordre [94],[92]. Dans le bassin minier de Charleroi, en Belgique, on hisse des drapeaux noirs sur les maisons du peuple[88]. En Argentine, un meeting improvisé par la Fédération ouvrière régionale argentine, réunit 20 000 ouvriers qui appellent à la grève générale, elle sera effective le lendemain et durera jusqu'au [88]. À Rome, l'armée protège le Vatican contre les manifestants[88]. La Corda Fratres, Fédération internationale des étudiants, ni politique, ni religieuse, appelle les étudiants du monde entier à manifester leur indignation[95]. En Uruguay, un meeting de la Fédération ouvrière régionale uruguayenne réunit 10 000 personnes sur la place de la Liberté de Montevideo, suivi d'un meeting du Centre International d'Études Socialistes, la grève générale est décrétée à partir du , de nombreuses manifestations et meetings ont lieu jusqu'au 18 à travers le pays et des affrontements ont lieu avec la police qui défend l'ambassade espagnole à Montevideo[96]. À Trieste, en Autriche (aujourd'hui en Italie), les chantiers navals sont en grèves et les écoles publiques désertées[88]. Barcelone est secoué par trois attentats à la bombe[88]. À Marseille, 20 000 personnes manifestent[88]. À Nancy, une bombe artisanale est projetée dans le jardin de l'évêché[88].

En 1914, la mort de Jean Jaurès et le début de la première guerre mondiale balaient l'émotion suscitée par la mort de Ferrer[97].

Philosophie et opinions

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Les opinions de Francisco Ferrer sont parfois ambigües et ce pour plusieurs raisons[98]. Tout d'abord parce que, initialement républicain, il adopte des idées plus anarchistes pendant son exil en France, ensuite, il écrit parfois sous pseudonyme, articulant alors des opinions différentes de celles qu'il défend publiquement, notamment sur la question de la violence[99]. Et enfin parce que, après sa mort, les républicains ont cherché à utiliser son martyre en aseptisant ses idées, le cantonnant à un rôle de progressiste sans réelle conviction libertaire et antiétatique[100],[101],[102]. Certaines de ses opinions sont néanmoins incontestables.

Ses influences sont multiples. Pendant son exil en France, Ferrer évolue pendant un âge d'or de l'éducation libertaire, il s'inspire alors de Paul Robin[103], Pierre Kropotkine[104] et également de Émile Janvion et du texte que celui-ci écrivit pour un "congrès antiparlementaire" qui n'eut finalement jamais lieu en 1900. Janvion résume cet enseignement libertaire en trois axes : intégrale, rationnelle et mixte[25].

Educationnisme

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Photo de Paul Robin, pédagogue libertaire français et source d'inspiration pour Ferrer.

Ferrer s'intègre dans la mouvance anarchiste dite éducationniste qui veut faire de l'éducation un des moyens majeurs de la révolution sociale[102]. Il s'inspire beaucoup de l'initiateur de ce courant de pensée : Paul Robin[103]. Ferrer reproduira ses textes à la fois dans le Bulletin de l'Ecole moderne en 1901 mais également dans les premiers numéros de l'Ecole rénovée en 1908[105].

En 1893 et 1894, les lois scélérates et le procès des trente aboutissent à la fin de la propagande par le fait. Il y a alors une scission dans le mouvement anarchiste entre le courant insurrectionaliste et éducationiste en France. Ferrer, alors exilé en France, tente de réconcilier les deux approches[106] mais, par ses actions et son engagement pour l'Ecole moderne, il est considéré comme un éducationiste[102].

Rationalisme

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Il milite pour une éducation rationaliste. La science serait à la fois un rempart contre les croyances, un moyen de lutte contre les dogmes et un outil d'émancipation[107].

Co-éducation des sexes

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Ferrer s'inspire d'un livre d'Ellen Key : le Siècle de l'enfant, publié en 1900. Il y trouve alors la volonté d'unir le combat d'émancipation des femmes et des enfants. En 1908, Ellen Key collabore à l'Ecole rénovée, revue que vient de créer Ferrer[108]. Ainsi, Ferrer met en place le principe de coéducation des sexes, prenant le risque que l'école soit fermée car jugé immorale par l'église[109].

Anticléricalisme

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Pour Ferrer, le manichéisme chrétien explique sa reproduction dans la société et donc les inégalités. Là encore, il souhaite utiliser l'éducation pour résoudre cela[108].

Néo-malthusianisme

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Ferrer fait partie de la Ligue de régénération humaine initié par Paul Robin[110]. Comme Paul Robin avec l'orphelinat de Cempuis, la mise en œuvre du néomalthusianisme passe, pour Ferrer, par l'affirmation de l'importance de l'hygiène scolaire[111].

Critiques

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Les commémorations du martyre de Ferrer ont éclipsé les débats sur le bien-fondé de la méthode Ferrer parmi les libertaires. Certaines personnalités comme Clémence Jacquinet, la première directrice de l'Ecole moderne[112], critiquent la pédagogie utilisée dans l'école, qu'ils jugent partisane. Selon eux, la solution serait une pédagogie neutre, qui se base uniquement sur les faits prouvés par la science. Le fait qu'une pédagogie scientifique aboutisse à l'adoption de la doctrine libertaire est un postulat professé par beaucoup d'anarchistes[113]. La majeure partie du mouvement libertaire de l'époque défend cependant les idées de Ferrer[113].

Les milieux conservateurs et cléricales ont publié des écrits à charge contre Ferrer, sa personne, l'ensemble de sa vie et de sa mémoire. C'est le cas par exemple de l'ouvrage Un Précurseur du Bolchévisme, Francisco Ferrer, Sa Vie et son Œuvre, Etude critique de l'abbé Marie Lugan publié en 1921, soit 10 ans après la mort de Ferrer[114],[115]. Dans ce type d'écrits, Ferrer est accusé d'être stupide, un « primaire »[116] et un « paysan »[117], (« S'il avait jamais ouvert un vrai livre d'histoire »[118]) , d'utiliser les femmes, notamment Ernestine Meunier que Ferrer aurait assassinée pour toucher son héritage, « Le poison se voit sous les ongles ! »[119], de fomenter et d'exécuter des attentats, de former des auteurs d'attentats et d'être l'instigateur de la semaine tragique de 1909[120]. Plus largement, Ferrer serait au centre d'un complot maçonnique international qui « agite son cadavre comme un drapeau »[121].

  • La grève générale, série d'articles écrits entre 1901 et 1903 et parus dans le journal La Huelga General. Ils furent publiés en langue française dans le journal Le Réveil socialiste-anarchiste en 1911[50]. Ferrer écrit ces articles anonymement, en utilisant le pseudonyme "Cero"[99].
  • Principes de morale scientifique à l'usage des écoles rationalistes, essai écrit dans la prison de Madrid en 1907[100],[122].
  • La Escuela Moderna, essai faisant le bilan de l'expérience de l'école moderne. Il l'écrit après son premier emprisonnement sans le publier[64]. Il a depuis été publié plusieurs fois[123].
  • De nombreux articles dans le Bulletin de l'Ecole moderne et dans l'Ecole rénovée, deux revues qu'il a créées[102].
  • Francisco Ferrer anarchiste, articles rédigés par Ferrer et Lorenzo, Brochure Mensuelle no 142, Paris, 1934[124].

Postérité

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Le Monument Francisco Ferrer du sculpteur Auguste Puttemans à Bruxelles.

Escuela moderna

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Écoles qui portent le nom de Ferrer

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Culture populaire

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  • Pendant la Guerre d'Espagne, le théâtre Borràs de Barcelone prend le nom de Ferrer, pour former avec le Aribau Club (construit par les syndicalistes libertaires et inauguré sous le nom de Durruti) et le désormais disparu cinéma Vergara (qui a été créé sous le nom de Ascaso), ce que l'on appelle la "trilogie des martyrs de la cause anarchiste", comme l'indique la stèle du cimetière de Montjuïc.

Espace urbain

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Plaque de la rue Francisco Ferrer à Sevran
  • Une statue est érigée, en hommage, sur le terre-plein central faisant face au rectorat de l'Université libre de Bruxelles. La sculpture en bronze conçue par Auguste Puttemans représente un homme dressé, nu, tenant un flambeau à bout de bras. Le socle massif en pierre bleue et granit rose, dessiné par l'architecte Adolphe Puissant, intègre une inscription en bronze, au caractère politique affirmé : à l'origine, « À Francisco Ferrer fusillé à Montjuich le Martyr de la liberté de conscience ». Érigée le place du Samedi, au centre-ville, elle suscite une grande polémique quant à sa symbolique. La sculpture est retirée par l'occupant allemand lors de la Première Guerre mondiale. Le , le Conseil général de la Libre Pensée de Belgique organise un rassemblement pour exiger la remise en place du monument. Il est réédifiée place Sainte-Catherine, après modification des inscriptions originelles (suppression de la mention : « Martyr de La liberté de conscience » celle-ci ayant été effacée par les Allemands), puis déplacée au quai à la Chaux, avant d'être installée, en 1984, à son emplacement actuel avec son inscription d'origine[128].
  • En 1990, sur la montagne de Montjuïc ont été placés un monolithe et une statue de Auguste Puttemans (identique à celle de Bruxelles) en signe de reconnaissance publique de la ville de Barcelone à Francisco Ferrer : « Barcelone répare avec ce monument de nombreuses années d'oubli et d'ignorance d'un homme, mort pour défendre la justice sociale, la fraternité et la tolérance. Mairie de Barcelone. La Fondation Ferrer i Guardia.  ».
  • Il existe nombre de lieux urbains qui portent son nom, ainsi, un quartier Francisco-Ferrer et une rue Francisco-Ferrer à Rennes, une Rue Francisco-Ferrer à Nantes, à Issy-les-Moulineaux , à Montreuil, à Bagnolet, à Aulnay-sous-Bois, à Roost-Warendin comme dans des centaines d'autres villes[97]. En Belgique, il y a plus de soixante-dix rues et places Ferrer dans les anciens bassins industriels wallons, notamment dans le Borinage[129].
  • Le Conseil de Paris a voté en 2010 l'apposition d'une plaque commémorative au 26, rue Richer, dans le 9e arrondissement, devant l'immeuble où il vécut en exil[130].

Notes et références

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  1. Sol Ferrer, Le véritable Francisco Ferrer: d'après des documents inédits, Éditions "Les Deux Sirènes,", (lire en ligne)
  2. Jean Houssaye, Quinze pédagogues: Idées principales et textes choisis, Fabert, (ISBN 978-2-84922-191-4, lire en ligne)
  3. (ca) « Wikipédia et l'Encyclopédie catalane corrigent la date de naissance de Ferrer i Guàrdia sur la base d'un article de la revue Alella », sur revistaalella.cat, (consulté le )
  4. 1 2 3 Bray, Haworth et Ferrer 2019, chapitre II, p. 19.
  5. 1 2 Wagnon 2013, p. 18.
  6. 1 2 3 Wagnon 2018, p. 19.
  7. Archer 1911, p. 3.
  8. Marianne Enckell, « FERRER Francisco [Francisco Ferrer Guardia, dit] [Dictionnaire des anarchistes] », sur maitron.fr, (consulté le )
  9. Ferrer 1962, deuxième partie, p. 50.
  10. Wagnon 2013, p. 26.
  11. Léo Campion, Le Drapeau noir, l'Équerre et le Compas : les anarchistes dans la franc-maçonnerie, éditions Alternative libertaire, 1996, lire en ligne.
  12. 1 2 Bray, Haworth et Ferrer 2019, chapitre II, p. 21.
  13. Wagnon 2013, p. 25.
  14. Ferrer 1962, deuxième partie, p. 51.
  15. Bray, Haworth et Ferrer 2019, chapitre II, p. 18.
  16. Archer 1911, p. 5.
  17. 1 2 3 Wagnon 2013, p. 27.
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Annexes

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Bibliographie

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Ouvrages

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  • Léo Campion, Le Drapeau noir, l'Équerre et le Compas, Editions Alternative Libertaire, . Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
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    • Hem Day, Francisco Ferrer, l'homme, la escula moderne, ses idées, son idéal, Pensée et action, , 36 p. Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article.
  • Pol Defosse, Martine Goldberg, Jean-Michel Dufays et Etienne Mommaerts, Dictionnaire Historique De La Laïcité En Belgique, La Renaissance du livre, (ISBN 9782874155246, lire en ligne).
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    • Sol Ferrer, Le véritable Francisco Ferrer : l'Homme, l'éducateur, le militant, le martyr, Paris, Editeur Deux Sirènes, (SUDOC 01020623X). Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article.
    • Sol Ferrer, Révélations sur la vie de Francisco Ferrer Guardia : Son œuvre / L'enfant et la femme dans la société, Paris, Foyer Philosophique, .
    • Sol Ferrer, Francisco Ferrer devant les événements français de 1870-1909 : question complémentaire de la pensée politique et sociale de Francisco Ferrer Guardia, (SUDOC 093501412).
    • Sol Ferrer, La Vie et l'œuvre de Francisco Ferrer, Fischbacher, , 239 p. (SUDOC 020729715). Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article.
    • Essai de bibliographie sur l'œuvre de Francisco Ferrer, Éditions Pensée et action, 1960. Notice sur data.bnf.fr.
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  • Jean Houssaye, Quinze pédagogues : Idées principales et textes choisis, Faber, , 724 p. (ISBN 2849221910). Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article.
  • Marie Lugan, Un Précurseur du Bolchévisme, Francisco Ferrer : Sa Vie et son Œuvre, Etude critique, Procure générale (Paris), , 56 p. (lire en ligne). Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article.
  • Violette Marcos, Annie Rieu et Juanitos Marcos, Francisco Ferrer i Guardia, 1859-1909, une pensée en action, Le Coquelicot, , 109 p.
  • (en) Renato Rugieres, G. Normandy, E. Lesueur, William Heaford, Hippolyte Havel, Helen Tufts Bailie, Leonard Abbott et Emma Goldman, Francisco Ferrer, his life, work and martyrdom, Francisco Ferrer association, , 96 p. (lire en ligne). Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article.
  • Ramon Safon, Le rationalisme combattant - Francisco Ferrer y Guardia, Éditions CNT-RP, xxe siècle, 64 p. (ISBN 2-9516163-0-9).
  • Essais écrit par l'historien Sylvain Wagnon aux éditions de création libertaires :
  • Jean Wintsch et Charles Heimberg, L'école Ferrer de Lausanne, Entremonde, coll. « La rupture », , 75 p. (ISBN 978-2-940426-01-0, présentation en ligne).

Travaux universitaires

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Articles

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Discours

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Vidéographie

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  • Mari Carmen Rodriguez, Frédéric Mole, Charles Heimberg, Francisco Ferrer et la pédagogie libertaire, lachaine.ch, voir en ligne.

Iconographie

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  • Fédération internationale des centres d'études et de documentation libertaires : cartes postales.

Articles connexes

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Liens externes

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