Gabriel Bouquier
Gabriel Bouquier est un artiste peintre et poète avant de devenir un homme politique français né le à Terrasson-Lavilledieu (Dordogne) et décédé le au même lieu.
| Député de la Dordogne Convention nationale | |
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Biographie
modifierGabriel Bouquier est le fils de Guillaume Bouquier, commissaire de l'Intendance de Guyenne à Terrasson, et de Pétronille Teilhet, mariés le dans l'église Saint-Sulpice du Bugue, petit-fils de Gabriel Bouquier, bourgeois-marchand de Terrasson, propriétaire du domaine de Teyssenat, près de Terrasson.
Il a fait ses études au collège des jésuites de Brive. Il voyage dans la région et se passionne pour l'art religieux. Il a été formé à la peinture en province. Il se rend à Paris pour le Salon de 1765 où il découvre l'art d'après nature et y séjourne quelque temps puis revient dans sa ville natale. Il vit à Terrasson jusqu'en 1768, fait de nouveau un court séjour parisien et revient à Terrasson où il peint des portraits, fait des dessins de paysage, jusqu'en 1770. C'est à lui que l'on doit le premier plan de la grotte de Rouffignac[1].
Il quitte Terrasson à la suite de démêlés sentimentaux et monte à Paris pour participer à la vie artistique de la capitale en 1772. Il y rencontre le peintre Jean-Baptiste Greuze, le comte de Caylus, se perfectionne auprès de son ami le peintre-restaurateur Jean-Baptiste Jeanteau. Il fait un voyage de formation en Italie, entre 1776 et 1779. Il s'installe à Bologne puis à Rome. À son retour en France il se marie en 1780 avec Mlle Teillard de la Chapelle. En 1787 , il est reçu à l'Académie de peinture de Bordeaux. À cette occasion, il compose un poème Le charme de la peinture
Il est nommé en 1787 subdélégué de l'Intendance de Guyenne. Il est chargé de rédiger le « cahier des plaintes, doléances et remontrances des habitants du Tiers-État du lieu et paroisse de Terrasson, formant 393 feux », rédigé le [2]. Il représente le tiers-état de Terrasson avec M. de Saint-Exupéry de Fraysse.
Mandat à la Convention
modifierLa monarchie constitutionnelle, mise en application par la constitution du 3 septembre 1791, prend fin à l'issue de la journée du : les bataillons de fédérés bretons et marseillais et les insurgés des faubourgs de Paris prennent le palais des Tuileries. Louis XVI est suspendu et incarcéré, avec sa famille, à la tour du Temple.
En , Gabriel Bouquier, alors juge de paix à Terrasson-la-Villedieu, est élu député du département de la Dordogne, le dixième et dernier, à la Convention nationale[3].
Il siège sur les bancs de la Montagne. Le , il émet son opinion sur le jugement de Louis XVI[4] :
Pour moi, qui, depuis trente ans, nourris dans mon âme une haine constante pour les rois, j'avoue que la pitié ne peut rient m'inspirer pour eux [...]. Un roi n'est pour un vrai républicain qu'un monstre carnivore qu'il faut étouffer. Je n'attaquerai point l'inviolabilité ; on perd son temps à combattre des chimères. Le siècle des prestiges, des songes, de l'illusion, a fait place à celui de la raison, de la philosophie, de la vérité. Personne ne doit ignorer aujourd'hui que cette égide ridicule, dont les despotes ont toujours eu grand soin de couvrir leur scélératesse, ne peut plus les garantir du glaive tranchant de la justice.
Lors du procès, il vote la mort, et rejette l'appel au peuple et le sursis à l'exécution de la peine[5]. Le , il vote contre la mise en accusation de Jean-Paul Marat[6] :
Comme ce n'est pas d'après des feuilles qu'un colporteur crie à deux sous, mais d'après des pièces écrites et signées de la main d'un individu, ou d'après des accusations légales rendues contre un individu, qu'on peut l'accuser, je déclare que jusqu'à ce qu'on ait mis sous mes yeux des pièces probantes contre Marat, il n'y a pas lieu à accuser contre lui.
Il a été secrétaire de la Convention nationale le , membre et plusieurs fois rapporteur du Comité d'Instruction publique. Il a fait voter un plan sur l'enseignement public, qui a abouti à la loi Bouquier, votée le (29 frimaire an II) et promulguée le (5 nivôse an II)[7]. Cette loi, qui a été appliquée jusqu'à l'été 1794, met en place pour la première fois en France une école publique, gratuite et obligatoire, pour les filles et les garçons[8].
Un des derniers décrets qu'il a fait voter le concerne la restauration des tableaux du Museum national[9].
Il a composé en collaboration avec Pierre-Louis Moline une pièce dramatique en cinq actes et en vers nommée La réunion du dix août ou L'inauguration de la république française représentée le à l'Opéra national, aux frais de la République.
Il rejoint son Périgord natal après le 9 thermidor et s'est retiré sur ses terres et a renié ses idées révolutionnaires. Il est nommé juge de paix. Pendant le Consulat et le Premier Empire il va s'intéresser à la religion catholique et composer des œuvres poétiques apologétiques : La Mort d'Abel, L'Élévation de la sainte Hostie, Hymne à l'Éternel.
Famille
modifierSa fille Françoise-Zénobie Bouquier, dernière survivante des trois enfants de Gabriel Bouquier est décédée à Terrasson le . Elle a légué sa fortune à l'Assistance publique de Paris ainsi que les archives de son père. L'ensemble sera vendu aux enchères, l'administration se réservant 9 volumes manuscrits constituant le fonds Bouquier[10].
Dessins et peintures
modifierLe Musée d'art et d'archéologie du Périgord possède 254 dessins de Gabriel Bouquier représentant les vestiges de Rome et de son voyage en Italie, ainsi que des manuscrits originaux provenant de leur achat par Edouard Galy à Terrasson, en 1866. Le legs du marquis de Saint-Astier, en 1891, a permis d'enrichir le musée de l'autoportrait de Gabriel Bouquier.
Publications
modifier- Gabriel Bouquier, Épître à monsieur Vernet peintre du roi membre de l'académie royale de peinture et sculpture, manuscrit, 1773 (lire en ligne)
- Gabriel Bouquier, Opinion dans le procès du roi, 1792
- Gabriel Bouquier, député de la Dordogne à la Convention nationale, Épître aux sans-culottes, De l'imprimerie du républicain, Paris, An II de la République française (lire en ligne)
- Gabriel Bouquier, Épître à la Société des amis de la liberté et de l'égalité, séante aux ci-devant Jacobins, à Paris, Imprimerie nationale, Paris, 1793 Omprimerie nationale, Paris (lire en ligne)
- Gabriel Bouquier, Hymne à la Liberté (lire en ligne)
- Gabriel Bouquier, Pierre-Louis Moline, La Réunion du dix août ou L'inauguration de la République française, sans-culotide dramatique ; en cinq actes et en vers, mêlés de déclamations, chants, danses et évolutions militaires, chez R. Vatar, Paris, An II de la République française (lire en ligne). Musique de Bernardo Porta
- Convention nationale. Rapport et projet de décret, relatifs à la restauration des Tableaux et autres monumens des arts, formant la collection du Muséum national, par Gabriel Bouquier, au nom du comité d'instruction publique, imprimés par ordre de la Convention nationale. 6 messidor ()
- Thomas Lindet, président de la commission des Arts, Gabriel Bouquier, président du comité d'Instruction publique, Noël-Gabriel-Luce Villar et Jacques-Michel Coupé, secrétaires, Instruction Sur la manière d'inventorier et de conserver, dans toute l'étendue de la République, tous les objets qui peuvent servir aux arts, aux sciences et à l'enseignement, : proposée par la Commission temporaire des Arts, et adoptée par le Comité d'Instruction publique de la Convention nationale, Imprimerie nationale, Paris, An II de la République française (lire en ligne)
- Convention nationale. Rapport et projet de décret sur le dernier degré d'instruction, par Gabriel Bouquier, présentés au nom du Comité d'instruction publique, le 24 germinal an II (), imprimé par ordre de la Convention nationale, Imprimerie nationale
- Convention nationale. Rapport et projet de décret du 21 frimaire an III (11 décembre 1794) formant un plan général d'instruction publique, par Gabriel Bouquier, membre de la Convention nationale et du comité d'instruction. Imprimés par ordre du comité, Imprimerie nationale
Notes et références
modifier- ↑ Christian Chevillot, Frédéric Plassard, Eneko Hiriart et Vincent Geneviève, « Rouffignac, une grotte-sanctuaire du IIe âge du Fer », Documents d'archéologie et d'histoire périgourdines, vol. 34, , p. 117 (lire en ligne, consulté le )
- ↑ Gabriel Bouquier, « cahier des plaintes, doléances et remontrances des habitants Tiers-État du lieu et paroisse de Terrasson, formant 393 feux 8 mars 1789 », dans Le Périgord révolutionnaire, p. 247-252, Supplément du Bulletin de la Société historique et archéologique du Périgord, 1989 (lire en ligne).
- ↑ Claveau, Louis, Ducom, André Jean (1861-1923), Lataste, Lodoïs (1842-1923) et Pionnier, Constant (1857-1924), « Archives parlementaires de 1787 à 1860, Première série, tome 52, Liste des députés par départements »
, sur https://gallica.bnf.fr, (consulté le ) - ↑ Claveau, Louis, Ducom, André Jean (1861-1923), Lataste, Lodoïs (1842-1923) et Pionnier, Constant (1857-1924), « Archives parlementaires de 1787 à 1860, Première série, tome 54, séance du 3 décembre 1792, Dix-neuvième annexe »
, sur https://gallica.bnf.fr, (consulté le ) - ↑ Froullé, Jacques-François (≃1734-1794) et Levigneur, Thomas (≃1747-1794), « Liste comparative des cinq appels nominaux. Faits dans les séances des 15, 16, 17, 18 et 19 janvier 1793, sur le procès et le jugement de Louis XVI [...] »
, sur https://gallica.bnf.fr, (consulté le ) - ↑ Claveau, Louis, Ducom, André Jean (1861-1923), Lataste, Lodoïs (1842-1923) et Pionnier, Constant (1857-1924), « Archives parlementaires de 1787 à 1860, Première série, tome 62, séance du 13 avril 1793 »
, sur https://gallica.bnf.fr, (consulté le ) - ↑ Côme Simien, « L’éducation prend sa place au cœur de la République: », L'Humanité, vol. N° Hors-série, no 1, , p. 40–41 (ISSN 0242-6870, DOI 10.3917/hum.hs4.0040, lire en ligne, consulté le )
- ↑ René Grevet, « Chapitre I. La mise en œuvre d’une législation scolaire (1789-an X, avril 1802) », dans École, pouvoirs et société (fin xviie-1815). Artois, Boulonnais, Pas-de-Calais, Publications de l’Institut de recherches historiques du Septentrion, coll. « Histoire et littérature du Septentrion (IRHiS) », , 187–210 p. (ISBN 978-2-905637-91-8, DOI 10.4000/books.irhis.1184, lire en ligne)
- ↑ Personnages périgourdins de la Révolution, dans Le Périgord révolutionnaire, p. 626-627, Supplément du Bulletin de la Société historique et archéologique du Périgord, 1989 (lire en ligne)
- ↑ Eugène Defrance, La conversion d'un sans-culotte : Gabriel Bouquier, peintre, poète et conventionnel, 1739-1810... / Eugène Defrance, , 310 p. (lire en ligne), p. 9-11
Sources
modifier- « Gabriel Bouquier », dans Adolphe Robert et Gaston Cougny, Dictionnaire des parlementaires français, Edgar Bourloton, 1889-1891 [détail de l’édition]
Annexes
modifierBibliographie
modifier- Édouard Galy, G. Bouquier, député à la Convention nationale, peintre de marines et de ruines. Notes sur l'état de la peinture en France et en Italie à la fin du XVIIIe siècle, Dupont, Périgueux, 1867 (lire en ligne)
- Anatole de Rouméjoux, « Bouquier (Gabriel) », dans Biographie générale du Périgord, imprimerie de la Dordogne, Périgueux, 1897, tome 1, A-F, p. 65-66 (lire en ligne)
- Léonard-Albert Dujarric-Descombes, La Fin d'un Conventionnel Gabriel Bouquier, Impr. de Cassard jeune, 1901
- Gabriel Lafon, Gabriel Bouquier, de Terrasson, député à la Convention nationale, peintre de marines et de ruines, poète didactique et dramatique, Ferret et fils, Bordeaux, 1912
- Eugène Delafrance, La conversion d'un sans-culotte. Gabriel Bouquier, peintre, poète et conventionnel, 1739-1810, Mercure de France, Paris, 1912 (lire en ligne)
- Gabriel Lafon, « Un dernier mot sur la conversion du conventionnel Bouquier, de Terrasson », dans Bulletin de la Société historique et archéologique du Périgord, 1921, tome 98, p. 158-159 (lire en ligne)
- P. Barrière, « Gabriel Bouquier: Notes sur un voyage en Italie », dans Revue d'histoire littéraire de la France, 1932, p. 236-239 (lire en ligne)
- François-Georges Pariset, « Gabriel Bouquier et ses croquis du Voyage d'Italie (1779). Étude des deux albums de la Société historique et archéologique du Périgord », dans Actes du 11e congrès d'études régionales tenu à Bergerac les 10 et 11 mai 1955, La Dordogne et sa région, Bordeaux, 1959, p. 217-227
- Jean Secret, « Peintres et verriers en Périgord avant la Révolution », Bulletin de la Société historique et archéologique du Périgord, t. 91, no 1, , p. 34-35 (lire en ligne)
- Françoise Soubeyran, « Gabriel Bouquier », dans Cent portraits périgourdins, Société historique et archéologique du Périgord, Périgueux, p. 84-85
- Françoise Soubeyran, Gabriel Bouquier à Rome 1777-1779, Pierre Fanlac éditeur, 1984, (ISBN 978-2-865-77054-0)
- René Larivière, « Une peinture de Gabriel Bouquier. Le Christ de Lavilledieu », dans Bulletin de la Société historique et archéologique du Périgord, 1984, tome 111, 2e livraison, p. 151-161 (lire en ligne)
- Sophie Delluc, Thomas Rossy, « Deux dessins du château de Fleurac par le conventionnel Gabriel Bouquier », dans Le Périgord révolutionnaire, p. 355-370, Supplément du Bulletin de la Société historique et archéologique du Périgord, 1989 (lire en ligne)
- Véronique Merlin-Anglade, « Dessiner le patrimoine au XVIIIe et au XIXe siècle dans les collections du Musée d'art et d'archéologie du Périgord », dans Dessiner le patrimoine. Archéologues en Périgord du XVIIIe siècle à nos jours, Conseil départemental de la Dordogne, Périgueux, 2017, p. 78-83, (ISBN 978-2-86-024025-3)
- Michel Roy, « Gabriel Bouquier, peintre et conventionnel périgourdin », Bulletin de la Société historique et archéologique du Périgord, t. 153, no 1, , p. 27-48
Liens externes
modifier- Ressources relatives aux beaux-arts :
- Ressource relative à la vie publique :
- Ressource relative au spectacle :
- Université de Clermont-Ferrand. Poètes en Révolution : Gabriel Bouquier