Gentleman cambrioleur
Le gentleman cambrioleur est un personnage archétypal qui se distingue par sa double vie de personne mondaine d'un côté et sa vie de cambrioleur de l'autre, agissant avec élégance et raffinement. L'adjectif « gentleman » suppose que son côté mondain déteigne sur son activité illicite, c'est-à-dire qu'il s'agisse d'un cambrioleur aux bonnes manières et qui ne fait jamais ou rarement usage d'une arme ou de quelconque brutalité.

Popularisé par la littérature populaire de la fin du XIXe siècle et du début du XXe siècle, le gentleman cambrioleur prend la forme d'un anti-héros incarnant la romantisation du crime.
Histoire
modifierLe terme de gentleman-cambrioleur est un oxymore qui désigne un individu mondain, souvent séduisant, qui s'adonne en secret et sans violence à la cambriole[1].
Ce personnage type apparaît concomitamment dans la littérature populaire anglophone et francophone à la fin du XIXe siècle sous la figure du voleur aux bonnes manières[2]. Héritier des « bandits d'honneur » du XVIIIe siècle — tels que Cartouche, Mandrin, Marion du Faouët[3] — et des bandits gentilshommes littéraires du XIXe siècle — à l'instar de Rocambole[4] —, le gentleman cambrioleur apparaît avec l'essor du roman policier et des intrigues à mystère[5].
En 1896, l'écrivain français Octave Mirbeau narre dans le conte de presse Scrupules, paru dans Le Journal du , les exploits d'Arthur Lebeau[2],[Note 1], tandis que le britannique Grant Allen publie les aventures du Colonel Clay dans An African Millionaire. L'australien Guy Boothby (en) met en scène Simon Carnes en 1897 dans A Prince of Swindlers et l'année suivante Ernest William Hornung publie Les Ides de Mars, première aventure d'Arthur J. Raffles[6].
En France, l'expression de « Gentleman cambrioleur » est créée par le romancier Maurice Leblanc[1] qui l'utilise pour la première fois en 1907 lors de la publication en volume des aventures d'Arsène Lupin dans le recueil de nouvelles Arsène Lupin, gentleman-cambrioleur. Outre le titre du recueil, l'auteur rajoute également dans le corps du texte l'expression « Gentleman cambrioleur » sur le bristol qu'Arsène Lupin laisse à ses victimes[7].
Œuvres mettant en scène un gentleman cambrioleur
modifierLittérature
modifier- Rocambole créé en 1857 par Pierre Ponson du Terrail.
- Arthur J. Raffles (A.J. Raffles) est un gentleman cambrioleur créé en 1898 par Ernest William Hornung.
- Arsène Lupin est un gentleman cambrioleur créé en 1905 par Maurice Leblanc.
- Le Baron est un gentleman cambrioleur anglais, créé en 1937 par Anthony Morton.
- Le Saint créé en 1928 par Leslie Charteris
Théâtre
modifier- Le voleur dans la pièce Scrupules d'Octave Mirbeau (recueilli dans ses Farces et moralités).
Bandes dessinées
modifier- Lupin III, mettant en scène le petit-fils d'Arsène Lupin.
- Les Enquêtes de Kindaichi, où Hajime fait face de temps en temps à un cambrioleur maître du déguisement surnommé « Gentleman Thief ».
- Détective Conan, où Conan fait face de temps en temps à un jeune cambrioleur surnommé « Kid l'Insaisissable » (Kaitô Kid).
- Cat's Eye, manga dans lequel on suit la vie d'un trio de femmes prévenant toujours la police avant de commettre ses méfaits.
- Le Voleur aux cent visages de Clamp, où le personnage d'Akira joue le rôle de gentleman cambrioleur.
- Fantomius
Films
modifierMusique
modifier- Gentleman cambrioleur est une chanson interprétée par Jacques Dutronc (né en 1943) ; les auteurs sont Yves Dessca (né en 1949) et Alain Boublil et Jean-Pierre Bourtayre pour la musique.
- En 2009, le chanteur Garou a repris le célèbre titre de Jacques Dutronc Gentleman cambrioleur dans son album de reprise du même nom ; c'est d'ailleurs le fil conducteur de l'album.
Télévision
modifier- Arsène Lupin, Gentleman cambrioleur, émission de télévision française des années 1970 mettant en vedette George Descrières dans le rôle d'Arsène Lupin.
- FBI : Duo très spécial (White Collar), série américaine mettant en scène un gentleman cambrioleur devenu informateur pour le FBI.
- Kaitou Sentai Lupinranger VS Keisatsu Sentai Patranger, série japonaise faisant partie de la franchise Super sentai. Les Lupinrangers forment l'escadron des gentlemen cambrioleurs.
- Opération vol, mettant en vedette un gentleman cambrioleur forcé de voler pour le compte d'une agence américaine.
- Lupin, série télévisée produite par Netflix en 2021, mettant en scène un gentleman-cambrioleur inspiré d'Arsène Lupin, incarné par Omar Sy[8].
Jeux vidéo
modifier- La série Sly Cooper.
- Persona 5, où c'est le thème principal du jeu. Le héros reçoit même Arsène Lupin comme première invocation.
Personnes réelles
modifier- Bruno Sulak (-) qui n'a jamais utilisé la violence. D'abord légionnaire, comme son père Stanislas Sulak d'origine polonaise, sa vie bascule lorsqu'il déserte de la Légion à la fin des années 1970. Il se lance alors dans les braquages, ce qui lui vaut de recevoir le surnom d'« Arsène Lupin des bijouteries ». Arrêté, il fait de la prison dont il réussit à s'évader. Le , il meurt dans des circonstances inconnues lors de sa troisième évasion de la Maison d'arrêt de Fleury-Mérogis lorsque, découvert par une ronde, il saute du deuxième étage de la prison[9],[10].
- Albert Spaggiari (1933-1989) a parfois été comparé à un gentleman cambrioleur à la suite du vol sans violence de la banque de Nice (voir le casse du siècle) et à son évasion rocambolesque.
- Patrick Brice est un ancien truand belfortain spécialisé dans les vols à main armée d'agences bancaires qui sera qualifié plus tard de « roi de l'évasion ». Élégant, réputé pour sa correction (il offre un bouquet de fleurs à une caissière de banque, envoie des cartes postales à la presse locale lors de ses cavales et du champagne aux policiers), il formera avec sa future épouse Laurence un couple médiatisé. Il a écrit son autobiographie pour Denoël éd. (L'Amour à main armée) et fait l'objet d'un film de Rémi Lainé pour France 2 (Un amour en dépit du bon sens (la belle et le braqueur)) en 2001.
- Serge de Lenz (1892-1945)
- Ronnie Biggs (1929-2013)
- Marius Jacob (1879-1954) officie entre 1900 et 1903. Il signe ses cambriolages du nom d'« Attila ».
- Eddie Chapman (1914-1997) est un casseur de coffre anglais opérant dans les gangs de Londres. Grand séducteur, il menace de diffamer des femmes de la haute société londonienne. Emprisonné aux îles Anglo-Normandes (envahies par l’Allemagne durant son incarcération) il s’enrôle dans les services secrets allemands pour échapper à la prison et devient agent double pour le compte de l’Angleterre, qui lui accordera l'immunité pour ses services rendus durant la guerre.
- René la Canne (1919-2000)
Notes et références
modifierNotes
modifier- ↑ Dans la nouvelle, le gentleman cambrioleur est anonyme, Octave Mirbeau lui donne le nom d'Arthur Lebeau lors de la reprise du récit dans le recueil Les Vingt et un Jours d'un neurasthénique aux éditions Fasquelle en 1901.
Références
modifier- 1 2 Moucheron 2021, § 8.
- 1 2 Moucheron 2021, § 7.
- ↑ Moucheron 2021, § 1.
- ↑ Xavier Fournier, Super-héros : une histoire française, Paris, Huginn & Muninn, , 240 p. (ISBN 978-2-36480-127-1, présentation en ligne), p. 20.
- ↑ Moucheron 2021, § 9.
- ↑ Georges 2007, p. 190.
- ↑ Daniel Couégnas, « Naissance d'un héros et d'un ensemble sériels : Arsène Lupin, Gentleman-cambrioleur (1905-1907) », Belphégor : littératures populaires et culture médiatique, no 14 « Sérialités », , § 19 (DOI 10.4000/belphegor.669, lire en ligne)
- ↑ Manon Botticelli, « "Lupin, dans l’ombre d’Arsène" : Omar Sy gentleman-cambrioleur du 21e siècle dans une série familiale », sur Franceinfo, (consulté le ).
- ↑ Philippe Jaenada, Sulak, Julliard, , 496 p.
- ↑ Pauline Belmihoub, Bruno Sulak l'ami public numéro 1, Éditions Melanges, , 427 p.
Voir aussi
modifierBibliographie
modifier- Marc Georges, « Gentleman-cambrioleur », dans Daniel Compère (dir.), Dictionnaire du roman populaire francophone, Paris, Nouveau Monde éditions, (ISBN 978-2-84736-269-5), p. 190.
- Julie Moucheron, « De Lupin à Darien : entre presse et roman, quelques réflexions sur les voleurs de la Belle Époque », Trans - Revue de littérature générale et comparée « Hors la loi (deuxième année) », (lire en ligne).
- Yves Olivier-Martin, « Esthétique du gentleman cambrioleur », Europe, vol. 57, no 604, .