Ghetto de Kutno
Le ghetto de Kutno est un ghetto juif polonais à Kutno, dans le district de Hohensalza du Reichsgau Wartheland, créé en et liquidé en .
| Ghetto de Kutno | ||
Le ghetto de Kutno (date inconnue). | ||
| Présentation | ||
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| Type | Ghetto juif | |
| Gestion | ||
| Date de création | ||
| Date de fermeture | avril 1942 | |
| Victimes | ||
| Type de détenus | Juifs polonais | |
| Nombre de détenus | Plus de 7 000 | |
| Géographie | ||
| Pays | ||
| Région | Voïvodie de Couïavie-Poméranie (alors Reichsgau Wartheland) |
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| Localité | Kutno | |
| Coordonnées | 52° 14′ nord, 19° 22′ est | |
| Géolocalisation sur la carte : Pologne
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Dès le début de l'occupation allemande en , les Juifs de Kutno sont victimes des persécutions nazies. Un ghetto fermé est établi fin , où jusqu'à 7 000 Juifs sont entassés, soumis aux travaux forcés, affamés et victimes d'une longue épidémie de typhus. Ces conditions de vie particulièrement dures provoquent la mort d'environ 10 % d'entre eux.
De mars à , dans le cadre du nettoyage ethnique du Reichsgau Wartheland, les Juifs ayant survécu jusqu'alors sont déportés par le régime nazi vers le centre d'extermination de Chełmno où ils sont assassinés dans des camions à gaz.
Histoire
modifierOccupation allemande (septembre 1939)
modifierKutno, dans le powiat de Kutno, abrite environ 7 000 Juifs à la veille de la Seconde Guerre mondiale, soit approximativement un quart de la population locale[1],[2]. La communauté juive possède des institutions culturelles, sociales et religieuses et les divers partis politiques juifs polonais y sont représentés[2],[3].
Lors de l'invasion de la Pologne par l'Allemagne nazie, les troupes allemandes occupent la ville à partir du 15 ou [1],[2]. Administrativement, Kutno est ensuite le chef-lieu de l'arrondissement (kreis) du même nom, au sein du district de Hohensalza du Reichsgau Wartheland, un territoire polonais annexé par le Troisième Reich[1]. La ville passe sous l'autorité du maire Wilfried Schürmann, tandis que la Gestapo locale est dirigée par Michel Stumpler, secondé par un certain Hoffmann[1].
Dès le début de l'occupation allemande, les Juifs de Kutno sont la cible de persécutions : la synagogue est vandalisée, les Juifs sont soumis aux travaux forcés, ils sont forcés de porter une étoile juive et leurs biens sont confisqués[1],[2],[3].
En , les Allemands établissent un Judenrat dirigé par Bernard Holcman (ou Holzman), chargé du recensement des Juifs et de leurs biens, pour en faciliter la confiscation, et d'une police juive, dirigée par des frères nommés Frankenstein[1],[2]. Un groupe de Volksdeutsche procède à la spoliation des Juifs de Kutno en pour en distribuer les biens aux groupes d'Allemands qui s'installent dans la région[4].
Création du ghetto (juin 1940)
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Le , le maire Wilfried Schürmann ordonne l'ouverture d'un ghetto, ceint d'un mur surmonté de barbelés, dans une ancienne usine de sucre surnommée Konstancja, qui s'étend sur 2 hectares et ne comprend que cinq véritables bâtiments, dont deux sont immédiatement consacrés aux familles du Judenrat et aux gardes du ghetto, tandis que les Juifs les plus riches s'approprient les autres, forçant de nombreux Juifs à trouver ou se construire des abris de fortune, ou encore à dormir à la belle étoile. Le déplacement forcé des Juifs vers le ghetto est mené violemment par différentes forces (Gemeindekriminalpolizei, Schutzpolizei, gendarmerie et SS-Sturmbann III/114)[1],[2],[5].
Le même mois, les Juifs de Dąbrowice sont déportés dans le ghetto, où ils demeurent trois semaines avant d'être envoyés dans le ghetto de Żychlin, situé à une quinzaine de kilomètres plus à l'est[6].

Le Judenrat et les résidents du ghetto de Kutno soudoient régulièrement les gardes et la Gestapo pour faciliter la fuite de Juifs et la contrebande de nourriture, dont le Judenrat, qui bénéficie par ailleurs à plusieurs reprises de l'aide de l'American Jewish Joint Distribution Committee et du Reichsvereinigung der Juden in Deutschland (de), opère aussi une distribution trois fois par jour aux plus pauvres[1],[2],[7]. La communauté juive s'organise par ailleurs pour maintenir des activités culturelles et un semblant d'éducation scolaire aux plus jeunes[1].
En , toutefois, les dures conditions de vie dans le ghetto poussent certains Juifs à se rebeller contre le Judenrat, accusé de favoriser ses membres et les Juifs les plus riches ; la police allemande intervient pour mater le début d'émeute. Après cet épisode, plusieurs contrebandiers juifs sont exécutés à Włocławek et la sécurité autour du ghetto se renforce nettement, réduisant d'autant l'afflux de nourriture[1],[8].
Une épidémie de typhus, déclarée dès le début de l'hiver 1940, court tout au long de l'année 1941, accroissant encore l'isolement du ghetto et provoquant, avec d'autres maladies dues à la malnutrition, la mort d'environ 10 % des habitants du ghetto, en dépit de l'établissement d'une infirmerie dans l'une des cinq bâtisses (rudimentaire, en bois), de l'aide de deux médecins juifs venus d'autres villes et de celle de médecins polonais. Les conditions sanitaires sont si mauvaises que le ghetto est surnommé Krepierlager (qu'on peut traduire par « camp de la mort » ou « camp de l'agonie ») par les Allemands[1],[2],[9]. Entre mars et , plus de quatre morts sur dix dans le ghetto sont le fait du typhus[10]. Certaines morts sont dues à l'exécution de Juifs par les Allemands[1],[3].
Le ghetto abrite 6 604 personnes en dont 26 % de réfugiés, selon un recensement allemand[11] ; ils sont 6 015 en de la même année[1].
Certains Juifs sont par ailleurs déportés cette année-là dans des camps de travail du district de Poznań, plus à l'ouest dans le Reichsgau Wartheland, pour œuvrer à la construction d'une autoroute reliant Poznań à l'Allemagne[1].
Liquidation du ghetto (printemps 1942)
modifierEn (des documents d'époque indiquent le 23 ou le 26), dans le cadre du nettoyage ethnique du Reichsgau Wartheland, le régime nazi commence la liquidation du ghetto, raflant les milliers de Juifs ayant survécu jusque-là, puis les transportant d'abord par train jusqu'à Koło, puis de là jusqu'au centre d'extermination de Chełmno, où ils sont méthodiquement tués par asphyxie dans des gaswagen ; plusieurs convois sont effectués jusqu'à début avril et la liquidation totale du ghetto[1],[2],[12],[3]. Les membres du Judenrat et de la police juive sont à eux exécutés par balles à Kotno même, selon plusieurs sources dans le cimetière communal[1],[2],[12].
Au total, selon Yad Vashem, seuls 213 Juifs de la ville survivent à la Shoah[12].
Références
modifier- 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 Megargee et Dean 2012.
- 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 Miron et Shulhani.
- 1 2 3 4 (en) « History », sur sztetl.org.pl, musée de l'Histoire des Juifs polonais (consulté le ).
- ↑ Trunk 1996, p. 66.
- ↑ Trunk 1996, p. 374.
- ↑ (en) « Transport from Dabrowice, Kutno, Warszawa, Poland to Kutno, Ghetto, Poland on 6/1940 », Yad Vashem (consulté le ).
- ↑ Trunk 1996, p. 135, 257-258.
- ↑ Trunk 1996, p. 546.
- ↑ Trunk 1996, p. 157-158.
- ↑ Trunk 1996, p. 148-149.
- ↑ Trunk 1996, p. 129, 153-154.
- 1 2 3 (en) « Wave of Deportation from Kutno, Ghetto, Poland to Chelmno, Extermination Camp, Poland on 03/1942 », Yad Vashem (consulté le ).
Annexes
modifierBibliographie
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: document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.
- (en) Anna Ziółkowska, Geoffrey P. Megargee (dir.) et Martin Dean (dir.), The United States Holocaust Memorial Museum Encyclopedia of Camps and Ghettos, 1933–1945 : Ghettos in German-Occupied Eastern Europe, vol. II, Indiana University Press, (ISBN 9780253355997, lire en ligne), p. 69-71.

- (en) Guy Miron (dir.) et Shlomit Shulhani (dir.), The Yad Vashem Encyclopedia of the Ghettos During the Holocaust, vol. 2, Yad Vashem, (ISBN 978-965-308-345-5), p. 382-384.

- (en) Isaiah Trunk, Judenrat : The Jewish Councils in Eastern Europe Under Nazi Occupation, University of Nebraska Press, (1re éd. 1972), 716 p. (ISBN 978-0-8032-9428-8, lire en ligne).

Liens externes
modifier- Ressource relative à la géographie :
- (en) « Jews Moving to the Kutno Ghetto with their Belongings, Poland, June 1940 », Yad Vashem (consulté le ).
- « Hugo Jaeger », Mémorial de la Shoah (consulté le ).