Giuseppe Bagatti Valsecchi
Giuseppe Bagatti Valsecchi (né à Milan le et mort dans la même ville le ) est un collectionneur et architecte milanais. Amateur de sport et inséré dans la vie mondaine et politique milanaise[1]; il constitue également une collection d’œuvres avec son frère Fausto Bagatti Valsecchi, destinée au palais familiale situé Via del Gesù et Via San Spirito à Milan[2]. C'est cette collection qui est à l'origine de la création du Musée Bagatti Valsecchi.
| Naissance | |
|---|---|
| Décès |
(à 88 ans) Milan |
| Nationalité |
Italien |
| Activités | |
| Autres activités | |
| Père |
Pietro Bagatti Valsecchi |
| Mère |
Carolina Angiolini |
| Conjoint |
Carolina Borromeo |
| Distinction |
Histoire familiale
modifierBiographie
modifierFausto Bagatti Valsecchi est le fils de Pietro Bagatti Valsecchi épouse Carolina Angiolini (1818-1880), fille de Domenico Angiolini et de Francesca Galbiati une femme issue de la noblesse milanaise qui se sont mariés le et qui ont deux fils, Fausto et Giuseppe nés respectivement en 1843 et 1845.
Des deux frères Bagatti Valsecchi, Giuseppe, le cadet, est celui pour lequel nous avons le plus d’informations. Il est décrit la manière suivante : « D'un tempérament plus réservé et sensible, Giuseppe était un homme d'une vertu éminente, d'une grande bonté et générosité, infatigable dans son dévouement aux autres et dans la philanthropie[3]. »
C'est également le seul à s'être marié : il s'est uni à Carolina Borromeo (1864-1925) avec laquelle il a eu cinq enfants[3]. Le rôle que jouaient les frères Bagatti Valsecchi dans la vie citadine de l'époque les amenait à participer aux activités sociales de la haute société, c'est-à-dire à assister régulièrement aux événements, réunions, fêtes et salons fréquentés par l'élite[4].
- Participations à des tournois chevaleresques
Dès leur jeunesse, et grâce à leur talent en équitation, les frères Bagatti avaient été invités à participer à des tournois costumés, représentant des coutumes anciennes ou des occasions illustrés et héroïques, où le costume historique et le cheval harnaché étaient très appréciés lors de ces événements mondains[5].
Ainsi, âgés de 25 et 23 ans, Giuseppe et Fausto furent inclus à l’équipe milanaise du prestigieux tournoi organisé à Florence le à l'occasion du mariage princier entre Hubert Ier et Margherite de Savoie, futurs souverains d’Italie[4].
- Fréquentation des théâtres
Tout aussi importante sur la scène sociale était l'assiduité aux représentations théâtrales, opéras et pièces de théâtre en tout genre. Membres de la « Società del Quartetto » depuis sa création, les Bagatti possédaient ainsi des loges au Teatro alla Scala et au plus important théâtre de prose de l'époque, le Teatro Manzoni[4].
- Réceptions, accueil de personnalités
À partir de 1883, à la suite de l’achèvement de l’ameublement richement décoré du palais situé au 10, via Santo Spirito, Giuseppe Bagatti Valsecchi et son épouse Carolina Borromeo instaurèrent l’ouverture régulière de leur résidence à un cercle d’amis et de connaissances. Ces réceptions se tenaient à jour fixe, le mardi, conformément aux usages et au système de rotation alors en vigueur au sein des familles de la société milanaise.
Par ailleurs, les deux frères recevaient fréquemment au palais des personnalités issues de milieux variés, auxquelles ils présentaient eux-mêmes leurs collections artistiques. Les livres d’or conservés sur une longue période attestent de la notoriété acquise par leur œuvre et par leur milieu relationnel. Parmi les visiteurs figurent des membres de familles royales européennes, tels que la reine Marguerite, Victoria de Prusse et Catherine la Grande. On y retrouve également d’éminents historiens de l'art (Berenson, Burckhardt...) des musiciens renommés (Arrigo Boito, Lorenzo Perosi...), ainsi que des écrivains et poètes majeurs de la période (Fogazzaro, Giuseppe Giacosa....), témoignant ainsi du rayonnement culturel et social du palais Bagatti Valsecchi[5].
Activités principales
modifierPratiques sportives et de loisirs
modifier
Les activités sportives des frères Bagatti Valsecchi s’inscrivent dans le contexte historique de la « Belle Epoque » où l’élite de la société souhaite suivre les innovations de leur temps[1].
Équitation
modifierL’équitation constitua la passion dominante de leur quotidien, pratiquée de manière continue de la jeunesse jusqu’à un âge avancé. Elle se caractérisait par un entraînement rigoureux et progressif, allant des promenades quotidiennes aux exercices techniques les plus exigeants. Les activités équestres comprenaient des sorties individuelles ou collectives dans la campagne et les bois situés hors des remparts urbains, ainsi que des exercices sur l’ancienne place d’armes[1].
Cyclisme
modifier
Le cyclisme, alors désigné sous le terme de « vélocipédisme », représenta une innovation majeure dans le contexte italien du XIXe siècle. Ses promoteurs jouèrent un rôle actif dans sa diffusion publique. À Milan, deux mois après la fondation de la première association cycliste italienne à Florence, Fausto et Giuseppe Bagatti Valsecchi proposèrent la création d’un club destiné à développer cette discipline en Lombardie. Cette initiative aboutit rapidement à la fondation du «Veloce Club Milano », le [4]. Cette antenne du «Touring Club », servait ainsi à promouvoir plus largement le tourisme à bicyclette[1].
- Randonnée en montagne
La pratique de la randonnée et de l’alpinisme s’inscrivait dans un mouvement plus large de redécouverte des paysages de montagne au cours du XIXe siècle. Cette période vit l’essor de la conquête des sommets comme activité sportive, mais également le développement d’un tourisme de montagne structuré, avec la construction de grands hôtels, de refuges alpins sécurisés et l’émergence de sites accessibles grâce à l’accompagnement de guides spécialisés[4].
- Vols en montgolfière
Les vols en montgolfière témoignaient d’un attrait pour les expériences à haut niveau de risque, particulièrement marqué chez son frère Fausto. Cette pratique associait le goût du défi et de l’expérimentation, à la recherche d’émotions intenses[4].
Engagements civiques et militaires
modifierVie sociale et civique
modifierGiuseppe Bagatti Valsecchi a occupé au long de sa vie, de nombreux postes au sein d'organismes caritatifs privés et publics, tels que la présidence de l'« Association nationale pour la défense des enfants abandonnés » et la présidence de la « Commission des visiteurs de l'Ospedale Maggiore » qui lui tenait particulièrement à cœur[3].
Le guide « Milano scelta 1908 » recensant les différentes institutions milanaises et les personnalités qui y ont participé fait ainsi mention de Giuseppe. Il est cité comme membre de la « Société historique lombarde », de l’« Association des propriétaires de maisons et de terrains », du « Veloce Club », de la « Société Dante Alighieri », du « Collège des ingénieurs et des architectes » et de la « Società del Quartetto ». Il faut comprendre que cet engagement civique était perçu comme un devoir propre à la noblesse, s'inscrivant dans une tradition jugée juste et légitime par les personnalités éminentes de la société milanaise de l'époque[4].
Engagement militaire
modifierGiuseppe, alors âgé de 68 ans, souhaitait s’engager durant la Première Guerre mondiale, mais n’ayant reçu aucune réponse positive et désireux de se rendre utile, il parvint à se faire accepter comme infirmier bénévole à la Croix-Rouge. Il organisa pour cela, à ses propres frais, une ambulance équipée de matériel radiologique pour le transport des blessés. Il parvint à se rendre, simple soldat, à l'arrière du front, accompagné d'un ami médecin spécialiste et avec l'aide de son ancien cocher devenu chauffeur et auxiliaire de vie de ce dernier, promu plus tard sous-lieutenant. Durant cette même guerre, il servit également comme guetteur de nuit pour la défense antiaérienne de Milan contre les raids aériens autrichiens[4]. Pour l'ensemble de ces engagements, Giuseppe reçut plusieurs médailles honorifiques.
Distinctions militaires
modifier- Chevalier de l'Ordre de la Couronne d'Italie
- Médaille de bronze du mérite de la Croix Rouge Italienne
- Médaille de bronze al merito della sanità pubblica
- Croix du Mérite de Guerre
- Médaille commémorative de la guerre italo-autrichienne 1915 – 18 (4 ans)
- Médaille commémorative de l'Unité italienne
- Médaille de la Victoire interalliés (Italie)
- Médaille du Mérite pour les volontaires de la guerre italo-autrichienne 1915-1918
Activités culturelles avec son frère Fausto
modifierMusée Bagatti Valsecchi
modifierTravaux d'architectes
modifierLes frères Bagatti Valsecchi sont également architectes dans la région de Milan à la fin du XIXe siècle. Ces derniers se distinguent par leur intérêt pour l’architecture historiciste, notamment l’esthétique gothique lombarde et la Renaissance italienne. Souhaitant nourrir leur pratique architecturale de références historiques précises, Giuseppe et Fausto effectuent plusieurs voyages d’études dans les principaux foyers de la Renaissance italienne, tels que Mantoue, Venise ou encore Urbino. Ces explorations leur permirent de relever des détails architectoniques qu’ils intégrèrent ensuite dans leurs projets[6].
Architecture civile et commandes aristocratiques
modifierDans le domaine civil, les frères Bagatti Valsecchi sont souvent sollicités pour la modernisation, l’achèvement ou la restauration de villas et édifices historiques. Le contexte politique et culturel de la fin du XIXe siècle, marqué par l’avènement du couple royal Umberto I et Marguerite de Savoie en 1878 et l'usage fréquent de la Villa Royale de Monza, encouragea une esthétique raffinée adaptée aux exigences de représentation.

Ils collaborent ainsi avec diverses familles aristocratiques ou bourgeoises, dont les Gnecchi Ruscone à Verderio, les Prinetti Castelletti à Subaglio, les Borromeo d’Adda à Senago, les Vittadini à Arcore, les Casati Stampa di Soncino à Balsamo, et les de Albertis à Quarto, près de Gênes.
Parmi leurs créations civiles complètes figurent les villas Confalonieri à Mérate, Anfossi all’Alpino près de Stresa, Agrati puis Olivetti à Milan. Ils conçurent également l’hôtel de ville de Gazzada pour la famille Cagnola, restructurèrent le palais Visconti Ajmi Via Filodrammatici à Milan, et réalisèrent le siège de la légation italienne au Monténégro[6].
- Œuvres et interventions en milieu rural
Outre leurs réalisations urbaines, les deux frères entreprirent la transformation de diverses résidences de campagne. Ils remodelèrent notamment une villa du XVIIe siècle à Varedo, près de Milan, ainsi que la villa des barons Balbiati à Cardano, dans la province de Côme[6].
- Architecture religieuse
Les frères intervinrent dans la construction et la rénovation de nombreux édifices religieux. Parmi les plus remarquables figurent :
- l’église de Varedo, de style gothique lombard ;
- l’église de Senago, œuvre de Giuseppe seul, inspirée de la Renaissance.
Ils réalisèrent également de nombreuses chapelles familiales ou funéraires, dont celles de Rossio à Schio, Taverna à Canonica, Prinetti à Montesiro, Cagnola à Gazzada, Borromeo à Oreno, Casani à Carate, Meli Lupi di Soragna à Soragna et Dal Pozzo à Oleggio Castello.

Leur attrait pour le style gothique lombard, soutenu notamment par la famille Solari, s’exprima dans les églises de Varedo et de Verderio, ainsi que dans le projet de restauration de l’église Santa Maria della Pace à Milan, destinée à devenir le « Salone Perosi », salle de concert consacrée au compositeur Lorenzo Perosi[6].
- Collaboration fraternelle
La production architecturale des Bagatti Valsecchi se caractérise par la difficulté à attribuer avec certitude une œuvre à l’un ou l’autre des frères. Si un examen approfondi permettrait vraisemblablement de distinguer leurs contributions individuelles, les sources contemporaines et postérieures soulignent leur profonde unité d’intention. Leur communauté de vision, de vie et de finalités opérationnelles a façonné une collaboration si étroite qu’elle rend complexe toute tentative de dissociation biographique ou stylistique[6].
Engagement pour le patrimoine
modifierLes frères Bagatti Valsecchi furent d’importants mécènes engagés dans la sauvegarde du patrimoine architectural lombard à la fin du XIXe siècle. Ils soutinrent la restauration de plusieurs monuments majeurs, notamment la Porta dei Cartupo de l'église Santa Maria della Pace et les portes de l' Ospedale Maggiore de Milan, et contribuèrent à la préservation de vestiges menacés.
Souhaitant conserver la mémoire matérielle de l’architecture ancienne, ils rassemblèrent travées et colonnes provenant d’édifices démantelés, installées dans le parc de la villa de Varedo ou réemployées dans d’autres villas lombardes. Leur engagement s’accompagnait d’une volonté affirmée de préserver l' artisanat d'art, qu’ils considéraient comme essentiel à la conservation du patrimoine.
Tous deux étaient membres honoraires de l' Académie des beaux-arts de Brera et de la «Commission pour la Conservation des Monuments et Objets d’Antiquité », ainsi que de plusieurs institutions municipales, dont la Société historique milanaise. Giuseppe Bagatti Valsecchi fut en outre «Inspecteur honoraire des monuments et objets d’antiquité du district de Monza »[5].
Notes et références
modifier- 1 2 3 4 (it) Rosanna Pavoni (dir.), Pier Fausto Bagatti Valsecchi, Grazietta Butazzi et Stefano Della Torre, La Casa Bagatti Valsecchi : l'Ottocento, il Rinascimento, il gusto dell'abitare, Florence, Scala, , 160 p., p. 19-21
- ↑ (it) Rosanna Pavoni (dir.), Museo Bagatti Valsechi : tomo primo (catalogue), Milan, Electa, coll. « Musei e gallerie di Milano », , 440 p. (ISBN 88-435-6376-9)
- 1 2 3 (it) Rosana Pavoni (dir.), Pier Fausto Bagatti Valsecchi, Grazietta Butazzi et Stefano Della Torre, La Casa Bagatti Valsecchi : l'Ottocento, il Rinascimento, il gusto dell'abitare, Florence, Scala, , 160 p., p. 25
- 1 2 3 4 5 6 7 8 (it) Rosana Pavoni (dir.) et Cesare Mozzarelli (dir.), Milano 1848-1898 : ascesa e trasformazione della capitale morale : [Milano capitale sabauda - Milano tecnica - Milano vitrina della nuova Italia - La sociètà milanese], vol. 2, Milan, Marsilio, , 245 p. (ISBN 88-317-7361-5), p. 217-225
- 1 2 3 (it) Rosana Pavoni (dir.), Pier Fausto Bagatti Valsecchi, Grazietta Butazzi et Stefano Della Torre, La Casa Bagatti Valsecchi : l'Ottocento, il Rinascimento, il gusto dell'abitare, Florence, Scala, , 160 p., p. 22-24
- 1 2 3 4 5 (it) Rosana Pavoni (dir.), Pier Fausto Bagatti Valsecchi, Grazietta Butazzi et Stefano Della Torre, La Casa Bagatti Valsecchi : l'Ottocento, il Rinascimento, il gusto dell'abitare, Florence, Scala, , 160 p., p. 16-18
Annexes
modifierBibliographie
modifier- (it) Lucia Pini, Bagatti Valsecchi Museum, Turin, Umberto Allemandi & C, , 95 p.
- (it) Cara Ronza, Il restauro di Palazzo Bagatti Valsecchi : storia di un cantiere, Azzano San Paolo, Bolio, , 179 p. (ISBN 9788878271678)
- (it) Rosanna Pavoni (dir.), Museo Bagatti Valsecchi. tomo secondo (catalogue), Milan, Electa, coll. « Musei e gallerie di Milan », , 899 p. (ISBN 88-435-6378-5)
- (it) Rosanna Pavoni (dir.), Museo Bagatti Valsechi : tomo primo (catalogue), Milan, Electa, coll. « Musei e gallerie di Milano », , 440 p. (ISBN 88-435-6376-9)
- (it) Rosana Pavoni (dir.) et Cesare Mozzarelli (dir.), Milano 1848-1898 : ascesa e trasformazione della capitale morale : [Tra un regno e l'altro - Il governo di Milano - La sociètà milanese], vol. 1 (Acte de Congrès), Milan, Marsilio, , 295 p. (ISBN 88-317-7340-2)
- (it) Rosanna Pavoni (dir.) et Cesare Mozzarelli (dir.), Milano 1848-1898 : ascesa e trasformazione della capitale morale : [Milano capitale sabauda - Milano tecnica - Milano vitrina della nuova Italia - La sociètà milanese], vol. 2 (Acte de Congrès), Milan, Marsilio, , 245 p. (ISBN 88-317-7361-5)
- (it) Rosanna Pavoni (dir.), Pier Fausto Bagatti Valsecchi, Grazietta Butazzi et Stefano Della Torre, La Casa Bagatti Valsecchi : l'Ottocento, il Rinascimento, il gusto dell'abitare, Florence, Scala, , 160 p.
- (it) Rosanna Pavoni et Cesare Mozzarelli, Milano fin de siècle e il caso Bagatti Valsecchi : memoria e progetto per la metropoli italiana (Acte de Congrès), Milan, Guerini, , 456 p. (ISBN 88-7802-240-3)