Hadad-yith'i (en araméen ancien : 𐡄𐡃𐡉𐡎𐡏𐡉, transcrit Hadd-yiṯʿī ; en akkadien : 𒁹𒌋𒀉𒀪, transcrit Adad-itʾī) ou Haddayis'i est un roi souverain ou gouverneur de Guzana et de Sikani, dans le nord de la Syrie actuelle, vers 850 av. J.-C., en Assyrie.

Statue de Hadad-yith'i, provenant du Tell Fekherye, Musée national de Damas.

Il est surtout pour la statue qu'il a commanditée et qui le représente, avec une longue inscription bilingue en araméen ancien et en akkadien.

Éléments biographiques

modifier

Hadad-yith'i est roi vassal de l'empire néo-assyrien, fils de Sassu-nuri, il lui succède sur le même trône. Les connaissances sur le règne d'Hadad-yith'i proviennent principalement de sa statue et de son inscription, découvertes à Tell Fekherye[1]. Connue sous le nom d'inscription bilingue d'Hadad-yith'i, car rédigée en araméen ancien et en akkadien, sa découverte, son déchiffrement et son étude contribuent de manière significative à la compréhension culturelle et linguistique de la région[2].

Il est lui-même le commanditaire de cette statue le représentant, et de son inscription bilingue[3].

Statue et inscription

modifier

Une statue en basalte grandeur nature, représentant un homme debout et sculptée dans le style assyrien, est découverte par un agriculteur syrien en février 1979 aux abords de Tell Fekherye, sur un affluent du Khabur, face à Tell Halaf, identifié à l'antique Guzana[4]. La plupart des statues en pierre découvertes et répertoriées comme appartenant à la période néo-assyrienne représentent soit les rois d'Assyrie, soit ses dieux. La statue d'Hadad-yith'i, dépourvue d'attributs, de marques ou d'insignes royaux, est l'une des trois seules statues en pierre connues de cette période représentant des personnages de rang ou de vénération inférieurs[5].

Sur la base de ses caractéristiques stylistiques, la statue est provisoirement datée du milieu du IXe siècle avant notre ère, bien qu'elle puisse être aussi ancienne que le XIe siècle si l'on considère les traits archaïques de plusieurs graphèmes utilisés dans l'écriture araméenne ancienne[2].

Le commanditaire de l'inscription est désigné sous le nom de Adad Itʾi / Hadad Yithʿī, il dédie la statue au temple de Sikanu, au dieu de l'orage Hadad, une divinité vénérée à l'époque dans toute la Syrie et la Mésopotamie[3].

La statue porte l'inscription bilingue la plus longue connue en akkadien et en araméen, et il s'agit de la plus ancienne inscription araméenne d'une telle longueur[1]. L'inscription contient également une malédiction contre ceux qui effaceraient le nom d'Hadad Yithʿī du temple d'Hadad, invoquant Hadad pour qu'il n'accepte pas les offrandes de ceux qui agiraient ainsi[6].

Nom, signification, racine

modifier

Hadad Yithʿī est un nom araméen, la version akkadienne du nom dans l’inscription bilingue est transcrite Adad Itʾi[7]. Le fait que l’araméen ait un « s » à la place du « t » dans Itʾi, soit ysʿy, est une indication de la façon dont le nom était vocalisé en araméen[8].

La deuxième partie du nom du roi, Yithʿī, est une dérivation d'une ancienne racine sémitique signifiant « sauver », de sorte que la traduction du nom complet en français pourrait être « Hadad est mon salut »[9].

Ce nom est important dans les études sémitiques car il établit sans doute possible l'existence de noms personnels araméens basés sur la racine yṯʿ et dérivés de cette racine signifiant « aider, sauver »[9],[10]. Avant ce déchiffrement, et avant celui d'une autre inscription araméenne découverte à Qumran, les spécialistes pensaient que la racine verbale était parallèle à ישע, souvent identifié comme la racine des noms Jésus et Josué, et qu'elle n'existait que dans l'hébreu biblique et n'existait pas en araméen[8],[9].

D'autres découvertes et déchiffrements d'inscriptions sémitiques anciennes ont révélé depuis des dizaines d'autres exemples basés sur cette racine trilittérale yṯʿ, le plus ancien d'entre eux datant de 2048 avant notre ère, employé dans le nom personnel amorrite lašuil[11].

Voir aussi

modifier

Notes et références

modifier
(en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « Hadad-yith'i » (voir la liste des auteurs).
  1. 1 2 van de Mieroop 2015, p. 241.
  2. 1 2 Fales 2011, p. 563-564.
  3. 1 2 Cathcart 1996, p. 141.
  4. (en) Millard, « Hadad-yith'i », referenceworks.brillonline.com, W. Hallo (consulté le ).
  5. (en) Arlette Roobaert, « A Neo-Assyrian Statue from Til Barsib », Iraq, vol. 58, , p. 83 (DOI 10.1017/S0021088900003181, JSTOR 4200420).
  6. Levine 1996, p. 112.
  7. Millard et Bordreuil 1982.
  8. 1 2 Fitzmyer 2000, p. 123-125.
  9. 1 2 3 Le second élément partage la même racine que certains noms anciens en hébreu, en ougaritique et en vieil arabe du Sud. Il s'agit de y-sh-' en hébreu, que l'on retrouve dans Josué (=Jésus), qui signifie « sauver ». Ainsi, le nom signifie « Hadad est mon salut », cf. Millard et Bordreuil 1982.
  10. Lipinski 1975, p. 40.
  11. Aitken et Davies 2016. À noter également : Le nom araméen hdys'y (akkadien adad-it-'i) aux lignes 1, 6 et 12 de l'inscription bilingue de Tell Fekheriye, probablement du milieu du IXe siècle, peut vraisemblablement être associé à la racine yṯ'/ישׁע (voir initialement Abou-Assaf et al. 1982, p. 43-44 et 80 ; référence plus récente dans Millard, 2000, p. 154. ישׁע est un emprunt araméen que l'on trouve dans la prière de Nabonide (Milik 1956, p. 413) et dans le targum (Sokoloff 1990, ad loc.). Des formes araméennes de deux noms de la Bible hébraïque se trouvent dans les Papyrus d'Éléphantine (Noth 1928, p. 154-155 et 176).

Bibliographie

modifier
  • (en) James K. Aitken et Graham Davies, « [עַשָׁי] », Semantics of Ancient Hebrew Database, .
  • (en) Barry L. Bandstra, Reading the Old Testament: Introduction to the Hebrew Bible, Cengage Learning, (ISBN 978-1111804244, lire en ligne)
  • (en) Kevin J. Cathcart, Targumic and Cognate Studies: Essays in Honour of Martin McNamara, .
  • (en) M.F. Fales, Old Aramaic, , p. 555-573.
  • (en) J. Fitzmyer, The Dead Sea Scrolls and Christian Origins, Wm. B. Eerdmann's Publishing, (ISBN 9780802846501, lire en ligne).
  • (en) Albert K. Grayson, Assyrian civilization, J.Boardman et al., 1991, p. 194-228.
  • (en) B.A. Levine, Go to the Land I Will Show You: Studies in Honor of Dwight W. Young, Eisenbrauns, .
  • (en) E. Lipinski, Studies in Aramaic Inscriptions and Onomastica II, Peeters Publishers, (ISBN 9789068316100, lire en ligne).
  • (en) J. Richard Middleton, The Liberating Image: The Image Deio in Genesis I, Brazos Press, (ISBN 9781441242785, lire en ligne).
  • (en) A. Millard, Context of Scripture Online, W. Hallo (dir.), BrillOnline, 2014.
  • (en) A.R. Millard et P. Bordreuil, « A Statue from Syria with Assyrian and Aramaic Inscriptions », Biblical Archaeologist, vol. 45, no 3, , p. 135-141 (DOI 10.2307/3209808, JSTOR 3209808).
  • (en) Arlette Roobaert, A Neo-Assyrian Statue From Til Barsib, British Institute for the Study of Iraq 58, 1996, p. 83.
  • (en) M. van de Mieroop, A History of the Ancient Near East: 3000 – 332 BC, John Wiley & Sons, (ISBN 9781118718162, lire en ligne).
  • (en) Zukerman, « Titles of 7th Century BCE Philistine Rulers and their Historical-Cultural Background », Bibliotheca Orientalis, vol. 68, nos 5-6, .

Liens externes

modifier

Sur les autres projets Wikimedia :