Hippolyte Lamarche
Hippolyte Lamarche, né le à Lons-le-Saunier, dans le département du Jura, et mort le à Paris, est un militaire, journaliste et dramaturge français.
| Naissance | |
|---|---|
| Décès |
(à 71 ans) 9e arrondissement de Paris |
| Nom de naissance |
Hippolyte Dumas de Lamarche |
| Nationalité | |
| Activité | |
| Beau-parent | |
| Fratrie |
Jenneval (demi-frère) |
| A travaillé pour | |
|---|---|
| Grade militaire | |
| Conflits |
Il est le frère du comédien « Jenneval », auteur des paroles de l'hymne national de la Belgique, La Brabançonne, et ayant, comme lui, été combattant volontaire lors de la révolution belge de 1830 pendant laquelle il trouve la mort.
Biographie
modifierOrigines et vie privée
modifierHippolyte Dumas de Lamarche nait le dans ce qui est encore le Royaume de France et est baptisé deux jours plus tard à Lons-le-Saunier[1]. Il est le fils de Jean-François Dumas de Lamarche (1756-1795), avocat au parlement local, juge civil et criminel[2], et de sa deuxième épouse, Jeanne Marie Eustache. Après la mort du père d'Hippolyte en 1795, cette-dernière se remarie avec Guillaume Dechez, union duquel nait Alexandre Dechet le , qui est donc son demi-frère[3].
Carrière militaire française
modifierHippolyte fait ses études à Lyon puis entre dans la marine impériale française le , à l'âge de quinze ans[4]. Le , il est nommé aspirant par examen et embarque sur la flottille de Boulogne-sur-Mer. Celle-ci est engagée dans la guerre de la cinquième coalition et se signale notamment lors du siège de Stralsund ainsi que dans plusieurs affaires contre les Suédois[5]. Le , il est promu au grade d'enseigne de vaisseau provisoire dans la marine dite des « villes hanséatiques » où il combat aux côtés de grands noms du Premier Empire, comme le prince de Pontecorvo, le général Étienne Maurice Gérard, ou l'amiral Moncabrié.
En 1810, il choisit de se lancer dans l'armée de terre et, le , il est nommé sous-lieutenant au 15e régiment de chasseurs à pied. Il entre ensuite dans la cavalerie et prend à la guerre d'indépendance espagnole ainsi qu'à la troisième invasion napoléonienne du Portugal. Il fait alors partie de l'armée du Nord. Le , il obtient le brevet de lieutenant et est blessé devant Paris. Le il est nommé capitaine et légionnaire. Après la défaite de l'armée française lors de la campagne de France, l'armée impériale est licenciée et son grade lui est ôté en 1816 pendant la Première Restauration[5]. Il est ensuite placé dans la position de demi-solde jusqu'en 1828, époque à laquelle il quitte définitivement l'armée.
Carrière artistique et Révolutions
modifier
Après avoir fait la guerre pendant dix ans, Lamarche vit retiré dans sa famille, s’occupant, dans un premier temps, de travaux industriels, notamment, de la fabrication du sucre. Son goût pour l’étude l’entraine ensuite rejoindre son demi-frère vers le théâtre et, le , il fait représenter à l’Odéon de Paris une imitation, en trois actes et en vers, du Marchand de Venise de Shakespeare, pièce qui eut du succès[5].
Les événements politiques l’éloignent de la carrière dramatique. La révolution de Juillet 1830 lui restitue son grade de capitaine. Après le déclenchement de la révolution belge, fin août de la même année, il s'en va rejoindre sa mère et son demi-frère, Jenneval, à Bruxelles après les violents combats qui y ont lieu fin septembre[6]. Celui-ci trouve la mort le lors de la bataille de Lierre et, après ses obsèques nationales qui ont lieu le , Hyppolite s'engage à son tour comme combattant dans guerre belgo-néerlandaise jusqu'à l'armistice imposé par la conférence de Londres le . Le , il est nommé employé au ministère de la guerre puis, le , le gouvernement provisoire de Belgique lui octroie le grade de capitaine des nouvelles forces armées belges et le place à la tête du bureau de cavalerie.
Le décès de son demi-frère l'inspire pour rédiger un complet supplémentaire à La Brabançonne[7], l'œuvre majeure de ce-dernier, devenu l'hymne national de la Belgique, indépendante du Royaume uni des Pays-Bas depuis le . Républicain convaincu[8], il démissionne de ses fonctions militaires le , peu avant la prestation de serment du premier roi des Belges, Léopold de Saxe-Cobourg, en motivant sa démarche au régent du royaume de Belgique, Érasme-Louis Surlet de Chokier, par les mots suivants[9] :
« Le principe vital des révolutions modernes, que les peuples ont le droit de disposer d'eux-mêmes, nonobstant les prétentions des familles dites souveraines, ayant été abandonné par la majorité du Congrès, à l'égard d'une partie de la population belge, la fidélité à mes opinions et à mes amis politiques m'impose le devoir de vous offrir ma démission, que vous agréerez, j'espère, sans cesser d'être convaincu de la sincérité de mes vœux pour le bonheur d'un pays auquel mon frère a donné son sang, et où ma mère veut vivre et mourir près du tombeau de son fils Jenneval. »
Sa démission est acceptée et officialisée par un arrêté royal du . Le ministre y ajoute ces mots en lui communiquant la décision[10] : « Il m'est agréable de pouvoir vous témoigner par la présente toute l'étendue de mon estime pour les services que vous avez rendus au gouvernement, pendant le temps que vous avez été employé à son service. »
Carrière journalistique
modifierRevenu en France, il se lance, à partir de 1831, dans le journalisme, d’abord au Messager des Chambres, journal d’opposition constitutionnelle, où il traite avec autorité la question belge[11]. De là, il passe au Journal du Commerce qu’il abandonne bientôt pour entrer au Siècle, en 1857, où il est successivement le collaborateur de Chambolle, Pérée et Havin[5]. Collaborateur très utile et très actif, connaissant à fond l’histoire politique, militaire et diplomatique de la première moitié du XIXe siècle depuis la Révolution française, il traite la politique étrangère[11]. Plusieurs fois, les événements prouvent la sureté de ses prévisions et de ses jugements personnels[5]. Une finesse d’observations et une sorte d’intuition le font surnommer « le diplomate du siècle »[5].
En 1833, il épouse Françoise-Lucile Catherine Allain (1813-1895). La Révolution de 1848 le trouve chaud partisan des réformes, mais non socialiste[5]. Il veut attendre de l’expérience ce que la théorie n’avait pu lui enseigner[5]. En 1851, il partaga les opinions du journal qu’il représente, avec la conscience de l’honnêteté qui lui fait un devoir de modérer ses pensées, de les dire sans âpreté, avec l’ardeur d’un patriote éprouvé, sans pousser à la révolte ni à l’insurrection[5].
Il décède le , rue des Martyrs, dans le 9e arrondissement de Paris[12].
Publications
modifier- L’Europe et la Russie, remarques sur le siège de Sébastopol, et sur la paix de Paris, etc., Paris, Saint Denis, 1857.
- Projet de constitution et catéchisme républicain servant d’exposé des motifs, Paris, Paulin, 1848.
- La Politique et les religions, études d’un journaliste, Paris, Pagnerre, 1859.
- L’Algérie, son influence sur les destinées de la France et de l’Europe, Paris, Paulin, 1846.
- Les Turcs et les Russes, Paris, G. Barba, 1856, in-4°.
- Histoire de la guerre d’Orient, Paris, G. Barba, 1854-1856.
- L’Algérie, son influence sur les destinées de la France et de l’Europe, Paris, Paulin, 1846.
Œuvres
modifierParmi ses travaux littéraires inédits, on a signalé des poésies et chansons qui ont reçu l’approbation de Béranger lui-même[5]. On en trouve un éventail dans un ouvrage publié en 1831 par sa mère en mémoire à son demi-frère, Jenneval[13]. À la mort de celui-ci, Hippolyte Lamarche écrit un court poème en son honneur, se voulant comme un nouveau couplet à l'ouvrage qui rendra son demi-frère célèbre, l'hymne national belge, La Brabançonne[7] :
Ouvrez vos rangs, ombres des braves,
Il vient celui qui vous disait :
Plutôt mourir que vivre esclaves !
Et comme il disait, il faisait
Ouvrez vos rangs noble phalange,
Place au poëte, au chasseur redouté !
Il vient dormir, loin de l'Orange
Sous l'arbre de la liberté !
Il a également écrit plusieurs pièces de théâtre, dont :
- Le Marchand de Venise, 1839[14] ;
Voir aussi
modifierBibliographie
modifier
: document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.
- C.-J. Dufaÿ, Galerie militaire de l’Ain : Biographie des personnages notables du département de l’Ain depuis les temps les plus reculés jusqu’à nos jours avec l’indication des hommes de guerre qui, nés hors du département s’y sont fait remarquer dans leurs fonctions ou par leurs écrits, Bourg, L. Grandin, , 511 p. (lire en ligne), p. 296-8 ;
- Jeanne Marie Eustache, Études poétiques de Jenneval, tué à Lierre, le 18 octobre 1830., Bruxelles, Laurent frères, (lire en ligne).
; - Edmond Texier, Biographie des Journalistes : Histoire des journaux, Paris, Pagnerre, , 256 p. (lire en ligne), p. 128-9 ;
- Charles Vandersypen, Les chasseurs-Chasteler et la Brabançonne 1830-1880 : épisodes historiques sur l'ancien corps franc des chasseurs volontaires bourgeois de Bruxelles et biographies des auteurs du chant national de la Belgique Jenneval et Campenhout., Bruxelles, Bruylant-Christophe, (lire en ligne).
;
Notes et références
modifier- ↑ Acte de baptême à Lons-le-Saunier, vue 13/98.
- ↑ « René-François Dumas », sur Racineshistoire (consulté le ), p. 2
- ↑ Vandersypen 1880, p. 39.
- ↑ Vandersypen 1880, p. 81.
- 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 C.-J. Dufaÿ, Galerie militaire de l’Ain : Biographie des personnages notables du département de l’Ain depuis les temps les plus reculés jusqu’à nos jours avec l’indication des hommes de guerre qui, nés hors du département s’y sont fait remarquer dans leurs fonctions ou par leurs écrits, Bourg, L. Grandin, , 511 p. (lire en ligne), p. 296-8.
- ↑ Eustache 1831, p. VIII.
- 1 2 Vandersypen 1880, p. 78.
- ↑ Louis Hymans, Bruxelles à travers les âges : La Révolution de 1830, Bruxelles, Bruylant-Christophe, (lire en ligne), « X », p. 416
- ↑ Vandersypen 1880, p. 79.
- ↑ Vandersypen 1880, p. 80.
- 1 2 Edmond Texier, Biographie des Journalistes : Histoire des journaux, Paris, Pagnerre, , 256 p. (lire en ligne), p. 128-9
- ↑ Acte de décès (avec âge et lieu de naissance) à Paris 9e, no 573, vue 7/31.
- ↑ Eustache 1831, p. 106.
- ↑ Divers, Annuaire dramatique de la Belgique, vol. 1, Bruxelles, Libraire belge-française, (lire en ligne), p. 14