Histoire de Tlemcen
L’histoire de Tlemcen s’inscrit dans celle du Maghreb central, dont elle constitue un important foyer urbain, politique et culturel. Située à un carrefour stratégique entre Méditerranée et Sahara, la ville joue depuis l’Antiquité un rôle majeur dans les échanges et les circulations en Afrique du Nord. Connue sous le nom de Pomaria à l’époque romaine, elle s’intègre progressivement dans l’espace islamique à partir du VIIe siècle.
| Paléolithique | Occupation humaine (grottes de Boudghène et Lalla Setti) |
|---|---|
| Néolithique | Néolithique (outils lithiques, haches polies) |
| IIIe siècle av. J.-C. | Période numide (royaumes berbères) |
|---|---|
| 112–105 av. J.-C. | Guerre de Jugurtha |
| 106 av. J.-C. | Siège de la forteresse de Mulucha |
| 17–24 ap. J.-C. | Révolte de Tacfarinas |
| 201 | Fondation de Pomaria (Rome) |
| 372–375 | Révolte de Firmus |
| 397 | Révolte de Gildon |
| 429 | Domination vandale |
| VIe siècle | Reconquête byzantine |
| VIIe siècle | Conquête musulmane et premières tribus (Maghraoua, Zénètes) |
|---|---|
| VIIIe–IXe siècle | Idrissides et islamisation |
| Xe siècle | Fatimides et recompositions politiques |
| XIe siècle | Almoravides et fondation de Tagrart |
| XIIe siècle | Almohades et intégration impériale |
| XIIIe siècle | Fondation de l’État zianide (Yaghmoracen Ibn Ziyan) |
| XIIIe–XIVe siècle | Apogée de Tlemcen (Zianides) |
| XIIIe–XIVe siècle | Conflits avec les Mérinides |
| XVe–XVIe siècle | Déclin progressif du royaume zianide |
| 1517 | Prise de Tlemcen par les frères Barberousse |
|---|---|
| 1555 | Intégration à la Régence d’Alger |
| XVIe–XIXe siècle | Déclin urbain et économique |
| 1842 | Début de la colonisation française |
| 1842–1962 | Résistance et période coloniale |
| 1962 | Indépendance de l’Algérie |
Tlemcen connaît son apogée au Moyen Âge sous les Almoravides puis surtout les Zianides, devenant une capitale politique et un centre intellectuel et artistique majeur du Maghreb. Elle est ensuite marquée par les rivalités entre dynasties régionales, avant d’être intégrée à la Régence d'Alger, puis de subir les transformations liées à la colonisation française. Depuis 1962, la ville valorise son patrimoine historique et culturel, héritage de son rôle ancien de carrefour.
Toponymie et étymologie
modifierAnciennement, Tlemcen portait le nom d’« Agadir », un terme d’origine berbère dont l’interprétation varie selon les auteurs. Certains lui attribuent le sens de « source asséchée », tandis que d’autres y voient le sens de « rocher imprenable », en référence à la pente escarpée et au relief élevé du côté nord de la ville. Une autre interprétation fait dériver le nom du mot agadir, désignant une citadelle fortifiée ou une solide muraille urbaine. Certains auteurs estiment également que ce nom pourrait provenir du mot arabe « al-jidār » (« le mur »), en référence au mur mentionné dans le récit du prophète Moïse et du serviteur pieux dans la sourate al-Kahf. Le nom « Agadir » subsiste encore aujourd’hui à travers un important quartier de la ville de Tlemcen[1],[2].
Une autre hypothèse est proposée par l’orientaliste Jean-Joseph-Léandre Bargès, qui suggère une origine phénicienne au nom Agadir. Son argument repose sur la présence du mot « qadar » en hébreu, qu’il considère comme identique à son équivalent phénicien, les deux appartenant à la famille des langues sémitiques. Selon cette interprétation, qadar correspondrait à l’expression arabe « vieux mur » et « ville fortifiée », renforçant davantage l’idée qu’Agadir désignait historiquement un lieu de fortification et de défense[2],[3].
À l’époque romaine, Tlemcen abritait une petite garnison chargée de surveiller la grande voie reliant Altava à Numerus Syrorum. Les Romains donnèrent à la cité le nom de Pomaria, (du latin pomarium), signifiant « les vergers », en raison de l’abondance des arbres fruitiers, des vastes oliveraies et des jardins qui faisaient la renommée de la région par leur exceptionnelle fertilité[4].
Selon Ibn Khaldoun, le nom de Tlemcen proviendrait du mot zénète Tilimsan, composé de telem et sin, signifiant « composé de la terre et de la mer ». Cette interprétation renverrait à la position géographique de la région, entre les espaces telliens du nord et les zones steppiques et sahariennes du sud. Le chroniqueur Al-Tabari mentionne quant à lui Tlemcen parmi les territoires liés aux Banou Ifren, ce qui constitue l’une des plus anciennes références au nom dans les sources arabes médiévales. Pour sa part, Yahya Ibn Khaldoun, frère d’Ibn Khaldoun et historiographe des Beni Abd El Wad, explique que le nom signifie « le désert et le Tell », soulignant encore le caractère de zone de transition entre le nord fertile et les régions arides de l’intérieur. D’autres hypothèses étymologiques, souvent fondées sur des racines berbères, interprètent également Tilimsan comme « poches d’eau captées » ou « lieu des sources », en référence à l’abondance des eaux et aux systèmes hydrauliques qui ont longtemps caractérisé la ville et ses environs[5],[4].
De nombreuses sources médiévales ont évoqué la ville de Tlemcen et fourni des descriptions de son organisation urbaine et de ses fortifications.
Al-Yaqubi est considéré comme l’un des premiers auteurs à mentionner la ville, qu’il décrit en ces termes[2] :
« Elle possède une muraille de pierre, et derrière celle-ci une autre muraille de pierre. Elle compte une importante population, des palais et de belles maisons habitées notamment par un homme nommé Muhammad ibn al-Qasim ibn Muhammad ibn Sulayman. Autour de cette ville vivent des Berbères appelés Maknasa et Sarsara. »
Ibn Hawqal souligne quant à lui l’abondance des ressources hydrauliques et agricoles de la cité, ainsi que la solidité de ses défenses[2] :
« Tlemcen est une ancienne ville traversée par des rivières, bordée de moulins à eau et de vergers. Elle possède une muraille de briques solide et imprenable, des cultures irriguées, des récoltes abondantes et des terres agricoles. »
Al-Bakri décrit Tlemcen comme[2] :
« ...une ville fortifiée au pied d’une montagne couverte de noyers, dotée de cinq portes, dont trois du côté de la qibla : Bab al-Hammam, Bab Wahb et Bab al-Khawkha ; à l’est se trouve Bab al-‘Aqaba et à l’ouest Bab Abi Qurra. »
Préhistoire
modifierLes habitants de Tlemcen rapportent que l’histoire de leur ville remonterait à un passé très ancien, et qu’elle aurait été le théâtre du voyage de al-Khidr et de Moïse. Ils évoquent également la présence d’un mur qui serait identifié à celui qu’al-Khidr aurait édifié. Toutefois, Ibn Khaldoun rejette cette tradition, qu’il considère comme une légende élaborée par les habitants, traduisant un attachement marqué à leur cité et une tendance à en magnifier l’ancienneté, les savoirs qui y sont transmis ainsi que les activités qui y sont pratiquées[6],[1].
Des traces d’occupation humaine dans la région de Tlemcen remontent à la Préhistoire. Grâce à ses conditions naturelles favorables, à l’abondance des grottes et à la fertilité de ses terres, la région a constitué un important foyer d’implantation humaine depuis l’âge de la pierre. Des populations ont occupé durant plusieurs millénaires les grottes situées dans la zone de la citadelle supérieure, de Boudghène et du plateau de Lalla Setti. Les recherches archéologiques, entreprises dès la période coloniale puis poursuivies après l’indépendance, ont révélé des vestiges allant de l’Acheuléen au Néolithique. Dans les grottes d’Ouzidane, des outils acheuléens et moustériens ont été découverts, tandis que les abris sous roche de Mouillah et les grottes de Bouhannak ont livré des microlithes attribués à l’industrie ibéromaurusienne. Le lac Karar, situé près de Remchi, a également fourni d’importants vestiges lithiques ainsi que des restes d’animaux préhistoriques tels que des éléphants, rhinocéros et équidés[7].
La présence humaine préhistorique est attestée par la découverte, en 1875, par Gustave-Marie Bleicher, d’outils lithiques, notamment des haches polies, dans les Grottes des Beni Add datant du Néolithique. Environ une centaine de grottes regroupées sous l’appellation de « Kalaat al-Mardjdiya » (Tameradit) y ont été recensées[8],[7],[9].
D’autres découvertes ont également été réalisées à Bab El Kermadine, où un polissoir en pierre datant de l’âge de la pierre fut mis au jour en 1941 et conservé au Musée de Tlemcen. Sur le plateau de Lalla Setti, notamment dans les grottes proches du village de Beni Boublane, près de 2 000 pièces attribuées au Mésolithique ont été retrouvées, accompagnées de restes humains, confirmant l’importance archéologique de la région[10],[7],[5]
Antiquité
modifierL’histoire de Tlemcen n’a pas commencé, comme l’a affirmé Louis Abadi, au IIIe siècle de notre ère avec l’occupation romaine[10]. Il est difficile de croire qu’un site aussi stratégique n’ait pas constitué antérieurement un centre important des royaumes de Syphax, de Massinissa et de Jugurtha, dont les drapeaux, emblèmes et figures historiques ont marqué, à travers les âges, la symbolique de la ville de Tlemcen[11],[12].
Période numide
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Les royaumes berbères d’Afrique du Nord émergent véritablement à partir du IIIe siècle av. J.-C.. Parmi eux, la dynastie des Massaesyles contrôlait la Numidie occidentale, avec pour principales figures le roi Syphax et son fils Vermina[12].
Le roi Syphax — également mentionné sous la forme « Sefaqs » par Ibn Khaldoun — est considéré comme l’un des premiers souverains berbères ayant contribué à structurer politiquement les populations de la région, aux côtés de Massinissa. Il établit sa capitale à Siga (actuelle Aïn Témouchent). Le territoire de la Numidie occidentale s’étendait alors de l’Oued Chelif à l’est jusqu’à la Moulouya à l’ouest, et entretenait des relations diplomatiques avec Carthage ainsi qu’avec la Rome antique[12].
Au cours de la Deuxième guerre punique, Rome s’allia à Massinissa, ce qui permit une extension progressive de son influence vers l’ouest. Cette dynamique contribua à la disparition effective des royaumes numides en tant qu’entités indépendantes, bien que certaines structures politiques subsistassent formellement sous domination romaine, notamment dans la Maurétanie césarienne. Après la défaite de Syphax, son fils Vermina lui succéda brièvement[N 1],[12].
Plusieurs conflits opposèrent Rome aux royaumes et populations d’Afrique du Nord, notamment la guerre de Jugurtha et la révolte de Tacfarinas[13]. L’opposition de Jugurtha à la République romaine provoque la célèbre Guerre de Jugurtha (112–105 av. J.-C.), relatée notamment par Salluste dans son œuvre Bellum Jugurthinum. Jugurtha exploite d’abord les divisions et la corruption de certains responsables romains, mais Rome finit par mobiliser d’importantes forces militaires contre lui. Le conflit s’achève par la capture et l'exécution de Jugurtha en 105 av. J.-C., à la suite de la trahison de son beau-père, le roi maurétanien Bocchus Ier. La défaite de Jugurtha marque une étape majeure dans l’expansion romaine en Afrique du Nord. Rome renforce alors son contrôle politique sur la Numidie et accroît progressivement son influence sur l’ensemble du Maghreb central. Cette période ouvre la voie à la formation de l’« Afrique romaine », qui se consolidera après la chute du royaume numide puis l’annexion progressive des territoires nord-africains par Rome[14].
Période romaine
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L’ancienne Pomaria, aujourd’hui localisée à l’est de Tlemcen, demeure difficile à circonscrire en raison de la superposition des occupations ultérieures. Une grande partie de ses vestiges est recouverte par des constructions modernes, des jardins et des infrastructures ferroviaires. Néanmoins, des éléments architecturaux antiques, notamment des blocs sculptés remployés, subsistent encore. Certains ont été intégrés dans des édifices postérieurs, comme la base du minaret de l’ancienne mosquée d’Agadir, où des inscriptions latines ont été conservées[15],[16].
En , un poste militaire romain est établi sur un promontoire dominant la plaine de Chetouane, sur une superficie estimée à environ 7 hectares, sous le nom de Pomaria. Ce site constitue le noyau initial d’une agglomération appelée à se développer progressivement. Des populations civiles, notamment des commerçants, s’installent en périphérie du camp, en particulier sur ses marges méridionales[17].
Devenu un camp permanent, Pomaria adopte le plan caractéristique des castra romains, avec une enceinte de forme rectangulaire percée de quatre portes principales : la porte prétorienne à l’est, la porte décumane à l’ouest, ainsi que deux accès latéraux. L’ensemble comprend également des remparts, un centre de commandement, un espace de marché et des zones de stockage destinées aux armes et aux ressources[17].
La ville acquiert une importance religieuse en devenant le siège d’un évêché chrétien de Maurétanie césarienne. Au Ve siècle, son évêque, Longinus (Logionis Pomariensis), figure parmi les prélats exilés par le roi vandale Hunéric à la suite du concile de Carthage de 484. De nombreuses inscriptions chrétiennes découvertes dans les ruines de Pomaria témoignent de cette présence chrétienne durable, avec des dates comprises entre 469 et 651 apr. J.-C.[16].
Située à un point stratégique, Pomaria constitue un relais militaire et logistique dans le dispositif défensif de Rome en Afrique du Nord, servant notamment de point de passage pour les troupes en direction de la Maurétanie tingitane. Elle se trouve également à l’intersection de deux axes de circulation importants : l’un reliant Albulae (actuelle Aïn Témouchent) aux ports de Portus Divinus (Oran et Mers el-Kébir), et l’autre reliant Siga, ancienne capitale du royaume de Syphax, à son débouché maritime situé à l’embouchure de la Tafna (Rachgoun)[16].
Dominations successives
modifierAux Ve siècle et VIe siècles, Pomaria échappe progressivement au contrôle de Rome et connaît plusieurs dominations successives.
En , elle est intégrée au royaume des Vandales dirigé par Genséric, qui s’établit en Afrique du Nord avant de s’emparer de Carthage. Un siècle plus tard, l’empereur byzantin Justinien Ier lance, depuis Constantinople, une expédition militaire commandée par Bélisaire, qui permet la reconquête rapide de la région[18].
La domination byzantine à compter de s’accompagne d’une réorganisation administrative inspirée des structures romaines et d’un rétablissement du christianisme nicéen, au détriment de l’arianisme promu par les Vandales. Toutefois, la région connaît des troubles persistants, attribués notamment à des groupes vandales résiduels, signalés jusqu’à Altava, à proximité de Tlemcen[19],[20].
Malgré ces efforts, le contrôle byzantin demeure limité dans l’ouest de l’Afrique du Nord, où subsistent des royaumes berbères relativement autonomes. Dans ce contexte, Pomaria présente une diversité religieuse, marquée par la coexistence de communautés païennes, juives et chrétiennes[20],[21].
Antiquité tardive
modifierDe la fin de la domination de la Rome antique jusqu’à la conquête musulmane du Maghreb, l’histoire de la région reste peu documentée. L’historien Émile-Félix Gautier a qualifié cette période de « siècles obscurs du Maghreb », en raison de la rareté des sources et de la difficulté à reconstituer les évolutions politiques et sociales. Cette époque est marquée par une fragmentation politique, des troubles récurrents et l’émergence de principautés berbères locales dirigées par des chefs autonomes, dans un contexte de recul des structures héritées de l’Antiquité et de faible contrôle des puissances extérieures[22].
Période islamique
modifierConquête musulmane et premières formations politiques
modifierLes Maghraoua comptent parmi les premières tribus berbères mentionnées dans les sources relatives aux débuts de l’Islam et aux conquêtes musulmanes en Afrique du Nord. Selon la tradition historiographique, ils entrent en contact avec le calife Othmân ibn Affân et apportent leur soutien aux campagnes de Uqba ibn Nafi. Un chef nommé Solat ibn Ouzammar (ar) est présenté comme leur ambassadeur auprès du calife, chargé de représenter les tribus Zénètes.
À la suite de la disparition du califat des Rachidun et de l’instauration du califat omeyyade, plusieurs expéditions sont menées vers l’ouest depuis l’Égypte. Le gouverneur Muawiya ibn Abi Sufyan mandate notamment Muawiya ibn Hudayj (en) pour intervenir en Ifriqiya, suivi par Uqba ibn Nafi. Sous le règne de Yazid ibn Muawiya, l'émir Abou al-Mouhajir Dinar est nommé gouverneur. À cette période, les sources mentionnent le chef berbère Koceïla, initialement chrétien puis converti à l’islam, avant de s’y opposer. Il rassemble plusieurs tribus et mène des actions militaires dans la région de Tlemcen, avant d’être vaincu par Abou al-Mouhajir Dinar, auquel la tradition attribue la fondation toponymique de « Aïn Abi al-Muhajir ». Ce dernier poursuit ensuite ses campagnes dans l’intérieur, soumettant notamment des chefs du Zab et de Tahert[23],[24].
Après la stabilisation relative des frontières du califat abbasside autour de l’oued Chelif, des formations politiques locales émergent. Dans la région de Tlemcen, une principauté kharidjite est fondée par Abu Qurra al-Ifrani, issu des Banou Ifren, qui se proclame imam.
Banou Ifren
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Avant la consolidation du pouvoir omeyyade, la région de Tlemcen est dominée par des confédérations tribales Zénètes, notamment les Banou Ifren et les Maghraoua.
Au VIIIe siècle, Abou Qurra prend la tête des Banou Ifren et parvient à fédérer plusieurs groupes kharidjites du Maghreb. Il mène des actions contre l’autorité omeyyade, dans un contexte de contestation fiscale et politique. Il se proclame imam et établit un pouvoir local centré sur Agadir, fondée sur les vestiges de Pomaria. Cette entité politique est généralement associée au courant sufrite du kharidjisme[25].
La région d’Agadir est considérée comme le noyau initial de la ville de Tlemcen, ayant été fondée par les Banou Ifren, ce qui en fait l’un des plus anciens établissements de la région. Agadir, avec les régions voisines, servit de grand centre d’implantation pour la vaste confédération tribale zénète et ses différentes branches, lesquelles jouèrent un rôle important dans la formation du tissu politique et social de la région[2].
Outre son importance historique, les sources indiquent qu’Agadir bénéficiait d’une position stratégique particulière, qui en fit un centre précoce d’activités économiques et commerciales. De plus, les vestiges de fortifications et les ruines architecturales encore visibles aujourd’hui reflètent son caractère défensif, renforçant l’hypothèse selon laquelle elle fut l’un des principaux noyaux de peuplement ayant contribué au développement de Tlemcen comme grande ville du Maghreb central[2].
Cette situation évolue avec l’arrivée d’Idriss Ier, descendant de Ali ibn Abi Talib, qui trouve refuge dans la région après avoir fui les Abbassides.
Idrissides
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À la suite de la bataille de Fakh (786), opposant les Abbassides aux Alides, Idriss Ier se réfugie au Maghreb et atteint la région de Tlemcen. Proclamé souverain en 788, il obtient le ralliement de plusieurs groupes berbères, notamment parmi les Zénètes.
Le chef local d’Agadir lui prête allégeance sans affrontement. Idriss Ier séjourne dans la région et fait édifier une mosquée sur un site antérieur, identifiée comme la mosquée d’Agadir. Il confie ensuite le gouvernement local à son frère Sulayman avant de rejoindre Fès, où il meurt peu après[26].
Au IXe siècle, Agadir reste intégrée à la sphère idrisside. Idriss II consolide cette présence en réorganisant les structures locales. Le contrôle de la région est ensuite assuré par des membres de la dynastie, jusqu’à l’expansion des Fatimides au début du Xe siècle[27].
Fatimides
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Après le déclin des Idrissides, Agadir passe sous l’autorité de chefs Zénètes, notamment des Maghraoua et des Banou Ifren. Le chef Ziri Ibn Attia reconnaît l’autorité du calife omeyyade de Cordoue Abd al-Rahman III, dans un contexte de rivalité avec les Fatimides.
Toutefois, ces équilibres restent instables. Les Fatimides renforcent leur présence au Maghreb, notamment par l’appui de groupes alliés. Les sources mentionnent l’arrivée de tribus arabes telles que les Banu Hilal et les Banu Sulaym, ainsi que l’implication des Hammadides dans les recompositions régionales.
Ces mouvements contribuent à une recomposition démographique et politique, marquée par l’installation de nouvelles tribus et l’affirmation progressive des Banu Abd al-Wad, futurs fondateurs de la dynastie zianide.
En 973, après la prise de Tlemcen par les Fatimides et leurs alliés, une partie de la population (environ 10 000 habitants) fut déplacée vers Achir, où une nouvelle localité portant le nom de Tlemcen aurait été fondée[28]. La région resta sous l’influence zénète jusqu’à l’arrivée des Almoravides en 1075.
Almoravides
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Au XIe siècle, la région est intégrée à l’empire des Almoravides, dirigé par Youssef ben Tachfine. À proximité d’Agadir, une nouvelle agglomération, Tagrart, est fondée, probablement dans un contexte militaire et administratif[29].
La domination almoravide s’accompagne d’une réorganisation urbaine et politique. Des constructions importantes y sont réalisées, notamment une grande mosquée et des installations palatiales. Sous leur autorité, la ville se développe comme un centre régional influencé par les échanges avec al-Andalus.
Au fil du temps, les noyaux urbains d’Agadir et de Tagrart tendent à se rapprocher, formant progressivement l’ensemble urbain de Tlemcen.
Tlemcen devint alors un centre majeur du savoir islamique, notamment en jurisprudence.
Almohades
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Au XIIe siècle, le mouvement des Almohades, fondé par Ibn Tûmart, renverse les Almoravides. Son successeur, Abd al-Mumin, originaire de la région, prend Tlemcen vers 1145[30],[31].
Grâce à sa position stratégique, Tlemcen devint la capitale de la province orientale de l’empire almohade. Les souverains y développèrent d’importantes infrastructures : fortifications, palais, habitations et équipements commerciaux. Ils frappèrent également monnaie dans la ville et développèrent le port de Honaine pour faciliter les échanges entre l’Afrique et la Méditerranée[30].
Durant cette période, les Banu Abd al-Wad s’implantent durablement dans la région. Initialement alliés aux Almohades, ils renforcent progressivement leur position, prélude à l’établissement ultérieur de leur propre dynastie[30].
Royaume zianide de Tlemcen
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Fondation de l’État zianide
modifierLa tribu des Abdelwadides (Banū ʿAbd al-Wād) constitue une branche des Zénètes. Elle est initialement attestée dans les régions des Aurès et du Zab, dans l’actuelle région de Constantine. Les sources mentionnent sa participation aux campagnes de Uqba ibn Nafi au VIIe siècle, ce qui est parfois interprété comme un indice d’une islamisation précoce[32].
Au début du XIIIe siècle, dans un contexte de déclin du pouvoir des Almohades, le calife Abū al-ʿAlāʾ Idrīs al-Maʾmūn confie le gouvernement de Tlemcen à des chefs abd al-wadides. Jāber ibn Yūsuf exerce le pouvoir local avant que des rivalités internes n’affaiblissent la cohésion tribale. Ces luttes aboutissent à une succession rapide de chefs, jusqu’à l’émergence de Yaghmoracen Ibn Ziane[33]. Celui-ci est généralement considéré comme le fondateur de l’État zianide. Il parvient à s’imposer durablement dans le Maghreb central et fait de Tlemcen la capitale de son royaume au milieu du XIIIe siècle[34].
Organisation politique et dynastique
modifierÀ sa mort, son fils Abu Said Uthman lui succède et consolide le pouvoir dynastique. Il est suivi par Abu Zayyan ibn Abi Said et Abou Hammou Moussa Ier, dont les règnes sont marqués par des conflits avec les Marinides et des tensions internes. Le règne d'Abou Tachfine Ier (XIVe siècle) est notamment caractérisé par un développement architectural important, malgré une situation politique instable[35].
Au cours du XIVe siècle, Abou Hammou Moussa II parvient à restaurer temporairement l’indépendance du royaume face aux pressions extérieures. Toutefois, les luttes de succession et les interventions étrangères, notamment mérinides, fragilisent durablement l’État. Plusieurs souverains se succèdent jusqu’au règne d'Abū Muḥammad ʿAbd Allāh, marqué par une relative stabilité. Le dernier souverain zianide est connu sous le nom d’Abou Zyan Mohamed[36].
Apogée et rayonnement de Tlemcen
modifierLes souverains abdelwadides s’attachent à faire de Tlemcen une métropole majeure du Maghreb, attirant savants et artisans, en particulier venus d’al-Andalus. La ville connaît un important développement urbain autour de son noyau ancien[17],[37].
Sous Yaghmoracen Ibn Ziane (1236–1282), une expansion vers le sud-est est engagée, accompagnée de l’installation de populations andalouses. Il fait édifier le palais du Mechouar ainsi que plusieurs infrastructures défensives et religieuses, dont des travaux à la Grande Mosquée et à la mosquée d’Agadir[37].
Sous Abu Said Uthman, Tlemcen renforce son rôle commercial. Un accord conclu avec la Couronne d'Aragon favorise les échanges méditerranéens et l’installation de marchands étrangers. La ville s’étend vers l’ouest, avec la construction de nouveaux quartiers et d’édifices religieux[37].
Les règnes de Abou Hammou Moussa Ier et de Abou Tachfine Ier se caractérisent par la poursuite de l’expansion urbaine et l’embellissement de la ville, notamment avec la construction de la médersa Tachfinia, l’une des principales centres d’enseignement du Maghreb médiéval[37].
Sous Abou Hammou Moussa II, de nouveaux établissements religieux et éducatifs sont fondés, contribuant au rayonnement intellectuel de Tlemcen. Au XVe siècle, le déplacement des routes commerciales vers l’Atlantique entraîne cependant un déclin progressif du commerce caravanier[37].
La ville atteint néanmoins un niveau de développement important, avec une population estimée à environ 125 000 habitants, et de nombreuses infrastructures (mosquées, médersas, bains, fondouks et systèmes hydrauliques).
Conflits avec les Marinides et déclin du royaume
modifierLa prospérité de Tlemcen suscite la convoitise des Mérinides, qui assiègent la ville entre 1299 et 1307. À cette occasion, ils fondent la ville de al-Mansūra à proximité afin d’y installer durablement leurs forces militaires et administratives. Ce siège, parmi les plus longs du Maghreb médiéval, provoque pénuries et difficultés pour la population, tandis que les souverains zianides renforcent les fortifications et organisent la résistance de la cité[38],[26],[39].
Au XIVe siècle, la rivalité entre Zianides et Mérinides se poursuit jusqu’au second grand siège conduit par le sultan mérinide Abū al-Ḥasan entre 1335 et 1337. Tlemcen tombe temporairement sous domination mérinide avant de retrouver son indépendance, bien que durablement affaiblie par les guerres et les destructions. Ces conflits transforment profondément le paysage urbain de la ville, marqué par le développement d’espaces fortifiés, le déplacement de certains quartiers et l’importance croissante de Mansoura. Les chroniqueurs médiévaux présentent également ces sièges comme des épisodes majeurs de l’histoire politique maghrébine et de la mémoire de la résistance tlemcénienne[39].
Selon certaines traditions, le dernier souverain de Grenade, Boabdil, aurait terminé sa vie à Tlemcen à la fin du XVe siècle[40],[41].
Le déclin final de la dynastie s’accélère au XVIe siècle, dans un contexte d’interventions étrangères, notamment espagnoles. En , des membres de la famille zianide sont transférés en Castille, marquant la fin effective de leur pouvoir.
Tlemcen à l’époque ottomane
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Intervention des frères Barberousse
modifierLes premiers éléments de l’action des frères Barberousse — Arudj Barberousse, Khayr ad-Din Barberousse et Isḥāq — apparaissent dans le bassin occidental de la mer Méditerranée dès la fin du XVe siècle. Toutefois, l’intervention ottomane en Algérie s’inscrit avant tout dans une dynamique locale : elle répond à l’appel des populations, qui sollicitent leur appui face à la pression et à l’expansion espagnoles sur le littoral maghrébin[42].
Les premières villes passées sous leur contrôle furent Jijel puis Alger. À partir de là, Arudj dirigea ses forces vers Ténès, alors sous l’autorité des Banu Ziyan, à l’été 1517. Il marcha ensuite sur Tlemcen, où le sultan zianide Abou Hammou III s’était emparé du pouvoir au détriment de son neveu Abou Zeyan, qu’il avait fait emprisonner.
À la suite de l’appel de notables tlemcéniens en faveur du rétablissement d’Abou Zeyan, Arudj intervint, vainquit Abou Hammou III — contraint de se réfugier successivement à Fès puis à Oran — et entra dans Tlemcen en septembre 1517. S’il rétablit d’abord Abou Zeyan, il le fit rapidement exécuter, de même que plusieurs membres de la dynastie et leurs partisans, afin d’assurer son autorité. Il entreprit parallèlement de renforcer les défenses de la ville et conclut une alliance militaire avec le souverain wattasside.
La réaction espagnole fut immédiate. Les troupes espagnoles mirent le siège devant Tlemcen, contraignant Arudj à une situation critique. Privé du soutien effectif de ses alliés Wattasides, il tenta de se replier vers l’ouest avec un contingent réduit. Il fut cependant rattrapé et tué avec ses compagnons en mai 1518, dans la région des Banū Znassen. Les Espagnols réinstallèrent alors Abou Hammou III sur le trône, en contrepartie d’un tribut annuel comprenant 12 000 ducats, 12 chevaux et six faucons.
Après la mort d'Arudj Barberousse et de son frère Isḥāq à Ténès, la présence ottomane en Algérie sembla un temps compromise. Elle fut néanmoins rétablie par Khayr ad-Din, qui consolida son pouvoir à Alger avant d’étendre progressivement son autorité sur l’ensemble de la région.
Intégration à la régence d’Alger
modifierLa disparition définitive du pouvoir zianide intervint lorsque Salah Raïs, pacha d’Alger, s’empara de Tlemcen au nom de l’Empire ottoman en 1555.
Sur le plan urbain et démographique, Tlemcen — qui avait connu son apogée à l’époque zianide — entra alors dans une phase de déclin durable. Elle perdit son rôle central dans le Maghreb central et devint progressivement dépendante de centres régionaux tels que Mazouna, puis Oran.
Cette période vit également l’émergence d’un nouveau groupe social, celui des Kouloughlis (Qarāghla), issus d’unions entre Ottomans et populations locales, qui finirent par occuper une place dominante dans la ville, au détriment des autres composantes (Berbères, Arabes et Andalous).
Les nouveaux arrivants s’implantèrent principalement dans des zones jusque-là peu urbanisées, notamment au sud-ouest de la médina, autour du quartier de Bāb al-Ḥadīd. Cette extension constitue l’un des principaux faits urbains de la période ottomane.
La prise de Tlemcen en 1555 marque ainsi une rupture majeure dans l’histoire de la ville. Déchue de son statut de capitale, elle devint un centre administratif et militaire secondaire, principalement dédié à la perception de l’impôt. Ce déclassement s’accompagna d’un affaiblissement économique et d’un recul démographique sensible : une partie de la population émigra, et la ville ne comptait plus que moins de 5 000 habitants en 1842.
Les autorités ottomanes ne firent pas de Tlemcen le siège d’un beylik, lui préférant successivement Mazouna, Mascara puis Oran. Cette marginalisation entérina la perte de son rôle politique et économique.
Évolution urbaine et sociale
modifierSur le plan artisanal, la ville connut également une régression notable. Plusieurs savoir-faire disparurent, notamment la frappe monétaire, le travail du bois, la céramique, la broderie, la bijouterie, l’ameublement, le travail du cuir et la fabrication de selles. Seule l’activité textile se maintint, mais avec une nette altération de la qualité et des techniques[43].
Enfin, en matière d’urbanisme, les transformations demeurèrent limitées. On relève toutefois le développement de la zone de Tafraṭa, au nord-ouest, ancien territoire de la tribu zénète des Tafrānt. Cette région avait servi, dès le règne de Abou Hammou Moussa Ier, de réserve stratégique (maṭmūra) et de zone agricole destinée à soutenir la ville en période de siège[44].
Tlemcen à l’époque de la colonisation française
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De 1837 à 1842, Tlemcen connut une phase de résistance (al-muqāwama), qui s’inscrit dans le contexte du traité de la Tafna (1837), conclu entre l’émir Abdelkader et les autorités françaises. Les forces coloniales françaises entrèrent dans la ville de Tlemcen en 1842[45]. À partir de 1842 et jusqu’en 1962, la ville passa sous domination française durable, marquée par une forte présence militaire et par l’aménagement d’infrastructures à vocation stratégique, notamment dès 1852 dans la zone de Tafraṭa, au nord-ouest.
Tlemcen sous l’émir Abdelkader
modifierTlemcen connut de nombreux conflits et troubles internes entre les Kouloughlis, retranchés dans la citadelle du Mechouar et sollicitant l’appui de l’armée française, et les habitants de la ville qui soutenaient l’émir Abdelkader ibn Muhieddine. Ces derniers rassemblèrent leurs biens et émigrèrent avec lui vers la frontière algéro-marocaine, fuyant les attaques de Bugeaud[46].
L’émir Abdelkader séjourna à Tlemcen durant une phase importante de sa lutte contre la conquête française. Il s’y réfugia et s’y retrancha notamment dans la forteresse du Mechouar. À cette époque, la région constituait l’un des principaux centres politiques et militaires de son État. Il y nomma comme représentant Muṣṭafā ben al-Tihāmī, assisté d’autres responsables, en particulier après le repli de la résistance vers les Hautes Plaines au début des années 1840.
Toutefois, la politique de ce représentant suscita le mécontentement de certaines tribus, notamment les Banū ʿĀmir, qui dénonçaient des abus d’autorité, des destitutions arbitraires et une remise en cause du statut de leurs notables. Malgré leurs doléances, l’émir n’intervint pas directement. Les chefs tribaux décidèrent alors de reconnaître un certain Muḥammad ibn ʿAbd Allāh comme chef, instaurant une autorité concurrente avant de se tourner vers le Maroc[47].
L’émir fut également confronté à des trahisons, qui lui coûtèrent près d’un millier d’hommes lors de la bataille de Sikkāk. La tradition locale rapporte qu’une flèche qu’il aurait tirée sur un soldat ennemi serait restée fichée dans un mur de la vieille ville, conservée comme témoignage mémoriel.
Après l’émigration de nombreux habitants de Tlemcen ayant soutenu l’émir Abdelkader, l’administration coloniale plaça la ville sous régime militaire et entreprit le recensement des biens des émigrés en vue de leur saisie et de leur confiscation. La première décision, publiée le , accordait aux émigrés un délai de deux mois pour revenir à Tlemcen, sous peine de confiscation de leurs biens en cas de non-retour[46].
Afin de soumettre les tribus hostiles à l’occupation, l’armée française fut divisée en détachements militaires chargés de parcourir le territoire de Tlemcen et ses environs. Bedeau emprunta la route de Sebdou jusqu’à Ouledhassa, tandis que Cavaignac se dirigea vers les tribus des Béni Smiel, d’Aïn Fezza et des Ouled Mimoun afin d’y obtenir leur allégeance et de leur imposer le paiement d’un impôt de soumission et d’obéissance[46].
En raison de la position frontalière stratégique de Tlemcen, l’administration coloniale jugea nécessaire d’établir des postes et des fortins militaires afin de surveiller les déplacements des tribus, notamment celles opposées à l’occupation, telles que les Angad, les Béni Znassen et les Béni Snous, dans le but de les encercler et de les punir, parfois pour des motifs insignifiants, soit par l’emprisonnement, soit par l’imposition d’amendes financières[46].
Sous l’occupation française
modifierDans une première phase (1842–1851), les autorités coloniales privilégièrent le contrôle militaire. Une partie du palais du Mechouar fut transformée en caserne, tandis que de nouvelles installations furent édifiées, notamment la caserne de Ghramala, occupant une large portion de l’espace urbain, ainsi que la caserne Muṣṭafā[17].
Dans un second temps, l’administration coloniale engagea une politique d’aménagement urbain. De larges artères furent percées, telles que la rue Sidi Bel Abbès (actuelle rue du 1er Novembre), la rue de France (actuelle rue de l’Indépendance) et la rue de Paris (actuelle rue Tigdani-Damerdji). Le plan d’urbanisme de 1845 entraîna d’importantes transformations du tissu urbain, amplifiées à partir de 1887 par la création de nouvelles places et la restructuration de quartiers entiers[17].
La zone de Tafraṭa, jusque-là faiblement urbanisée, permit l’implantation d’un quartier européen sans expropriations massives. Dès 1860, l’ouverture de la rue Nationale (actuelle rue Colonel Lotfi), large de 33 mètres, structura ce nouveau pôle urbain, où furent édifiés les principaux bâtiments administratifs (gendarmerie, tribunal, église, etc.)[17].
Ces transformations s’accompagnèrent de la disparition de plusieurs monuments historiques : la médersa Tachfīniyya fut détruite en 1872, la médersa Yaʿqūbiyya disparut également, tandis que la médersa des Awlād al-Imām fut fermée. En 1904, le marché couvert remplaça l’ancien souk al-Qaysāriyya[17].
Après 1920, l’urbanisation déborda les remparts avec la création de nouveaux quartiers, tels que Bouséjour et Bel-Air, ainsi que des extensions vers Mansourah et Sidi Chaker[17].
Sur le plan démographique, la population passa d’environ 5 000 habitants en 1842 à 73 000 en 1954, puis à 82 500 en 1960. Malgré cette croissance, Tlemcen perdit de son importance au profit d'Oran, devenue le principal pôle régional. La construction de la ligne ferroviaire reliant Mohammadia, Mascara à Béchar contribua également à marginaliser la ville, en la privant de son rôle traditionnel de carrefour entre le nord et le Sahara.
L’artisanat traditionnel connut un déclin marqué, bien que Tlemcen demeurât un centre notable de production textile : en 1958, sur 152 000 m2 de tapis produits dans l’ouest algérien, 108 000 m2 provenaient encore de la ville. Parallèlement, l’économie agricole fut réorganisée, avec la mise en place de coopératives et d’institutions financières modernes.
Enfin, dès le début du XXe siècle, une quarantaine de monuments et sites historiques de Tlemcen furent classés, marquant les premières politiques de protection patrimoniale dans la ville.
Tlemcen depuis l’indépendance
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Après l’indépendance de l’Algérie en 1962, Tlemcen ne connut pas de transformation radicale de sa structure urbaine, bien que la ségrégation socio-spatiale héritée de la période coloniale ait progressivement disparu. Une partie de la population tlemcénienne émigra vers de grands centres urbains tels que Alger, Oran ou Sidi Bel Abbès, tandis qu’un mouvement inverse s’observa avec l’arrivée de populations rurales attirées par les opportunités urbaines.
L’expansion de la ville se traduisit par un étalement vers de nouvelles périphéries, notamment dans les secteurs de la Dhahra et de Boudghène, souvent au détriment des terres agricoles. Cette croissance s’accompagna d’une urbanisation diffuse, parfois peu maîtrisée, contribuant à une extension désordonnée du tissu urbain[17].
Parallèlement, les activités traditionnelles — artisanat et commerce de type classique — connurent un déclin progressif, affectant le rôle économique historique de la médina. Une partie de la population quitta les quartiers anciens pour s’installer dans de nouveaux ensembles résidentiels, laissant place à une recomposition sociale marquée par l’installation de populations plus modestes. La médina se maintint ainsi principalement grâce à la persistance d’activités commerciales et artisanales résiduelles.
Le développement urbain postcolonial se caractérise dès lors par une structure fragmentée, articulée entre centre ancien, quartiers hérités de la période coloniale et extensions contemporaines. La croissance urbaine s’organise autour de trois grands types d’espaces : zones résidentielles, équipements et infrastructures, et zones de production industrielle[17].
L’expansion industrielle et semi-industrielle s’est en partie réalisée au détriment de terres agricoles fertiles : environ 220 hectares ont été urbanisés, dont près de 80 hectares de terres irriguées à haut rendement. Cette évolution a contribué à déséquilibrer les relations entre habitat et emploi, tout en accentuant la complexité des mobilités quotidiennes au sein de l’agglomération.
Dans l’ensemble, les dynamiques observées après l’indépendance prolongent, sous des formes renouvelées, certaines tendances amorcées durant la période coloniale, notamment en matière d’organisation spatiale, de croissance périphérique et de déséquilibres urbains[17].
Notes et références
modifierNotes
modifier- ↑ La succession de Vermina est attestée notamment par des émissions monétaires portant son effigie
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