Hunayn ibn Ishaq
Hunayn Ibn Ishaq ou Abū Zayd Ḥunayn ibn Isḥāq al-'Ibādī, né à Al-Hira v. 808 et mort à Bagdad en 873, est un médecin, traducteur et enseignant de religion chrétienne nestorienne, qui a servi plusieurs califes abbassides.
| Naissance | |
|---|---|
| Décès |
H 1468 G Bagdad (califat abbasside) |
| Nom dans la langue maternelle |
حنين بن إسحاق |
| Activité |
Médecin et traducteur |
| Enfant |
| Maître |
|---|
En occident médiéval, sous le nom de Johannitius, il est connu comme auteur de deux ouvrages de référence, traduits en latin par Constantin l'Africain : Al Masa'il fi al-Tibb (Questions sur la médecine) sous le titre Isagoge de Johannitius, et le Kitab al-Ashr Maqalat fil-Ayn (le livre des dix traités sur l'œil) sous le titre De Oculis.
Hunayn est célèbre pour ses traductions d'ouvrages grecs vers le syriaque et l'arabe classique. Surnommé, le « maître des traducteurs », il dirige la traduction de la presque totalité des traités médicaux grecs connus de son époque, et la moitié des écrits d'Aristote. Il est considéré comme le principal auteur du vocabulaire médical et scientifique de la langue arabe classique post-coranique.
Biographie
modifierOrigine et formation
modifierIl a écrit une autobiographie, exploitée par Ibn Abi Usaybi'a pour le chapitre qu'il lui consacre. Originaire d'Al-Hira (ancienne capitale de la dynastie arabe des Lakhmides, sur le Bas-Euphrate) où il naît en 808[1], issu de la tribu des Banū l-'Ibād, fils d'un pharmacien nestorien, il devient lui-même diacre de l'Église nestorienne[2].
Il quitte sa petite ville à son adolescence pour Bagdad, où il suit les cours de médecine de Yuhanna ibn Masawaih. L'enseignement des sciences et de la médecine se faisaient le plus souvent au domicile d'un maître, ou plus rarement dans un lieu public (bibliothèque, hôpital, mosquée). Hunayn, dit-on, perturbait les cours par des questions trop nombreuses et Yuhanna finit par l'expulser de sa maison[3].
Il fait ensuite un voyage de deux ans qui l'aurait mené à Alexandrie et en territoire byzantin, apprenant ainsi le grec ancien, avant de revenir à Bagdad, vers 826. Selon Ibn Abi Usaybi'a, il est alors remarqué par Gabriel bar Bokhticho et réconcilié par celui-ci avec Yuhanna ibn Masawaih.
À l'âge de 17 ans, il commence ses premières traductions, du grec en syriaque et en arabe, sous la direction de Yuhanna. Il les continuera toute sa vie, produisant « une prodigieuse somme de travaux »[4].
Carrière
modifierVers 830, il est chargé de superviser les traducteurs de la Maison de la sagesse (Bayt al-Hikma) du calife al-Mamun[5]. Ensuite il participe notamment aux conférences de savants organisées par le calife al-Wathiq (842 - 847), qui le charge de rédiger une sorte d'encyclopédie médicale[6].
Il devient premier médecin du calife sous Ja'far al-Mutawakkil (847-861). Mais il est en butte à l'hostilité du groupe des médecins originaires de Gundishapur, qui parviennent à un moment à le faire fustiger et emprisonner[7] ; rappelé par le calife tombé malade, et ayant réussi à le guérir, il rentre en grâce et ses détracteurs sont contraints à le dédommager. Il effectue de nombreux voyages à la recherche de livres : au moins un second dans l'Empire byzantin[8], et d'autres notamment en Syrie, Haute-Mésopotamie et Palestine. Deux de ses fils, Dāwūd et Ishāq, deviennent médecins comme lui, et il écrit des livres à leur intention.
Il est connu pour son éthique en tant que médecin. Le calife Jafar al-Mutawakkil lui aurait demandé en échange d'une grande somme d'argent de préparer un poison pour qu'il puisse se débarrasser de l'un de ses ennemis. Mais Hunayn refusa la demande en lui disant :
« Ma Science ne porte, écrit-il, que sur les substances bénéfiques ; je n’en ai pas étudié d’autres. Deux choses m’ont retenu de préparer le poison mortel : ma religion et ma profession. La première m’enseigne que nous devons faire du bien même à nos ennemis, et à plus forte raison à nos amis. Quant à ma profession, elle a été instituée pour le plus grand bénéfice de l’humanité, dans le but exclusif de guérir et de soulager. En outre, comme tous les médecins, j’ai juré de ne donner à personne aucune substance mortelle[9]. »
Prenant cela comme une provocation, le calife l'emprisonne et menace de l'exécuter s'il n'accepte pas de préparer ce poison. Comme il refuse toujours d'obéir aux ordres, le calife le libère et le récompense en lui offrant une grande somme d'argent pour son intégrité morale. Il sert ensuite le calife comme médecin personnel. Il meurt à Bagdad en 873[1] certains auteurs donnant 877[10].
Œuvres
modifierOn lui attribue une centaine d'ouvrages, dont la moitié environ existent encore de nos jours, en général dans des manuscrits car très peu ont été l'objet d'une édition imprimée. Fuat Sezgin ajoute une liste de quatorze ouvrages connus par des citations faites par des auteurs postérieurs (en particulier Rhazès)[11].
Il s'agit en majorité de résumés ou de commentaires des œuvres de Galien, le plus grand médecin grec de l'Antiquité. Un certain nombre de textes sont présentés sous forme de séries de questions-réponses, ce qui était de règle dans des livres destinés à l'enseignement.
Médecine
modifierSon œuvre médicale se compose de deux traités principaux et de nombreuses petites brochures[4].
Questions de médecine pour les étudiants (Al Masa'il fi al-Tibb li-l-muta'allimin)
modifierConservé en versions syriaque et arabe, ce texte est probablement le premier texte médical arabe traduit en latin en Occident médiéval, par Constantin l'Africain (mort vers 1087) sous le titre « Isagoge de Johannitius ». Il s'agit d'un abrégé remanié des Questions avec disparition de la forme questions-réponses. Cette première version a été longtemps critiquée par la postérité pour ses infidélités au texte original (omissions, raccourcis, coupures…). À la fin du XXe siècle, des études modernes considèrent que ce qui est traduit dans cette première version rend littéralement le sens de l'arabe[12],[13].
Isagoge figure parmi les six textes de l'Articella, corpus établi au début du XIIe siècle par l'école de médecine de Salerne[14]. D'autres versions latines médiévales de l' Isagoge sont celles de Marc de Tolède (en)(deuxième moitié du XIIe siècle) et celles de Rufin d'Alexandrie (deuxième moitié du XIIIe siècle). Par son style concis, l'Isagoge servira d'introduction à la médecine, apprise par cœur, pour les étudiants jusqu'à la fin du moyen-âge[12].
Dix traités sur l'œil (Kitab al-ashr maqualat fi al-'ayn)
modifierDans ce traité d'optique et d'ophtalmologie, Hunayn détaille l'anatomie de l'œil en adoptant la théorie de Galien sur la vision. Il est aussi l'auteur du Livre des questions sur l'œil et du Livre sur les différentes maladies de l'œil[15].
Parmi les premières traductions latines, celle de Constantin l'Africain sous le titre Liber de oculis (première édition imprimée Lyon, 1515)[16]. L'œuvre de Hunayn influence les De oculis de l'occident médiéval, comme le De oculis du salernitain Benvenutus Grapheus (en) à la fin du XIIe siècle[13].
Petits traités et monographies
modifierLes morceaux choisis et les trésors des médecins ; Traité sur la prophylaxie et la thérapie des dents ; Les douleurs de l'estomac ; Le traitement des mélancoliques (psychiatrie) ; Ce que dit Galien sur les parties naturelles des femmes (gynécologie) ; Ce que dit Hippocrate sur les nouveau-nés à huit mois ; Traité sur les soins à donner aux convalescents, à partir des écrits de Galien.
Dans les domaine de l'hygiène et de la diététique : un Traité sur le coït ; un Livre des secrets des philosophes sur le coït ; un Discours sur le bain ; Les aliments ; Les bienfaits de la nourriture ; La façon saine de faire usage de la nourriture et de la boisson ; le Livre sur l'utilité des sortes de mets ; La vigne ; Les légumes et leurs propriétés ; Le jus de légume ; Les fruits et leur utilité ; L'utilité de la viande de volaille ; Le petit-lait, ses vertus et son utilité ; Les qualités du lait ; Comment traiter les obèses ; Comment traiter ceux qui sont trop maigres. La BnF reprend l'attribution du Kanz al-fawāʾid fī tanwīʿ al-mawāʾid, important livre de 830 recettes de cuisine publié en Égypte[17].
Dans le domaine de la pharmacopée : une Compilation des cinq premiers traités de Galien sur la force des simples et un Abrégé du traité des simples.
Les quatorze traités dont on a seulement des citations sont : La préparation des médicaments ; Les médicaments composés ; La saignée ; Les médicaments de l'œil ; Le livre de la vue ; Les médicaments choisis ; Le traitement de la gale ; Le livre de la thériaque ; Le traitement du coup de chaleur ; Le traitement de la convalescence ; Le traité des signes ; Les médicaments de substitution ; Les questions sur l'urine ; Les questions sur les maladies aiguës.
Autres sujets
modifierEn dehors du domaine de la médecine, on a : Le ciel et l'univers ; L'action du soleil et de la lune ; Que la lumière n'est pas une substance (d'après Aristote) ; Sur le chatouillement ; Discours sur la mort ; Aphorismes des philosophes et savants de l'Antiquité.
Il faut d'autre part ajouter son « autobiographie » (en fait une Lettre sur les difficultés et les malheurs qu'il a traversés), qui est largement citée par Ibn Abi Usaybi'a dans le chapitre qu'il lui consacre, et une autre lettre, À 'Alī ibn Yaḥyā sur les livres de Galien qui, à sa connaissance, ont été traduits, ainsi que sur quelques-uns qui ne l'ont pas été où il discute de 129 textes galéniques disponibles[18].
On possède aussi une réponse qu'il fit au savant musulman Ibn al-Munajjīm qui avait écrit un texte intitulé La Preuve (Al-Buhrān) où ce dernier prétendait démontrer par la logique la vérité de la prophétie de Mahomet[19]. Dans Fi kayfiyyat idrak haqiqatat al-diyana (« Comment comprendre la vérité de la religion »), Hunayn engage la polémique avec l'islam[20]en répondant au défi que lui lance son ami musulman Ibn al-Munajjim (m. 888)[21]. Ce dernier prétend démontrer la vérité de sa propre foi. Hunayn lui répond par une méditation sur les motifs qui poussent à adhérer à une religion. Il distingue les motifs d'adhérer au faux (par exemple la contrainte). Il conclut que le christianisme ne correspond à aucun d'eux. Et les motifs d'adhérer au vrai. À la différence d'Ammar al-Basri, il ne s'en tient pas au seul critère du miracle, mais y ajoute des causes plus rationnelles[21].
Il a écrit des livres de philosophie, dont Nawadir al-falasifa wa l-ḥukamā’ (« Anecdotes sur les philosophes et les sages ») , qui mêle des citations de philosophes antiques à ses propres réflexions[22],[20]. Ce texte est perdu et ne nous est connu que par le biais d'un résumé intitulé Adab al-falasifa[23]. Hunayn s'y appuyait semble-t-il principalement sur les Grecs (Galien, Hippocrate, Homère). Il évoque le personnage coranique de Luqman, mais dépouillé de son caractère religieux. Il cite Salomon, mais il le présente comme un sage parmi les autres, non comme un prophète. C'est l'enseignement moral qui est mis au premier plan dans le texte[24].
Traductions
modifierLe mouvement de traduction entre le grec ancien, le syriaque et l'arabe avait commencé bien avant Hunayn. Dans une lettre, il cite à la fois des chrétiens melkites, qui en général passaient directement du grec à l'arabe, et des jacobites et des nestoriens, qui avaient beaucoup traduit du grec au syriaque, puis en arabe. On peut citer Serge de Reshaina, traducteur d'Hippocrate et de Galien en syriaque, fréquemment cité par Hunayn qui est souvent parti de son travail, Théophile d'Édesse, Job d'Édesse, Thomas d'Édesse (qui a collaboré avec Hunayn).
Beaucoup de ce que l'on sait des activités de traductions d'Hunayn viennent d'Hunayn lui-même, en particulier sa Lettre à Ali ibn Yahya[18].
Méthodes
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Hunayn a mis sur pied une entreprise familiale privée de traduction qui produisait à la demande. Ce travail était alors très lucratif : selon Ibn Abi Usaybi'a, le calife al-Mamun rétribuait les traducteurs au poids, un dinar pour un livre de manuscrit. Le centre de l'activité était la littérature médicale d'origine grecque, et Hunayn a rassemblé toute une équipe de collaborateurs qui étaient médecins de formation, dont son fils Ishâq (né vers 830) et son neveu Hubaysh, et d'autres moins connus comme Isâ ibn Yahyâ ibn Ibrâhim, Étienne ibn Bâsil, Musâ ibn Khalid et Yahyâ ibn Hârûn[25].
Quant aux commanditaires, dans sa lettre sur les traductions de Galien, Hunayn en cite une vingtaine : des médecins nestoriens (d'abord Gabriel bar Bokhticho et Yuhanna ibn Masawaih, puis Salmawayh ibn Bunân, qui lui a commandé quatorze livres de Galien, Bakhticho le fils de Gabriel, avec qui il se brouilla, Isrâ'il al-Tayfûrî), des dignitaires musulmans cultivés ('Alî ibn Yahyâ al-Munajjîm, propriétaire de l'une des plus grandes bibliothèques de Bagdad, les trois frères Banû Mûsâ ibn Shâkir, Muhammad ibn 'Abd al-Malik al-Zayyât, vizir du calife al-Mu'tasim, qui payait les traductions deux cents dinars par mois, Ishâq ibn Ibrâhîm al-Tâhirî, chef de la police de Bagdad sous al-Mamun, le haut fonctionnaire Abû l-Hasan Ahmad ibn al-Mudabbir...).
La part dominante des commanditaires privés indiquerait un changement majeur des politiques de traduction. Le soutien officiel s'épuise car les textes jugés les plus importants pour la politique culturelle et religieuse des califes sont déjà traduits. Ce sont les textes d'intérêt pour des personnalités individuelles qui sont désormais demandés[18].
Hunayn, avec son fils Ishaq, faisait partie des savants confirmés possédant à la fois le grec et l'arabe[26], il donne une place prédominante au syriaque dans son programme de traduction[18].
Hunayn a renouvelé les méthodes de traduction, si bien d'ailleurs qu'il a souvent, non seulement révisé, mais refait entièrement des traductions déjà faites. Il manifeste d'abord le souci d'établir le meilleur texte possible, en se donnant beaucoup de peine à rechercher les meilleurs manuscrits (il parle de copies incorrectes, de collation de plusieurs manuscrits, etc.). Le fait qu'Hunayn ait voyagé en terre byzantine pour chercher des manuscrits grecs serait légendaire. Ils étaient plutôt obtenus dans des collections privées en Égypte ou en Perse, dans des monastères (par la vénérable coutume du prêt), ou à l'occasion saisis comme butin durant l'expansion de l'Islam[18].
Il insiste non seulement sur la parfaite maîtrise nécessaire de la langue de départ et de la langue d'arrivée, mais aussi sur la compréhension profonde du sujet du texte, rompant ainsi avec les méthodes mécaniques de traduction : plus de traduction mot par mot, en ignorant les différences syntaxiques entre les langues, et en décalquant les figures de style au risque du contresens[18].
« Les versions de Hunayn, écrit Gotthelf Bergsträsser, apparaissent comme les meilleures grâce à leur extrême correction. [...] On a l'impression que cela n'est pas obtenu au prix d'un effort laborieux, mais par une maîtrise libre et sûre de la langue. On constate la frappante exactitude d'expressions obtenues sans verbosité. C'est ce qui constitue l'éloquence (fasaha) de Hunayn »[27].
Vocabulaire scientifique
modifierSelon Manfred Ulhmann, ce mouvement de traduction arabe relève de la « création d'un langage ». Les traducteurs, comme Hunayn, ne sont guère aidés par les philologues professionnels de leur temps plutôt concernés, eux, par l'étude de la poésie ancienne et de la langue du Coran[18].
Hunayn est considéré comme le principal auteur de l'élaboration du vocabulaire médical et scientifique en arabe classique[4]. Étant donné l'absence de termes scientifiques en arabe, il crée donc un vocabulaire en décalquant des mots grecs (ainsi philosophia est arabisé en falsafa), ou en inventant des équivalents de sens (ainsi, le terme médical « pylore » / πυλωρός qui veut dire gardien en grec ancien, a été rendu par bawwâb, « portier »)[28].
Pour les mots grecs construits à l'aide de deux noms ou d'un nom et d'un préfixe, la transcription simple est évitée, et le sens est rendu en juxtaposant deux mots arabes. Par exemple haimorrhagia (hémorragie) devient en arabe infijar ad-dam (giclement de sang) et kephalgia (céphalée) devient waja ar-ra's (mal de tête)[29].
Ce mouvement de traductions n'est jamais passif, il parait lié aux recherches les plus avancées de son époque[30]. L'importance du rôle de Hunayn sous les Abassides montre l'étendue de la participation de non-musulmans à la culture islamique de cette époque[18].
Textes
modifierD'après sa Lettre à Alî ibn Yahyâ (datant de 856), où il énumère 129 textes de Galien (authentiques ou apocryphes[31]), Hunayn en a déjà traduit lui-même 88 (et il continuera), certains partiellement, d'autres plusieurs fois. Il a donc traduit majoritairement du grec au syriaque, mais il a traduit aussi 40 textes en arabe, dont 30 avaient une version arabe antérieure. Cette activité de traduction de Galien s'est poursuivie toute sa vie (il a traduit Le livre des fièvres en syriaque à dix-sept ans, et sa mort à soixante-cinq ans l'a empêché d'achever une version arabe des Diverses branches de la médecine), et on peut dire qu'il a transmis globalement cette œuvre au monde arabe.
Mais le travail sur Galien n'a représenté qu'une partie de son activité de traducteur, puisqu'on lui attribue (parfois de façon incertaine) environ deux cents traductions. Dans le domaine médical, il a traduit de plus : en syriaque La Matière médicale de Dioscoride en entier (y compris les livres VI et VII apocryphes), révisant de plus la version arabe d'Istifân ibn Basîl ; en syriaque (et peut-être en arabe) la première partie des Collections médicales d'Oribase, ainsi que l'abrégé établi par Oribase pour son fils Eustathe ; en arabe la somme en sept livres de Paul d'Égine ; plusieurs livres de Rufus d'Éphèse ; le commentaire de Soranos d'Éphèse sur le traité La Nature de l'embryon d'Hippocrate. Il faut remarquer qu'en dehors des Aphorismes, l'œuvre d'Hippocrate est restée en dehors de son activité, ainsi par exemple que l'essentiel de celle de Soranos.
En dehors de la littérature médicale, Hunayn a traduit en syriaque les Catégories et l'Interprétation d'Aristote (dont son fils Ishaq a réalisé la version arabe), les Premiers et Second analytiques (en collaboration avec son fils), la Rhétorique et la Poétique ; en outre il a traduit en arabe la Métaphysique, la Physique, La génération et la corruption, le traité De l'âme et les Plantes. De Platon, il a traduit La République, Les Lois et Timée[32]. D'Alexandre d'Aphrodise (en syriaque) : Les Principes du Tout selon l'opinion d'Aristote, le Traité sur la différence entre la nature et le genre et le commentaire sur la Physique d'Aristote.
Il a également réalisé d'autres traductions dans des domaines divers : ainsi, plusieurs des textes d'alchimie en langues syriaque et arabe publiés par Rubens Duval sont des traductions d'Hunayn ; d'ailleurs il avait établi un lexique d'alchimie, utilisé au siècle suivant par Hasan bar Bahlul pour son lexique syriaque-arabe. En astronomie, avec son fils Ishaq, il traduit les onze petits traités grecs connus sous le nom de petite collection astronomique, considérée comme une introduction à Ptolémée[26]. Enfin, pendant sa période d'emprisonnement paraît-il, il avait entrepris une traduction de la Bible en arabe, et sa version était selon al-Masû'dî la meilleure qu'il connaissait[33].
Édition de textes
modifier- Galāl Muḥammad Mūsā (éd.), Al Masa'il fi al-Tibb lil Muta'allimin, Le Caire, 1978 ; traduction anglaise de Paul Ghalioungui (Questions on medicine for scholars), Le Caire, 1980.
- Jean-Baptiste Chabot (éd.), « Version syriaque de traités médicaux dont l'original arabe n'a pas été retrouvé », Notices et extraits des manuscrits de la Bibliothèque nationale, t. 43, Paris, 1965, p. 77-143 (Contient une partie de la version syriaque des Questions sur la médecine)[34].
- Max Meyerhof (éd.), The Book of the Ten Treatises on the Eye Ascribed to Hunayn ibn Ishâq, Le Caire, 1928 ; réimpr. Francfort-sur-le-Main, Institut for the History of Arabic-Islamic Science, 1996.
Notes et références
modifier- 1 2 Alain Ducellier, Michel Kaplan, Bernadette Martin et Françoise Micheau, Le Moyen Âge en Orient, Hachette, , 352 p. (ISBN 978-2-01-140095-6, lire en ligne), p. 218.
- ↑ Dominique Urvoy, Les Penseurs libres dans l'islam classique, Albin Michel, (ISBN 9782226085030), p. 76
- ↑ Françoise Micheau, « Les institutions scientifiques dans le Proche-Orient médiéval », dans Roshdi Rashed, Histoire des sciences arabes : Technologie, alchimie et sciences de la vie, vol. 3, Paris, Seuil, , 321 p. (ISBN 978-2-02-062028-4), p. 242.
- 1 2 3 Emilie Savage-Smith, « Médecine », dans Roshdi Rashed, Histoire des sciences arabes : Technologie, alchimie et sciences de la vie, vol. 3, Paris, Seuil, , 321 p. (ISBN 978-2-02-062028-4), p. 163-164.
- ↑ Dominique Sourdel, L'État impérial des califes abbassides : VIIIe – Xe siècle. Cette information vient d'Ibn al-Qifti, mais il faut toutefois souligner que dans sa longue lettre à 'Alī ibn Yahyā sur les traductions de Galien faites ou à faire, écrite en 856, Hunayn, récapitulant sa propre activité et celle d'autres, ne mentionne pas une seule fois cette « Maison de la Sagesse ». En fait, cette institution n'a peut-être joué aucun rôle dans la traduction des ouvrages médicaux grecs en arabe, et l'activité d'Hunayn s'est déroulée surtout dans un cadre privé : voir Marie-Geneviève Balty-Guesdon, « Le Bayt al-Hikma de Baghdad », Arabica 39, 1992, p. 131-150. La fonction de supervision des traductions pour le compte du calife (surtout al-Mutawakkil) est confirmée par Ibn al-Nadim et Ibn Juljul.
- ↑ Al-Mas'udi, Les Prairies d'or, éd. Beyrouth, 1965, t. III, p. 482 sqq.
- ↑ Pour iconoclasme, disent les sources : le calife faisait appliquer les lois religieuses de l'Église nestorienne. Avait-il acquis des convictions iconoclastes pendant ses deux voyages (au moins) dans l'Empire byzantin dans les années 820 et 830 ?
- ↑ Pour le compte des trois frères Banū Mūsā ibn Shākir, Mohammed, Ahmed et Hasan, fils d'un ministre et astronome d'al-Mamun, immensément riches, et aussi savants et admirateurs de la science grecque.
- ↑ Le médecin, technicien ou magicien.
- ↑ Max Meyerhof (« New Light on Hunain ibn Ishâq and on his Period », Isis 8, 1926, p. 685-724), se fondant sur les informations données par Ibn Abi Usaybi'a, situe sa mort en octobre 877.
- ↑ Fuat Sezgin, Geschichte des arabischen Schrifttums, t. III, Leyde, 1970, p. 249-255.
- 1 2 Danielle Jacquart, « A l'aube de la renaissance médicale des XIe-XIIe siècles : l' « Isagoge Johannitii » et son traducteur », Bibliothèque de l'École des chartes, vol. 144, no 2, , p. 209–240 (DOI 10.3406/bec.1986.450416, lire en ligne, consulté le )
- 1 2 Danielle Jacquart, « Influence de la médecine arabe en Occident médiéval », dans Roshdi Rashed, Histoire des sciences arabes : Technologie, alchimie et sciences de la vie, vol. 3, Paris, Seuil, , 321 p. (ISBN 978-2-02-062028-4), p. 213-215.
- ↑ (en) Vivian Nutton, The Western Medical Tradition : 800 BC to AD 1800, Cambridge (GB), Cambridge University Press, , 556 p. (ISBN 0-521-38135-5), chap. 5 (« Medecine in Medieval Western Europe, 1000-1500 »), p. 142.
- ↑ Gül A. Russel, « La naissance de l'optique physiologique », dans Roshdi Rashed, Histoire des sciences arabes, vol. 2 : Mathématiques et physique, Paris, Paris, , 433 p. (ISBN 978-2-02-062027-7), p. 330-331.
- ↑ Danielle Jacquart, « Influence de la médecine arabe en Occident médiéval », dans Roshdi Rashed, Histoire des sciences arabes : Technologie, alchimie et sciences de la vie, vol. 3, Paris, Seuil, , 321 p. (ISBN 978-2-02-062028-4), p. 230-232.
- ↑ « BnF Catalogue général », sur catalogue.bnf.fr, 90416-xxara (consulté le )
- 1 2 3 4 5 6 7 8 (en) Lawrence I. Conrad, « The Arab-Islamic medical tradition », dans The Wellcome Institute for the History of Medicine, The Western Medical Tradition : 800 BC to AD 1800, London, Cambridge Université Press, , 556 p. (ISBN 0-521-38135-5), p. 106-108.
- ↑ Voir Rachid Haddad, « Hunayn ibn Ishâq apologiste chrétien », Arabica 21, 1975, p. 292-302. L'identité de cet Ibn al-Munajjim a été débattue. C'est un fils de Yaḥyā ibn Abī Manṣūr al-Munajjim, un astrologue zoroastrien converti à l'islam sur l'invitation du calife al-Mamun. Selon R. Haddad se fondant sur Ibn Abi Usaybi'a, ce n'est autre que 'Alī ibn Yaḥyā, le destinataire de la lettre sur les traductions de Galien (et de la traduction de la première partie des Médicaments simples de Galien).
- 1 2 G. Stromaier. « Hunayn b. Isḥaq al-ʿIbadi » in Encyclopédie de l'islam, Brill, 1986, vol. 3, p. 580.
- 1 2 Dominique Urvoy 1996, p. 77-86.
- ↑ Mathieu Terrier, « Histoire de l’histoire de la sagesse en islam », Annuaire de l'École pratique des hautes études (EPHE), Section des sciences religieuses. Résumé des conférences et travaux, no 124, , p. 363–372 (ISSN 0183-7478, DOI 10.4000/asr.1652, lire en ligne, consulté le )
- ↑ Dominique Urvoy 1996, p. 87.
- ↑ Dominique Urvoy 1996, p. 86-92.
- ↑ Ahmed Djebbar dans L'âge d'or des sciences arabes, Actes Sud, IMA, 2005.
- 1 2 Régis Morelon, « L'astronomie arabe orientale (VIIIe - XIe s.) », dans Roshdi Rashed, Histoire des sciences arabes, vol. 1 : Astronomie, théorique et appliquée, Paris, Seuil, 1997 p. (ISBN 978-2-02-062025-3), p. 36.
- ↑ Gotthelf Bergsträsser, Hunayn ibn Ishaq und seine Schule, Leyde, 1913, p. 48-50 pour la description de la méthode de traduction.
- ↑ R. Le Coz, Les Médecins nestoriens, Les Maîtres des Arabes, L'Harmattan, 2003, p. 190.
- ↑ Ahmed Djebbar, Une histoire de la science arabe : Entretiens avec Jean Rosmorduc, Paris, Editions du Seuil, coll. « Points Sciences » (no 144), , 384 p. (ISBN 2-02-039549-5), p. 308
- ↑ Roshdi Rashed, « L'optique géométrique », dans Roshdi Rashed, Histoire des sciences arabes, vol. 2 : Mathématiques et physique, Paris, Paris, , 433 p. (ISBN 978-2-02-062027-7), p. 294.
- ↑ Hunayn lui-même signale l'inauthenticité de quatre textes. D'après les spécialistes modernes, il faut y ajouter une dizaine d'autres, sept de la liste étant inconnus de nos jours.
- ↑ Carmela Baffioni, « «Platonisme arabe » in Encyclopédie de l'humanisme méditerranéen », sur www.encyclopedie-humanisme.com, (consulté le )
- ↑ Rachid Haddad, « Ḥunayn Ibn Isḥāq apologiste chrétien », Arabica, vol. 21, no 3, , p. 293 (ISSN 0570-5398, lire en ligne, consulté le )
- ↑ On ignore quelle version des Questions, la syriaque ou l'arabe, est l'originale. Le plus ancien manuscrit connu est syriaque (Vat. syr. 193), mais date du XIe ou XIIe siècle : voir Rainer Degen, « The Oldest Known Syriac Manuscript of Ḥunayn b. Ishāq », Symposium Syriacum 1976, Rome, 1978 (OCA 205), p. 63-71.
Annexes
modifierBibliographie
modifier- Gotthelf Bergsträsser (éd.), Hunain ibn Ishaq über die syrischen und arabischen Galen-Übersetzungen (texte arabe et traduction allemande de la lettre à 'Ali ibn Yahya), Leipzig, 1925.
- Samir Khalil Samir et Paul Nwiya (éd.), Une correspondance islamo-chrétienne entre Ibn Al-Munaggim, Hunayn Ibn Ishaq et Qusta Ibn Luqa (texte arabe et traduction française), Patrologia Orientalis, t. 40, fasc. 4, (n° 185), Turnhout, Brepols, 1981.
- Raymond Le Coz, Les Médecins nestoriens au Moyen Âge, Les maîtres des Arabes, L'Harmattan, 2004 (ISBN 978-2747564830)
- Danielle Jacquart (dir.), La formation du vocabulaire scientifique et intellectuel dans le monde arabe, Turnhout, Brepols, 1994 (ISBN 978-2503370071)
Liens externes
modifier- (en) Fred Aprim, « Hunein Ibn Ishak - (809 - 873 or 877) », sur nestorian.org (consulté le ).
- (en) De Lacy O'Leary, D.D.. How Greek Science Passed to the Arabs. Routledge & Kegan Paul Ltd., 1949.
- Ressource relative à la santé :
- Ressource relative à la recherche :
- Ressource relative aux beaux-arts :
- Notices dans des dictionnaires ou encyclopédies généralistes :