Hôtel Tassel
L'hôtel Tassel est une maison de maître construite de 1892 à 1893 par Victor Horta à Bruxelles en Belgique pour son ami Émile Tassel, professeur à l'Université libre de Bruxelles. Il est situé rue Paul-Émile Janson no 6.
Liminaire
modifierL'hôtel Tassel est l'une des premières constructions de l'architecte (son deuxième chantier résidentiel, après la Maison Autrique, pour être précis) et la première synthèse mondiale de l'Art nouveau en architecture[1],[2]. Elle reste une œuvre phare car elle était la première à entièrement casser l'agencement classique des pièces dans les demeures bruxelloises. Dans cet agencement, la porte d'entrée se trouve toujours au côté de la façade et se prolonge à l'intérieur par un long couloir latéral. Celui-ci permet alors d'entrer dans les trois pièces qui se suivent en enfilade : le salon côté rue, la salle à manger au milieu et la véranda côté jardin. En conséquence, la salle à manger était souvent très sombre. La cage d'escalier se situe généralement dans le couloir. Victor Horta place la porte d'entrée en plein milieu de la façade et, logiquement le couloir sur l'axe central de la maison et il sacrifie le centre de la maison pour y installer un puits de lumière.
Dans cette construction, Victor Horta expérimente plusieurs techniques qu'il réutilisera : la structure en fer apparente, l'intégration du décor à la structure, la fluidité de l'espace, l'ouverture des espaces à la lumière naturelle et la création d'une serre au cœur de la maison[3].
Émile Tassel
modifierC'est également la première application de son principe du « portrait ». Émile Tassel est un professeur de géométrie descriptive à l'Université libre de Bruxelles et collaborateur du bureau d'études de Solvay[4]. Il est membre de la loge maçonnique des Amis philanthropes, comme Victor Horta. Il est célibataire et vit avec sa grand-mère[2].
Victor Horta lui prévoit un « salon d'accueil », situé à l'entrée. Celui-ci sert occasionnellement de bureau ou de vestiaire. Tassel est également passionné de photographie et de cinématographie. Lorsqu'il accueille des invités, il se plait à faire des projections. L'architecte s'en est de nouveau chargé, en prévoyant une « terrasse » intérieure au premier étage, donnant sur le puits de lumière. Le projecteur peut y être installé pour projeter sur une toile située en bas[réf. nécessaire].
Le bâtiment
modifierLa façade
modifierLe terrain acheté par Émile Tassel se situe au 12 de l'ancienne rue de Turin, encore nouvelle et très peu construite à l'époque. Il fait 7,20m de façade et 35m de profondeur ( 7,79 m de largeur et de 29 m de profondeur, selon les source). La façade s'élève sur quatre niveaux[2],[4].
L'élément principal en est un large bow-window central, un des plus beaux de la capitale. Une corniche entre le rez-de-chaussée et le premier étage sert d'auvent au-dessus de l'entrée et d'assise à l'oriel de structure portante métallique[2],[4],[5].
Les travées latérales sont percées d'étroites ouvertures qui vont en se rétrécissant jusqu'à ressembler à des meurtrières au dernier niveau, tandis que les baies axiales s'élargissent[2],[4].
La façade présente un jeu de lignes horizontales et verticales ainsi qu'un équilibre entre des parties pleines en pierre et une partie vide aux étages[4],[2].
Le balcon du deuxième étage est surmonté par une balustrade plus délicate que celle du niveau inférieur[4]. Le bow-window se termine là et la façade reprend sa verticalité plane pou se terminer avec une corniche de pierre à double rangée de consoles[4].
La façade affiche un mélange harmonieux de pierre blanche d'Euville et de Savonnières et de métal. La pierre bleue est employée au rez-de-chaussée pour les bandeaux inférieurs et l'encadrement de la porte[2].
La pierre est préférée à la brique parce qu'elle permet d'animer la façade de courbes et contre-courbes. Poutrelles et poteaux de fer et de fonte donnent, eux, la possibilité de minimiser la maçonnerie et d'ouvrir de grandes baies pour laisser la lumière entrer à profusion. Les bow-windows, sorte de fenêtres en saillie sur le mur, perdent ainsi leurs contours anguleux pour prendre la forme de renflements arrondis[réf. nécessaire].
Victor Horta utilise le fer tréfilé commercial et, comme élément décoratif le fer plat forgé et plié en forme de crosse, se terminant par le fameux coup de fouet[4].
Intérieur
modifierLe plan intérieur de l'hôtel Tassel rompt avec le plan traditionnel des maisons bruxelloises. Le plan intérieur est symétrique, avec deux corps parallèles[2].
Après la porte d'entrée, un hall aux parois recouvertes d'une imitation de marbre vert s'ouvre latéralement sur un vestiaire et une petite salle d'attente (ou parloir). Une double porte à vitrail de verre américain et de verre craquelé dans les tons vert et mauve, conduit au vestibule octogonal d'où part l'escalier en acajou, légèrement hélicoïdal et éclairé par deux puits de lumière. Le plafond est décoré d'un motif d'épines, et le sol couvert de mosaïque de marbre figurant des spirales enroulées autour de la bouche de chaleur du calorifère[2],[4].
L'escalier d'honneur s'arrête au niveau du 1er étage. La cage d'escalier présente un grand vitrail avec un paysage japonisant, un luminaire électrique, une niche avec une sculpture de Godefroid Devreese, représentant probablement David.
Un fumoir qui sert aussi de laboratoire photo est situé à l'entresol, ainsi qu'un WC et une salle de bain. Le bureau est au premier étage et la salle d'étude au second[2].
Le palier s'ouvre sur un jardin d'hiver sous verrière inclinée, agrandi par un miroir. Le palier présente des arcades en fer forgé reposant sur des colonnettes métalliques et un grand décor mural vert et d'orange dû à Henri Baes. Ses motifs d'arabesques sont repris dans la ferronnerie, le sol en mosaïque de marbre et les luminaires[2].
Les fonctions domestiques et privées se retrouvent à l'arrière et sont desservies par un escalier de service : la cuisine dans les caves hautes, le salon et la salle à manger au rez-de-chaussée surélevé, avec une peinture à motif de chrysanthème et un plafond en bois contrastant avec les poutres métalliques. Des chambres avec cabinets de toilette, dont celle de la grand-mère d’Émile Tassel, avec le bow-window, et une salle à manger plus petite se trouvent au 1er et 2e étage[2].
La maison bénéficie d'un système original de chauffage et de ventilation mis au point par Victor Horta[2].
Le mobilier est en partie conçu par Victor Horta et acheté pour l'autre partie à la Maison de l'art nouveau de Siegfried Bing. Ce mobilier ne se trouve plus dans l'hôtel[2].
L'Hôtel Tassel après 1894
modifierLa construction est terminée en 1894. Quelques changements mineurs sont encore effectués par la suite[2].
L'hôtel est occupé à une époque par la maison de couture Norine avant d'être divisé en logement en 1956, au mépris de la conception initiale[2].
Il est classé comme monument dans son entièreté en 1976[6] et racheté par l'architecte Jean Delhaye qui conduite la restauration de 1982 à 1985[4],[2].
Situation
modifierL'hôtel Tassel est situé au 6, rue Paul-Émile Janson, près de l'avenue Louise dans la Ville de Bruxelles.
L'intérieur du bâtiment n'est pas ouvert au public[7], à l'exception de quelques visites guidées dont les dates se trouvent sur le site visit.brussels[8].
- L'oriel (bow-window)
Distinctions et protections
modifierHabitations majeures de l'architecte Victor Horta (Bruxelles) *
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Signature de Victor Horta | |
| Pays | |
|---|---|
| Subdivision | Région de Bruxelles-Capitale |
| Numéro d’identification |
1005 |
| Année d’inscription | (24e session) |
| Type | Culturel |
| Critères | (i) (ii) (iv) |
| Région | Europe et Amérique du Nord ** |
| * Descriptif officiel UNESCO ** Classification UNESCO |
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En 1976, l'hôtel Tassel est classé dans son entièreté[6].
En 2000, l'hôtel Tassel est inscrit au patrimoine mondial par l'Unesco[3] avec trois autres constructions (voir Habitations majeures de l'architecte Victor Horta).
Bibliographie
modifier- Franco Borsi et Paolo Portoghesi, Horta, Marc Vokar, , 412 p.
- François Loyer et Jean Delhaye, Victor Horta. Hôtel Tassel. Art nouveau, Editions Archives d'Architecture Moderne, 160 p.
Filmographie
modifier- Visite de l'Hôtel Tassel à Bruxelles, commentée par Françoise Aubry, sur le site de l'Institut national de l'audiovisuel, 2005, 2 minutes 2.
- L'hôtel Tassel. Horta fait sa révolution. RTBF, 2024, 12 minutes
Notes et références
modifier- ↑ Massicotte Anabelle, « L'Hôtel Tassel : le croisement de l'organique et de la fonction – HAR1425 ».
- 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 « Hôtel Tassel – Inventaire du patrimoine architectural », sur monument.heritage.brussels (consulté le )
- 1 2 « 24. Hôtel Tassel - Banad Festival » (consulté le )
- 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 Franco Borsi, « L’œuvre architectural », Horta, Marc Vokar, , p. 54-57
- ↑ (en) « Hôtel Tassel », sur Admirable Facades - Admirables Facades (consulté le )
- 1 2 Arrêté royal du 18 novembre 1976
- ↑ 2005, Visite de l'hôtel Tassel à Bruxelles: vidéo de 2 min.
- ↑ Page de l'hôtel sur le site visit.brussels
Articles connexes
modifierLiens externes
modifier- Hôtel Tassel sur Reflexcity
- Site officiel
- Ressources relatives à l'architecture :
- « Hôtel Tassel », sur Inventaire du patrimoine architectural de la Région de Bruxelles-Capitale